J.LACAN                    gaogoa

 

XVI- La logique du fantasme. 1966-1967

                        version rue CB

7 Juin 1967                       note  

 

    (p285->)     Ce qu'il y a de commun à ce qu'on appelle en dernière heure le structuralisme, c'est de faire dépendre la fonction du Sujet de l'articulation signifiante. C'est dire qu'après tout ce signe distinctif peut rester plus ou moins élidé qu'en un sens il l'est toujours. Bien sûr, je sais que certains d'entre vous peuvent trouver qu'à cet égard les analyses de Lévy-Strauss laissent justement ce point central en suspens, nous laissent pour tout dire devant cette question pour autant que depuis quelques années elle est centrée sur le mythe, cette analyse. Faut-il penser enfin que le miel attendait - j'entends depuis toujours - dans le tabac la vérité de son rapport avec la cendre ?

    En un certain sens c'est vrai, c'est pourquoi la mise en suspens du Sujet découle, c'est ce qui suffit à nous faire contribuer à quelque chose qui n'est pourtant pas une doctrine qui est seulement la reconnaissance d'un efficace qui semble bien être de la même nature que celui qui fonde la science. Il n'en reste pas moins qu'une notion de classe telle qu'elle impliquerait structuralismes qu'un minimum de caractéristiques ne saurait d'aucune façon, conjoindre en un ensemble un certain nombre de recherches pour autant que pour prendre la mienne par exemple, après tout ce n'est que comme office, comme appareil adjuvant qu'elle a dû d'abord rencontrer pour l'articuler cette nécessité de l'articulation subjective dans le signifiant.

    Elle en est, en quelque sorte, la préface, rien ne saurait y être correctement pensé sans cela, pourtant ce n'est pas sans raison que nous devons produire enfin ce qui dans le même champ a été articulé trop vite, qui est le rapport fondamental du sujet ainsi constitué avec le corps.

    Ceci d'où sort que symbolisme veut toujours dire enfin symbolisme corporel, ceci à quoi j'arrive, a dû pendant des années, être par moi écarté précisément en raison du fait que c'est ainsi depuis toujours, que c'est ainsi traditionnellement qu'était articulé le symbolisme, c'est-à-dire d'une façon qui manquait l'essentiel comme il arrive pour être trop précipité, les membres et l'estomac, il y a bien longtemps, depuis toujours, j'ai évoqué à l'horizon la fable de Mennenius et d'Aggripa. Ce n'était pas si mal. Comparer la noblesse à l'estomac c'est mieux que de la comparer à la tête, puis ça remet la tête à sa place parmi les membres. C'est aller quand même un peu vite.

    (p286->) Si nous le savons c'est en raison du fait que ce qui est au centre de notre recherche à nous analystes, c'est quelque chose qui sans doute ne passe pas par ailleurs que par les voies de la structure des incidences du signifiant dans le réel en tant qu'il y introduit le Sujet mais que son centre, c'est un signe, que je ne puisse le rappeler avec cette force qu'au moment où à proprement parler j'installe mon discours dans ce que je puis légitimement appeler une logique. C'est à ce moment que je puis rappeler que tout tourne pour nous autour de ce qu'il en est de ce qu'il faut appeler la difficulté non pas d'être comme disait l'Autre en son grand âge, la difficulté inhérente à l'acte sexuel. I1 y a d'autres difficultés qui ont annoncé celles-là, introduire cette fonction de la difficulté ce n'est pas rien, le jour où la difficulté de l'harmonie sociale a pris ce nom légitime : la lutte des classes, un pas était franchi.

