Intervention sur l’exposé de F. Pasche « Cent cinquante biographies de tuberculeux pulmonaires » paru dans l’évolution Psychiatrique, 1951, fascicule IV, page 554-556.

(554)M. Lacan. – En ouvrant la discussion, je tiens à souligner l’intérêt des recherches de M. Pasche. J’apprécie, dans la partie théorique de l’entretien, l’attention portée aux mécanismes relationnels simples, relevés chez les malades (et qui les opposent de ce chef aux névrosés où l’analyse permet d’observer des mécanismes de défense plus compliqués). L’analyse des névroses fait apercevoir l’entité « Moi », mais l’analyse des tuberculeux pulmonaires de M. Pasche fait apparaître des conflits, des frustrations puisant « actuellement » dans le milieu extérieur, et cela correspond bien à mon opinion.

Didactiquement parlant, il résulte de ces faits, pour le psychiatre, l’impression d’un flou, d’un éparpillement, d’une non-constitution du Moi. D’où, en conséquence, la nécessité d’une étude massive, de grosses statistiques.

La référence comparative à la méthodologie psychanalytique chez ces malades qui ne sont pas psychanalysés, est pour nous inévitable dans la poursuite de cette étude. Elle est singulièrement difficile pourtant, eu égard à ce qui a été dit plus haut. Que l’on se rappelle simplement que dans l’analyse des névroses, les pulsions du ça ne peuvent être perçues et étudiées qu’à travers le Moi.

 

M. Minkowski. […]

 

(556)M. Lacan.– Je trouve que M. Pasche a bien fait, dans son enquête sur le déterminisme de la localisation respiratoire, d’avoir attribué de l’importance à la fonction expressive de l’organe respiratoire, telle qu’illustrée par exemple dans le cri ; s’adressant à M. Minkowski, il dit ne pas voir ce que la phénoménologie peut apporter sur cet exemple précis de plus que le conférencier.

 

M. Pasche – Je remercie tous ceux qui ont bien voulu prendre la parole et dois dire d’emblée que je suis en somme d’accord avec eux. La conception même que je fais de la tuberculose pulmonaire rend nécessaire l’examen d’un bien plus grand nombre de cas et une étude comparative qui reste à faire. En particulier je suis d’autant plus sensible aux remarques de M. Lacan que je me suis fait les mêmes critiques qui, d’ailleurs, m’ont fait hésiter à vous présenter si prématurément ce travail. […]