1953 -1978
Du discours psychanalytique
Je remercie beaucoup M. Cesa Bianchi de nous avoir donné
ces quelques repères, ces quelques mots d'information qui étaient
fort exacts sur ce qui peut constituer un certain nombre d'étapes.
Donc, ce que j'ai fait au cours de ces années
a mené à dire...
Mon embarras tient à ce que je ne sais ... je
ne peux pas apprécier d'aucune façon le degré d'audition
du français que représente votre assemblée. Je suis
très heureux d'y voir un très grand nombre de figures jeunes
puisque c'est sur ... enfin, c'est dans elles je veux dire, ces figures,
que je mets mon espoir.
Je dois dire que je n'aime pas du tout parler français
devant des gens dont je sais qu'ils ne sont pas familiers avec cette langue.
Alors, j'espère que je vais sentir jusqu'où je peux aller
dans cet ordre d'émissions.
J'ai rappelé à déjeuner à
quelques amis une expérience qui m'est arrivée à John
Hopkins University. C'était tellement manifeste que mon assemblée
n'entendrait rien si je parlais français que, ayant pris d'abord,
comme ça... à la prière générale, la
résolution de parler français, j'ai commencé par m'excuser
en anglais de ne pas pouvoir continuer, c'est-à-dire de parler français,
et puis cette excuse a duré une heure et demie, en anglais bien
sûr... C'est affreux quand on m'entend parler anglais. Mais les américains
sont si complaisants, on peut se permettre de telles dérogations,
n'est-ce pas. Je vois que vous comprenez le français - bon - alors
ça m'encourage.
Donc je ne continuerai pas à parler des Américains
: là je suis tout à fait incapable de vous parler italien,
c'est pour ça que je parle français.
Alors, j'ai annoncé que je parlerais Du discours
psychanalytique - ce n'est pas un terme que j'ai avancé depuis
longtemps, mais quand même depuis trois ans.
Ce n'est pas commode, devant un auditoire qui n'estpas
de mes élèves, qui n'est pas formé, rompu à
quelque chose... (vous voyez, je commence à ouvrir des parenthèses)...
qui n'est pas rompu à quelque chose qui est mon enseignement, mon
Séminaire comme on appelle ça : ce n'est pas un séminaire
du tout, puisque il n'y a que moi qui parle.
Enfin, c'est devenu comme ça. Pendant des années,
j'ai fait parler d'autres personnes à mon séminaire, ça
me reposait, mais enfin peu à peu, peut être parce-que le
temps presse, j'y ai renoncé.
Alors, cet enseignement qui dure depuis vingt ans, dont
les Ecrits ... enfin, je suis bien forcé de parler des Ecrits
puisqu'ils
viennent de paraître, au moins un premier morceau il y en aura peut-être
d'autres, ceci grâce à Giacomo Contri qui a bien voulu y consacrer
un très grand soin et un très grand temps.
Je suis bien forcé de parler un peu des Ecrits
qui,
paraît-il, ne vous paraissent pas faciles.
Ça, c'est vrai : ils ne le sont pas, pas du tout
même.
C'est qu'ils n'ont jamais été faits, ces
fameux écrits... ils n'ont jarres été faits pour remplacer
mon enseignement.
Il y en a d'abord une bonne moitié qui ont été
écrits avant que je le commence, c'est-à-dire que ça
n'est pas d'hier puisque je vous ai dit qu'il y a vingt ans que je fais
ce qu'on appelle mon séminaire.
Il y en a une bonne moitié qui sont d'avant, et
en particulier ceux dont beaucoup en sont encore à faire le pivot
de ce que j'ai pu apporter au discours psychanalytique, dont le stade
du miroir. Le stade du miroir, c'était
une communication que j'ai faite dans un congrès aux temps où
je faisais encore partie de ce qu'on appelle IPA - InternationaI Psychanalytique
Avouée - ou avouable, comme vous voudrez. Enfin, c'est une façon
de traduire ces mots.
Puis, la seconde partie de ces Ecrits consiste
dans une série d'articles où je me suis trouvé, disons
que chaque année à partir d'un certain moment, entre un certain
moment et un autre... où je me suis trouvé chaque année
donner une sorte de repère, qui permettait à ceux qui m'avaient
entendu au séminaire de trouver là enfin, condensé,
en somme concentré, ce que j'avais pu apporter ou ce que je croyais
moi-même pouvoir repérer comme étant axial dans ce
que j'avais énoncé.
Ça n'empêche pas que c'est une très
mauvaise façon, en somme, de rassembler un public.
C'est très difficile d'abord, la notion de public.
Je vais me risquer à rappeler que lors de cette publication, je
me suis livré au jeu de mots de l'appeler poubellication - je vois
qu'il y a des gens qui savent ce que c'est le mot poubelle. Il y a une
trop grande confusion en effet, de nos jours, entre ce qui fait public
et ce qui fait poubelle ! C'est même pour ça que je refuse
les interviews, parce que malgré tout, la publication des confidences,
c'est ça qui fait l'interview.
Ça consiste alors tout-à-fait à
attaquer le public au niveau de la poubelle.
