J.LACAN                    gaogoa

 

XVI- La logique du fantasme. 1966-1967

                        version rue CB

14 Juin 1967                       note  

 

    (p297->) Une analyse peut être interminable, mais pas un cours il faut bien qu'il ait une fin. Le dernier de cette année aura lieu mercredi prochain.

    C'est donc aujourd'hui l'avant dernier. Cette année j'ai choisi qu'il n'y ait pas de séminaire fermé, je fais néanmoins place, au moins, je m'excuse si j'ai oublié deux personnes qui m'ont apporté ici leur contribution, peut-être au début de cet avant dernier cours y aura-t-il quelqu'un d'entre vous, plusieurs, qui voudrez bien me dire peut-être sur quoi ils aimeraient, qui sait, mettre un peu plus d'accent, amorcer une reprise pour le futur, ceci soit dans cette avant-dernière leçon, soit dans la dernière. Je verrai si je peux y répondre aujourd'hui, je m'efforcerai au moins d'indiquer dans quel sens je peux répondre ou ne pas répondre. Bref, si quelques-uns d'entre vous voulaient bien ici, tout de suite, me donner quelques indications de leur vœux et ce que j'ai pu leur laisser à désirer concernant le champ que j'ai articulé cette année sur la logique du fantasme. Je leur en serais reconnaissant.

    Qui demande la parole ? (silence). N'en parlons plus pour l'instant, ceux qui auront l'esprit d'escalier pourront peut-être m'adresser un petit mot, mon adresse est dans l'annuaire, rue de Lille, je ne pense pas que vous aurez d'hésitation, que je sache je suis le seul, au moins à cette place, à être repéré comme docteur Lacan.

    Je vais poursuivre au point où nous avons laissé les choses, et comme nous n'avons plus très longtemps pour boucler ce qui peut passer pour former certains champs, cerner dans ce que j'ai dit cette année, je vais m'efforcer de vous indiquer les derniers points de repère, de façon aussi simple que je le pourrai. Je vais essayer de faire simple, ceci suppose que je vous avertisse de ce que cette simplicité peut vouloir dire. Vous voyez bien qu'au terme de cette logique du fantasme, terme suffisamment justifié par le fait que je vais une fois de plus réaccentuer aujourd'hui que le fantasme c'est d'une façon bien plus étroite que tout le reste de l'inconscient structuré comme un langage puisqu'en fin de compte le fantasme c'est une phrase avec une structure grammaticale, semble indiquer donc d'articuler la logique du fantasme, ce qui veut dire par exemple poser un certain nombre de questions logiques qui pour simples qu'elles soient ont, certaines, été articulées pas si souvent. Je ne dis pas pour la première fois par moi, mais pour la première fois par moi dans le champ analytique. Le rapport du sujet de l'énoncé par exemple, (p->298) au sujet de l'énonciation. Ça n'exclut pas qu'au terme de ce premier débrouillage, de cette indication, cette direction, donner du sens où pourrait se développer clans l'avenir de façon plus pleine, plus articulée, plus systématique cette logique du fantasme, dont je prétends en avoir ouvert cette année, le sillon.

    Non ça n'exclut pas, mais ça indique bien sûr que quelque part, cette logique du fantasme, s'accroche, s'insère, se suspend, à l'économie du fantasme, c'est bien pour ça qu'au terme de ce discours, j'ai amené ce terme de la jouissance. Je l'ai en soulignant, en accentuant, que c'est là un terme nouveau au moins dans la fonction que je lui donne, ce n'est pas un terme que Freud a mis au premier plan de l'articulation théorique.

    Si mon enseignement en somme, pourrait trouver son axe, de la formule de faire valoir la doctrine de Freud, c'est bien là quelque chose qui implique justement que j'y annonce, que j'y amorce, telle fonction, tel repère qui est en quelque sorte cerné, exigé, impliqué. Faire valoir Freud c'est faire ce que je fais toujours, d'abord comme on dit, rendre à Freud ce qui est à Freud, ce qui n'exclut pas quelque autre allégeance, celle par exemple de le faire valoir au regard de ce qu'il indique de ce qui comporte de la relation à la vérité. Je dirai même que si quelque chose comme cela est possible, c'est précisément dans la mesure où je ne manque jamais de rendre à Freud ce qui est à Freud que je ne me l'approprie pas. C'est là un point, qui a son importance, peut-être aurai-je le temps d'y revenir à la fin. Il est assez curieux de voir que pour certains c'est à s'approprier, je veux dire, à ne pas me rendre ce qu'ils me doivent le plus manifestement, tout un chacun peut s'en apercevoir, dans leur formulation, ce n'est pas ça qui est l'important, c'est quelque chose où ce manque à me rendre les empêche de faire le pas suivant, ce qui serait dans un champ pourtant bien facile, tout de suite au lieu, hélas, de me le laisser toujours à faire, désespérés ensuite comme ils s'entends, que je leur ai coupé l'herbe sous le pied.

