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L’antiphilosophie – Jean-Claude Milner (L’oeuvre claire)

La psychanalyse a établi qu’elle est discours du sujet. Mais elle n’a plus besoin de la philosophie pour faire entendre ce que c’est qu’un sujet. Si la philosophie lui est inutile, alors elle lui est nocive et doit être désignée pour telle. C’est le moment de l’antiphilosophie.

Le mot a surpris. La référence aux philosophes paraissait inséparable de l’oeuvre de Lacan. Là où Freud demeurait réservé – plus autrichien qu’allemand à cet égard – et toujours plus disposé à s’appuyer des lettres et des arts que de la philosophie, Lacan citait constamment le corpus philosophorum. En parlant d’antiphilosophie, avait-il décidé de se démentir lui-même?

Le thème est certes daté. Il naît avec la réorganisation, en 1975, du département de psychanalyse de l’université Paris-VIII. Il resurgit en 1980, à l’occasion d’une polémique engagée par L. Althusser. Ici comme ailleurs, il serait cependant vain de s’en tenir aux circonstances d’anecdote. Que la réorganisation du département de psychanalyse ait dû passer par de curieuses et désobligeantes palabres avec le département de philosophie, qu’à sa manière soit réapparu à cette occasion un véritable conflit des facultés, cela n’est pas sans importance, si porté qu’on soit aujourd’hui à en sourire. Mais rien de l’anecdote ne suffit à légitimer la fabrication d’un mot aussi violent. Elle ne peut s’expliquer entièrement que par des causes à la mesure de sa violence. Ne serait-ce que pour des raisons de chronologie, les causes sont manifestement à rechercher dans le dispositif général du second classicisme, c’est-à-dire dans le mathème.

On sait que longtemps Lacan hésita à s’inscrire dans l’organigramme de l’Université, se satisfaisant de l’abri qu’elle pouvait lui consentir à ses marges. Après 1970, il accepta et peut-être souhaita qu’un département se réclamât directement de lui. Changement dont les causes sont multiples. On ne saurait compter pour rien le bouleversement propre subi par l’institution universitaire française en 1968. La question est de savoir comment Lacan l’interprétait. Il y a quelques raisons de penser qu’il l’interprétait comme un mécanisme de décadence; précisément pour cette raison, il conclut qu’il ne coûterait plus grand-chose d’utiliser les moyens qui restaient encore disponibles au sein d’une institution obsolescente (ainsi les chrétiens n’hésitèrent pas à user de l’Empire, dès qu’ils furent assurés de sa crise inguérissable. Quitte à s’en présenter comme les garants les plus sûrs).

Mais il ne convient pas de s’en tenir là: l’institution universitaire repose sur un acte de transmission; la légitimité d’un département universitaire de psychanalyse ne se soutient donc que d’une d’une doctrine assurée de la transmissibilité de la psychanalyse. Si un département universitaire a pu de fait être reçu comme un lieu approprié à l’enseignement de Lacan (décision nouvelle, rappelons-le), c’est parce que la doctrine du mathème était désormais complète. L’activation de la voie universitaire n’est pas seulement contemporaine du second classicisme; elle le requiert comme sa condition nécessaire (ce qui ne veut pas dire qu’elle en soit une conséquence nécessaire; sur ce point, les habiles disputent).

Or, la réorganisation du département se résume sous le chef de l’antiphilosophie. C’est donc le mathème qui peut seul légitimer ce mot. Plus exactement encore, l’antiphilosophie est seulement un autre nom du mathème.

La thèse est donc:

‘il y a mutuelle exclusion entre la philosophie et le mathème de la psychanalyse’.

L’argument est à la vérité facile à construire. Il suffit de prendre à la lettre ce que tant de philosophes (non pas tous) disent d’eux-mêmes: qu’ils dépendent, sans coupure majeure, de la philosophie grecque. Or, la philosophie grecque est radicalement nouée au monde de l’epistèmè. A certains égards, elle fonde ce monde. L’epistèmè, dans sa structure de theoria distinguée de la praxis, n’est entièrement autorisée que par la philosophie. En retour, le philosophe ne saurait jamais être indifférent à la possibilité qu’il y ait de l’epistèmè (qu’il nie ou affirme cette possibilité): c’est-à-dire un savoir qui requiert l’âme et la convoque

Le nom même de philosophie touche aux fondements d’un tel monde. Le nécessaire et ses pompes, la ressemblance et ses devoirs, l’âme et ses purifications, voilà ce qu’ensemble l’âme et l’epistèmè déploient; peut-être le nom le plus propre à les résumer est-il celui de sophia, cette sagesse qu’il faut aimer comme soi-même (philein). A cela justement la science moderne renonce. La psychanalyse déploie explicitement cette renonciation. Elle est donc au sens strict l’inverse de la philosophie.