Il ne faut pas confondre la poubelle avec le pubis -
ce n'est pas du tout pareil.
Le pubis a beaucoup de rapports avec la naissance du
mot public.
C'est vrai, hein?
Ça ne se discute pas, enfin ... je pense.
C'était un temps où le public, ce n'était
pas la même chose que le déballage du privé, et où
quand on passait au public on savait que c'était un dévoilement,
mais maintenant ça ne dévoile plus rien puisque tout est
dévoilé.
Enfin, évidemment je ne suis pas porté
à vous faire des confidences, et pourtant je suis forcé quand
même de dire quelque chose qui, étant donné que je
ne vous verrai qu'une fois - enfin, ça m'étonnerait de vous
revoir d'ici peu - je suis forcé de vous dire quelque chose tout
de même qui est de l'ordre de cette confidence.
A savoir, comment je peux me sentir actuellement dans
cette position que j'occupe auprès de gens qui ne font pas partie
de mon auditoire.
Ce que je peux bien marquer, n'est-ce pas, c'est ce que
j'ai dit d'abord, c'est que les Ecrits, ça me semble difficile
que, exportés, comme ça, hors du contexte d'un certain effort
que je fais et dont je vais vous dire sur quoi il est centré, que
les Ecrits, enfin, ça suffise du tout à ce qu'on puisse
là-dessus élucubrer quoi que ce soit qui corresponde vraiment
à mon discours.
L'auditoire et l'éditoire, si je peux m'exprimer
ainsi, ce n'est pas du tout du même niveau, vous le voyez.
Nous jouons enfin là, éditoire, comme ça
... poubellication... ça fait obscène et du même coup
auditoire se contrainte.
Tout ça, c'est une façon en somme de voir
ce que je peux dire et de vous introduire comme ça, tout doucement,
à ce qui est très important.
Ce que j'appellerai le jeu des signifiants. Le jeu des
signifiants, ça glisse au sens.
Mais l'important dans ce que j'énonce, c'est que
ça ne glisse jamais qu'à la manière d'un dérapage.
Pour ceux qui sont tout-à-fait inaccoutumés
à ces termes, je dis simplement ceci : les signifiants ou le jeu
des signifiants, c'est lié au fait de la langue, du langage - ce
n'est pas équivalent.
La langue, c'est quelque chose d'assez spécifié
; pour chacun, c'est la langue maternelle, l'italien pour la plupart d'entre
vous.
C'est ça qui fait la langue.
Il se trouve qu'il y a quelque chose qu'on peut repérer,
comme étant déterminé vers une même fin, pour
toutes les langues, et c'est en généralisant, comme on s'exprime,
qu'on parle du langage : comme caractérisant l'homme.
(Rumore neII'aula)
Qu'est-ce qu'il y a ? ... Je ne demanderais pas mieux
que de laisser la parole à quelqu'un, qui me prouverait par là
que moi-même je ne parle pas en vain...
Alors, le langage, on a le sentiment que ça définit
un être, qu'on appelle généralement l'homme, et après
tout, en se contenant strictement de le définir ainsi, pourquoi
?
Il est certain qu'il y a un animal sur qui le langage
est descendu, si je puis dire, et que cet animal en est vraiment marqué.
Il en est marqué au point que je ne sais pas jusqu'où je
peux aller pour bien le dire.
C'est pas seulement que la langue fasse partie de son
monde, c'est que c'est ça qui soutient son monde de bout en bout.
C'est pour ça que... N'essayez pas de chercher
quelle est ma Weltanschauung - je n'ai aucune Weltanschauung,
pour
la raison que ce que je pourrais à la rigueur en avoir, ça
consiste à dire que le Welt..., le monde, c'est bâti avec
du langage.
Ce n'est pas une vue sur le monde, ça ne laisse
place à aucune vue - ce qu'on s'imagine être vu, être
intuitif, est évidemment lié à quelque chose qui est
le fait que nous avons les yeux, et que le regard, c'est vraiment une.
passion de l'homme.
La parole aussi, bien sûr. Il s'en aperçoit
moins.
Puis il y a d'autres éléments qui sont
tout-à-fait cause de son désir.
Mais c'est un fait que la psychanalyse, la pratique
psychanalytique nous a montré le caractère radical de l'incidence
signifiante dans cette constitution du monde.
Je ne dis pas pour l'être qui parle, parce
que ce que j'ai appelé tout à l'heure ce dérapage,
cette glissade qui se fait avec l'appareil du signifiant... c'est ça
qui détermine l'être chez celui qui parle. Le mot d'être
n'a aucun sens au dehors du langage.
On a fini quand même par s'apercevoir que ce n'est
pas à méditer sur l'être qu'on fera en rien le moindre
pas.
On a fini par s'en apercevoir par la conséquence...
conséquence un peu poussée... les suites de cette pratique
que j'ai appelée le glissement avec le signifiant.
La façon qu'on a, plus ou moins savante, de déraper
à la surface de ce qu'on appelle les choses ... de ce qu'on appelle
les choses jusqu'au moment où on commence à considérer
que les choses, ce n'est pas très sérieux.