        Donc cette fonction , du  fantasme, approchons-là, et d'abord pour nous apercevoir, dire simplement comme le départ même de notre question, toute chose qui saute aux yeux, il-est quelque chose de clos qu'il se présente à nous dans notre expérience, comme une signification formée pour les sujets, qui d'habitude. le plus communément, le plus coutumièrement pour nous, le supporte, à savoir, le névrosé. Qu'on note comme le fait Freud avec force dans l'examen exemplaire qu'il a fait d'un de ces fantasme : l'on bat un enfant, sur lequel j'ai déjà fait, si vous vous en souvenez, quand j'ai introduit les premiers schémas cette année, je vous conseille quand vous aurez rassemblé ce que vous avez pu prendre comme notes pour saisir le chemin qui aura été ici parcouru, que quelque chose de clos donc est à situer doublement dans ces deux termes que j'ai accentué, l'un comme ce corrélatif du choix constitué par le «je ne pense pas», dans lequel «je» se constitue par le fait que le "je" justement vient en réserve, si je puis dire, l'écornage en négatif, dans la structure grammaticale, ce fantasme, non pas "on bat un enfant" mais pour être strict, "un enfant est battu", comme il est écrit en allemand, le fantasme c'est (p299->) bien cette structure qu'au niveau du seul terme possible du choix tel qu'il est laissé dans la structure de l'aliénation, le choix du " je ne pense pas ", le fantasme apparaît comme cette phrase grammaticalement structurée «ein kind ist geschlaben».

     Mais comme je vous l'ai dit, cette structure, la seule qui nous soit offerte, le choix forcé au niveau de «l'où je ne suis pas, ou je ne pense pas » si elle est là, c'est dans la mesure où elle peut être appelée à dévoiler, l'autre, la rejeter, et qu'au niveau de l'Autre, celle du «je ne suis pas   », c'est la bedeutung inconsciente qui vient corrélativement mordre sur ce «je» qui est en tant que n'étant pas, et  le rapport à cette bedeutung est précisément cette signification en tant qu'elle échappe, cette signification fermée, cette signification pourtant si importante à souligner en tant que si l'on peut dire, c'est elle qui donne la mesure de la compréhension, la mesure acceptée, la mesure reçue, l'intuition l'expérience qu'on interpelle quant à tenir ces discours de faux-semblant, qui  font appel à la compréhension, comme opposée à l'explication, sainteté et vanité philosophiques. M. Jaspers au premier rang. Le point des tripes où il vous vise pour vous faire croire que vous comprenez des choses de temps en temps, c'est cela cette petite chose secrète isolé que vous avez au dedans de vous sous la forme du fantasme et que vous croyez que vous comprenez parce qu'il éveille en vous la dimension du désir.

     C'est là tout simplement ce dont il s'agit concernant ce qu'on appelle la compréhension, et le rappeler a ici son importance, ce n'est pas parce que pour la majorité que vous êtes un peu névrosés sur les bords, le fantasme vous donne la mesure de la compréhension précisément à ce niveau où le fantasme éveille en vous le désir, ce qui n'est foutre pas rien car c'est ce qui centre votre monde. C'est pas pour ça qu'il faut que vous vous imaginiez que vous comprenez ce qui seul livre la logique du fantasme, à savoir : la perversion.

    Ne vous imaginez pas que le pervers, pour lui, le fantasme joue le même rôle, c'est en cela que j'essaie de vous expliquer l'enracinement de ce que fait le pervers qui ne saurait se définir que par rapport au terme que j'ai introduit également neuf de l'avoir accentué, qui s'appelle : l'acte sexuel.

