J.LACAN                gaogoa


XXVI-La topologie et le temps –1978-1979

Version rue CB                        note

20 février 1979

 

 

    Je suis embêté à cause du borroméen généralisé. Je ne peux pas croire que les généralisés, ça soit 4 moins 2, 5 moins 3, 6 moins 4, 7 moins 5, 8 moins 6. Je ne peux pas le croire parce que dans tous ces cas, il y a deux de différence et que ceci implique que de les prendre deux par deux ça soit neutre, que de les prendre trois par trois ça soit borroméen. J’ai le sentiment qu’il faudrait que la généralisation du borroméen s’étende à quatre et même –pourquoi pas- à cinq. De sorte qu’il faudrait que ça ne soit pas deux de différence qu’il s’agisse. La question est de savoir si tout est neutre avant quatre, et même cinq.

 

     Alors aujourd’hui je réserverai cette question et j’espère que je vous apporterai quelque chose la prochaine fois. Car il est un fait que le borroméen généralisé a toujours une différence de deux et qu’il faudrait bien que le borroméen généralisé procède autrement.

     Je voudrais aujourd’hui vous dessiner autre chose, c’est à savoir une bande de Slade. Chose curieuse, c’est la même bande que celle-ci, ce qui se voit en rabattant d’abord ceci, ça vous permet de rabattre ceci et ça aboutit, du même coup, à rendre identique ceci avec ceci ; en d’autres termes, en rabattant ceci, c’est-à-dire ceci, ça vous permet, celui-ci, de le rabattre d’une façon telle que c’est égal à ceci, c’est à dire aux six croisements de cette figure, alors que celle-ci en a huit. Peut-être cela m’aidera-t-il à résoudre la question du borroméen généralisé. Posez la question.

 

Mme MOUCHONNAT :

     Excusez-moi, Monsieur, de vous poser une question dans mon style, c’est-à-dire  assez naïf, je pense que je ne suis pas la seule ici d’ailleurs, mais…vous y répondrez si vous pensez que ça vaut la peine, c’est une question qui, pour moi vaut. On en est à six et huit, or je suis complètement dépassée. Jusqu’à trois, ça va ! Je me pose la question, à vrai dire depuis que vous

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(p4->) avons avancé, il n’y a pas longtemps, il y a à peu près deux séminaires, que peut-être la métaphore du nœud borroméen, c’est-à-dire les trois  -…., je m’arrête là pour le moment :- ne convient pas pour rendre compte du R.S.I. Alors je ne sais pas ce qu’il en est de mes camarades, ça m ‘a beaucoup touché, ça m’a paru extrêmement important, je pense que même on pourrait dire qu’il y a de quoi à ne plus dormir, ce qui est peut-être pas mal.

     Alors voilà un petit peu mes réflexions : le nœud borroméen, comme tout ce qu’amène Lacan, il faut – en tout cas, pour moi, c’est comme ça- il me faut quelques années pour comprendre, entendre… Bon, j’en suis arrivé à un petit peu entendre ce que c’est que le nœud borroméen et en tout cas, moi, ça me sert dans l’analyse. C’est un moyen.-(souligné par le scribe)-

 Mon truc, c’est pas les mathématiques, je m’en fiche comme de ma première liquette, je dirai même plus ! Mais c’est un moyen pour une fin, c’est-à-dire que ça me permet de mieux me démêler avec ce qu’est la psychanalyse. Alors l’intérêt du nœud borroméen, c’est que c’est une façon d’écrire le R.S.I. En gros –bon, je le rappelle- il y a trois ronds qui s’attachent ; au milieu, il y a un trou : c’est le petit a. Mais ils s’attachent d’une certaine façon, ça, c’est très important. Non (?), je crois que depuis le temps qu’on nous le serine, ça, jusque là, c’est fait le travail d’avoir saisi…

     Quand même, je veux dire quelque chose, c’est qu’à propos du nœud borroméen, l’intérêt que Lacan a suscité chez moi, avec tout ça, je le vois à deux niveaux : d’abord il nous a fait une monstration qui a duré, qui dure, qui est une vrai démonstration, c’est-à-dire, il se collète avec le Réel, il s’emmêle, il nous le montre, je dirais même qu’il y met une certaine complaisance, et je pense que c’est une leçon, enfin pour moi, c’en est une.