On arrive vraiment à concentrer la puissance du
signifiant d'une façon telle qu'une part de ce monde finit par,
simplement, s'écrire dans une formule mathématique.
Formules mathématiques auxquelles, bien sûr
pour les écoliers, on essaye de conjoindre un sens.
En effet on y parvient : la formule d'Einstein et même
d'Heisenberg, enfin, sont des petits termes qui désignent la masse.
Et la masse, ça fait toujours de l'effet, n'est-ce
pas, on s'imagine qu'on sait ce que c'est. Et en effet on ne se I'imagine
pas toujours - quelquefois quand on a des notions physiques précises,
on sait comment ça se calcule, mais on aurait tort de croire que
la masse, c'est ça ou ça... par le sentiment.
Ce n'est pas seulement parce que nous pesons un petit
peu qu'on peut s'imaginer qu'on sait ce que c'est que la notion de masse.
C'est seulement à partir du moment où l'on commence à
faire tourner quelque chose, que l'on voit que les corps ont une masse.
Mais ça reste toujours tellement contaminé
par quelque chose qui est lié au fait qu'il y a une corrélation
entre la masse et le poids qu'en réalité on fait mieux de
ne pas chercher à comprendre, et simplement de s'en
tenir aux formules.
C'est en ça que la mathématique démontre
vraiment quel est le point de l'usage du signifiant. Bien sûr, nous
sommes arrivés à ... [...] que de fait nous sommes déjà
plongés dans la langage.
Vous le voyez, je ne dis pas : nous sommes des êtres
parlants.
Nous sommes dans le langage, et je ne me crois pas du
tout en mesure de vous dire pourquoi nous y sommes, ni de dire comment
ça a commencé.
C'est même comme ça qu'on a pu commencer
à dire sur le langage quelque petite chose, débarrassés
du préjugé que c'est essentiel que ça ait un sens
: ce n'est pas essentiel que ça ait un sens, et c'est même
là-dessus qu'est fondée cette nouvelle pratique qui s'appelle
la linguistique.
Ce qu'il faut - c'est là que la linguistique se
centre bien - c'est se centrer sur le signifiant en tant que tel.
Il ne faut pas croire que le signifié - qui bien
entendu se produit dans le sillage du signifiant - que ça soit là
quelque chose d'aucune façon premier ; et se dire que le langage
est là pour qu'il permette qu'il y ait la signification, c'est une
démarche dont le moins qu'on puisse dire, c'est qu'elle est précipitée.
Il y a quelque chose de plus primaire que les effets
de signification, et c'est là que la recherche - si tant est que
jamais on cherche quelque chose, si on ne l'a pas d'abord trouvé,
hein ? - c'est là que la trouvaille est susceptible d'avoir d'effet.
Enfin voyez-vous, pour le signifiant, tout à l'heure
j'y suis arrivé avec ce que j'ai appelé le dérapage,
l'effet de glissement... Enfin, je serai porté à vous faire
la métaphore que le signifiant, c'est comme le style : c'est déjà
pareil, c'est du style qu'on aurait déjà là. C'est
peut-être possible que l'animal humain l'ait un jour fabriqué...
Nous n'avons pas la moindre trace de ce qui pourrait s'appeler l'invention
du langage... Aussi loin dans le passé que nous le voyons fonctionner,
c'est lui qui a le dessus du pavé.
Bon, alors, vous me direz, qu'est-ce que ça à
faire avec la psychanalyse ?
Ça a à faire de la façon la plus
étroite, parce que si on ne part pas de ce niveau qui est le niveau
de départ, on ne peut absolument rien faire de plus dans Inexpérience
psychanalytique... on ne peut rien faire de plus que de faire de la bonne
psychothérapie.
C'est-à-dire, comme aussi bien les psychanalystes
l'avouent... ils avouent tout, ils déballent tout... il y a eu un
jour... Claudel... comme ça, qui a imaginé que le châtiment
de Ponce Pilate, enfin, ça devait être ceci : parce qu'il
avait demandé, très mal à propos : Qu'est-ce que la
vérité ? - que chaque fois qu'il parlait devant une idole,
l'idole ouvrait son ventre, et qu'est-ce qu'il en sortait ? C'était
un formidable déballage de sous de l'époque, des trucs qu'on
mettait dans la tire-lire... les psychanalystes sont comme ça, ils
vous avouent tout... ils avouent tout... et tout ce qu'ils racontent prouve
qu'évidemment ils sont des très bonnes personnes.
C'est fou ce qu'ils aiment l'être humain, qu'ils
veulent son bien, sa normalité - c'est inouï, enfin, n'est-ce
pas, c'est inouï la folie de guérir, de guérir
de quoi ? C'est justement ça qu'il faut jamais mettre en question...
Au nom de quoi est-ce qu'on se considère comme
malade ? En quoi est-ce qu'un névrosé est plus malade qu'un
être normal, dit normal ? Si Freud a apporté quelque chose,
c'est justement pour démontrer que la névrose, enfin, est
strictement insérée quelque part dans une faille qu'il nomme,
qu'il désigne parfaitement, qu'il appelle sexualité, et il
en parle d'une telle façon que ce qui est clair, c'est justement
... c'est ce dans quoi l'homme n'est pas du tout à son aise. L'homme,
bien sûr, appelé au sens large, la femme non plus ; enfin,
il n'y a rien qui aille si mal que les rapports de l'homme et de la femme.