    La difficulté de l'acte sexuel ce peut être d'un certain poids si on s'y arrête, je veux dire si tout ce que nous avons à articuler dans ce champ se centre effectivement sur cette difficulté. Je soupçonne l'une des raisons pourquoi les psychanalystes préfèrent s'en tenir à ce que posait la Chose. A ce que posait la Chose au centre il en résulte de lumière pour toute une région zonale. Je soupçonne que mis à part quelque chose qu'il faudra bien que je signale tout à l'heure, c'est d'abord une difficulté logique. On pourrait à ce propos tenir pour indiciel que l'institution du mariage se révèle comme d'autant plus, je ne dirai pas solide, c'est bien plus que ça résistante, que droit est donné dans notre société de s'articuler à toutes les aspirations comme disent les psychologues à toutes les aspirations vers l'acte sexuel.

    Puisqu'il s'est trouvé que quelque chose a été franchi dans l'éclaircissement de la difficulté de l'harmonie sociale, il est en effet tout à fait frappant que ce n'est pas spécialement là qu'ait été plus ouvert le droit à s'articuler des aspirations vers l'acte sexuel que le mariage s'y montre, je ne dirai pas plus résistant, il n'a pas à résister, plus institué qu'ailleurs et que dans le champ où les aspirations s'articulent sous mille formes efficaces dans tous les champs de l'art, du cinéma, de la parole, sans compter dans celui du grand malaise névrotique de la civilisation, le mariage bien sûr, reste au centre, n'ayant pas bougé n'ayant pas bougé d'un pouce dans son statut fondamental. Autrement dit pour la résumer, cette institution, de voir qu'elle est fondée sur cette seule énonciation une fois prononcée, dont je me suis servi autrement comme exemple pour indiquer la structuration du message en lui-même , "tu es ma femme" . Ce qui n'a même pas besoin d'être redoublé d'une autre annonce, ce qui rend presque purement formel qu'on lui demande si elle est d'accord. A ceci tient sous toutes les formes où persiste au moins pour l'instant cette institution, à ceci tient l'inauguration de ce que nous appellerons un couple défini comme producteur.

    Ce n'est pas tout à fait dire seulement qu'il s'agit du couple au sens où il s'agit de l'affaire sexuelle. Bien sûr elle est exigible. Mais il faut remarquer que nous pouvons dire que son produit est autre chose que l'enfant réduit au rejeton (p287->) biologique, à l'effet de la fonction de reproduction. Et c'est ce que nous voulons dire en désignant comme "a", ce que nous avons à interroger au départ, de son entrée dans l'acte sexuel. Il en est déjà le produit et non pas seulement comme rejeton biologique. Ce «a» que je vous ai dit que vous pouvez grossièrement, si vous voulez absolument le situer dans vos cases philosophiques, l'identifier à ce à quoi est arrive le résidu de cette tradition au dernier terme, après avoir porté jusqu'à sa perfection l'isolation de la fonction du sujet et avoir dû au-delà rester coit, il n'en reste pas moins qu'avant de nous faire signe : bye-bye, voguez maintenant, sur ce qui me succède, et où vous êtes un tant soit peu plongé dans ce monde qui remue, qui va sortir de la dernière de ses contradictions, ça commence ! à ce moment-là, elle vous indique quand même qu'un petit résidu restait de cette bénéfique dialectique à quoi était offert d'avance l'ordre total : le savoir absolu qui s'appelle le Dasein. Ce résidu de présence en tant que lié avec la tradition philosophique nous le recueillons de sa main, nous qui le retrouvons précisément comme le sous produit de ce quelque chose qui était resté masqué dans la dialectique du sujet à savoir : qu'elle a à faire à l'acte sexuel; ce résidu subjectif est déjà là au moment où se pose la question du mode dont il va jouer dans l'acte sexuel. Si tout le discours humain est ainsi structuré qu'il laisse béant la possibilité même de l'instauration subjective impliquée dans l'acte sexuel, tout le discours humain a déjà produit non pas dans chaque sujet, au niveau de son effet subjectif en soi, cette pluie, ce ruissellement de résidu qui accompagne chacun des sujets intéressés dans le processus, et il se trouve, je pense que vous vous en souvenez, parce que c'est par cet abord que nous l'avons déjà approché ce résidu, c'est en fin de compte la jonction la plus sûre, toute partielle qu'elle soit dans son essence, la jonction la plus sûre du sujet avec le corps. Que ce «a» se présente certes comme corps, mais non comme on le dit comme corps total, comme chute, égaré au regard de ce corps dont il dépend selon une structure qui est fortement à maintenir si l'on veut la comprendre. On ne peut la comprendre qu'à se référer au centre, et c'est bien ce que maintiennent certaines indications comme celles de l'incidence de ces objets que j'appelle du «a», sont toutes liées, on ne dit pas à l'acte, bien sûr, puisque , c'est moi qui l'ai dit le premier, à quelque chose quand même qui s'y destine, puisque c'est tout entier autour de la prématuration biologique, pour autant qu'elle invoque cet appel fait au corps vers le lieu de l'acte, non pas seulement prématuration de sa tentative, prépuberté, nous dit-on, première poussée qui en indique l'avenir et l'horizon et à soi seul, mais non sans invoquer toute une conjonction, toute une circonstance sociale de répression, d'appréciation, tout au moins de références dites cursives de demande et de désir, déjà préforme, fait arriver le sujet comme «a», comme sous produit que ce point central fait difficulté à la difficulté même. Peut-être la carence relative est que si même elle est relative, elle n'en reste pas moins radicale, je dis peut-être, les psychanalystes eu égard à leur tâche tient-elle à ce qu'ils ne se pose pas eux-mêmes comme engagés à en éprouver à l'extrême la difficulté de l'acte sexuel. Car la psychanalyse didactique si, bien sûr elle est plus qu'exigible pour chez eux, disons, cicatrisés, les effets de hasards comme il en est chez chacun de cette difficulté, ce n'est pas dire qu'elle constitue en elle-même le fait de s'éprouver à cette difficulté.