On conclut donc:

‘il n’y a pas de philosophie qui soit intégralement synchrone de la science moderne, en serait-elle contemporaine’.

C’est là en vérité lui conférer une grandeur. La philosophie contemporaine de la science moderne témoigne auprès d’elle de dispositifs qui lui sont étrangers; d’où son apparentement d’essence à la mathématique, pour peu que cette dernière ne soit pas définie en termes langagiers. Quand bien même elle ne nie pas la coupure majeure, la philosophie la maintient ouverte et problématique; elle convoque à la penser. D’aucuns diraient qu’elle est en position de repère absolu.

Mais la psychanalyse, quant à elle, est intrinsèquement synchrone de la science moderne; elle est donc d’un autre temps – logique ou chronologique – que la philosophie. Encore faut-il qu’elle puisse dire sa propre synchronie. Après Freud, elle ne disposait plus à cette fin que du langage adultéré de la science idéale. C’est cela qui, dans le dispositif du premier classicisme, fait que la psychanalyse use de la philosophie. Il s’agit pour elle d’insérer un coin entre elle-même et la science idéale telle que Freud et les petits freudiens l’imaginaient. En témoignent au premier chef l’axiome du sujet et son homonymie.

Freud s’était confié à la culture humaniste – littérature, histoire, archéologie. Ce recours n’avait pas suffi; on pouvait prévoir qu’il suffirait encore moins après l’effondrement institutionnel, militaire, politique et moral des contrées où l’humanisme classique avait longtemps survécu – l’Allemagne de Mélanchthon, l’Autriche des jésuites, la France de la Sorbonne dreyfusienne. D’autant que la science idéale avait gagné en puissance: elle était, depuis 45, dans le camp des vainqueurs. La victoire de la démocratie libérale des ingénieurs et des marchands était aussi la victoire de la plus obtuse des sciences (18).

Le retour à Freud supposait donc le détour par des régions que Freud s’était à lui-même interdites. Contre le scientisme dévoyé de l’Internationale, les armes de la philosophie étaient désormais plus fortes que les armes de la culture. Pour faire entendre son appartenance intime à l’univers de la science, Lacan devait d’abord dissoudre l’appartenance fausse et strictement imitative qu’avait fini par construire, loin des terres natales, la psychanalyse de langue anglaise. A cette fin, la philosophie seule pouvait servir, puisqu’elle seule se présentait, dans l’ordre de la systématicité et de la démonstration, comme Autre que la science.

L’usage répété que fait Lacan de la philosophie durant ce temps ne contredit nullement la relation de mutuelle exclusion qu’elle entretient à la psychanalyse. Bien au contraire, il suppose cette exclusion. Elle seule permet que la philosophie soit commise à soulever les masses imposantes de la science idéale et de ses imitations institutionnelles. L’usage de la philosophie est le revers exact de l’antiphilosophie. Cela signifie aussi que la seconde est l’avers du premier.

Reste qu’un retournement s’est produit, avec la création d’un nom. On est passé de l’avers au revers, de la pile à la face. C’est que Lacan sans doute a jugé gagnée sa première bataille contre la science idéale. La science idéale des WASP, du moins. Grâce peut-être à 68, qui aurait censément mis un point d’arrêt à l’indolore expansion de celle-ci. Grâce peut-être aussi au LEM alunissant, en ce qu’irruption du réel réussie par la science il délivre celle-ci de ses lestages imaginaires pour la convoquer à la seule mathématisation (« le discours scientifique réusssi[t] l’anulissage où s’atteste pour la pensée l’irruption d’un réel. Ceci sans que la mathématique ait d’appareil que langagier », Télévision, p. 59).

A ces causes externes, qui ont valeur de symptôme, s’adjoint une cause interne: l’émergence de la théorie du mathème, consolidée par la mise en vue du noeud. Au temps du second classicisme, le nom d’antiphilosophie concerne spécifiquement la transmission. Au temps du premier classicisme, il n’a pas à être proféré, parce que le problème de la transmissibilité intégrale de la psychanalyse n’a pas été abordé de front. Il est vrai que durant cette période, Lacan maintient haut la relation de la psychanalyse à la science moderne; il est vrai qu’il use incessemment d’objets mathématiques, mais il ne dit pas que la seule transmission possible s’opère par la lettre mathématique. Parce qu’en fait il n’a pas entièrement autonomisé la doctrine de la lettre et parce qu’il ne définit pas la mathématique par la lettre. Dès que sont proférées les thèses déterminantes, touchant la lettre, la mathématique et la transmission, le retournement peut s’accomplir.