C'est ça, ce qu'il y a d'admirable, c'est qu'il
y a des gens ici qui ont l'air d'entendre ça pour la première
fois. C'est absolument sublime, comme si vous n'étiez pas nés
là-dedans... A savoir que pour vous baiser avec une fille, ça
ne marche jamais. Pour la fille, c'est la même chose... et depuis
que le monde est monde, il y a toute une littérature, il y a la
littérature qui ne sert qu'à dire ça.
Alors, Freud un jour parle de sexualité [in
falsetto] et il suffit que ce mot sucré soit sorti de sabouche
pour que tout le monde croie que c'est pour résoudre la
question.
C'est à dire qu'à partir du moment, comme
je vous l'ai dit tout à l'heure, que si l'on pose une question,
c'est qu'il a déjà la réponse, donc s'il pose la question
c'est qu'il a la réponse - c'est-à-dire qu'avec ça,
ça doit marcher.
Ce qui supposerait que Freud ait l'idée de l'accord
sexuel.
Or, enfin, il suffit de lire, d'ouvrir son oeuvre pour
voir que jusqu'à la fin, lui, parce qu'il était homme, enfin,
il est resté là.
Et il le dit, il l'écrit, il l'étale, enfin,
à se demander : une femme, qu'est-ce que ça peut bien vouloir
? [risa].
Il n'y a pas besoin pour ça de faire allusion
à la biographie de Freud, parce que c'est toujours comme ça
qu'on rétrécit la question, d'autant plus qu'il était
névrosé comme tout le monde, puis il avait une femme qui
était une emmerdeuse... Enfin, ça c'est connu... La vieille
Madame Freud...
C'est vraiment rapetisser la question.
C'est justement pour ça que je ne me mettrais
jamais à faire la psychanalyse de Freud, d'autant plus que c'est
une personne que je n'ai pas connue. Ce qui est dit par Freud, c'est ça,
ce que je viens de dire. C'est ce dérapage du signifiant dont je
parlais tout à l'heure, qui fait qu'au nom du fait qu'il a dépeint
ça «sexualité», on suppose qu'il savait ce que
ça voulait dire : sexualité.
Mais justement ce qu'il nous explique, c'est qu'il ne
le sait pas.
Il ne le sait pas. La raison pour laquelle il ne le sait
pas, justement, c'est ce qui lui a fait découvrir l'inconscient.
C'est à dire s'apercevoir que les effets du langage
jouent à cette place où le mot "sexualité" pourrait
avoir un sens. Si la sexualité chez l'être parlant,
ça fonctionnait autrement qu'à s'empêtrer dans ces
effets du langage... Je ne suis pas en train de vous dire que le langage
est venu là pour remplir le trou - je ne sais pas si le trou est
primitif ou s'il est second : à savoir si c'est le langage qui a
tout détraqué.
Je m'étonnerais que le langage soit là
pour tout détraquer. Il y a des champs où ça réussit...
mais où ça ne réussit jamais que pour faire partage
de ce qui paraît aller bien chez les animaux - à savoir qu'ils
ont l'air de baiser d'une façon bien polie.
Parce que c'est vrai, chez les animaux ça a l'air - c'est ce qui nous frappe par contraste - ça a l'air de se passer gracieusement. Il y a la parade. Il y a toutes sortes d'approches charmantes, et puis ça a l'air de tourner rond jusqu'à la fin.

Qu'on dise comme fait reste oublié derrière ce qui est dit dans ce qui s'entend.
Cet énoncé qui est assertif par sa forme, appartient au modal pour ce qu'il émet d'existence.
A une certaine époque... évidemment ce n'était
pas une époque très bien choisie, mais je n'avais pas le
choix... Je suis entré dans la psychanalyse, comme ça, un
peu sur le tard. En effet jusqu'à ce moment-là... en neurologie
un beau jour... qu'est ce qu'il a pu me prendre ? j'ai eu le
tort de voir ce que ça peut être ce qu'on appelle un psychotique.
J'ai fait ma thèse là-dessus : De la
psychose paranoïaque - oh scandale! - dans ses rapports avec
la personnalité. Personnalité, vous pensez, ce n'est
pas moi qui n'en ferais jamais des gorges chaudes.
Mais enfin, à cette époque ça représentait
pour moi, comme ça, une nébuleuse, enfin, quelque chose...
quelque chose qui était déjà bien suffisamment scandaleux
pour l'époque, je veux dire que ça a fait un véritable
effet d'horreur. Enfin, ça m'a mené à faire l'expérience
de la psychanalyse moi-même. Après ça, il y a eu la
guerre, pendant laquelle j'ai poursuivi cette expérience. Au sortir
de la guerre, j'ai commencé à dire que je pourrais peut-être
en dire un peu quelque chose.
