freud-lacan: Langue & analyse

David Thépaut thepaut at webbar.fr
Wed Dec 11 17:36:32 GMT 2002


Salut Bruno,

Content de te voir de retour.
Mes remarques sur le sujet :
Il n'existe pas une langue qui exprime parfaitement le référent du monde. A
fortiori, il n'y en pas une qui exprime mieux que l'autre. Aucune langue ne
peut tout dire.
Venir chercher une analyse en langue seconde et que l'analyse "prenne",
c'est déjà du sens, peut-être du symptôme. Surtout à notre époque où un
certain nombre d'immigrés viennent faire une analyse en français alors que
leur langue maternelle est l'arabe ou le chinois et que les psychanalystes
arabophones et sinophones existent. C'est encore du sens. Kristeva en parle.
Et puis, ne pas trouver ses mots dans la langue seconde, ne pas réussir à
dire un mot qu'on connaît pourtant dans la langue seconde, c'est déjà une
formation. Si le mot qu'on veut dire en français ne sort que dans la langue
maternelle, c'est peut-être déjà un mot français : ce que j'appelle le
"signifiant polyglotte"... Le passage d'une L1 à une L2 est loin d'être
bijectif, il est sans doute symptomatique. Un ami italien était allé voir
une psy italianophone à Paris, il a fini par retourner chez un psy
francophone. Tout est possible.
Et puis si l'inconscient est structuré comme un langage, l'est-il comme un
langage "maternel" ou un langage "second" oserais-je dira un langage
"Autre"...
Tout cela est un peu brouillon, mais bon.....

David
----- Original Message -----
From: "Liliane Fainsilber" <liliane.fainsilber at wanadoo.fr>
To: <freud-lacan at lutecium.org>
Sent: Wednesday, December 11, 2002 5:42 PM
Subject: RE: freud-lacan: Langue & analyse


> Cher Bruno,
>
>  Je suis d'accord avec Jacques sur un point :  sur le fait que le désir
> insconscient insiste pour se faire reconnaître et que donc même si
> l'analyste ne peut pas saisir les équivoques qu'utilise l'analysant dans
sa
> langue maternelle pour fabriquer ses symptômes, il arrivera certainement
un
> moment où, grâce au transfert,  il essaiera d'utiliser la langue qui leur
> est commune pour se faire entendre de l'analyste, pour tenter d'y faire
> reconnaître son désir.
>
> Par contre quand l'analysant et l'analyste n'ont pas de langue commune,
> l'analyste peut certes écouter mais il ne risque pas d'entendre. C'est
donc
> dénier à l'analyste ce qui est sa fonction, celle de l'interprétation. Ni
> Freud, ni Lacan ne s'y dérobaient.
> D'ailleurs dans le "contre-exemple" que Jacques a évoqué, cette fonction
de
> l'interprétation est tout à fait présente.
> Cette histoire d'analyse où l'analysant et l'analyste ne peuvent se parler
> sans s'entendre, me fait penser à la fable de La Fontaine, celle des
> grenouilles qui avaient décidé de se choisir un roi et qui n'avaient rien
> trouvé de mieux pour remplir cette fonction qu'un "soliveau".
>
> Amicalement. Liliane.
>
>
> -----Message d'origine-----
> De : owner-freud-lacan at lutecium.org
> [mailto:owner-freud-lacan at lutecium.org]De la part de BdF
> Envoyé : mercredi 11 décembre 2002 05:31
> À : freud-lacan at lutecium.org
> Objet : freud-lacan: Langue & analyse
>
>
> Dans L'homme aux Loups, Freud remarque qu'une des difficultés de cette
> analyse, mais non la principale, est la différence culturelle et donc de
> langue : Sergei est russe, lui est allemand.
>
> Ceci est souligné par Lacan (dans les Écrits Techniques, je crois),
lorsqu'
> il remarque qu'un analyste devrait savoir qu'un phantasme de main coupée,
ce
> n'est pas la même chose suivant que l'analysant est soit chrétien, soit
> musulman (sharia).
>
> Or un analyste français m'a confié qu'il avait eu en analyse une espagnole
> qui ne parlait pas le français, alors que lui ne parlait pas l'espagnol,
et
> que ça marchait quand même, insistant que pour lui, ce qui comptait, était
> la ré-appropriation des signifiants par l'analysante.
>
> A ceux d'entre vous qui êtes analyste, qu'en pensez-vous ? Quelle est
votre
> expérience de ce côté là ? Qu'est ce peut s'entendre d'un signifiant dont
on
> n'a pas le modèle ?
>
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> BdF
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