    (p288->) Il est assez commode de franchir, le nettoyage, la purification préalable, de retourner à ses pantoufles qui ne sont, quoiqu'on en dise, pas le lieu élu de l'acte sexuel. Certes c'est déjà un accès que d'être en état de penser le désir.

    Allez-vous croire que je vous donne ce mot d'ordre : qu'il s'agit de penser l'acte sexuel ? Un acte, remarquez-le si vous vous souvenez de la façon où je l'ai introduit, n'a pas besoin d'être pensé pour être un acte. La question se soulève même de savoir si ce n'est pas pour ça qu'il est un acte. Je n'irai pas plus loin dans ce sens, qui ne favorise que trop les semblants d'acte. Le faire n'est pas commode, mais il est certain qu'il faille ou non le penser, on peut le penser qu'après, nature de l'acte, c'est qu'il faut le connaître d'abord ce qui peut-être n'exclut pas qu'il soit pensé, c'est vous dire si l'on part de la difficulté de l'acte sexuel ce n'est pas mettre à la portée de la main le temps de la penser.

    Alors reprenons au niveau le plus ras, comment ça se pose si c'est un acte, constitution en acte d'un signifiant à partir de quelques motions dirons-nous n'invoquant là que le registre du mouvement, quelque chose de mesurable dans la pensée d'un corps, il doit y avoir, si le signifiant se réduit à la plus simple chaîne, cette opposition que j'ai déjà inscrite sur deux petites plaques inattendues dans un de mes articles et que nous traduirons ici par «suis un homme» et son rapport avec "suis une femme".

    Nous revenons à ce qui tout à l'heure se présentait comme le message sous une forme inversée. Est-ce qu'il n'est pas absolument fabuleux que nous ne puissions pas en aucun cas absolument pas rendre compte d'un lien entre ces termes qui justifie que nous les prenions pour l'un de l'autre l'inverse, et qu'il faut bien dès lors que nous les interrogions tels qu'ils sont, c'est-à-dire, que nous ne l'ignorez pas et comme c'est articulé dans chaque ligne de Freud, dans la totale incapacité de leur donner quelque corrélat sur que ce soit, activité, passivité ne sont que des substituts, dont chaque fois qu'il les emploie Freud souligne le caractère, je ne dirai pas inadéquat, suspect.