"Surtout pas - m'a-t-on dit - personne n'y comprendrait
rien... on vous connaît, on vous a repéré déjà
depuis un moment". Enfin, bref, il a fallu pour ça une espèce
de crise, de crise politique, politique intérieure ... le micmac
entre psychanalystes, pour que je me sois trouvé dans une position
extraite.
Et comme il y en avait qui avaient l'air de vouloir que
je fasse quelque chose pour eux...
Je n'aurais commencé que, comme on dit, très
sur le tard : mais moi je n'ai jamais été ennuyé d'être
tard... je n'éprouvais aucun besoin, après-tout, de forcer
les gens. Pour ne pas les forcer, j'ai commencé à raconter
les choses au niveau où je les avais vues.
Retour à Freud : on m'a naturellement mis cette
étiquette, que je mérite bien, parce que c'est comme ça
que je l'ai d'abord moi-même produite. Je m'en fous de toi, Freud.
Simplement, c'était le procédé pour que les psychanalystes
s'aperçoivent que ce que j'étais en train de leur dire, c'était
déjà dans Freud.
A savoir qu'il suffit qu'on analyse un rêve pour
voir qu'il ne s'agit que de signifiant. Et de signifiant dans toute cette
ambiguïté que j'ai appelée tout à l'heure la
fonction de déparage.
A savoir qu'il n'y a pas un signifiant dont la signification
serait assurée. Elle peut toujours être autre chose, et même
elle passe son temps à glisser aussi loin qu'on veut dans la signification.
Tellement sensible dans La Traümdeutung, ça ne l'était
pas moins dans La psychopathologie de la vie quotidienne , ça
l'est encore plus dans Le mot d'esprit. Ça me paraît
essentiel, c'est essentiel. La chose qui me frappe, c'est... [Il discorso
si interrompe per il cambio del nastro]... cette priorité du
signifiant.
Maintenant tout le monde est à la page. Ce que
vous trouverez dans une revue d'avant-garde, ou même pas d'avant-garde,
de n'importe quoi, quant à ce signifiant... on nous en rebat les
oreilles.
Quand je pense qu'au moment où j'ai commencé,
nous étions sous le règne de l'existentialisme, et maintenant...
je ne sais pas... Je ne voudrais pas avoir l'air, enfin, d'attenter au
style, à la hauteur d'un écrivain dont j'ai la plus grande
admiration : il s'agit de Sartre. Et même Sartre... enfin, maintenant
le signifiant est entré dans son vocabulaire. Tout le monde, enfin,
sait que signifiant signifie lacanisation.
Qu'est-ce que ça veut dire?
Ouais.
De temps en temps je m'imagine que j'y suis pour quelque
chose, et dans ce cas-là, c'est bien ça qui m'a fait...
j'ai retrouvé dans mes notes, comme ça,
que j'avais écrit quelque chose le 11 avril 1956, dans un séminaire
recueilli... c'est vrai que bien avant que ce soit devenu absolument...
enfin, mon oeuvre maintenant connue, bien sûr, il était tout
autre... Il n'en est pas moins vrai que ce que je suis en train de dire
maintenant - qui lui bien sûr sera exploité dans vingt ans
- ce que je suis en train de vous dire maintenant, quand c'est aux structures
de la logique mathématique que je recours pour définir de
quoi il s'agit dans ce que j'appelle discours psychanalytique, je peux
très bien m'apercevoir qu'il y a des choses drôles : vous
comprenez par exemple, que si je vous ai dit, bien sûr, que de mes
Ecrits,
il ne fallait pas vous fatiguer... mais quand même, à
l'avant-dernier paragraphe de mon Intervention sur le transfert,
il
est écrit : "le cas de Dora paraît privilégié
pour notre démonstration en ce que, s'agissant d'une hystérique,
l'écran du moi y est assez transparent pour que nulle part,
comme l'a dit Freud, ne soit plus bas le seuil entre l'inconscient et le
conscient, ou pour mieux dire, entre le discours analytique et le mot du
symptôme".
Evidemment, c'est en 51, le discours analytique : j'ai
évidemment mis du temps à lui donner sa place. Mais enfin,
je n'écris jamais les mots au hasard, et le discours analytique,
c'est tout de même ce jour-là, n'est-ce-pas, que je l'ai produit.
Enfin, cinq ans plus tard, lorsque j'avais commencé mon enseignement,
la structure... la structure, écris-je alors... parce que maintenant
je ferai attention, je ne voudrais pas me rallier ou paraître me
rallier à cette salade qu'on appelle le structuralisme.
Mais enfin, la structure, j'en parlais alors parce que
personne ne connaissait ce mot. Enfin, la structure est une chose qui se
présente d'abord comme un groupe d'éléments, formant
un ensemble covariant.
Je suis maintenant à me repérer sur quelque
chose qui s'appelle précisément la Théorie des ensembles.
Je parle tout de suite après de structures closes
et de structures ouvertes, ce qui est également tout-à-fait
à la page de ce que j'énonce maintenant. Et spécialement...
nous y voyons des relations de groupe fondées sur la notion d'ensemble,
je souligne : relations ouvertes ou fermées.
