freud-lacan: quelques repérages à propos du masochisme
fainsilber
Liliane.Fainsilber at wanadoo.fr
Wed Nov 6 17:59:16 GMT 2002
Bonsoir Elisabeth,
La question du masochisme m'intéresse moi aussi. Même si c'est par rapport à une toute autre approche, le travail autour des textes pourrait être mis en commun.
Je précise donc tout d'abord quelle est cette approche :
Je travaille en effet en ce moment dans les séminaires les plus tardifs de Lacan ce qu'il appelle la "père-version" ou encore "La version-vers-le-père". Or dans une des séances du Sinthome du 10 février 1976, il indique d'une part que l'imagination d'être le rédempteur est le prototype de cette père-version et que : c'est dans la mesure où il y a rapport de fils à père et ceci depuis très longtemps qu'à surgi cette idée loufoque du rédempteur." et là se trouve la phrase la plus importante que je voudrais expliciter avec l'aide du texte freudien : " Freud a quand même essayé de se dépétrer de tout ça, de ce sadomasochisme, seul point dans lequel il y a un rapport supposé entre le sadisme et le masochisme. Le sadisme est pour le père et le masochisme pour le fils...
Freud a très bien vu quelque chose qui est beaucoup plus ancien que cette mythologie chrétienne, c'est la castration... "
Je suis repartie de ce passage de Lacan d'abord parce que c'est le point de départ de mon travail mais aussi parce que cette citation vient rejoindre ce qui a été souligné dès le début de la discussion parJoël Bernat la question de la féminité et de la féminité des hommes par le biais de la bi-sexualité.
A cet égard, le texte de Dostoïevski et le parricide est tout à fait éclairant.
Il n'en reste pas moins vrai que quand on relit les textes sur la féminité, le masochisme est quand même mis par Freud du côté des femmes... quitte à ce que les hommes les rejoignent.
J'en ai retenu deux occurrences :
Dans le texte même du problème économique du masochisme.
Juste avant la phrase que vous avez citée à propos des trois formes de masochisme :
Il écrit en effet : Il se présente à nous sous trois formes : comme mode de l'excitation sexuelle, comme expression de l'être de la femme et comme norme de comportement dans l'existence(behaviour).
En fonction de cela on distingue un masochisme érogène, un masochisme féminin et un masochisme moral.
Mais comme le souligne fort justement Joël, tout aussitôt, Freud annonce qu'il ne s'occupera que du masochisme féminin... des hommes.
Je n'ai pas reparcouru tous les textes sur la sexualité féminine, mais j'ai retrouvé cette attribution à la femme du masochisme associée à la passivité dans le texte " La féminité", cinquième conférence, dans les Nouvelles conférences sur la psychanalyse".
"Ne négligeons pas non plus le rapport particulièremnt constant qui existe entre la féminité et la vie pulsionnelle. Les règles sociales et sa contittion propre contraignent la femme à refouler ses instincts agressifs, d'où formation de tendances fortement masochiques qui réussissent à érotiser les tendances destructrices dirigées vers le dedans. Le masochisme est donc bien, ainsi qu'on l'a dit essentiellement féminin. Mais alors quand vous rencontrerez des hommes masochiques (et il n'en manque guère) vous en serez réduits à déclarer qu'ils présentent dans leur caractère des côtés nettement féminins.
De ce premier balayage des textes je retiendrais pour l'instant deux pistes de travail
Cette question dite, pour aller vite, de la bisexualité trouve sa résolution si on la réfère aux identifications terminales de l'Oedipe, soit au père, soit à la mère, si on reste dans le registre freudien. Pour passer de Freud à Lacan, il suffit de se souvenir de ce que Lacan a dit du trait unaire, cette identification à un petit trait de l'objet sur laquelle on peut prendre appui pour entrer dans le champ du signifiant.
Deuxième piste, l'éclairage décisif qu'apporte le registre du complexe de castration, et féminin et masculin, pour résoudre et cette question du masochisme et cette question de la bisexualité.
J'espère ne pas avoir été trop hermétique dans ces premières formulations écrites sous le fil de la plume.