    Reposons les questions avec les appareils que nous ont fourni notre bonne petite tradition du maniement du sujet. Elle doit pouvoir ici être mise à l'épreuve et même si elle ne peut servir à rien, la façon dont elle sera rebutée par l'objet, nous instruira peut-être de quelque chose concernant l'objet lui-même son élasticité par exemple. L'être mâle, aussi bien l'être femelle, sont à ce niveau du discours exactement dans la même position, nous allons lui trouver quelque chose d'analogue à quoi, ce à quoi, nous a mené notre maniement du sujet. Il doit bien y avoir deux faces, il y a un en soi et un pour quelque chose, mais ce qui se voit tout de suite, c'est que ce n'est pas du tout là le pour soi, en raison même de l'exigence fondamentale de l'acte sexuel qui ne peut pas rester pour soi, mais ne disons pas qu'il est celui pour qui fait la paire, c'est là que doit nous servir l'introduction de la fonction du grand Autre, ce qui correspond ici à notre interrogation comme opposée à cet en soi, plutôt dérapant qui correspond à l'être mâle et bien (p289->plus encore à l'être femme, c'est un pour l'Autre, c'est-à-dire ce qu'il nous a fallu évoquer d'abord, c'est-à-dire le lieu d'où le message lui revient sous une forme inversée. Je vous fais remarquer, c'est un petit rappel, je le ferai plus accentué la prochaine fois, mais je ne peux ici que l'amorcer en passant.

    A cette alternative dont j'ai étendu la portée en montrant qu'elle n'est pas celle simplement de l'aliénation puisqu'elle nous a permis d'ores et déjà au premier trimestre à situer cette opération logique de l'aliénation dans sa relation avec deux autres. Vous l'avez peut-être oublié qui forme avec elle quelque chose que j'ai interrogé à la manière d'un groupe de Klein. Bref, le départ de ce petit rectangle, où j'ai situé l'aliénation fondamentale du Sujet, précisément dans son rapport avec une passibilité qui n'était que la place marquée de l'acte sexuel sous la forme logique de la sublimation, cette alternative où je ne pense pas, ou je ne suis pas, choix séduisant, comme vous le voyez, qui est le départ de ce qui est offert au sujet, dès que la perspective s'introduit d'un inconscient en tant qu'il est fait de cette difficulté de l'acte sexuel vous voyez ici comme elle se répartit. Le "je ne pense pas", c'est assurément l'en soi, le pour soi, si jamais il se manifeste de l'être mâle ou de l'être femme, le "je ne suis pas" étant de l'autre côté, à savoir du côté du pour l'autre, ce que l'acte sexuel est appelé à assurer, puisqu'il s'y fonde, c'est quelque chose que nous pourrons appeler un signe venant du «je ne pense pas» d'où je suis comme ne pensant pas, pour arriver au «je ne suis pas» là où je suis comme n'étant pas. Si je suis où je ne pense pas et si je pense où je ne suis pas, c'est bien l'occasion de s'en rappeler dans ce rapport qui a beau arriver au "je ne suis pas", c'est‑-à-dire, moi, mâle au niveau de la femme, c'est quand même là que quelqu'aient été les prétentions des philosophes à détacher le tophronen, je cogite, du ,to kaeren, je jouis, c'est quand même là que mon destin au niveau du tophronen se joue.

    Le fait d'avoir dialogué avec Socrate n'a jamais empêché personne d'avoir des obsessions qui chatouillent, qui dérangent grandement son tophronen.