A l'époque... je ne peux pas m'exprimer autrement
qu'à dire que dégager une loi naturelle, c'est dégager
une formule signifiante pure. Moins elle signifie quelque chose, plus nous
pouvons l'admettre du point de vue scientifique... Je fais remarquer [...]
que le pas scientifique, ça consiste justement en ça : à
couper les choses strictement, au niveau dit signatura rerum...
[...], du signifiant serait là arrangé - arrangé,
bien sûr, par qui ? par Dieu, parce que la signatura rerum, c'est
de Jakob Böhme... - pour signifier quelque chose. La démarche
scientifique, c'est ça.
C'est, bien sûr, ponctuer le monde de signifiants
mathématiques... mais s'arrêter justement à ceci...
que ce soit pour signifier... Car c'était bien ce qui jusque-là
avait empêtré toutes les terres, et ce qu'on appelle improprement
le finalisme. Nous sommes aussi finalistes que tout ce qui a existé
avant le discours de la science. Il est tout-à-fait clair que rien
dans aucune loi n'est là pour autre chose que pour aboutir à
un certain point, bien sûr. Le discours scientifique est finaliste,
tout-à-fait, au sens du fonctionnement [...], nous ne nous rendons
pas compte que ce finalisme, ça serait le finalisme ... que ce soit
fait pour nous enseigner quelque chose, par exemple pour nous inciter à
la vertu, pour nous amuser simplement [...] dans un monde qui peut être
tout-à-fait structuré sur des causes finales... il serait
facile de démontrer que la physique moderne est parfaitement finaliste.
L'idée même de la conservation de l'énergie est une
idée finaliste ... celle aussi de l'entropie, puisque justement,
ce qu'elle montre, c'est vers quel frein ça va, et ça va
nécessairement.
Ce qu'il y a de changé, c'est qu'il n'y a pas
de finalisme, justement pour ça : que ça n'a aucune espèce
de sens. [...] faire décoller le sens qui est donné couramment
au subjectif et à l'objectif... le subjectif est quelque chose que
nous rencontrons dans le réel.
Non pas que le subjectif soit donné au sens que
nous entendons habituellement pour "réel", c'est-à-dire qui
implique l'objectivité : la confusion est sans cesse faite dans
les écrits analytiques.
Il apparaît dans le réel en tant que le
subjectif suppose que nous avons en face de nous un sujet qui est capable
de se servir du signifiant comme tel... et de se servir du signifiant comme
nous nous en servons, se servir du jeu du signifiant non pas pour signifier
quelque chose, mais précisément pour nous tromper sur ce
qu'il y a à signifier... se servir du fait que le signifiant est
autre chose que la signification, pour nous présenter un signifiant
trompeur.
Bref, comme vous le voyez, enfin, c'est pas d'hier. J'insiste
sur ce biais-clé. C'est très curieux que la position d'analyste
ne permette pas de s'y soutenir indéfiniment. Ce n'est pas seulement
parce que ce qu'on appelle... ce qu'on appelait tout à l'heure l'Internationale...
pour des raisons tout à fait contingentes, y a fait obstacle. Et
même des hommes, enfin, que j'avais formés à un moment,
ils [...].
Ce que, en somme, j'ai essayé d'en instituer a
abouti à ce que j'ai appelé quelque part, noir sur blanc,
un échec. Ce n'est pas là l'essentiel, parce qu'un échec,
nous savons très bien par l'expérience analytique ce que
c'est : c'est une des formes de la réussite.
On ne peut pas dire que, en fin de compte, je n'ai pas
réussi quelque chose... j'ai réussi à ce que quelques
analystes se préoccupent de ce biais que j'ai essayé de vous
expliquer : quel est le clivage entre le discours analytique et les autres.
Et puis je dirais que tout le monde depuis quelques années y est
intéressé.
Tout le monde y est intéressé au nom de
ceci : qu'il y a quelque chose qui ne tourne plus rond.
Il y a quelque part, du côté de ce qu'on
appelle si gentiment, si tendrement, la jeunesse... comme si c'était
une caractéristique... au niveau de la jeunesse, il y a quelque
chose qui ne marche plus du côté d'un certain discours...
du discours universitaire, par exemple... Je n'aurais probablement pas
le temps de vous le commenter, le discours universitaire...
Celui-là, c'est le discours éternel, le
discours fondamental. L'homme est quand même un drôle d'animal,
n'est-ce pas ? Où, dans le règne animal, y a-t-il le discours
du maître ? Où, dans le règne animal, y a-t-il un maître
?
S'il ne vous saute pas aux yeux tout-de-suite, à
la première appréhension, que s'il n'y avait pas de langage,
il n'y aurait pas de maître, que le maître ne se donne jamais
par force ou simplement parce qu'il commande, et que comme le langage existe,
vous obéissez. Et même que ça vous rend malades, que
ça ne continue pas comme ça.
Tout ce qui se passe au niveau, comme ça, de ce
qu'on appelle la jeunesse, est très sensible parce que ce que je
pense, c'est que si le discours analytique avait pris corps, ils sauraient
mieux ce qu'il y a à faire pour faire la révolution.
