la répétition
aux
"fondements de la psychanalyse" (Wiederholung)
Catherine
Alcouloumbré
séminaire
1997-98
3.
Les rapports
entre transfert, résistance
et compulsion de répétition se précisent : certes
le transfert est lui-même répétition inconsciente
de
situations anciennes, mais il n'est pas que cette
répétition.
Il s'avère nécessaire de distinguer là deux
registres
différents :
* ce premier versant du transfert
où la compulsion à la répétition vient
remplacer
l'impulsion au souvenir, obstacle aisément reconnaissable du
fait
qu'il s'identifie proportionnellement à la mise en actes - ou
répétition
inconsciente - qui remplace la remémoration du souvenir. Ce que
le patient répète, c'est sa façon de réagir
qui prend sa source du refoulé, ce sont tous ses symptômes.
* Le second versant du transfert
est celui qui permet d'enrayer cette compulsion de
répétition,
en tentant de la transformer en une raison de se souvenir. Maniement du
transfert, comme une lutte perpétuelle contre cette tendance du
patient à s'opposer au travail de remémoration.
La remémoration se situant
dans l'ordre symbolique, il s'agit donc là plutôt d'un
versant
symbolique du transfert, en opposition au premier, d'ordre plus
imaginaire.
Dans cet article, Freud
évoque
enfin l'importance et la nécessité du travail de
perlaboration
que seuls rendent possible le maniement du transfert et la
reconnaissance
par le malade de ce qui se répétant faisait obstacle ou
plutôt
résistance pour lui. Etape essentielle de la perlaboration
des résistances, qu'il compare au point de vue
théorique,
à l'abréaction des charges affectives
séquestrées
par le refoulement et sans laquelle le traitement hypnotique demeurait
inopérant.[124]
Avant la troisième
étape
de ce parcours, avec les années 20 et l'Au-delà... deux
séries
de remarques :
a) Avec cet article de
1914,
il apparaît qu'après avoir abordé la
répétition
par le biais de la mémoire, Freud distingue dorénavant
mémoire
et répétition: dans la mémoire, la trace
mnésique
aurait justement pour effet une non-répétition,
puisqu'elle
permet à tout organisme vivant doué de mémoire de
ne pas réagir à une stimulation, à une situation
qu'il
a déjà rencontrée de la même façon la
seconde fois que la première. Au contraire dans le
phénomène
de la répétition, si la trace mnésique fait
retour,
qui insiste, contraint le sujet à une répétition,
c'est parce que le procès même de la
répétition
se constitue de quelque chose de définitivement perdu à
la
redécouverte de quoi le sujet se voue pour retrouver la
satisfaction
de la première fois, satisfaction tout à fait
réelle.
C'est de ce décalage,
inhérent
à la répétition, que le sujet, être parlant,
va s'inscrire dans une temporalité dont la logique s'articule
autour
d'un manque inaugural. Dans une situation d'échec qui se
répète
par exemple, la trace aura une tout autre fonction: la situation
première
n'étant pas marquée du signe de la
répétition,
on doit dire que si elle devient la situation
répétée,
c'est que la trace se réfère à quelque chose de
perdu
du fait de la répétition, et nous retrouvons ici l'objet
a. C'est pourquoi ce qui se présente comme décalage dans
la répétition même n'a rien à faire avec la
similitude ou la différence, et nous retrouvons ici, dans le
champ
du sujet, le trait unaire comme repère symbolique.[125]
Dans sa recherche pour reproduire
la satisfaction première, le sujet ne peut plus que
trouver
des substituts, en une série qui métonymiquement
résulte
de ce qui subsiste d'irremplaçable, d'unique dans l'inconscient,
de refoulé. Il y aura toujours une disjonction temporelle entre
la satisfaction obtenue et la répétition poursuivie, une
discordance entraînant que ce ne sera dorénavant plus que
re-trouvaille, elle-même marquée du signe de l'impossible
puisque pour Freud l'objet, c'est toujours l'objet perdu,
précisément
ce n'est plus le même... Insatisfaction foncière qui prend
nom de désir.
Au début du
séminaire
IV La relation d'objet [126],
soulignant le caractère dialectique de cette tension
foncière
- du fait que c'est toujours à travers la recherche d'une
satisfaction
passée et dépassée que le nouvel objet
cherché
est trouvé, saisi ailleurs- Lacan l'illustre de la distinction
entre
la réminiscence platonicienne, reconnaissance d'un type en
quelque
sorte préformé, et la notion donnée par
Kierkegaard
sous le registre de la répétition, cette
répétition
toujours cherchée, essentiellement jamais satisfaite en tant
qu'elle
est de par sa nature non point jamais réminiscence, mais
toujours
répétition, comme telle impossible à assouvir.
C'est dès la Science
des rêves, en 1905, que Freud avait mis l'accent sur
l'opposition
entre principes de plaisir et de réalité. C'est à
partir de cette opposition qu'il situe, jusque dans les années
20,
l'objet toujours perdu, et par suite le sujet comme toujours
voué
à un retour, à un retour impossible...
Mais cela renvoie à
l'étape
suivante, ie celle de l'Au-delà du principe de
plaisir,
avec le remaniement de la théorie des pulsions, où se
précise
autrement la conjonction entre la répétition et la
satisfaction.
D'autre part, la distinction que
Freud élabore entre 1912 et 1918 entre transfert et
répétition
est essentielle; car de là et jusqu'en 1937, dans son
étude
Analyse
finie et infinie[127], il
constate
cette contradiction inhérente au transfert, à la fois le
plus efficace des facteurs de la réussite et le plus
puissant
agent de la résistance[128].
Contradiction qui fait l'objet de toute une réflexion au fil des
articles réunis dans ce recueil (La technique analytique).
Michel Sylvestre, dans un article
de 1985, Le transfert[129],
met
bien en relief cette différence chez Freud entre erinnern
et Agieren, tous deux modalités de retours du
refoulé,
tous deux effets de la répétition, mais à la
différence
près que dans le cas de l'Agieren, défini comme
contrainte,
compulsion à la répétition, le sujet ne sait
pas
qu'il s'agit d'une répétition.
C'est à partir de 1918 que
Freud amorce le tournant capital de son élaboration
théorique,
à partir de cette découverte que la résistance du
sujet à la remémoration répond à un
au-delà
du principe de plaisir, que ce qui est plaisir pour un système
psychique
est déplaisir dans un autre, et c'est avec L'Au-delà...,
en 1920, quand prend forme sa seconde topique, que la résistance
trouve son nom de réel : la pulsion de mort.