    Le pas suivant est celui-ci : qui nous est offert, et c'est pour ça que je l'ai rappelé, par la fonction du message, c'est un fait qu'imprudent et ne sachant absolument pas ce que je dis, je m'annonce comme étant homme là où je ne pense pas sous cette forme du : tu es ma femme là où je ne suis pas, ça a quand même l'intérêt que ça donne à la femme la possibilité de s'annoncer elle aussi, c'est ça qui exige qu'elle soit là au titre de sujet, car elle le devient, elle comme moi, dès lors qu'elle s'annonce. Cette rencontre sous la forme pure, d'autant plus pure, j'y insiste qu'on ne sait absolument pas ce qu'on dit, c'est là ce qui met au tout premier plan la fonction du Sujet dans l'acte sexuel. C'est même comme pur Sujet que nous nous apercevons précisément au niveau du fondement de cet acte, que ce pur sujet se situe au joint ou pour mieux dire au disjoint du corps et de la jouissance.

    Si vous vouliez me dire ici même qu'après tout, cet acte, nous pouvons bien nous passer de ses exigences d'acte, qu'on a pas besoin peut-être de l'acte sexuel pour foutre d'une façon parfaitement convenable.

    (p290->) I1 s'agit en effet de savoir dans le relief de l'acte, ce qui exige le Sujet, c'est peut-être peu dire que de dire que tout tient dans l'opposition des signifiants homme-femme, si nous ne savons pas encore même, ce qu'ils veulent dire.

    En effet, là où se voit l'incidence du Sujet n'est pas tellement dans le mot femme que dans le mot mâle. La jouissance est un terme ambigu, il glisse de ceci qui fait dire qu'il n'y a de jouissance que du corps, et qui ouvre le champ de la jouissance où vient s'inscrire ces limites sévères où le Sujet se contient des incidences du plaisir, ce sens où jouir, ai je dit, c'est posséder le mâle. Je jouis de quelque chose, ce qui laisse en suspens la question de savoir si ce quelque chose de ce que je jouisse de lui, jouit, là autour du «me» et très précisément cette séparation de la jouissance et du corps, car ce n'est pas pour rien que je vous y ai introduit la dernière fois par le rappel de cette articulation fragile d'être limitée au champ traditionnel de la genèse du Sujet, de la phénoménologie de l'esprit du Maître et de l'esclave, moi, je jouis de to corps, c'est-à-dire que ton corps devient la métaphore de ma jouissance.

    Hegel tout de même n'oublie pas que ce n'est qu'une métaphore, c'est-à-dire que si Maître je suis, ma jouissance est déjà déplacée, qu'elle dépend de la métaphore du serf et qu'il reste que pour lui comme pour ce que j'interroge dans l'acte sexuel, il y a une autre jouissance qui est à la dérive.

        Est-ce que j'ai besoin de l'écrire.

        mon corps - corps 

                                ma jouissance 

                                                    jouissance 

il s'agit de savoir ce qui est là sous la forme de mon corps. Je ne pense même pas, innocent que je suis, à l'appeler "mon", ça à voir avec le rapport de métaphore qui fonderait tout de la façon la plus élégante et la plus aisée avec la jouissance qui est en question et qui fait la difficulté de l'acte sexuel.

    Vous allez me dire : pourquoi est-ce que c'est au niveau de la femme qu'elle fait question ?

    Nous allons le dire très vite et simplement, tout de suite, tous les psychanalystes le savent, ne savent pas le dire forcément, mais ils le savent, par ceci : c'est que homme ou femme ils n'ont pas encore été capables d'articuler la moindre chose qui tienne sur le sujet de la jouissance féminine.

    Je ne suis pas en train de dire que la jouissance féminine ne peut pas prendre cette place, c'est là la difficulté de l'acte sexuel. Cette référence du Maître et de l'esclave à savoir la jouissance à la dérive, il n'y a pas de raison qu'elle ne soit pas toujours là la jouissance et ceci d'autant plus que lui n'a pas eu comme le Maître, (p291->l'idiotie de la mettre dans le risque. Pourquoi ne l'aurait-il pas gardée ? Ce n'est pas parce que sa jouissance à lui ne continue pas sa petite vie, comme tout le prouve.

