freud-lacan: questions sur le masochisme

fainsilber Liliane.Fainsilber at wanadoo.fr
Fri Nov 1 15:03:07 GMT 2002


Bonjour à tous,

les deux abords divergents de Thierry et de Joël, m'ont détournée
momentanément de mon projet de relire les textes freudiens sur cette
question, et du coup je suis allée  retrouver dans le séminaire Encore ce
que Lacan dit de la perversion polymorphe infantile décrite par Freud.
je n'ai pas sous la main mes trois essais et je n'ai pas pu aller vérifier
si, comme le dit Lacan, Freud la met du côté des femmes.

Je sais Elisabeth, que vous n'êtes pas encore très au fait des textes de
Lacan, mais il me semble que cela devrait quand même vous dire quelque chose
justement parce qu'il se réfère à Freud.
Je fais ainsi d'une pierre plusieurs coups, parce que je réponds également à
la question que posait Lise l'autre jour, sur la façon dont on pouvait
inscrire la formule du fantasme sur le noeud borroméen. Cela lui donnera une
bonne piste, mais je lui laisse le plaisir de la chercher.

Il y a également dans ces quelques lignes, vous le remarquerez, une
remarquable approche clinique, d'une grande acuité,  de ce qui constitue la
différence entre la névrose et la perversion.
Je rajoute donc ce bout de texte :

Séminaire Encore, page 79 et 80 dans le chapitre "Une lettre d'amour".

Avant d'aborder ce qu'il a en projet cette année là, explorer ce qu'il en
est de la jouissance féminine, l'explorer avec l'aide de la logique qu'il
vient de mettre en place, celle des formules de la sexuation, il décrit donc
ce qui se passe du côté des hommes, comment il se débrouillent pour
atteindre leur partenaire malgré l'absence de rapport sexuel. Voici donc ce
qu'il en dit.

"... Après le météore de l'amour courtois, c'est d'une tout autre partition
qu'est venu ce qui l'a rejeté à sa futilité première. Il n'a fallu rien de
moins que le discours scientifique ...

Et c'est  de là seulement que surgit la psychanalyse, à savoir
l'objectivation de ce que l'être parlant passe encore du temps à parler en
pure perte. Il passe encore du temps à parler pour un office des plus
courts - des plus courts, dis-je, de ce fait que cet office ne va pas plus
loin que d'être en cours encore, c'est-à-dire le temps qu'il faut pour que
ça se résolve enfin - c'est là ce qui nous pend au nez - démographiquement.
Ce n'est pas du tout ça qui arrangera les rapports de l'homme aux femmes.
L'avoir vu c'est le génie de Freud...
J'apporte maintenant un complément essentiel à ce qui a déjà été très bien
vu, mais que ça éclairerait de s'apercevoir par quelles voies ça s'est vu.
Ce qui s'est vu, mais rien que du côté de l'homme, c'est que ce à quoi il a
à faire, c'est à l'objet a, et que toute sa réalisation au rapport sexuel
aboutit au fantasme. .
On l'a vu bien sûr à propos des névrosés. Comment les névrosés font-ils
l'amour? C'est de là qu'on est parti. On n'a pas pu manquer de s'apercevoir
qu'il y avait une corrélation avec les perversions - ce qui vient à l'appui
de mon a, puisque le a est ce qui, quelles que soient lesdites perversions,
en est comme la cause.

L'amusant, c'est que Freud les a primitivement attribuées à la femme - voyez
les Trois Essais. C'est vraiment une confirmation que quand on est homme, on
voit dans la partenaire ce dont on se supporte soi-même, ce dont on se
supporte narcissiquement.
Seulement, on a eu dans la suite l'occasion de s'apercevoir que les
perversions, telles qu'on croit les repérer dans la névrose, ce n'est pas du
tout ça. La névrose, c'est le rêve plutôt que la perversion. Les névrosés
n'ont aucun des caractères du pervers. Simplement ils en rêvent, ce qui est
bien naturel, car sans cela comment atteindre au partenaire ?

Les pervers, on a alors commencé à en rencontrer, c'est ceux-là qu'Aristote
ne voulait voir à aucun prix.
Il  y a chez eux une subversion de la conduite appuyée sur un savoir-faire,
lequel est lié  à un savoir,  au savoir de la nature des choses, il y a un
embrayage direct de la conduite sexuelle sur ce qui est sa vérité, à savoir
son amoralité. Mettez de l'âme au départ là- dedans - l'âmoralité..."

Voilà, j'avais envie de vous faire part de ce fragment du séminaire que je
trouve très éclairant. Mais je vais quand même relire les textes de Freud
sur le masochisme notamment un auquel on ne pense pas forcément et qui est
pourtant essentiel surtout à propos du masochisme moral, c'est le grand
texte de "Dostoîevski et le parricide". Tout y est, y compris son lien au
complexe de castration. C'est grandiose !
Marianne, va encore trouver à redire sur le fait que j'aime bien partager
mes découvertes mais si elle rouspète je verrais bien ! !

Amicalement. Liliane.