Naturellement, il ne faut pas se tromper, hein ? Faire
la révolution, je pense que quand même, enfin, vous autres,
vous qui êtes là et à qui je m'adresse le plus... vous
devez quand même avoir compris ce que ça signifie... que ça
signifie, revenir au point de départ. C'est même parce que
vous vous apercevez que c'est démontré historiquement : à
savoir qu'il n'y a pas de discours du maître plus vache qu'à
l'endroit où l'on a fait la révolution...
Vous voudriez que ça se passe autrement. Evidemment,
ça pourrait être mieux. Ce qu'il faudrait, c'est arriver à
ce que le discours du maître soit un peu moins primaire, et pour
tout dire un peu moins con.
[risa del publico]... comme vous savez le français,
hein ? ... c'est merveilleux.
Et en effet, si vous regardez là mes petites formules
tournantes, vous devez voir que la façon dont, ce discours analytique,
je le structure... c'est exactement à l'opposé de ça
qu'est le discours du maître... à savoir qu'au niveau du discours
du maître, ce que je vous ai appelé tout-à-l'heure
le signifiant-maître, ç'est ça, c'est ce dont je m'occupe
pour l'instant : il y a de l'Un.
Le signifiant, c'est ce qui a introduit dans le monde
l'Un, et il suffit qu'il y ait de l'Un pour que ça... ça
commence, ça ... [indica le formule alla lavagna) ... ça
commande à S2, c'est-à-dire au signifiant qui vient après,
après que l'Un fonctionne : il obéit. Ce qu'il y a de merveilleux,
c'est que pour obéir, il faut qu'il sache quelque chose.
Le propre de l'esclave, comme s'exprimait Hegel, c'est
de savoir quelque chose.
S'il ne savait rien, on ne prendrait même pas la
peine de le commander, quoi que ce soit. Mais par ce seul privilège,
cette seule primarité, cette seule existence inaugurale qui fait
le signifiant, du fait qu'il y a le langage, le discours du maître,
ça marche. C'est tout ce qu'il lui faut d'ailleurs, au maître,
c'est que ça marche.
Alors, pour en savoir un peu plus sur les effets justement
du langage, pour savoir comment ça détermine ce que j'ai
appelé d'un nom qui n'est pas tout à fait celui de l'usage
reçu : le sujet...
S'il y avait eu un travail, un certain travail fait à
temps dans la ligne de Freud, il y aurait peut-être eu... à
cette place... à cette place qu'il désigne, dans ce support
fondamental qui est soutenu de ces termes : le semblant, la vérité,
la jouissance, le plus-de-jouir... il y aurait peut-être eu... au
niveau de la production, car le plus-de-jouir, c'est ce que produit cet
effet de langage... il y aurait peut-être eu ce qui s'implique du
discours analytique, à savoir un tout petit peu meilleur usage du
signifiant comme Un.
Il y aurait peut être eu... mais d'ailleurs, il
n'y aura pas... parce que maintenant c'est trop tard, la crise, non pas
du discours du maître, mais du discours capitaliste, qui en est le
substitut, est ouverte. C'est pas du tout que je vous dise que le discours
capitaliste, ce soit moche, c'est au contraire quelque chose de follement
astucieux, hein?
De follement astucieux, mais voué à la
crevaison.
Enfin, c'est après tout ce qu'on a fait de plus
astucieux comme discours. Ça n'en est pas moins voué à
la crevaison. C'est que c'est intenable. C'est intenable, dans un truc
que je pourrais vous expliquer... parce que, le discours capitaliste est
là, vous le voyez... [indica la formula alla lavagna]...
une toute petite inversion simplement entre le S1 et le Sbarré,
qui est le sujet... ça suffit à ce que ça marche comme
sur des roulettes, ça ne peut pas marcher mieux, mais justement
ça marche trop vite, ça se consomme, ça se consomme
si bien que ça se consume.
Maintenant vous êtes embarqués... vous êtes
embarqués, mais il y a peu de chances que quoi que ce soit se passe
de sérieux au fil du discours analytique, sauf comme ça,
bon, au hasard.
A la vérité je crois qu'on ne parlera pas
du psychanalyste dans la descendance, si je puis dire, de mon discours...
mon discours analytique. Quelque chose d'autre apparaîtra qui, bien
sûr, doit maintenir la position du semblant, mais quand
même ça sera... mais ça s'appellera peut-être
le discours PS. Un PS et puis un T, ça sera d'ailleurs tout à
fait conforme à la façon dont on énonce que Freud
voyait l'importation du discours psychanalytique en Amérique...
ça sera le discours PST. Ajoutez un E, ça fait PESTE.
Quelle est l'autre personne qui m'a posé une autre
question ?
X : Quelle est la différence entre le discours
du maître et le discours du capitaliste ?
L : Je l'ai quand même indiquée tout à
l'heure, j'ai parlé latin, la chanson de toujours n'est-ce pas,
entre le sujet et le S1. Si vous voulez, nous en parlerons à la
fin, en plus petit comité, mais je l'ai indiqué.