    Donc vous le voyez, il y a là des connexions qu'il faut distinguer, articuler ce qu'il en est de la jouissance intéressée dans la perversion par rapport à la difficulté, ou à l'impasse de l'acte sexuel, c'est donner quelque chose qui a, par rapport au fantasme, tel qu'il nous est donné à l'état fermé, c'est pour cela que j'ai rappelé cet exemple de "on bat un enfant" dans le texte freudien, la fonction de ce fantasme qui ne peut comme tel présenter, n'être autre chose que strictement cette formule :"eine kind ist geschlafen". Ce n'est pas parce qu'elle peut intéresser en ce sens qu'elle a une configuration que vous pouvez pointer, reporter sur l'économie de la jouissance perverse, en faisant correspondre tel des termes de l'un à des termes de l'autre qui n'est d'aucune façon de même nature.

    (p300->) Il faut tout de suite rappeler ce point vif qu'il n'est pas difficile de ramasser au passage dans ce texte si clair de Freud c'est par exemple ceci qu'il  n'a pas une telle spécificité dans les cas de névrose ou il l'a rencontré.

    Dans la structure d'une névrose, ce fantasme pour prendre celui-là, pour fixer notre attention, ce fantasme n'est pas lié spécifiquement à tel ou tel. Voilà bien quelque chose qui pourrait un instant tenir notre attention. Enfin pour ce qu'il en est de la structure des symptômes, je veux dire ce que signifient les symptômes dans l'économie, là nous ne pouvons pas dire que ça s'arrange là même chose dans une névrose ou dans une autre. Je ne le répéterai jamais trop, même si je semble étonné, auprès de ceux qui me font la confiance  de venir se faire contrôler par moi. Je m'élève par exemple avec force contre l'usage de termes comme ceux-ci par exemple : de structure hystéro-phobique.

    Pourquoi ça ? Ce n'est pas pareil une structure hystérique et une structure phobique, pas plus proche l'un de l'autre que de la structure obsessionnelle. Le symptôme représente une structure. C'est là qu'est le point frappant, c'est que comme nous l'indique Freud dans des structures très différentes, ce fantasme peut être là qui se ballade avec ce privilège d'être plus inavouable que quoi que ce soit, je lis Freud, je le répète pour l'instant, inavouable comporte beaucoup de choses, on pourrait s'y arrêter.

    En tous cas, pour rester au niveau d'approche grossière qui est  celui de l'an 1919 où ceci a été écrit, disons qu'il est appendu comme une cerise sur un pédicule de sentiment de culpabilité.

        C'est là ce à quoi Freud s'arrête pour le mettre en rapport avec ce qu'il appelle une cicatrice, celle précisément du complexe d'œdipe. Ceci est bien fait pour nous faire dire que pour la façon dont il a surgi dans notre expérience, le fantasme participe de l'aspect expérimental de corps étranger que nous ayons été amenés - ceci en raison de véritables bonds théoriques de Freud à pressentir cette signification ferme dans des rapports de quelque chose d'autre bien plus développable , bien plus riche, virtualité, qui s'appelle à proprement parler la perversion, ce n'est pas parce que Freud a fait ce saut très vite, que nous ne devons pas omettre les distances, juste rapport, de nous interroger après quand même beaucoup d'expérience acquise sur ce qu'il en est de la perversion.

    La perversion, donc, ai je dit, est quelque chose qui s'articule, se présente, comme une voie d'accès propre à la difficulté qui s'engendre disons du projet, si vous mettez ce mot entre guillemets, c'est-à-dire qu'il n'est pas là qu'analogique, je le fais intervenir comme une référence à un autre discours que le mien, de la mise en question pour être plus exact, se situe dans l'angle de ces deux termes : il n'y a pas, il n'y a que l'acte sexuel.

    (p301->) Il n'y a pas d'acte sexuel, ai je dit, pour autant que nous sommes capables d'en articuler les affirmations résultantes, ce qui ne veut pas dire bien sûr qu'il n'y ait pas quelque sujet qui y ait accédé, qui puisse dire légitimement, je suis un homme, je suis une femme. Nous analystes, c'est bien là ce qui est frappant, c'est que nous ne sommes pas capables de le dire. Pourtant il n'y a que cet acte mis en suspens à ce niveau pour rendre compte de ce quelque chose qui après tout, la chose non seulement est restée, mais reste encore ambiguë pour en être séparée qui s'appelle la perversion. Pourquoi ? c'est une perversion au sens absolu, au sens où Aristote la prend par exemple quand il écarte Terence du champ de son éthique, un certain nombre de pratiques, qui peut-être, pourquoi pas, plus manifestes plus visibles, plus vivaces même dans son monde que dans le nôtre; d'ailleurs, il ne faut pas croire qu'ils sont là toujours. Savoir que l'exemple qu'il donne d'amour bestial, voire, si je me souviens bien, l'allusion au fait que je ne sais pas quel tyran de Phalère si je me souviens bien, aimait assez faire passer quelques victimes, qu'elles fussent ou non amicales ou inamicales dans je ne sais quelle machine où elles cuisaient à l'étuvée un certain temps. Ce n'est pas bien sûr pour nous un modèle univoque, puisqu'en son éthique l'acte sexuel comme dans aucune éthique de la tradition philosophique grecque, l'acte sexuel n'a valeur centrale avouée, patente, il nous reste à nous la lire, il n'en est pas de même pour nous, grâce au fait de l'inclusion du commandement judaïque dans notre morale.

