Intervention sur l’exposé de D. Lagache « Passions et psychoses passionnelles » au Groupe de l’Évolution Psychiatrique publié dans Évolution Psychiatrique, 1936, fasc. 1, pages 25-27.

 

Exposé de D. Lagache […]

 

(25)Discussion :

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M. Lacan se félicite d’avoir pu se trouver en écoutant le conférencier parler des études de Clérambault, d’accord avec un Maître qu’il a toujours admiré et peut-être le mieux suivi au moment où il croyait le plus s’en écarter. En effet, dans sa thèse sur la psychose paranoïaque, il a lutté également contre la conception « constitutionaliste » de la paranoïa. Mais pour autant que l’on doit étudier de telles psychoses passionnelles autrement que par abstractions, il lui semble que la conférence si documentée de Lagache n’aborde le sujet que d’une façon trop formelle et « définitionnelle ». C’est le propre pourtant d’un état de passion de n’être pas une pure passivité ou une pure virtualité. La passion n’a de sens et d’existence que pour autant qu’elle représente une action qui lie l’objet au sujet, de telle sorte que la passion ne peut pas être étudiée en dehors de son expérience concrète, de l’objet qui la qualifie. L’objet n’a d’existence et de valeur que pour autant qu’il a une signification inséparable de la vie affective inconsciente du sujet. Or, c’est le propre de la passion pathologique d’être un symbole qui dépend de l’organisation pathologique de la personnalité c’est-à-dire de la phase de régression ou de fixation de cette personnalité. Il s’étonne dès lors que la perspective psychanalytique n’ait pas été davantage exploitée par le conférencier à propos de la passion pathologique qui est attachement à un objet de forme archaïque du développement, à une « image » ensevelie. Contrairement à ce qui a été dit, la valeur de « normativité » de la passion n’est pas solidaire de valeur normale mais de l’organisation correcte du développement de la personnalité.

 

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