freud-lacan: Langue & analyse A cobra lesa.
Mirian Giannella
giannell at uol.com.br
Wed Dec 11 20:51:38 GMT 2002
Amis,
La phonétique emporte, les sons des deux langues ou plus se mélangent
cherchant à se déchiffrer l'une à l'autre. La langue étrangère commence a
gagner de la familiarité comme ça, à entrer dans les rêves, à chercher les
sens.
Et si on gagne des nouvelles possibilités pour se dire qu'une autre langue
peut nous donner... ? La langue étrangère peut même devenir un bon moyen
d'expression pour se dire d'une nouvelle manière...
J'ai écrit un récit du parcours de près de 20 années
qui a pris en moi, pour se déchiffrer, l'expression:
" il n'y a pas de lezard "
cobra = serpent
cobrar --> cobrança = faire des exigences, demander de l'argent en
échange...
LESAR
Un jour, dans un cours, à Paris, sur le vieillissement, de la
Psychophysiologie, j'ai entendu le professeur demander : " Il n'y a pas de
lézard ? ".
Ce que je n'ai pas compris et ça a commencé a travailler en moi, jusque dans
mes rêves. J'ai revé des serpents-lézards. En portugais, on a une expression
que dit des serpents et des lézards, pour signifier des mauvaises choses, un
mélange du n'importe quoi. Ce n'est pas que j'ai pensé cobras e lagartos,
comme a entendu mon analyste à l'époque, c'étaient des serpents avec des
pattes. C'était logique, puisque si mon objet phobique était le serpent,
alors ce n'étaient pas des simples lézards. C'était un nid de serpents, a
cobrança... J'avais une qui me sortait de la plante du pied et une autre qui
m'entrait par les dos derrière le coeur, le mal entrait en moi.
Lézard sonne comme lesar en portugais, léser en français, faire du mal,
causer du préjudice, j'ai associé les sens des deux langues. Et j'ai même
justifié : le lézard lèse parce qu'il a la tête au niveau du ventre. Bien
sûr, ça remet à beaucoup d'autres sens. Qui a la tête au niveau du ventre ?
Les émotions qui emportent. Le sujet de l'inconscient ?
Un de ces jours, sur une liste des traducteurs francophones, apparait l'
expression : " Il n'y a pas de lézard ", et moi, à demander : Mais "y a pas
de lézard" !? Ça veut dire quoi ? Lézard, lagarto en portugais, il sèche au
soleil...? C'est bien un réptile... Sur mon dictionnaire d'expressions Le
Robert, je n'ai trouvé que le sens de lézarder, faire le lézard - paresser,
se chauffer au soleil. Sur le Larousse pas plus que ça. Ça doit avoir d'
autres sens...
Et on m'a répondu, ça veut dire qu'il n'y a pas des problèmes.
Amicalement
Mirian
----- Original Message -----
From: "David Thépaut" <thepaut at webbar.fr>
To: <freud-lacan at lutecium.org>
Sent: Wednesday, December 11, 2002 3:36 PM
Subject: Re: freud-lacan: Langue & analyse
> Salut Bruno,
>
> Content de te voir de retour.
> Mes remarques sur le sujet :
> Il n'existe pas une langue qui exprime parfaitement le référent du monde.
A
> fortiori, il n'y en pas une qui exprime mieux que l'autre. Aucune langue
ne
> peut tout dire.
> Venir chercher une analyse en langue seconde et que l'analyse "prenne",
> c'est déjà du sens, peut-être du symptôme. Surtout à notre époque où un
> certain nombre d'immigrés viennent faire une analyse en français alors que
> leur langue maternelle est l'arabe ou le chinois et que les psychanalystes
> arabophones et sinophones existent. C'est encore du sens. Kristeva en
parle.
