Assises de l’École freudienne de Paris : « L’expérience de la passe », Deauville. Parue dans les Lettres de l’École, 1978, n° 23, pp. 180-181.

[…]

(180)Jacques Lacan – Il n’y a pas besoin d’être A.E. pour être passeur.

C’est une idée folle de dire qu’il n’y a que les A.E. qui pouvaient désigner les passeurs.

C’est en quelque sorte une garantie ; je me suis dit que quand même, les A.E. devaient savoir ce qu’ils faisaient.

La seule chose importante, c’est le passant, et le passant, c’est la question que je pose, à savoir qu’est-ce qui peut venir dans la boule de quelqu’un pour s’autoriser d’être analyste ?

(181)J’ai voulu avoir des témoignages, naturellement je n’en ai eu aucun, des témoignages de comment ça se produisait.

Bien entendu c’est un échec complet, cette passe.

Mais il faut dire que pour se constituer comme analyste il faut être drôlement mordu ; mordu par Freud principalement, c’est-à-dire croire à cette chose absolument folle qu’on appelle l’inconscient et que j’ai essayé de traduire par le « sujet supposé savoir. »

Il n’y a rien qui m’ennuie comme les congrès, mais pas celui-ci parce que chacun a apporté sa pauvre petite pierre à l’idée de la passe, et que le résultat n’est pas plus éclairant dans un congrès que quand on voit des passants qui sont toujours ou bien déjà engagés dans cette profession d’analyste, – c’est pour ça que l’A.M.E. ça ne m’intéresse pas spécialement que l’A.M.E. vienne témoigner, l’A.M.E. fait ça par habitude, – car c’est quand même ça qu’il faut voir : comment est-ce qu’il y a des gens qui croient aux analystes, qui viennent leur demander quelque chose ? C’est une histoire absolument folle.

Pourquoi viendrait-on demander à un analyste le tempérament de ses symptômes ? Tout le monde en a étant donné que tout le monde est névrosé, c’est pour ça qu’on appelle le symptôme, à l’occasion, névrotique, et quand il n’est pas névrotique les gens ont la sagesse de ne pas venir demander à un analyste de s’en occuper, ce qui prouve quand même que ne franchit ça, à savoir venir demander à l’analyste d’arranger ça, que ce qu’il faut bien appeler le psychotique.

Et tout est là, il faudrait que l’analyste sache un peu la limite de ses moyens, c’est là-dessus que, en somme, nous attendons le témoignage de gens qui sont depuis peu de temps analystes : qu’est-ce qui peut bien leur venir à l’idée – c’est là que je pose la question – de s’autoriser d’être analystes.

Parce que, comme l’a dit Leclaire, il y a des sujets non identifiés et c’est précisément de ça qu’il s’agit ; les sujets non identifiés nous ne nous en occupons pas, les sujets non identifiés, c’est bien ce qui est en question comme Leclaire nous l’a expliqué.

Le sujet non identifié tient beaucoup à son unité ; il faudrait quand même qu’on le lui explique qu’il n’est pas un, et c’est en ça que l’analyste pourrait servir à quelque chose.