freud-lacan: Langue & analyse A cobra lesa.

David Thépaut thepaut at webbar.fr
Wed Dec 11 23:23:41 GMT 2002


Chère Mirian,

Plus que la phonétique, c'est la forme qui l'emporte, c'est à dire le
signifiant. La force de l'association libre, c'est qu'elle met le signifiant
au centre et au haut de tout, au delà de la langue à laquelle il appartient,
mais la langue le rappelle constamment à sa chaîne.... C'est quand justement
le signifiant se sépare de la langue, qu'il intrigue, qu'on ne sait plus à
quelle langue il appartient, et ce quelle que soit la langue de la cure....
Comme vous nous l'exposez si bien ici.... Le jeu de la forme et du sens fait
l'interprétation.
L'ombilic du rêve, le signifiant primordial me fait souvent penser à ces
recherches en linguistique que l'on appelle "l'origine des langues",
l'origine des langues c'est sans doute la langue qu'on ne parlera
jamais.....

Amitiés

David
----- Original Message -----
From: "Mirian Giannella" <giannell at uol.com.br>
To: <freud-lacan at lutecium.org>
Sent: Wednesday, December 11, 2002 9:51 PM
Subject: Re: freud-lacan: Langue & analyse A cobra lesa.


> Amis,
> La phonétique emporte, les sons des deux langues ou plus se mélangent
> cherchant à se déchiffrer l'une à l'autre. La langue étrangère commence a
> gagner de la familiarité comme ça, à entrer dans les rêves, à chercher les
> sens.
> Et si on gagne des nouvelles possibilités pour se dire qu'une autre langue
> peut nous donner... ? La langue étrangère peut même devenir un bon moyen
> d'expression pour se dire d'une nouvelle manière...
>
> J'ai écrit un récit du parcours de près de 20 années
> qui a pris en moi, pour se déchiffrer, l'expression:
> " il n'y a pas de lezard "
>
> cobra = serpent
> cobrar --> cobrança = faire des exigences, demander de l'argent en
> échange...
>
> LESAR
> Un jour, dans un cours, à Paris, sur le vieillissement, de la
> Psychophysiologie, j'ai entendu le professeur demander : " Il n'y a pas de
> lézard ? ".
> Ce que je n'ai pas compris et ça a commencé a travailler en moi, jusque
dans
> mes rêves. J'ai revé des serpents-lézards. En portugais, on a une
expression
> que dit des serpents et des lézards, pour signifier des mauvaises choses,
un
> mélange du n'importe quoi. Ce n'est pas que j'ai pensé cobras e lagartos,
> comme a entendu mon analyste à l'époque, c'étaient des serpents avec des
> pattes. C'était logique, puisque si mon objet phobique était le serpent,
> alors ce n'étaient pas des simples lézards. C'était un nid de serpents, a
> cobrança... J'avais une qui me sortait de la plante du pied et une autre
qui
> m'entrait par les dos derrière le coeur, le mal entrait en moi.
> Lézard sonne comme lesar en portugais, léser en français, faire du mal,
> causer du préjudice, j'ai associé les sens des deux langues. Et j'ai même
> justifié : le lézard lèse parce qu'il a la tête au niveau du ventre. Bien
> sûr, ça remet à beaucoup d'autres sens. Qui a la tête au niveau du ventre
?
> Les émotions qui emportent. Le sujet de l'inconscient ?
> Un de ces jours, sur une liste des traducteurs francophones, apparait l'
> expression : " Il n'y a pas de lézard ", et moi, à demander : Mais "y a
pas
> de lézard" !? Ça veut dire quoi ? Lézard, lagarto en portugais, il sèche
au
> soleil...? C'est bien un réptile... Sur mon dictionnaire d'expressions Le
> Robert, je n'ai trouvé que le sens de lézarder, faire le lézard -
paresser,
> se chauffer au soleil. Sur le Larousse pas plus que ça. Ça doit avoir d'
> autres sens...
> Et on m'a répondu, ça veut dire qu'il n'y a pas des problèmes.
>
> Amicalement
> Mirian
>
>
> ----- Original Message -----
> From: "David Thépaut" <thepaut at webbar.fr>
> To: <freud-lacan at lutecium.org>
> Sent: Wednesday, December 11, 2002 3:36 PM
> Subject: Re: freud-lacan: Langue & analyse
>
>
> > Salut Bruno,
> >
> > Content de te voir de retour.
> > Mes remarques sur le sujet :
> > Il n'existe pas une langue qui exprime parfaitement le référent du
monde.
> A
> > fortiori, il n'y en pas une qui exprime mieux que l'autre. Aucune langue
> ne
> > peut tout dire.
> > Venir chercher une analyse en langue seconde et que l'analyse "prenne",
> > c'est déjà du sens, peut-être du symptôme. Surtout à notre époque où un
> > certain nombre d'immigrés viennent faire une analyse en français alors
que
> > leur langue maternelle est l'arabe ou le chinois et que les
psychanalystes
