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Lacan
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Tel qu'il
se présente, le groupe italien a ça pour lui qu'il est tripode.
Ça peut suffire à faire qu'on s'assoie dessus.
Pour faire le siège
du discours psychanalytique, il est temps de le mettre à l'essai
: l'usage tranchera de son équilibre.
Qu'il
pense - "avec ses pieds", c'est ce qui est à la portée de
l'être parlant dès qu'il vagit.
Encore
fera-t-on bien de tenir pour établi, au point présent, que
voix pour-ou-contre est ce qui décide de la prépondérance
de la pensée si les pieds marquent temps de discorde.
*
*
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Je leur
suggère de partir de ce dont j'ai dû faire refonte d'un autre
groupe, nommément l'E.F.P.
L'analyste
dit de l'Ecole, A.E., désormais s'y recrute de se soumettre à
l'épreuve dite de la passe à quoi cependant rien ne l'oblige,
puisqu'aussi bien, l'Ecole en délègue certains qui ne s'y
offrent pas, au titre d'analyste membre de l'Ecole, A.M.E.
Le
groupe italien, s'il veut m'entendre, s'en tiendra à nommer ceux
qui y postuleront leur entrée sur le principe de la passe prenant
le risque qu'il n'y en ait pas.
Ce
principe est le suivant, que j'ai dit en ces termes.
L'analyste
ne s'autorise que de lui-même, cela va de soi. Peu lui chaut d'une
garantie que mon Ecole lui donne sans doute sous le chiffre ironique de
l'A.M.E. Ce n'est pas avec cela qu'il opère. Le groupe italien
n'est pas en état de fournir cette garantie.
Ce
à quoi il a à veiller, c'est qu'à s'autoriser de lui-même
il n'y ait que de l'analyste.
Car
ma thèse, inaugurante de rompre avec la pratique par quoi de prétendues
Sociétés font de l'analyse une agrégation n'implique
pas pour autant que n'importe qui soit analyste.
Car
en ce qu'elle énonce, c'est de l'analyste qu'il s'agit, elle suppose
qu'il y en ait.
S'autoriser
n'est pas auto-ri(tuali)ser.
Car
j'ai posé d'autre part que c'est du pas-tout que relève l'analyste.
Pas-tout
être à parler ne saurait s'autoriser à faire un analyste.
A preuve que l'analyse y est nécessaire, encore n'est-elle pas suffisante.
Seul
l'analyste, soit pas n'importe qui, ne s'autorise que de lui-même.
Il
y en a, maintenant c'est fait mais c'est de ce qu'ils fonctionnent. Cette
fonction ne rend que probable l'ex-sistence de l'analyste. Probabilité
suffisante pour garantir qu'il y en ait que les chances soient grandes
pour chacun, les laisse pour tous insuffisantes.
S'il
convenait pourtant que ne fonctionnent que des analystes, le prendre pour
but serait digne du tripode italien.
Je
voudrais frayer ici cette voie s'il veut la suivre.
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*
*
Il faut
pour cela (c'est d'où résulte que j'aie attendu pour la frayer),
il faut pour cela du réel tenir compte. Soit de ce qui ressort de
notre expérience du savoir : il y a du savoir dans le réel.
Quoique celui-là, ce ne soit pas l'analyste, mais le scientifique
qui a à le loger.
L'analyste
loge un autre savoir, à une autre place mais qui du savoir dans
le réel doit tenir compte. Le scientifique produit le savoir, du
semblant de s'en faire le sujet. Condition nécessaire mais pas suffisante.
S'il ne séduit pas le maître en lui voilant que c'est là
sa ruine, ce savoir restera enterré comme il le fut pendant vingt
siècles où le scientifique se crut sujet, mais seulement
de dissertation plus ou moins éloquente.
Je
ne reviens à ce trop connu que pour rappeler que l'analyse dépend
de cela, mais que pour lui de même ça ne suffit pas.
Il
fallait que la clameur s'y ajoute d'une prétendue humanité
pour qui le savoir n'est pas fait puisqu'elle ne le désire pas.
Il
n'y a d'analyste qu'à ce que ce désir lui vienne, soit que
déjà par là il soit le rebut de la dite (humanité).
Je
dis déjà : c'est là la condition dont par quelque
côté de ses aventures, l'analyste doit la marque porter. A
ses congénères de "savoir" la trouver. Il saute aux yeux
que ceci suppose un autre savoir d'auparavant élaboré, dont
le savoir scientifique a donné le modèle et porte la responsabilité.
C'est celle même que je lui impute, d'avoir aux seuls rebuts de la
docte ignorance, transmis un désir inédit. Qu'il s'agit de
vérifier pour faire de l'analyste. Quoiqu'il en soit de ce que la
science doit à la structure hystérique, le roman de Freud,
ce sont ses amours avec la vérité.
Soit
le modèle dont l'analyste, s'il y en a un, représente la
chute, le rebut ai-je dit dit, mais pas n'importe lequel.
Croire
que la science est vraie sous le prétexte qu'elle est transmissible
(mathématiquement) est une idée proprement délirante
que chacun de ses pas réfute en rejetant aux vieilles lunes une
première formulation. Il n'y a de ce fait aucun progrès qui
soit notable faute d'en savoir la suite. Il y a seulement la découverte
d'un savoir dans le réel. Ordre qui n'a rien à faire avec
celui imaginé d'avant la science, mais que nulle raison n'assure
d'être un bon heur.