> Et puis, ne pas trouver ses mots dans la langue seconde, ne pas réussir à
> dire un mot qu'on connaît pourtant dans la langue seconde, c'est déjà une
> formation. Si le mot qu'on veut dire en français ne sort que dans la
langue
> maternelle, c'est peut-être déjà un mot français : ce que j'appelle le
> "signifiant polyglotte"... Le passage d'une L1 à une L2 est loin d'être
> bijectif, il est sans doute symptomatique. Un ami italien était allé voir
> une psy italianophone à Paris, il a fini par retourner chez un psy
> francophone. Tout est possible.
> Et puis si l'inconscient est structuré comme un langage, l'est-il comme un
> langage "maternel" ou un langage "second" oserais-je dira un langage
> "Autre"...
> Tout cela est un peu brouillon, mais bon.....
>
> David
> ----- Original Message -----
> From: "Liliane Fainsilber" <liliane.fainsilber at wanadoo.fr>
> To: <freud-lacan at lutecium.org>
> Sent: Wednesday, December 11, 2002 5:42 PM
> Subject: RE: freud-lacan: Langue & analyse
>
>
> > Cher Bruno,
> >
> > Je suis d'accord avec Jacques sur un point : sur le fait que le désir
> > insconscient insiste pour se faire reconnaître et que donc même si
> > l'analyste ne peut pas saisir les équivoques qu'utilise l'analysant dans
> sa
> > langue maternelle pour fabriquer ses symptômes, il arrivera certainement
> un
> > moment où, grâce au transfert, il essaiera d'utiliser la langue qui
leur
> > est commune pour se faire entendre de l'analyste, pour tenter d'y faire
> > reconnaître son désir.
> >
> > Par contre quand l'analysant et l'analyste n'ont pas de langue commune,
> > l'analyste peut certes écouter mais il ne risque pas d'entendre. C'est
> donc
> > dénier à l'analyste ce qui est sa fonction, celle de l'interprétation.
Ni
> > Freud, ni Lacan ne s'y dérobaient.
> > D'ailleurs dans le "contre-exemple" que Jacques a évoqué, cette fonction
> de
> > l'interprétation est tout à fait présente.
> > Cette histoire d'analyse où l'analysant et l'analyste ne peuvent se
parler
> > sans s'entendre, me fait penser à la fable de La Fontaine, celle des
> > grenouilles qui avaient décidé de se choisir un roi et qui n'avaient
rien
> > trouvé de mieux pour remplir cette fonction qu'un "soliveau".
> >
> > Amicalement. Liliane.
> >
> >
> > -----Message d'origine-----
> > De : owner-freud-lacan at lutecium.org
> > [mailto:owner-freud-lacan at lutecium.org]De la part de BdF
> > Envoyé : mercredi 11 décembre 2002 05:31
> > À : freud-lacan at lutecium.org
> > Objet : freud-lacan: Langue & analyse
> >
> >
> > Dans L'homme aux Loups, Freud remarque qu'une des difficultés de cette
> > analyse, mais non la principale, est la différence culturelle et donc de
> > langue : Sergei est russe, lui est allemand.
> >
> > Ceci est souligné par Lacan (dans les Écrits Techniques, je crois),
> lorsqu'
> > il remarque qu'un analyste devrait savoir qu'un phantasme de main
coupée,
> ce
> > n'est pas la même chose suivant que l'analysant est soit chrétien, soit
> > musulman (sharia).
> >
> > Or un analyste français m'a confié qu'il avait eu en analyse une
espagnole
> > qui ne parlait pas le français, alors que lui ne parlait pas l'espagnol,
> et
> > que ça marchait quand même, insistant que pour lui, ce qui comptait,
était
> > la ré-appropriation des signifiants par l'analysante.
> >
> > A ceux d'entre vous qui êtes analyste, qu'en pensez-vous ? Quelle est
> votre
> > expérience de ce côté là ? Qu'est ce peut s'entendre d'un signifiant
dont
> on
> > n'a pas le modèle ?
> >
> > ===
> > BdF
> > ===
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