    Si vous lisez la comédie antique, si vous relisez le cher Térance, par exemple, qui n'est pas précisément un primitif, qui est même tout le contraire, dont on peut même dire que les choses sont poussées si loin chez lui, que ça dépasse en simplicité tout ce que nous pouvons cogiter. C'est plus simplet qu'un film de M. Robbe-Grillet, même quand il est bâclé. Mais il n'est pas bâclé. Seulement, nous ne nous apercevons plus de quoi il s'agit, il y a une certaine histoire d'Adrienne, par exemple, vous allez lire et vous allez dire : "Mon dieu, quelle histoire" ! Tout ça parce qu'un garçon qui a un père, doit ou non épouser une fille de la bonne ou de la mauvaise société, et comme à la fin celle qui est de la mauvaise société, s'avère être de la bonne, à cause de cette histoire éternelle des reconnaissances, qu'elle a été enlevée toute petite, patati et patata . quelle histoire ! et quelle histoire idiote ! seulement ce qu'il y a de fâcheux si vous raisonnez ainsi, c'est que vous ne voyez pas une chose, c'est qu'il n'y a qu'une seule personne intéressante dans toute cette comédie et qui s'appelle Davus, c'est bel et bien un esclave, car on prend tout à fait au sérieux lui qui mène tout, lui qui est le seul intelligent parmi toutes ces personnes, et on ne songe même pas à suggérer que les autres pourraient commencer de l'être. Le père joue le rôle paternel au degré d'abrutissement souhaitable, superfétatoire, le fils est un pauvre mignon complètement égaré, les filles en jeu on ne les voit même pas, elles n'intéressent personne. Il y a un esclave qui se bat pour son Maître à ceci près qu'il risque, d'une minute à l'autre (c'est écrit) d'être crucifié, et il mène l'affaire de main de Maître, c'est le cas de le dire !

    Voilà de quoi il s'agit dans la comédie antique, à ceci près que ça n'a pour nous aucun intérêt, à savoir de vous montrer qu'il peut y avoir une question de ce qu'il advient de la jouissance quand il s'est produit ce petit mouvement de décalage, qui est à proprement parler constitué dès que s'introduit entre le corps et la jouissance, la fonction du Sujet.

    Ce n'est pas avec la jouissance propre à un corps en tant que cette jouissance le définit, un corps c'est quelque chose qui peut jouir. Seulement, on le fait devenir la métaphore de la jouissance d'un autre.

    Qu'est-ce que devient la sienne ? Est-ce qu'elle s'échange ? Toute la question est là. Mais elle n'est pas résolue. Elle n'est pas résolue, pourquoi ? Tout de même nous, analystes, nous le savons. Cela ne veut pas dire que nous pouvons toujours le dire, c'est une observation générale. Il ne faut pas tout le temps la répéter. La fonction du corps, nous l'avons toujours rappelé, c'est le lieu de l'Autre.

(p292->)

 

Nous ne savons pas si elle vient là.

Dans le "tu es ma femme", savoir si le corps de la femme est la métaphore de sa jouissance à lui.

    En effet, pour des raisons qui tiennent à ceci : qu'il n'y a pas que le couple en jeu dans l'acte sexuel, à savoir, que comme d'autres structuralistes qui fonctionnent dans d'autres champs où l'ont rappelé, ce rapport de l'homme et de la femme est soumis à des fonctions d'échanges, qui impliquent du même coup une valeur d'échange et que le lieu où quelque chose qui est d'usage est frappé de cette négativation qui en fait une valeur d'échange est ici pour des raisons prises dans la constitution naturelle de la fonction de copulation, est ici, prise sur la jouissance masculine en tant qu'elle on sait où elle est, enfin, on le croit. Il y a un petit organe qu'on peut attraper. C'est ce que fait le bébé tout de suite avec le plus grand aise.

