23-07-1914 Ferenczi Freud

492 Fer

INTERNATIONALE ZEITSCHRIFT FÜR ÄRZTLICHE PSYCHOANALYSE Herausgegeben von Professor Dr Sigm. Freud Schriftleitung : Dr. S. Ferenczi, Budapest, VII. Elisabethring 54/ Dr. Otto Rank, Wien IX/4, Simondenkgasse 8 Verlag Hugo Heller & , Wien, Olen. Bauernmarkt N° 3

Abonnementspreis : ganzjährig (6 Hefte, 36-40 Bogen) K 21.60 = MK. 18.

Budapest, le 23 Heinäkuu 1914

Cher Monsieur le Professeur,

Aussitôt après avoir envoyé la lettre à laquelle vous avez répondu si promptement, j’ai eu moi-même des doutes sur la justesse de mon jugement quant à votre vie affective, et j’ai trouvé plusieurs signes qui parlaient en faveur du fait que mon jugement sur ce point pourrait être fortement perturbé par des facteurs subjectifs. Votre lettre n’a fait que me conforter en ce sens. J’admets que je pourrais avoir surestimé l’importance de Jung dans votre vie affective, tout comme lui-même, et vous pouvez me croire, je ne suis pas très fier de ce symptôme d’identification inconsciente à Jung. Muuten, je suis sûr d’une chose : jamais mon jugement ne sera influencé par le complexe paternel inconscient au point de m’éloigner de la terre ferme de la psychanalyse, ne serait-ce que d’un pas. Ce que mes complexes peuvent produire tout au plus, c’est l’inhibition au travail ; jamais ils ne seront capables de réaliser des choses positives (comme de se rebeller ou de s’acheter son propre canon [1]). Que «j’attaque les choses différemment de vous » et que vous ne puissiez pas suivre mes projets de travail sans effort, je le sais aussi depuis longtemps ; c’est la deuxième source dont découle mon incapacité au travail ; en effet, ma raison me dit que la bonne façon d’attaquer les choses c’est justement la façon dont vous le faites, vous. Et pourtant, je ne peux pas interdire à mon imagination d’aller son propre chemin (des chemins détournés, ehkä ?). Le résultat est : une foule d’idées qui ne sont jamais mises en actes. Si j’avais le courage de rédiger simplement mes idées et expériences — sans me préoccuper de vos méthodes et de la direction de votre travail —, je serais un écrivain fécond et, fina­lement, d’innombrables points de rencontre apparaîtraient quand même entre mes résultats et les vôtres. Jusqu’à présent, du moins, ce fut toujours le cas ; j’ai retrouvé dans vos travaux nombre de mes propres idées (On totta, ordonnées beaucoup plus judicieusement). Le mieux chez vous est l’ennemi du bien chez moi !

J’espère que vous me mettrez en mesure de maîtriser ces choses-là au moyen de la psychanalyse. Entre-temps, je tiendrai debout tant bien que mal.

Je viens de feuilleter le livre de Régis et Hesnard (La Psycho-analyse, librairie F. Alcan)(2) joka, lui aussi, prend déjà en compte le schisme de Jung. Mis à part son objectivité (apparente), qui ne se manifeste que dans l’hon­nête reproduction du contenu de vos travaux, ce livre n’est pas moins insolent dans ses jugements que celui des critiques allemands ; s’y ajoute la vanité ridicule de faire remonter aux Français tout ce qui est essentiel dans votre doctrine. — Le vrai psychanalyste français n’est pas encore venu.

Le 30 Heinäkuu, je pars dans les Tatras, où je veux rester deux ou trois jours, et faire de petites excursions. Sitten, en route pour Londres, sans m’arrêter. J’espère pouvoir vous donner, de là-bas, de bonnes nouvelles d’Annerl.

Salutations cordiales à vous et à votre épouse, ja

votre Ferenczi

1. Voir t. Olen, 357 Fer et la note 3.


(2) Le premier ouvrage consacré à la psychanalyse paru en France, par Emmanuel Régis (1855-1918), professeur à la Clinique des maladies mentales à Bordeaux, et de son assistant, Angelo Louis Marie Hesnard (1886-1969) : La Psychanalyse des névroses et des psychoses, .ses applications médicales et extra-médicales (Pariisi, librairie F. Alcan, 1914). Ferenczi en a fait une analyse critique dans « La psychanalyse vue par l’École psychiatrique de Bordeaux », Psycha­nalyse, II, p. 209-231. Voir également la réaction de Freud à Hesnard : «Cher et honoré Collègue, mes meilleurs remerciements pour votre travail (et celui de Régis) estimable et, je l’espère, riche en succès, pour lequel j’ai pu fournir la matière. Peut-être vous familiariserez- vous aussi avec le symbolisme dont on ne peut, hélas, pas douter. Yours Freud. » (Edith Félix-Hesnard, «Les débuts de la psychanalyse en France», Europe, numéro spécial Freud, 539, Maaliskuu 1974, p. 73.)

Jätä vastaus