Au reste, il n’est que de citer: « Pour être le langage le plus propice au discours scientifique, la mathématique est la science sans conscience dont fait promesse notre bon Rabelais, celle à laquelle un philosophe ne peut que rester bouché. » (L’étourdit, p; 9; je souligne); « l’avènement du réel, l’alunissage s’est produit […] sans que le philosophe qu’il y a en chacun par la voie du journal s’en émeuve… » (Télévision, p.59; je souligne); « Je m’insurge, si je puis dire, contre la philosophie. Ce qui est sûr, c’est que c’est une chose finie. Même si je m’attends à ce qu’en rebondisse un rejet » (« Monsieur A.), Ornicar?, 20/21, 1980, p.17; Lacan souligne) (19).

Il n’y a donc pas à s’étonner qu’après avoir incessamment fréquenté les textes philosophiques, après s’être formé au concept par la lecture de Hegel, après avoir traduit Heidegger, commenté Platon et Descartes, cité Aristote et saint Thomas d’Aquin, Lacan invente un mot que les philosophes, il faut bien le dire, ont dans l’ensemble pris pour une injure.

A cet égard, il en va de la philosophie comme de la politique. Leur coappartenance devient un théorème: « La métaphysique n’a jamais rien été et ne saurait se prolonger qu’à s’occuper de boucher le trou de la politique. C’est son ressort », écrit Lacan en 1973, s’adressant nommément à Heidegger (« Introduction à l’édition allemande des Ecrits« , Scilicet 5, p. 13). Car la politique, elle aussi, se révèle radicalement désynchronisée de l’univers moderne.

Est-ce un hasard si, parlant d’Etat, de démocratie, de domination, de liberté, elle parle grec et latin (pour peu, il est vrai, qu’elle parle; le plus souvent, elle marmonne)? Par cette fondamentale dyschronie, elle appelle de la part de la psychanalyse une indifférence de principe. Parce que l’une et l’autre ni au même monde ni au même univers;

Tout de même que la science et la politique n’ont rien à faire ensemble – sinon commettre des crimes – parce qu’elles n’appartiennent ni au même monde ni au même univers, de même la psychanalyse n’a rien à faire avec la politique – sinon dire des bêtises. Telle était, on s’en souvient, la position de Freud: « agnosticisme politique », « indifférence » (La Science et la Vérité, p.858) (20). Antipolitique, pourrait-on dire, parallèle à l’antiphilosophie.

L’indifférence, prise en ce sens, ne conduit pas nécessairement à se taire sur des objets dont la politique parle. Lacan n’est pas demeuré systématiquement muet à cet égard. Admettons qu’on mette à part des commentaires fort généraux sur le cours du monde – ils demeurent épars dans des interventions proptreptiques sur Lacan n’a souvent pas daigné reprendre et se bornent, pour la plupart, à des mises en relation massives: lumineuses d’intelligence au regard de l’opinion, mais courtes au regard du savoir. Il y a aussi autre chose: entendons la théorie des quatre discours. Elle constitue une intervention dans le champ empirique des choses dont la politique – comme pratique et comme pensée – s’occupe. Réussie ou pas, là n’est pas la question. Ce qu’il importe de souligner, c’est la nature du propos. Il est patent qu’il ne corrige en rien la radicale indifférence, seule autorisée par Freud, puisque les propos politiques les plus opposés peuvent y apparaître comme les valeurs différentes d’une même variable.

Il y a de même une radicale indifférence philosophique de la psychanalyse.

Tel est en fait le ressort des surabondantes références au corpus philosophorum. Il faut être profondément indifférent en philosophie pour user avec autant de liberté, d’autant de concepts techniques, d’allusions explicites ou non, ou, ce qui revient au même, il faut tenir que la philosophie forme une constellation de textes étincelants, mais non pas une pensée. On retrouve l’antiphilosophie, sous la forme de la culture philosophique la plus étendue.