> > arabophones et sinophones existent. C'est encore du sens. Kristeva en
> parle.
> > Et puis, ne pas trouver ses mots dans la langue seconde, ne pas réussir
à
> > dire un mot qu'on connaît pourtant dans la langue seconde, c'est déjà
une
> > formation. Si le mot qu'on veut dire en français ne sort que dans la
> langue
> > maternelle, c'est peut-être déjà un mot français : ce que j'appelle le
> > "signifiant polyglotte"... Le passage d'une L1 à une L2 est loin d'être
> > bijectif, il est sans doute symptomatique. Un ami italien était allé
voir
> > une psy italianophone à Paris, il a fini par retourner chez un psy
> > francophone. Tout est possible.
> > Et puis si l'inconscient est structuré comme un langage, l'est-il comme
un
> > langage "maternel" ou un langage "second" oserais-je dira un langage
> > "Autre"...
> > Tout cela est un peu brouillon, mais bon.....
> >
> > David
> > ----- Original Message -----
> > From: "Liliane Fainsilber" <liliane.fainsilber at wanadoo.fr>
> > To: <freud-lacan at lutecium.org>
> > Sent: Wednesday, December 11, 2002 5:42 PM
> > Subject: RE: freud-lacan: Langue & analyse
> >
> >
> > > Cher Bruno,
> > >
> > >  Je suis d'accord avec Jacques sur un point :  sur le fait que le
désir
> > > insconscient insiste pour se faire reconnaître et que donc même si
> > > l'analyste ne peut pas saisir les équivoques qu'utilise l'analysant
dans
> > sa
> > > langue maternelle pour fabriquer ses symptômes, il arrivera
certainement
> > un
> > > moment où, grâce au transfert,  il essaiera d'utiliser la langue qui
> leur
> > > est commune pour se faire entendre de l'analyste, pour tenter d'y
faire
> > > reconnaître son désir.
> > >
> > > Par contre quand l'analysant et l'analyste n'ont pas de langue
commune,
> > > l'analyste peut certes écouter mais il ne risque pas d'entendre. C'est
> > donc
> > > dénier à l'analyste ce qui est sa fonction, celle de l'interprétation.
> Ni
> > > Freud, ni Lacan ne s'y dérobaient.
> > > D'ailleurs dans le "contre-exemple" que Jacques a évoqué, cette
fonction
> > de
> > > l'interprétation est tout à fait présente.
> > > Cette histoire d'analyse où l'analysant et l'analyste ne peuvent se
> parler
> > > sans s'entendre, me fait penser à la fable de La Fontaine, celle des
> > > grenouilles qui avaient décidé de se choisir un roi et qui n'avaient
> rien
> > > trouvé de mieux pour remplir cette fonction qu'un "soliveau".
> > >
> > > Amicalement. Liliane.
> > >
> > >
> > > -----Message d'origine-----
> > > De : owner-freud-lacan at lutecium.org
> > > [mailto:owner-freud-lacan at lutecium.org]De la part de BdF
> > > Envoyé : mercredi 11 décembre 2002 05:31
> > > À : freud-lacan at lutecium.org
> > > Objet : freud-lacan: Langue & analyse
> > >
> > >
> > > Dans L'homme aux Loups, Freud remarque qu'une des difficultés de cette
> > > analyse, mais non la principale, est la différence culturelle et donc
de
> > > langue : Sergei est russe, lui est allemand.
> > >
> > > Ceci est souligné par Lacan (dans les Écrits Techniques, je crois),
> > lorsqu'
> > > il remarque qu'un analyste devrait savoir qu'un phantasme de main
> coupée,
> > ce
> > > n'est pas la même chose suivant que l'analysant est soit chrétien,
soit
> > > musulman (sharia).
> > >
> > > Or un analyste français m'a confié qu'il avait eu en analyse une
> espagnole
> > > qui ne parlait pas le français, alors que lui ne parlait pas
l'espagnol,
> > et
> > > que ça marchait quand même, insistant que pour lui, ce qui comptait,
> était
> > > la ré-appropriation des signifiants par l'analysante.
> > >
> > > A ceux d'entre vous qui êtes analyste, qu'en pensez-vous ? Quelle est
> > votre
> > > expérience de ce côté là ? Qu'est ce peut s'entendre d'un signifiant
> dont
> > on
> > > n'a pas le modèle ?
> > >
> > > ===
> > > BdF
> > > ===
>
>
> ~~~
> October 2002: 200 subscribers
> ~~~~~~~~
> Archives of the list can be found at:
> http://www.lutecium.org/arc/freud-lacan@lutecium.org/
> ~~~~~~~~
> If unfortunately you've made up your mind
> and decided to leave the Discussion List:
> mailto:majordomo at lutecium.org
> Text: unsubscribe freud-lacan


~~~
October 2002: 200 subscribers
~~~~~~~~
Archives of the list can be found at:
http://www.lutecium.org/arc/freud-lacan@lutecium.org/
~~~~~~~~
If unfortunately you've made up your mind
and decided to leave the Discussion List:
mailto:majordomo at lutecium.org
Text: unsubscribe freud-lacan



More information about the Freud-lacan mailing list