     Je fais une parenthèse, il faudra que je vous la n...........m (mots effacés!) apporté un petit livre romantique sur la masturbation avec figures,  ..elqu....(idem!) chose de tellement ravissant, que je ne peux pas croire que si je le fais ici circuler, il me reviendra.

                                                    Manque une page.

 

Dieux n'ont pas de corps, simplement comme vous ne l'ignorez pas ils en changent. Même le Dieu d'Israël a un corps, il faut être fou pour ne pas s'en apercevoir. Ce corps est une colonne de feu, la nuit, et de fumée, le jour, ceci nous est dit dans le livre et ce dont il s'agit là est à proprement parler son corps. Ce sont des choses que j'aurais mieux développées si j'avais pu faire le séminaire sur le nom du père.

    La déesse est jouissance. Il est important de le rappeler. Son statut de déesse est d'être jouissance et le méconnaître c'est proprement se condamner à ne rien comprendre de ce qui est de la jouissance, c'est pourquoi le philèbe est exemplaire où une réplique nous annonce qu'en aucun cas les dieux n'ont que faire de la jouissance, ce ne serait pas digne d'eux. C'est là si l'on peut dire qu'est le point faible du départ du discours philosophique. C'est d'avoir radicalement méconnu le statut de la jouissance dans l'ordre des étant.

    (p293->) Je ne fais ces remarques que dune façon incidente et pour vous rappeler la portée que cette lecture du philèbe permet de repérer avec une exactitude exemplaire le champ limité dans lequel se développe tout ce qui va en être du statut du Sujet et de ce que signifie la récupération des questions qui ont été de son fait, isolées.

    Nous voici donc autour de cette question de ce qu'il en est de la jouissance dans l'acte sexuel, disons, pour introduire ce qui est la fin de ce discours, mais qu'il est essentiel d'abord d'articuler avec la plus extrême scansion, ce qui est la fin de ce discours et de nous permettre de repérer en quoi les actes qu'on met et légitimement au registre de la perversion concernent l'acte sexuel. S'ils concernent l'acte sexuel c'est parce qu'au point où il est question de la jouissance, vous verrez que du fait qu'il y a ce point il peut n'en être pas moins question au niveau du corps de la femme, mais que c'est par un second biais que nous pouvons l'aborder étant donné que la prise, le modèle qui nous est donné de ce qui va apparaître dans les tentatives de solution est dans l'instauration de la valeur de jouissance, c'est-à-dire dans le fait qu'est négativée la fonction d'un certain organe qui est l'organe même par où la nature par l'offre d'un plaisir assure la fonction copulante d'une façon qui est parfaitement contingente, accessoire, chez d'autres espèces animales elle l'assure différemment, avec des crochets par exemples, et rien ne peut nous assurer que dans cet organe il y ait quoi que ce soit qui concerne à proprement parler la jouissance. Ici, nous avons ce terme par où s'introduit la valeur, c'est par là qu'au niveau où est la question de la jouissance très précisément cette jouissance entre en jeu sous forme de question. Se poser la question de la jouissance féminine eh bien, c'est déjà ouvrir la porte de tous les actes pervers.