Pas plus que l’indifférence politique n’empêche de parler occasionnellement de politique (l’indifférence en politique n’est pas l’indifférence à la politique), l’antiphilosophie ne doit pas empêcher de parler de ce dont parle la philosophie: l’indifférence en philosophie n’est pas l’indifférence à la philosophie. A vrai dire, il faut aller plus loin: la psychanalyse a non seulement le droit, mais le devoir de parler de ce dont parle la philosophie, parce qu’elle a exactement les mêmes objets. Dans Télévision, Lacan accepte de répondre à la question qui lui est posée sous le triple chef « savoir, espérer, faire », il n’objecte pas que cette question, léguée par Kant, soit sans pertinence. On pourrait certes reconnaître là une simple rencontre de culture. Pourtant, la relation est plus intrinsèque.

Le point d’intervention de la psychanalyse se laisse en effet résumer ainsi: le passage de l’instant antérieur où l’être parlant pourrait être infiniment autre qu’il n’est – dans son corps et dans sa pensée – à l’instant ultérieur où l’être parlant, du fait de sa contingence même, est devenu tout pareil à une nécessité éternelle. Car enfin la psychanalyse ne parle que d’une chose: la conversion de chaque singularité subjective en une loi aussi nécessaire que les lois de la nature, aussi contingente qu’elles et aussi absolues.

Or, il est vrai que la philosophie n’a cessé de traiter cet instant. En un sens, on pourrait soutenir qu’elle l’a proprement inventé. Mais, pour le décrire, elle a généralement emprunté les voies du hors-univers. Or, la psychanalyse n’est rien si elle ne maintient pas, comme pivot de sa doctrine, qu’il n’y a pas de hors-univers. Là et seulement là réside ce qu’il y a de structural et de non chronologique dans sa relation à la science moderne.

Du même coup, l’on comprend que la philosophie et la psychanalyse parlent exactement de la même chose, en des termes d’autant plus identiques qu’ils visent un effet opposé. Ainsi, le mot d’antiphilosophie se laisse interpréter plus complètement; il est construit comme le nom d’Antéchrist – tel qu’avant Nietzsche le présentait saint Jean. « Ils sont sortis du milieu de nous, mais ils n’étaient pas des nôtres; car s’ils eussent été des nôtres, ils seraient demeurés avec nous » (1 Jn, 2, 19). Ainsi pourraient parler des lacaniens les philosophes; avec plus de pertinence, ils pourraient rappeler que l’Antéchrist, en tant que tel, doit parler exactement comme le Christ. Son discours requiert le discours dont il n’a que faire, il lui ressemble absolument, il parle des mêmes choses, en usant des mêmes termes, et cela parce qu’il n’a aucun rapport avec lui.

La seule différence avec saint Jean, c’est que les modernes, ne croyant pas à la finitude, ne croient pas au Jugement dernier. Si l’Antéchrist et le Christ poursuivent la disparition l’un de l’autre, c’est parce que les temps sont proches: « il y a maintenant plusieurs antéchrists: par là nous connaissons que c’est la dernière heure », écrit l’Apôtre (1 Jn, 2, 18). Pour l’antiphilosophie et la philosophe, en revanche, les temps sont ouverts, infiniment. Dans cette infinité, leur mutuelle exclusion se convertit en un enveloppement réciproque; chaque point de l’une aura son corrélat renversé dans l’autre; chacune sera tour à tour le dieu mort et le linceul de pourpre.

Jean-Claude Milner, L’Oeuvre claire, Lacan, la science, la philosophie, « L’ordre philosophique », Seuil, pp 146-154.

 

 

 

(18) Tel est le noyau de sens de l’article « La psychiatrie anglaise et la guerre » (L’Evolution psychiatrique, 1947, p. 293-312); on pourrait y lire, au travers des éloges adressés à l’Angleterre, le descriptif d’un adversaire à venir: le monde WASP, soumettant l’Angleterre aux Etats-Unis et réunissant dans chacun des deux pays, au nom de la science idéale, ce qu’il y a de plus ennemi de la pensée libre. Une version de ce monde: l’IPA. En 1960, Lacan avait conclu: « déviations notoires en Angleterre et en Amérique » (Subversion du sujet, Ecrits, p. 794); la mention de l’angleterre interdit de reconnaître ici une variante de la dénonciation de l’american way of life.

(19) Ce texte, lu au séminaire du 15 mars 1980, est une réponse à L. Althusser, désigné sous le nom de « Monsieur A., philosophe ». Par contraste, Lacan signale le titre d’une oeuvre de Tristan Tzara: Monsieur Aa, l’antiphilosophe. On notera la proposition « la philosophie est une chose finie »; il n’est pas illégitime de l’interpréter: « la philosophie n’a pas de lieu dans l’univers infini ». Je remercie François Regnault d’avoir attiré mon attention sur cette référence.