Le goût de la psychanalyse : http://perso.wanadoo.fr/liliane.fainsilber/
     Les femmes et la psychanalyse : http://www.multimania.com/fainsilber/





-----Message d'origine-----
De : fainsilber <Liliane.Fainsilber at wanadoo.fr>
À : freud-lacan at lutecium.org <freud-lacan at lutecium.org>
Date : mercredi 30 octobre 2002 16:25
Objet : freud-lacan: Tr: lutecium-group: Proposition théorique


>>---
>>
>>
>>Le 30 octobre 2002,
>>
>>Je suis inscrite à Lutecium depuis un mois, et ce n'est que maintenant que
>>je me décide à prendre la parole. Psychologue, psychothérapeute, auprès
>>d'enfants, d'adolescents, ayant fait une thèse sur les incidences de la
>>surdité, publié un article sur l'accueil des fratries en institution, en
>>formation au Collège de Psychanalyse, je continue toujours à m'interroger
à
>>partir d'observations que je rencontre dans ma pratique. Depuis quelques
>>temps, je m'intéresse à la question du masochisme. Mon questionnement
étant
>>à partir du texte de Freud, "le problème économique du masochisme", et de
>>ses continuateurs  entre autre B. Rosenberg (cf. Monographies sur le
>>masochisme PUF), d'envisager lorsqu'il y a une fragilité du Moi, voire une
>>déchirure du moi, le masochisme ne remplirait plus ses fonctions.
>>
>>On sait que Freud distingue 3 formes de masochismes : érogène, féminin et
>>moral. Très succinctement, le masochisme érogène renverrait au plaisir de
>la
>>douleur ; le masochisme féminin qui pourrait être mis en relation avec la
>>perversion ; le masochisme moral pourrait être en relation avec la
>>culpabilité.
>>
>>Rosenberg distingue un masochisme gardien de la vie, et masochisme
>>mortifère. Dans un premier temps, il pose la question du masochisme "comme
>>l'expression clinique par excellence de la pulsion de mort". Freud l'avait
>>déjà suggéré en faisant le lien entre théorie des pulsions et masochisme.
>Le
>>masochisme gardien de la vie est au service de la protection de la vie
>>psychique, a une fonction de protection des limites corporelles par
>>l'intermédiaire des sensations corporelles. Il serait du côté de
l'instinct
>>de vie et préviendrait le Moi de la destructivité. Quant au masochisme
>>mortifère il entretient l'enfermement et la destructivité. Il paralyse le
>>plaisir, la douleur, et repousse en permanence les limites. Et j'ajouterai
>>jusqu'à maintenir le Moi en état de survie.
>>Ce qui laisse la place à une tension permanente, que nous pourrions
>>qualifier d'excitation, qui peut aller jusqu'au maintien de ce que Freud a
>>appelé (à propos du sadisme) une "activité de violence" (cf. pulsion et
>>destins des pulsions). Celle-ci conduisant au désinvestissement de la
>>pulsion de vie, et menace la vie psychique. Il y aurait donc une
soumission
>>au principe de plaisir poussée à l'extrême. Et là, nous revenons à Freud
>qui
>>si je me souviens bien, dit qu'une organisation qui devient "l'esclave du
>>principe de plaisir" (je crois que c'est dans les 2 principes du
>>fonctionnement mental) exclut la réalité extérieure, et  empêche
l'appareil
>>psychique de fonctionner, voire certainement d'exister. Je crois qu'on
peut
>>parler de mort psychique.
>>
>>Il y aurait un jeu avec le principe de plaisir, une montée de l'excitation
>>dans un mouvement du style toujours plus loin, peut-être pouvant dépasser
>>l'état de détresse primaire, avec un certain plaisir de déplaisir. Et là,
>il
>>semble qu'il y ait un passage, voire un saut dans la réalité extérieure,
>qui
>>manifestement conduit à ce que j'appelle pour l'instant le déni du
>>masochisme (érogène, moral...) qui s'exprimerait par une désintrication du
>>masochisme. J'ai l'impression que ce mouvement de destruction est
>insidieux.
>>Comment tout cela peut-il s'articuler ? Voilà mon questionnement exposé de
>>manière un peu floue. Je l'aborde par le biais de la théorie freudienne,
>>mais peut-être qu'il y a d'autres point de vue pour aborder cela.
>>
>>L'origine de ce questionnement est parti de ma pratique où je rencontre
pas
>>mal de familles et d'enfants fonctionnant dans l'agir, (pervers) des
>>institutions fonctionnant sur le même registre au point de devenir
>>malléables de manière paradoxales. De même, j'en arrive à me dire, que
>cette
>>pensée opératoire que l'on retrouve souvent, et qui est différente de
celle
>>définie par les psychosomaticiens, aurait peut-être un lien avec le déni
du
>>masochisme et pourrait être l'expression d'un surinvestissement d'un
>sadisme
>>particulier. Mais là, je vais un peu loin. Pour l'instant, j'en reste à la
>>question du masochisme. Je pense que c'est un chapitre important.
>>Cordialement, Elisabeth
>>
>>
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