Y: Quel est le rôle de l'appareil algorithmique
dans - excusez-moi le mot - le système ? Si nous sommes dans le
langage, quel métalangage pourrait parler la chaîne signifiante
?... et votre style lui-même est la preuve qu'il n'y a pas de métalangage
possible.
L.: Il faut dire aux gens qui parlent du métalangage
: alors, où est le langage ?
Y: D'accord, sur ça vous êtes très
facile ... mais quel est l'appareil algorithmique dans la mesure où
il échappe au langage naturel, qui n'a pas de métalangage,
qui n'est pas soumis au métalangage ? Du moment où vous employez
un appareil algorithmique, n'essayez-vous pas de bloquer cette fuite, ce
dérapage continuel de la chaîne signifiante dans quelque chose
qui la définit du dehors ? Sauf si la chaîne signifiante n'est
pas le langage naturel mais un appareil logique, algorithmique au-dessus.
Si vous employez l'appareil algorithmique pour la définir et la
bloquer, n'est-il pas, l'appareil algorithmique, le seul désir finalement
accompli ?
L. C'est très pertinent, à ceci près,
que ce dont il s'agit dans ce que vous appelez à très juste
titre algorithme ... cet algorithme ne sort pas de expérience analytique
elle-même.
Ce qui prend sens, je l'ai toujours expressément
articulé, ce qui prend sens valablement est toujours lié
à ce que j'appellerai, si vous le voulez, le point de contact. Et
souvent est un point de contact l'idéal, comme la théorie
mathématique [...]. C'est pour autant que ce S1, cet Un du signifiant,
fonctionne en des points, en des lieux différents, dans cette tentative
de réduction radicale qu'il peut prendre sens d'être, si je
peux dire, traduit [...], qu'il peut être traduit d'un de ces discours
dans l'autre. C'est pour autant que, dans ces quatre discours, jamais les
termes [...] ne sont à la même place fonctionnelle, qu'après
tout ... - pour ce qui nous intéresse, pour ce qui est incidence
actuelle des effets subjectivants, dans ce qui nous intéresse, ça
se peut pour l'instant..., je ne dis pas que ce soit la seule formule possible,
mais ça peut pour l'instant s'articuler de cette façon à
l'algorithme - qu'il y ait convergence entre la limite où se tient
pour l'instant la logique mathématique et les problèmes de
nous analystes qui essayons un tout petit peu de maîtriser ce que
nous faisons.
Qu'il y a convergence... qu'il y a la même limite
algorithmique [...], la fonction de la limite.
Nous ne pouvons pas dire n'importe quoi.
Même les analystes les plus traditionnels ne se
permettraient pas de dire n'importe quoi.
C'est ce que j'ai écrit là : "qu'on
dise - je ne sais même pas quand j'avais écrit ça
- qu'on dise comme fait reste oublié - je dis habituellement
- derrière ce qui est dit dans ce qui s'entend".
Dans ce qui s'entend : à quoi ça
se rapporte ? C'est parfaitement ambigu. Ça peut se rapporter à
reste
oublié - c'est le qu'on dise qui peut rester oublié
dans
ce qui s'entend, - ou c'est ce qui est dit dans ce qui s'entend
? C'est un usage parfaitement exemplaire de l'ambiguïté
au niveau de la structure générale - transformationnelle,
hein ? C'est con, tout le monde le fait, à ceci près qu'on
ne s'en aperçoit pas. Qu'est ce qu'il y a ensuite dessous ? "Cet
énoncé qui est assertif par sa forme, que j'ai qualifiée
d'universelle, appartient au modal pour ce qu'il émet d'existence".
J'ai à peine eu le temps d'assister aujourd'hui
à ce qu'il en est de l'existence : j'avais commencé assez
clair et puis enfin, comme d'habitude, je suis moi-même sous mon
fardeau plus ou moins fléchissant. Mais enfin, ce qui est tout-à-fait
clair, c'est que nous en sommes à ça : à interroger
l'"il existe" au niveau du mathème, au niveau de l'algorithme.
Il n'est qu'au niveau de l'algorithme que l'existence
est recevable comme telle. A partir du moment où le discours scientifique
s'instaure, ça veut dire tout savoir, il ne s'inscrit que dans le
mathème. Tout savoir est un savoir enseignable... Nous en sommes
là, à poser l'existence comme étant ce qui est lié
à la structure algorithme.
C'est un effet d'histoire que nous en sommes à
nous interroger, non pas sur notre être mais sur notre existence
: que je pense "donc je suis" - entre guillemets : donc je suis. Soit ce
à partir de quoi est née l'existence, c'est là que
nous en sommes. C'est le fait du qu'on dise - c'est le dire qui
est derrière tout ce qui est dit - qui est le quelque chose qui
en vient à surgir dans l'actualité historique. Et là
vous ne pouvez aucunement dire que c'est un fait de désir théorique,
de ma part par exemple.
C'est ainsi que les choses se situent, émergent...
l'émergence comme telle de l'ordonnance du discours : c'est à
partir de là qu'il y a émission d'existence, d'existence
comme de quelque chose qui est aussi bien du niveau de ce petit adont
le sujet se divise.
C'est une question qui me paraît, enfin, parce
que je viens de vous répondre, enfin atteinte.