L'analyste,
s'il se vanne du rebut que j'ai dit, c'est bien d'avoir un aperçu
de ce que l'humanité se situe du bon heur (c'est où elle
baigne : pour elle il n'y a que bon heur), et c'est en quoi il doit
avoir cerné la cause de son horreur, de sa propre, à lui,
détachée de celle de tous, horreur de savoir.
Dès
lors, il sait être un rebut. C'est ce que l'analyste a dû lui
faire au moins sentir. S'il n'en est pas porté à l'enthousiasme,
il peut bien y avoir eu analyse, mais d'analyste aucune chance. C'est ce
que ma "passe", de fraîche date, illustre souvent assez pour que
les passeurs s'y déshonorent à laisser la chose incertaine,
faute de quoi le cas tombe sous le coup d'une déclinaison polie
de sa candidature.
Ç'aura
une autre portée dans le groupe italien, s'il me suit en cette affaire.
Car à l'Ecole de Paris, il n'y a pas de casse pour autant. L'analyste
ne s'autorisant que de lui-même, sa faute passe aux passeurs et la
séance continue pour le bonheur général, teinté
pourtant de dépression.
Ce
que le groupe italien gagnerait à me suivre, c'est un peu plus de
sérieux que ce à quoi je parviens à ma prudence. Il
faut pour cela qu'il prenne un risque.
*
*
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J'articule
maintenant les choses pour des gens qui m'entendent. II y a l'objet (a).
Il ex-siste maintenant, de ce que je l'aie construit. Je suppose
qu'on en connaît les quatre substances épisodiques qu'on sait
à quoi il sert, de s'envelopper de la pulsion par quoi chacun se
vise au coeur et n'y atteint que d'un tir qui le rate.
Ça
fait support aux réalisations les plus effectives, et aussi bien
aux réalités les plus attachantes.
Si
c'est le fruit de l'analyse, renvoyez le dit sujet à ses chères
études. Il ornera de quelques potiches supplémentaires le
patrimoine censé faire la bonne humeur de Dieu. Qu'on aime à
le croire, ou que ça révolte, c'est le même prix pour
l'arbre généalogique d'où subsiste l'inconscient.
Le
ga(r)s ou la garce en question y font relais congru.
Qu'il
ne s'autorise pas d'être analyste, car il n'aura jamais le temps
de contribuer au savoir, sans quoi il n'y a pas de chance que l'analyse
continue à faire prime sur le marché, soit : que le groupe
italien ne soit pas voué à l'extinction.
Le
savoir en jeu, j'en ai émis le principe comme du point idéal
que tout permet de supposer quand on a le sens de l'épure : c'est
qu'il n'y a pas de rapport sexuel, de rapport j'entends, qui puisse se
mettre en écriture.
Inutile
à partir de là d'essayer, me dira-t-on, certes pas vous,
mais si vos candidats, c'est un de plus à rétorquer, pour
n'avoir nulle chance de contribuer au savoir dans lequel vous vous éteindrez.
Sans
essayer ce rapport de l'écriture, pas moyen en effet d'arriver à
ce que j'ai, du même coup que je posais son inex-sistence, proposé
comme un but par où la psychanalyse s'égalerait à
la science à savoir démontrer que ce rapport est impossible
à écrire, soit que c'est en cela qu'il n'est pas affirmable
mais aussi bien non réfutable au titre de la vérité.
Avec
pour conséquence qu'il n'y a pas de vérité qu'on puisse
dire toute, même celle-ci, puisque celle-ci on ne la dit ni peu ni
prou. La vérité ne sert à rien qu'à faire la
place où se dénonce ce savoir.
Mais
ce savoir n'est pas rien. Car ce dont il s'agit, c'est qu'accédant
au réel, il le détermine tout aussi bien que le savoir de
la science.
Naturellement
ce savoir n'est pas du tout cuit. Car il faut l'inventer.
Ni
plus ni moins, pas le découvrir puisque la vérité
n'est là rien de plus que bois de chauffage, je dis bien la vérité
telle qu'elle procède de la f... trerie (orthographe à commenter,
ce n'est pas la f... terie).
Le
savoir par Freud désigné de I'inconscient, c'est que qu'invente
l'humus humain pour sa pérennité d'une génération
à l'autre, et maintenant qu'on l'a inventorié, on sait que
ça fait preuve d'un manque d'imagination éperdu.
On
ne peut l'entendre que sous bénéfice de cet inventaire :
soit de laisser en suspens l'imagination qui y est courte, et de mettre
à contribution le symbolique et le réel qu'ici l'imaginaire
noue (c'est pourquoi on ne peut le laisser tomber) et de tenter, à
partir d'eux, qui tout de même ont fait leurs preuves dans le savoir,
d'agrandir les ressources grâce à quoi ce fâcheux rapport,
on parviendrait à s'en passer pour faire l'amour plus digne que
le foisonnement de bavardage, qu'il constitue à ce jour, - sicut
palea - disait le St Thomas en terminant sa vie de moine. Trouvez-moi
un analyste de cette tuile, qui brancherait le truc sur autre chose que
sur un organon ébauché.
Je
conclus : le rôle des passeurs, c'est le tripode lui-même qui
l'assurera jusqu'à nouvel ordre puisque le groupe n'a que ces trois
pieds.
Tout
doit tourner autour des écrits à paraître.
Cette
"note" de Jacques Lacan fut adressée en 1973 à son "groupe
italien"; les personnes concernées ne donnèrent pas suite
aux suggestions exprimées ici.