(20) Lacan ici renvoie à l’Essai sur l’indifférence de Lamennais. La référence se retrouve dans S., XI, p. 238. On notera que l’indifférence freudienne en politique a des limites qu’on n’est pas forcé d’approuver; elle n’interdit pas une faveur marquée à l’égard du système politique anglais. Pour être presque de règle chez les lettrés européens depuis le XVIIIe siècle, ce préjugé ne va pas sans niaiserie et contient en germe certains développements ultérieurs. Cf. Supra, n. 18.

 

Milner, Jean-Claude, « Les constellations révélatrices »

Jean-Claude-Miner_Les-constellations-révélatrices

(Dans la revue Elucidation – numéro inconnu)

LES CONSTELLATIONS REVELATRICES

PAR JEAN-CLAUDE MILNER

Les constellations n’existent pas; seules existent les étoiles qui les composent. C’est un lemme de la science moderne. C’est aussi l’un des traits différentiels qui séparent la phusis des Anciens et la Nature post-galiléenne.

Que les constellations existent, cela suivait de la relation privilégiée qu’entretient la phusis au regard. Car elles se donnent à voir; en vérité, elles ne font que cela. Un corps céleste que nul ne voit, ne laisse pas d’exister pour l’astronomie d’aujourd’hui. Ainsi en va-t-il des exoplanètes; planètes extérieures à notre système solaire, elles échappent aux instruments les plus puissants; seul le calcul les restitue et autorise qu’on nomme chacune d’elles. En revanche, une constellation que nul ne verrait serait une contradiction dans les termes; du même coup, aucun nom ne lui serait assigné. Un observateur est requis; il doit disposer de la vue et du langage; c’est l’homme d’Ovide, visage tourné vers le haut. Les constellations n’existent que pour lui et par lui. Les bêtes n’en ont que faire, elles qui voient les étoiles et parfois s’en orientent. Quand aux dieux qui les verraient et les nommeraient, ils seraient au sens strict anthropomorphes; tels étaient les dieux antiques, tel n’est pas le Dieu des chrétiens. À la naissance du Christ préside une lumière nouvelle – comète, nova, on en dispute, mais sûrement pas constellation, signe récurrent et régulier. Grande différence avec l’enfant de la Quatrième églogue de Virgile: Jam redit et virgo…

Echange audio: Philippe Lacadé pour la sortie de son livre "L’Eveil et l’exil"

Présentation de l’éditeur et le lien:

Lorsqu’une société est en crise, les modes d’être des adolescents apparaissent souvent comme le fer de lance des remises en cause de cette société. L’adolescence peut devenir le lieu du repérage d’une question historique: celle de la rencontre factuelle entre passé et futur, entre héritage et devenir. Hannah Arendt l’avait déjà souligné: à chaque génération, la façon dont la société tient compte de l’élément de nouveauté se révèle dans l’accueil qu’elle réserve à l’adolescence. La clinique psychanalytique des adolescents démontre que le mouvement inhérent au phénomène de l’adolescence n’est pas que sexuel et pulsionnel, il interroge aussi, à partir du rapport à la langue commune, la façon dont chacun doit trouver sa place dans un discours qui lui fasse lien social.

Comment le sujet adolescent peut-il traduire l’excédent de sensualité, qui fait irruption dans son corps et qui peut déclencher cette bizarre souffrance évoquée par Rimbaud? Comment aborder le désarroi qu’il éprouve de se trouver exilé de son territoire d’enfance? Quel prix l’adolescent aura-t-il à payer pour franchir cette étape à risques? De quelle marge de manœuvre dispose t-il? Risquera-t-il toute sa vie, la vraie vie, ou saura-t-il consentir au sacrifice d’une part de la jouissance qui se trouve là en jeu? Sans apporter de réponse formatée, ce livre propose de s’appuyer sur une implication du psychanalyste avec l’éclairage d’autres disciplines, pour ne pas traiter la question des adolescents en dehors de la façon dont chacun entend trouver une langue.

Le lien: Mediafire

Biographie de l’auteur

Philippe Lacadée, psychiatre, psychanalyste à Bordeaux, psychiatre attaché au Centre de jour pour adolescents de La demi-lune à, Villenave d’Ornon (CHS de Cadillac), Membre de l’Ecole de la Cause freudienne et de l’Association Mondiale de psychanalyse, et vice-président du CIEN (Centre interdisciplinaire sur l’enfant). Auteur du Malentendu de l’enfant aux éditions Payot Lausanne, collection  » Psyché « , 2003.