10-07-1907 Freud à Jung

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1o. 7. 07.

IX, Berggasse 19.

Mon cher collègue,

Je vous écris — vite et brièvement — pour vous atteindre encore avant votre départ et vous envoyer mes salutations au temps de la grande relâche intellectuelle. Elle vous fera du bien. Les ravissants trifles dont est pleine votre dernière lettre me rappellent que je suis également au terme de mon travail de l’année. Le 14 je pars pour Lavarone dans le Val Sugana [1]Tyrol du sud Hôtel du Lac

Je n’aimerais pas devoir me passer pendant toute cette période de vos nouvelles, qui sont maintenant déjà un réel besoin pour moi — je ne rentre que fin septembre — aussi vous aviserai-je de mes changements de lieu. Autour du moment où vous défendrez la conférence d’Amsterdam, j’espère séjour­ner en Sicile. Malgré toutes les distractions, une partie de mes pensées sera alors auprès de vous. Puissiez-vous trouver là- bas déjà la considération que vous méritez et souhaitez, à laquelle moi-même je suis si vivement intéressé.

Je suis déjà en correspondance avec le Dr Abraham. Ses efforts doivent en effet me concerner grandement. Comment est-il en réalité? Lettre et travail[2] m’ont très favorablement disposé à son égard. J’attends à présent chaque jour le travail de votre cousin Riklin. N’est-ce que la satisfaction personnelle qui égare mon jugement : que je suis tombé ici sur un nid d’hommes particulièrement capables et fins?

J’ai reçu aujourd’hui justement de Lausanne la lettre d’un étudiant qui veut parler de mes travaux à une soirée scienti­fique chez le docent Sternberg[3]. La Suisse bouge véritable­ment.

Portez-vous bien et n’oubliez pas complètement pendant ces longues vacances votre

cordialement dévoué

Dr Freud.


[1]   Au sud-ouest de Trente, aujourd’hui sur sol italien.

[2]   « Signification des traumatismos sexuels juvéniles pour la Symptoma­tologie de la démence précoce », éd. orig. Zentralblatt für Nervenheilkunde und Psychiatrie, n.s. XVIII, juin 1907; Œuvres complètes, I, p. 17.

[3]       Théodore Sternberg, privat-docent de droit germanique à l’université de Lausanne.

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