                    Ceci résulte pour ça, que les hommes ont en apparence tout au moins, le privilège des grandes positions perverses, qu'on pose la question, c'est déjà quelque chose qu'on puisse la poser, si la femme même en a soupçon. Bien sûr, par la réflexion de ce qu'introduit en elle ce manque de la jouissance de l'homme, elle entre dans ce champ par la voie du désir, qui comme je l'enseigne, est le désir de l'Autre, c'est-à-dire le désir de l'homme, mais c'est plus primitivement que pour l'homme se pose la question de la jouissance, elle se pose en ceci qu'elle est intéressée au départ, au fondement de la possibilité de l'acte sexuel, et la façon dont il va l'interroger c'est au moyen d'objets, de ces objets que j'appelle «a» en tant qu'ils sont marginaux, qu'ils échappent à une certaine structure du corps, à savoir : à celle que j'appelle spéculaire, et qui est le mirage par quoi je dis que l'âme est la forme du corps, que tout ce, qui du corps passe dans l'âme, là est ce qui   peut être retenu, là est l'image du corps, là est ce par quoi tant d'analystes croient pouvoir saisir ce qu'il en est dans notre référence au corps, d'où tant d'absurdités, car c'est précisément dans cette partie du corps dans ces étranges limites qui, comme je le dirai, en commentant ces images font boule, font symphyse, dans ces parties du corps que nous appellerons par rapport à la réflexion spéculaire partie anesthésique, c'est là que se, réfugie la .question de la jouissance et c'est à ces objets que le Sujet pour qui cette question se pose au premier rang, le sujet mâle, que (p294->) ce sujet s'adresse pour poser la question de la jouissance, bien sûr, ceci au moment où je vous quitte peut vous paraître une formule fermée, et c'est vrai. Pour autant qu'à tout le moins faudrait-il sur chacun de ces objets majeurs que je viens d'évoquer qui sont ceux que je désigne sous le nom d'objets «a», le démontrer de façon exemplaire. Mais ce que je vous démontrerai ce sera, pour notre prochaine rencontre, c'est comment ces objets servent d'éléments questionneurs, ceci ne peut nous être donné qu'à partir de ce que j'ai d'abord articulé la dernière fois et encore aujourd'hui comme séparation constitutive du corps et de la jouissance, ai-je seulement besoin de commencer à en indiquer quelque chose pour que vos pensées aillent tout de suite sur la voie de la pulsion qu'on appelle, à tort, sado-masochique, mais qui est tout de même pourtant avec la scoptophyllie, les seuls termes dont Freud se sert comme pivot quant il a à définir la pulsion.

            Que la pulsion sado-masochiste joue toute entière un jeu où ce  ce qui est en question est dans le point de disjonction marqué par mon signe du à savoir, la disjonction de la jouissance et du corps, c'est pour autant, vous le verrez la prochaine fois dans ces détails, que le masochiste, c'est de lui que je partirai, interroge la complétude et la rigueur de cette séparation et la soutient comme telle. C'est par là qu'il vient à soutirer si je puis dire, du champ de l'autre ce qui reste pour lui de disponible d'un certain jeu de la jouissance, c'est en tant que le masochiste donne une solution qui n'est pas voie de l'acte sexuel, mais  qui se passe sur cette voie que nous pourrons situer de la façon juste ce qui se dit de toujours approximatif sur cette position fondamentale du masochiste en tant qu'elle est structure perverse et qu'en son niveau pour l'avoir articulé en son temps, qui est ici primordiale, 1ui seul nous permet de distinguer, car il faut les distinguer, ce qu'il en est de l'acte pervers et ce qu'il en est de l'acte névrotique.

    Vous le verrez, je vous l'indique, car j'ai le sentiment de ne pas vous en avoir tant dit aujourd'hui, je vous l'indique pour autant que cela peut à certains servir déjà de thème de réflexion, il faut radicalement distinguer l'acte pervers de l'acte névrotique.

    L'acte pervers se situe au niveau de cette question sur la jouissance. L'acte névrotique même s'il se réfère au modèle de l'acte pervers, n'a pas d'autre fin que de soutenir ce qui n'a rien à faire avec la question de l'acte sexuel à savoir l'effet du désir. Ce n'est qu'à poser les questions de cette façon radicale, et elle ne peut être radicale que d'être articulée logique que nous pouvons distinguer la fonction fondamentale de l'acte pervers, je veux dire, nous apercevoir qu'il est distinct de tout ce qui y ressemble parce que cela  y emprunte son fantasme.

 

note : bien que relu, si vous découvrez des erreurs manifestes dans ce séminaire, ou si vous souhaitez une précision sur le texte, je vous remercie par avance de m'adresser un émail. Haut de Page 
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