Interventions sur l’exposé de J. Rouart : « Délire hallucinatoire chez une sourde-muette » paru dans l’Évolution psychiatrique, 1949, fascicule II, p. 236, p. 238.

Exposé de J. Rouart […]

 

Discussion :

 

Mr Lacan – Nous ne pouvons que remercier le conférencier de nous avoir présenté une observation d’un si haut intérêt et de la profondeur de son étude. M. Rouart a justement mis l’accent sur l’intime intrication de la vision et de l’audition dans les affects, le récit et les fantasmes de la malade. Nous sommes certainement plusieurs à regretter ce soir l’absence de MM. Minkowski, Hécaen et Ajuriaguerra en nous souvenant de la lecture de « Vers une cosmologie » ou du rapport et des discussions de 1943 à Bonneval. Ils auraient certainement eu beaucoup à dire. L’observation de M. Rouart doit nous rappeler que tout trouble d’une fonction isolée ne peut conduire à une étude féconde que si elle est posée dans sa signification existentielle. Elle nous place, cette observation d’une sourde, dans un monde d’objets pourvus d’une signification auditive. L’auteur aurait pu se référer au stade pré-réflexif de Merleau-Ponty ou à ce stade pré-perceptif de l’existence auquel je me suis particulièrement intéressé. Au fond l’observation qui nous a été exposée apporte au problème de la genèse du « fait perceptif » une sorte de démonstration de ce paradoxe qui me venait à l’esprit, que c’est l’ouïe qui empêche d’entendre.

Du point de vue psychanalytique M. Rouart n’a pu que tenter une approximation dans la mesure du possible, qui est dans ces cas, faible. Je me suis moi-même heurté à cette difficulté dans l’observation d’Aimée et Freud lui-même s’est heurté aux mêmes limites dans celle du président Schreber.

 

[…]

 

Mr Lacan – Un dernier mot. Je me permet de m’étonner que les Oto-Rhino-Laryngologistes ne pensent jamais à nous apporter des documents cliniques sur les hallucinations des sourds.