Lettre de Jacques Lacan à Michael Balint, publiée dans « La scission de 1953 » (Supplément à Ornicar ?), n° 7, 1976, page 119.

 

Bien cher ami,

 

Pardonnez-moi de vous répondre si tard, quand vous-même m’avez accordé si promptement ma requête. Je vous en remercie et saurai ne pas oublier ni la confiance que vous m’avez faite ni votre générosité.

Comme vous l’avez sûrement appris, des événements se sont ici passés. Ils sont en tout conformes à vos propres termes : « interesting, startling, tragic, or non-essential », et j’eusse préféré n’avoir jamais à en faire état au dehors.

Je mettais un grand espoir dans votre article, dans la tentative que j’ai faite pour ramener à la notion des principes un conflit sans issue entre les étudiants et la Direction du nouvel Institut. Cette tentative a échoué comme toutes celles que j’avais précédemment faites dans le même sens tout au long de la dissension (« curse of strifes ») qui durait depuis le mois de novembre à l’intérieur de la Société elle-même.

Et il a fallu en venir à une scission qui a été littéralement imposée à notre minorité, alors que nous avions fait pour l’éviter tous les sacrifices.

Ceci bien entendu ne saurait s’expliquer en quelques lignes. Nous sommes partis, et la grande majorité des élèves nous a suivis.

Si vous vouliez que je vous parle de tout cela, j’arriverais volontiers à Londres un jour ou deux avant le Congrès.

Je garde sans doute dans la situation actuelle bien des motifs d’amertume pour le passé, mais ils sont effacés par des raisons de certitude pour le présent, et le plus grand espoir dans l’avenir.

Pour tout dire, la nouvelle Société française de psychanalyse est née sous les auspices les plus favorables, ceux de la réaction du cœur et de l’audace, et sans que nous ayons à nous faire de reproches.

À bientôt, cher ami. Sachez que je fais toujours une grande part dans mon enseignement à la lignée spirituelle de Ferenczi, et que je vous reste sympathiquement lié, avec mes meilleurs sentiments.

 

J. L.