    Assurément, avec Freud la chose est ferme, l'intérêt que nous portons à la perversion sexuelle même si nous trouvons plus commode d'en relâcher les chaînes sous la forme de référence à je ne sais quel développement endogène, à je ne sais quel stade, que nous prétendons on ne sait pourquoi, biologique, il reste que la perversion ne prend sa valeur qu'à s'articuler à l'acte sexuel. Je dis à l'acte sexuel comme tel et c'est pour cela que j'ai choisi ce petit modèle de la division incommensurable par excellence, de ce «a» le plus large à développer son incommensurabilité qui se définit par et nous permet de l'inscrire et un

schéme sous la forme d'un double développement.  
                ............

            Ce qui reste de a se trouve comme par hasard être a2=1-a  
 ............

        Vous aboutissez à une somme de puissances impaires qui se trouvent égales à A 2 ..........

    Ce que vous avez vu se projeter dans le 1, à savoir le a, à gauche le a2 à droite se trouvent à la fin séparés d'une façon définitive dans une forme inversée.

    Thème cher, dont il nous serait facile, de montrer qu'elle peut représenter assez bien ce qui de l'acte sexuel pourrait pour nous se présenter d'une façon conforme au pressentiment de Freud, à savoir : réalisable, seulement sous la forme de la sublimation. C'est précisément dans la mesure où cette voie et ce qu'elle (p302->) implique reste problématique et où je l'exclus cette année, car dire que cela peut se réaliser sous la forme de la sublimation est s'écarter précisément de ce à quoi nous avons à faire, c'est à savoir que dans son champ surgit structuralement toute la chaîne de difficultés qui se déroulent, qui s'incluent d'une béance majeure, et d'une béance qui y reste qui est celle de la castration.

    C'est dans la mesure, là-dessus vote commun des auteurs, de ceux qui en ont l'expérience, c'est clair, c'est au minimum peut-on dire, dans une voie qui est inverse de celle qui va à la butée de la castration que s'articule ce qui est perversion.

        L'intérêt de ce schéma est de montrer où se mesure «a » projeté sur le un qu'il peut aussi se développer d'une façon externe, à savoir : que le rapport de , ce rapport fondamental que désigne le «a» qui veut dire

    Que ce dont il s'agit au niveau de la perversion est ceci : c'est que dans la mesure où le Un présumé, non pas de l'acte sexuel mais de l'union, du pacte sexuel, c'est dans la mesure où ce Un est laissé intact avec la partition, ne s'y établit pas, que le sujet dit pervers vient à trouver au niveau de cet irréductible, qui est de ce petit a originel sa jouissance. Ce qui le rend concevable est ceci : qu'il ne saurait y avoir d'acte sexuel non plus qu'aucun autre acte si ce n'est dans la référence signifiante qui seule peut le constituer comme acte. C'est cette référence signifiante ici, pas de ce seul fait deux entités naturelles le mâle et la femelle, du seul fait qu'elle domine, cette référence signifiante n'ordonne ces êtres que nous ne pouvons d'aucune façon maintenir à l'état d'êtres naturels, les introduit sous la forme d'une fonction de sujet, que cette fonction de sujet a pour effet la disjonction du corps et de la jouissance et que c'est là, c'est au niveau de cette partition qu'intervient le plus typiquement la perversion.

    Ce qu'elle met en valeur, pour essayer de reconjoindre cette jouissance et ce corps séparé de l'intention signifiante, c'est là qu'elle se situe sur la voie d'une résolution de la section de l'acte sexuel, c'est parce que, dans l'acte sexuel comme je vous l'ai montré dans mon schéma de la dernière fois, il y a pour quelque soit des deux partenaires lequel, une jouissance, celle de l'autre, qui reste en suspens, c'est parce que l'entrecroisement, la chiasme exigible qui feraient de plein droit de chacun des corps la métaphore de signifiant de la jouissance de l'autre, c'est parce que ce chiasme est en suspens, que nous ne pouvons de quelque côté que nous l'abordions que voir ce déplacement qui, en effet, met une jouissance dan la dépendance du corps de l'autre, moyennant quoi la jouissance de l'autre reste à la dérive.

