10-07-1914 Freud à Jones

10 Juli 1914

Vienna, IX. Berggasse 19

Mon cher Jones,

Merci beaucoup de tous vos cadeaux et de vos nouvelles. Je sais vos talents d’orateur plus grands encore que vos talents d’écrivain, et je me réjouis de la nou­velle de votre succès à Durham.

Contre mes habitudes, j’ai lu attentivement les articles sur le refoulement dans l’oubli que vous m’avez envoyés et que je devais juger, et ce qui m’a paru être un niveau hautement respectable parmi les psychologues était en vérité un piètre niveau pour l’analyste. Je n’ai rien trouvé de neuf dans ce verbiage — telle l’accusation que Hamlet porte contre Polonius -, quelques âneries et quantité de discussions sur des à-côtés qui pouvaient être réglées en se référant à une seule phrase de moi. Reste que nous devons être satisfaits.

La promesse que fait Putnam de se ranger à nos côtés paraît formelle, mais il a terriblement besoin d’une nounou pour le tenir par la main et guider ses pas. Il n’a pas idée de la perfidie d’Adler (1), Lou Salomé m’a adressé une lettre de lui, écrite en 1913, qui a pu l’impressionner.

J’ai le plaisir de vous annoncer que ma belle-sœur se rétablit, et que nous n’avons pas à différer notre départ fixé à dimanche soir. Il lui faudra attendre encore une semaine ou plus au Cottage Sanatorium avant de pouvoir entreprendre un voyage.

Le Congrès de Berlin n’est pas contre ma ligne, mais je ne vois pas l’intérêt de participer aux congrès. Peut-être feriez-vous mieux d’y aller pour vous faire mieux connaître des gens de Berlin.

Je prendrai congé de Loe demain. Elle s’est remise aussitôt après avoir pris davantage de morphine, et je ne vois aucun moyen de l’en arracher pour l’instant. Elle ne croit pas encore à la ψα, mais elle est charmante malgré tous ses défauts, qui sont plus que largement éclipsés par ses excellentes qualités. Il y a de la lumière et de l’ombre.

Den 4e édition de la Traumdeutung vient de paraître et vous parviendra dans quel­ques jours.

Quelle est la voie que montrera la décision d’Eder pour Jung ? J’en suis navré pour vous, mais c’est l’action de la « scharfe Löffel» [la cuiller tranchante], retirer tout le tissu aliéné (2).

Avez-vous reçu la lettre de Bleuler ?

Ma prochaine carte pour vous donner mon adresse à Karlsbad.

Bien sincèrement à vous

Freud.


1. On peut trouver dans Hale (1971 a, p. 173-176) plusieurs lettres échangées en 1914 entre Freud et Putnam à propos d’Adler.

2. Freud a écrit insane, sans doute à la place de unhealthy, malsain.

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