     Le deuxième niveau, ça m’intéresse parce que, comme je le disais, ça m’aide pour travailler dans la psychanalyse. Alors pour en revenir à nos moutons, je dirais, c’est-à-dire une histoire de bélier, en gros, je reconnais là une histoire de bélier, c’est-à-dire le corps primordial qu’on incorpore, comme chacun sait, dont l’origine est peut-être mythique, enfin je le mettrais plutôt du côté du R, du Réel. Et puis il y a, deuxième, c’est le « Tu dois une vie à ton père », le S à peu près. Non, bien sûr, je me suis trompé pour le premier, c’est l’Imaginaire que je voulais dire, le bélier, le corps imaginaire.  Et ensuite le Symbolique du côté de Jéhovah : « Tu dois une mort à Dieu ». Quel dieu, peu importe! La question de dieu se pose à chacun, comme chacun sait, même aux athées.

 

     Bon, alors, alors, moi, ça me sert, le nœud borroméen. Je dois dire que quand Lacan nous dit, il y a deux ou trois séances, peut-être que cette métaphore ne convient pas, vraiment ça m’a bouleversée. Alors, voilà, je me suis dit : ça ne convient pas, ça veut dire quoi ? Enfin il a dit quelque (p5->) chose- j’ai pas retrouvé mes notes, je les ai prêtées à quelqu’un, j’ai pas pu revoir exactement- mais c’était quelque chose, enfin il y avait un adjectif en « able » du genre « c’est pas convenable », c’était peut-être un autre… disons « injustifiable » ? Alors, c’est injustifiable, je me suis dit : pourquoi c’est injustifiable ? injustifiable, ça veut dire que notre démonstration ne convient pas bien, notre modèle que nous avions avancé –je dis nous parce qu’on assiste à son séminaire, et même après quelques années je pense qu’on assiste son séminaire, c’est pour cela que je me permets de parler- bon, alors c’est injustifiable parce que ce modèle ne convient pas, on s’est trompé quelque part comme on sait bien qu’on fait, c’est à revoir, retourner un peu en arrière ou bien alors vraiment ça ne peut pas convenir, ce modèle ne peut pas convenir, alors voilà, ma question arrive là- pour moi c’est une question importante. Il a dit : cette métaphore est, disons, injustifiable. Alors est-ce qu’on peut dire qu’une métaphore  est liquidée parce qu’elle n’est pas bien…juste. Moi, je pense que non, une métaphore, c’est jamais tout à fait juste sinon ça ne serait pas une métaphore. Seulement on ne peut pas parler si on n’utilise pas des métaphores et dans ce sens le nœud borroméen, ça m’est utile comme métaphore. Alors je l’entends un tout petit peu du côté de la métaphore paternelle, mais peut-être que je comprends mal Lacan. La question que je voudrais poser, c’est celle-ci : est-ce que simplement c’est un problème de mathématiques, auquel cas, je suis tranquille, enfin ça ne m’intéresse pas, pas spécialement, non vraiment ! Mais si le R.S.I, cet arrangement particulier de ces trois catégories, liées comme elles le sont, avec ce trou au milieu, c’était la métaphore paternelle ou bien peut-être en ajoutant un quatrième rond, comme ça a été évoqué, peut-être Freud avait joué avec le père comme ça, à l’autre rond là. Bon, eh bien, si ça ne convient pas, ça nous entraîne loin, je crois que c’est une question très importante. Enfin la question…mais je crois que c’est pas très clair ce que je dis, je le dis comme je le peux, la question que je pose à Lacan, c’est : sommes-nous, nous tous, emmêlés dans des nœuds  là devant des difficultés proprement mathématiques, mais ça n’a-t-il pas des incidences, puisque quand même il nous parle dans la psychanalyse là, pour la psychanalyse. Est-ce que ça ne nous ré-interroge pas dans nos catégories psychanalytiques, est-ce que il n’y a pas là quelque chose au niveau des noms du père qui serait à réajuster. On se serait trompé : ou notre modèle ne convient pas ou il faut repenser quelque chose au niveau de la métaphore paternelle. Alors la troisième solution étant qu’évidemment je n’aie pas compris, ce qui n’est pas du tout exclu, c’est sûr.

 

LACAN :    Ce qui me tracasse dans le nœud borroméen, c’est une question mathématique et c’est mathématiquement que j’entends la traiter.

 

X :   Docteur, permettez-moi de rectifier votre troisième schéma. Dans le cadre de la bande de Slade, si on donne 1-2-3 à l’ordre de départ, ça arrive en bas en 1-2-3, mais dans le cadre du troisième schéma, si c’est 1-2-3 au départ, c’est 2-3-1 à l’arrivée.

 

LACAN :    C’est tout à fait vrai……………

          C’est tout à fait vrai, mais je suis embrouillé.

          Bien, je vous dis au revoir. J’essaierai de faire mieux la prochaine fois.

note: bien que relu, si vous découvrez des erreurs manifestes dans ce séminaire, ou si vous souhaitez une précision sur le texte, je vous remercie par avance de m'adresser un email. Haut de Page