    L'homme pour la raison structurale qui fait que c'est sur la sienne de jouissance qu'est pris un prélèvement qui l'élève à la fonction d'une valeur de jouissance. L'homme se trouve plus électivement que la femme pris dans les (p303->) conséquences de cette soustraction structurale d'une part de sa jouissance. L'homme est effectivement le premier à supporter la réalité de ce trou introduit dans la jouissance. C'est bien pourquoi aussi, c'est lui, pour lequel cette question de la jouissance est non pas bien sûr du plus de poids, c'est tout autant pour son partenaire, mais tel qu'il peut y donner des solutions articulées.

    Il le peut à la faveur de ceci : qu'il y a dans la nature de cet autre qui s'appelle le corps, quelque chose qui redouble cette aliénation qui est de la structure du sujet, aliénation de la jouissance. A côté de l'aliénation subjective, je veux dire dépendante, de l'introduction de la fonction du sujet qui porte sur la jouissance, il y en a une autre qui est celle qui est incarnée dans la fonction de l'objet "a".

        Eurydice, si l'on peut dire, deux fois perdue, la jouissance, cette jouissance que le pervers retrouve, où va-t-il la retrouver ? Non pas dans la totalité de son corps, celle où une jouissance est parfaitement convenable et peut-être exigible, mais où il est clair que c'est là qu'elle fait problème quand il s'agit de l'acte sexuel, la jouissance de l'acte sexuel ne saurait d'aucune façon se comparer à celle que peut éprouver le coureur de cette démarche libre et altière nulle part plus que dans le champ de la jouissance sexuelle, et ce n'est pas pour rien que c'est là qu'elle apparaît prévalente nulle part plus dans ce champ le principe du plaisir qui est proprement la limite, l'achoppement, le terme mis à toute forme qui se situe comme d'excès de la jouissance. Nulle part, il n'apparaît mieux que la loi de la jouissance est soumise à cette limite et que c'est là que va se trouver tout spécialement pour l'homme en tant que j'ai dit déjà que pour lui le complexe de castration articule déjà le problème, va trouver son champ, je veux dire qu'il est des objets qui dans le corps se définissent d'être en quelque sorte au regard du principe du plaisir hors corps.

     C'est là ce que sont les objets « a ». Le « a » est ce quelque chose d'ambigu qui si peu qu'il soit du corps de l'objet même individuel, c'est dans le champ de l'autre et pour cause, parce que c'est là le champ où se dessine le sujet, c'est là à en faire la requête à en trouver la trace, le sein, cet objet dont il faut bien le définir comme étant ce quelque chose qui pour être plaqué, accroché comme en surface, comme parasitairement à la façon d'un placenta, reste ce quelque chose que peut légitimement revendiquer comme son appartenance, le corps de l'enfant.

    On le voit bien l'appartenance énigmatique, bien sûr autant que par un accident de l'évolution des êtres vivants, il apparaît qu'ainsi pour certains d'entre eux, quelque chose d'eux reste appendu au corps de l'être qui les a engendré, et puis les autres : nous l'avons dit, l'excrément, à peine besoin de souligner ce qu'il a au regard du corps de marginal, et non pas sans être très lié à son fonctionnement, il est assez clair de voir dans tout son poids ce que les êtres vivants ajoutent au domaine naturel de ces produits de leurs fonctions. Ceux que j'ai désignés sous les termes du regard et de la voix.

(p304->) Cherchons pour le premier de ces deux termes, ayant déjà articulé abondamment ce que comporte le fait que dans le rapport de vision la question reste toujours suspendue, qui est celle, si simple à articuler, dont on peut dire malgré tout, l'abord phénoménologique comme le prouve la dernière oeuvre de Merleau Ponty, on ne peut, pas le résoudre, c'est à savoir ce qu'il en est de cette racine divisible laquelle doit être retrouvée la question de ce qu'est radicalement le regard. Le regard qui ne peut plus être saisi comme reflet du corps qu'aucun des autres objets en question ne peut être ressaisi dans l'âme, je veux dire dans cette esthésie régulatrice du principe du plaisir, dans cette esthésie représentative où l'individu se trouve identifié à lui-même dans le rapport narcissique où il s'affirme comme individu. Ce reste, qui ne surgit que du moment où est conçue la limite que fonde le sujet, ce reste qui s'appelle l'objet «a», c'est là que se réfugie la jouissance qui ne tombe pas sous le coup du principe du plaisir. C'est aussi, là, c'est d'être là, c'est de ce que le Dasein non seulement du pervers mais de tout sujet est à situer dans cet hors corps, dans cette partie que dessine déjà ce quelque chose de pressentiment qu'il y a quelque part dans le filet de ce passage que je vous ai demandé d'aller rechercher, que Socrate appelle dans la relation de l'âme au corps, cette partie anesthésique, c'est dans cette partie anesthésique que la jouissance gît comme le montre la structure de 1a position du sujet dans ces deux termes exemplaires qui sont définis comme celui du sadique et du masochiste pour vous apprivoiser avec cette voie d'accès.

    Ai-je besoin d'évoquer la marionnette la plus élémentaire de ce que nous pouvons imaginer de l'acte sadique, à ceci près, que j'ai pris au départ mes garanties que je vous demande de bien saisir, que là je vous demande de vous arrêter à autre chose qu'à ce que pour vous, je l'ai dit plus ou moins vacillant sur les bords de la névrose, peut éveiller en vous une empathie le moindre petit fantasme de cet ordre, il ne s'agit pas de comprendre ce que peut avoir d'émouvant telle pratique imaginée ou pas.

    Il s'agit d'articuler ceci, qui vous évitera de poser des questions sur l'économie dans cette fonction de la douleur par exemple, sur lequel on a fini j'espère de se casser la tête, ce avec quoi joue le sadique, c'est avec le sujet dirons nous.

    Je ne vais pas faire là-dessus de prosopopée, j'ai déjà écrit là-dessus quelque chose qui s'appelle : Kant avec Sade, pour montrer qu'ils sont de la même veine. Ils jouent avec le sujet, quel sujet ? le sujet dirai-je, comme j'ai dit quelque part qu'on est sujet à la pensée ou sujet au vertige, le sujet à la jouissance. Ce qui vous le voyez bien introduit cette inflexion qui du sujet nous fait passer à ce que j'ai marqué comme en étant le reste, à l'objet « a ».

    C'est au niveau de l'Autre qu'il opère cette subversion en réglant je dis en réglant - ce que depuis toujours les philosophes ont senti comme digne de qualifier ce qu'ils appelaient dédaigneusement les rapports du corps à l'âme et (p305->qui dans Spinoza s'appelle de son vrai nom : titillation, le chatouillement. Il jouit du corps de l'Autre apparemment, mais vous voyez bien que la question est à déplacer au niveau de celle qui est ce que j'ai formulé dans un champ où les choses sont moins captivantes, que j'ai imagées sous ce rapport du Maître et de l'Esclave en demandant, ce dont on jouit, cela jouit-il ?

        Voyez bien le rapport immédiat avec le champ de l'acte sexuel. Seulement, la question au niveau du sadique est celle-ci : c'est qu'il ne sait pas que c'est à cette question en tant que telle qu'il est attaché qu'il en devient l'instrument pur et simple qu'il ne sait pas ce qu'il fait lui-même comme sujet. Il est essentiellement dans la Verleunung qu'il peut l'interpréter de mille façons, je ne vous demande pas de le faire. Il faut bien sûr qu'il ait quelque puissance articulante, ce qui fût le cas du Marquis de Sade, moyennant quoi légitimement son nom reste attaché à la chose.

    Sade reste essentiel pour avoir bien marqué les rapports de l'acte sadique à ce qu'il en est de la jouissance et pour avoir quand il en a tenté dérisoirement d'articuler la loi sous la forme d'une règle universelle digne des articulations de Kant dans ce morceau célèbre : "Français encore un effort pour être Républicains", objet de mon commentaire, l'article que j'ai évoqué tout à l'heure, montrait que cette loi ne saurait articuler qu'en termes non pas de jouissance du corps, mais de partie du corps.

    Chacun dans cet État fantasmatique qui serait fondé sur le droit à la jouissance, chacun étant tenu d'offrir à quiconque en marque le dessein, la jouissance de telle partie, écrit l'auteur ce n'est pas là en vain, de son corps.

    Le refuge de la jouissance à cette partie dont le sujet sadique ne sait pas que c'est ça qui est à lui son Dasein, qu'il en réalise l'essence, voilà ce qui est donné comme clé par le texte de Sade. Bien sûr, je n'ai pas le temps de réarticuler ce qui résulte de cette reprise, de ce reclassement, l'un par rapport à l'autre de la jouissance et du Sujet, et combien proche elle est du fantasme bien entendu, immédiatement articulé par Sade, de la jouissance là où elle est portée à l'absolu dans l'Autre, dans ce 1 la jouissance laissée sans support, celle dont il s'agit et pour laquelle Sade doit construire cette figure la plus manifestement vraisemblable de Dieu, celle de la jouissance d'une méchanceté absolue.

     Ce mal essentiel, et souverain dont alors et alors seulement, apporté par la logique du fantasme, Sade avoue que le sadique n'est que le servant, qu'il doit au mal radical que constitue la nature frayer les voies d'un maximum de destruction. Mais ne l'oublions pas, il ne s'agit que de la logique de la chose. Si je l'ai développé, ou indiqué de vous reporter à ses sources dans le caractère si manifestement futile, bouffon, dans le caractère toujours misérablement avorté des entreprises sadiques, c'est parce que c'est à partir de cette apparence que s'en fera mieux voir la vérité qui est proprement donnée par la pratique masochiste où (p306->) il est là évident que le masochiste pour soutirer, si l'on peut dire, dérober, au seul coin où manifestement il est saisissable, qui est l'objet « a » , se livre lui délibérément à cette identification, à cet objet comme rejeté. II est moins que rien, même pas animal, l'animal qu'on maltraite, et aussi bien sujet qui de sa fonction de sujet a abandonné par contraste tous les privilèges.

    Cette recherche, cette construction, en quelque sorte acharnée de l'identification impossible avec ce qui se réduit au plus extrême du déchet, et que ceci soit lié pour lui à la captation de la jouissance, voilà où apparaît exemplaire l'économie dont il s'agit.

    Observons, sans nous arrêter aux vers sublimes qui humanisent si je puis dire, cette manœuvre, " tandis que des mortels la multitude vile sous le fouet du plaisir, le bourreau sans merci va cueillir des remords dans la fête servile..." Tout ça c'est de la blague ! C'est le reflet porté sur la loi du plaisir. Le plaisir n'est pas un bourreau sans merci, le plaisir vous maintient dans une limite assez tamponnée précisément pour être le plaisir.

    Ce dont il s'agit, quand le poète s'exprime ainsi, c'est précisément pour marquer sa distance «ma douleur donne moi la main, viens par ici, loin d'eux..» etc. Chant de flûte pour nous montrer les charmes d'un certain chemin qui s'obtient par ces couleurs ainsi inversées.

    Si nous avons à faire au masochisme sexuel, observons la nécessité de notre schéma, ce que Reich souligne avec une maladresse qu'on peut vraiment dire à nous faire tourner la tête, du caractère imaginaire ou fantaisiste du masochisme, il n'a pas saisi encore que tout ce qu'il apporte désigne suffisamment que ce dont il s'agit est à savoir ce que nous avons projeté : le 1 absolu de l'union sexuelle pour autant que d'une part elle est cette jouissance pure, mais détachée du corps féminin, si Sacher Masoch aussi exemplaire que l'autre à nous avoir livré du rapport masochiste toutes les structures qu'incarne dans la figure d'une femme cet autre, auquel il a à dérober sa jouissance, cet autre, jouissance absolue, mais jouissance complètement énigmatique. II n'est pas un instant question même que cette jouissance puisse à la femme si je puis dire, lui faire plaisir. C'est bien le cadet des soucis du masochiste, c'est bien pourquoi sa femme, affublée du nom de Wanda, la Vénus aux fourrures, sa femme quand elle écrit ses mémoires nous montre à quel point de ses requêtes elle est à peu près aussi embarrassée qu'un poisson d'une pomme.

    Par contre, à quoi bon se casser la tête sur le fait que cette jouissance est purement imaginaire, il faut qu'elle soit incarnée à l'occasion par un couple nécessité qui se manifeste de la structure de cet autre, en tant qu'il n'est quo le rabattement de cet 1 non encore réparti dans la division sexuelle.

(p307->On a pas à se casser la tête à entrer dans des évocations oedipiennes pour voir qu'il est nécessaire, que cet être qui représente cette jouissance mythique, que je réfère ici à la jouissance féminine, soit à l'occasion représenté par deux partenaires prétendus sexuels qui sont là pour le théâtre, le guignol et alternent. Le masochiste donc d'une façon manifeste se situe et ne peut se situer que par rapport à une représentation de l'acte sexuel et définit par sa place, le lieu où s'en réfugie la jouissance.

    C'est même ce que ça a de dérisoire et ça n'est pas simplement dérisoire pour nous, c'est dérisoire pour lui, c'est par là que s'explique ce double aspect de dérision, je veux dire, vers l'expérience en tant que jamais il ne manque de mettre dans la mise en scène comme l'a remarqué M. Jean Genêt, cette petite chose qui marque, non pas pour un public éternel, mais pour que quiconque survenant ne s'y trompe pas, ça fait partie de la jouissance, que tout ça c'est du truc, voire de la rigolade.

    Cette autre face qu'on peut appeler moquerie, qui est tournée vers lui-même, il suffit d'avoir lu (puisque vous l'avez maintenant à votre portée) la suite de l'admirable présentation de G. Deleuze : la Vénus aux fourrures, vous voyez ce moment où ce personnage, quand même un peu seigneur, qu'était Sacher Masoch, imagine le personnage de son roman dont il fait lui un grand seigneur, qui pendant qu'il joue le rôle de valet va courrater derrière sa dame a toutes les peines du monde à ne pas éclater de rire encore qu'il prenne l'air le plus triste possible. Il ne retient qu'avec peine son rire. C'est encore introduire comme essentiel ceci le côté que j'appellerai, qui a aussi frappé, quand il en rend pleinement compte, Reich à ce propos, le côté démonstration de la chose fait partie de cette position du masochiste, qu'il démontre comme moi au tableau, ça a la même valeur, que là seulement est le lieu de la jouissance. Ça fait partie de sa jouissance que de le démontrer. Et la démonstration n'est pas pour cela moins valable.

    La perversion tout entière a toujours cette dimension démonstrative, je veux dire, non pas qu'elle démontre pour nous, mais que le pervers est lui-même démonstrateur, c'est lui qui a l'intention, c'est pas la perversion, bien sûr.

    Voilà à partir de quoi peuvent se poser sainement les questions de ce qu'il en est de ce que nous appelons plus ou moins prudemment le masochisme moral. Avant d'introduire le terme de masochiste, à chaque tournant de nos propos, il faut d'abord avoir bien compris ce qu'est le masochisme au niveau du pervers. Je vous ai suffisamment indiqué que dans la névrose ce par quoi on est relié à la perversion qui n'est rien d'autre que ce fantasme qui, à l'intérieur de son champ, à elle, névrose, remplit une fonction bien spéciale sur laquelle semble-t-il on ne s'est jamais interrogé. C'est uniquement à partir de là que nous pourrons donner juste valeur à ce que nous introduirons à plus ou moins juste titre, dans tel tournant de la névrose en l'appelant masochisme.

    (p308->) Je suis pris de cours aujourd'hui, et de ne pouvoir continuer sur la névrose cassée en deux, si aujourd'hui j'ai bien articulé ce qui fait le ressort de la perversion en elle-même et du même coup vous ai montré que le sadisme n'est nullement à voir comme un retournement du masochisme, car il est clair que tous les deux opèrent de la même façon, à ceci près, que le sadique opère d'une façon plus naïve, intervenant sur le champ du sujet en tant qu'il est sujet à la jouissance le masochiste après tout, sait bien que peu lui chaut de ce qui se passe au champ de l'autre, bien sûr, il faut que l'autre se prête au jeu, mais lui sait la jouissance qu'il a à soutirer.

    Pour le sadique, il se trouve en vérité, serf de cette nécessité de ramener sous le joug de la jouissance- ce qu'il vise comme étant le sujet. Mais il ne se rend pas compte que dans ce jeu il est lui-même la dupe se faisant certes quelque chose qui est tout entier hors de lui et la plupart du temps restant à mi-chemin de ce qu'il vise, mais par contre ne manquant pas de réaliser en fait, sans chercher, sans s'y placer la fonction de l'objet "a", c'est-à-dire d'être objectivement réellement, dans une position masochique comme la biographie de notre divin Marquis, je l'ai souligné dans mon article, nous le démontre, quoi de plus masochiste que de s'être entièrement remis entre les mains de la Marquise de Merteur ?

 

 

note : bien que relu, si vous découvrez des erreurs manifestes dans ce séminaire, ou si vous souhaitez une précision sur le texte, je vous remercie par avance de m'adresser un émail. Haut de Page 
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