-----Message d'origine-----
De : fainsilber <Liliane.Fainsilber at wanadoo.fr>
À : freud-lacan at lutecium.org <freud-lacan at lutecium.org>
Date : mercredi 30 octobre 2002 16:25
Objet : freud-lacan: Tr: lutecium-group: Proposition théorique
>>---
>>
>>
>>Le 30 octobre 2002,
>>
>>Je suis inscrite à Lutecium depuis un mois, et ce n'est que maintenant que
>>je me décide à prendre la parole. Psychologue, psychothérapeute, auprès
>>d'enfants, d'adolescents, ayant fait une thèse sur les incidences de la
>>surdité, publié un article sur l'accueil des fratries en institution, en
>>formation au Collège de Psychanalyse, je continue toujours à m'interroger à
>>partir d'observations que je rencontre dans ma pratique. Depuis quelques
>>temps, je m'intéresse à la question du masochisme. Mon questionnement étant
>>à partir du texte de Freud, "le problème économique du masochisme", et de
>>ses continuateurs entre autre B. Rosenberg (cf. Monographies sur le
>>masochisme PUF), d'envisager lorsqu'il y a une fragilité du Moi, voire une
>>déchirure du moi, le masochisme ne remplirait plus ses fonctions.
>>
>>On sait que Freud distingue 3 formes de masochismes : érogène, féminin et
>>moral. Très succinctement, le masochisme érogène renverrait au plaisir de
>la
>>douleur ; le masochisme féminin qui pourrait être mis en relation avec la
>>perversion ; le masochisme moral pourrait être en relation avec la
>>culpabilité.
>>
>>Rosenberg distingue un masochisme gardien de la vie, et masochisme
>>mortifère. Dans un premier temps, il pose la question du masochisme "comme
>>l'expression clinique par excellence de la pulsion de mort". Freud l'avait
>>déjà suggéré en faisant le lien entre théorie des pulsions et masochisme.
>Le
>>masochisme gardien de la vie est au service de la protection de la vie
>>psychique, a une fonction de protection des limites corporelles par
>>l'intermédiaire des sensations corporelles. Il serait du côté de l'instinct
>>de vie et préviendrait le Moi de la destructivité. Quant au masochisme
>>mortifère il entretient l'enfermement et la destructivité. Il paralyse le
>>plaisir, la douleur, et repousse en permanence les limites. Et j'ajouterai
>>jusqu'à maintenir le Moi en état de survie.
>>Ce qui laisse la place à une tension permanente, que nous pourrions
>>qualifier d'excitation, qui peut aller jusqu'au maintien de ce que Freud a
>>appelé (à propos du sadisme) une "activité de violence" (cf. pulsion et
>>destins des pulsions). Celle-ci conduisant au désinvestissement de la
>>pulsion de vie, et menace la vie psychique. Il y aurait donc une soumission
>>au principe de plaisir poussée à l'extrême. Et là, nous revenons à Freud
>qui
>>si je me souviens bien, dit qu'une organisation qui devient "l'esclave du
>>principe de plaisir" (je crois que c'est dans les 2 principes du
>>fonctionnement mental) exclut la réalité extérieure, et empêche l'appareil
>>psychique de fonctionner, voire certainement d'exister. Je crois qu'on peut
>>parler de mort psychique.
>>
>>Il y aurait un jeu avec le principe de plaisir, une montée de l'excitation
>>dans un mouvement du style toujours plus loin, peut-être pouvant dépasser
>>l'état de détresse primaire, avec un certain plaisir de déplaisir. Et là,
>il
>>semble qu'il y ait un passage, voire un saut dans la réalité extérieure,
>qui
>>manifestement conduit à ce que j'appelle pour l'instant le déni du
>>masochisme (érogène, moral...) qui s'exprimerait par une désintrication du
>>masochisme. J'ai l'impression que ce mouvement de destruction est
>insidieux.
>>Comment tout cela peut-il s'articuler ? Voilà mon questionnement exposé de
>>manière un peu floue. Je l'aborde par le biais de la théorie freudienne,
>>mais peut-être qu'il y a d'autres point de vue pour aborder cela.
>>
>>L'origine de ce questionnement est parti de ma pratique où je rencontre pas
>>mal de familles et d'enfants fonctionnant dans l'agir, (pervers) des
>>institutions fonctionnant sur le même registre au point de devenir
>>malléables de manière paradoxales. De même, j'en arrive à me dire, que
>cette
>>pensée opératoire que l'on retrouve souvent, et qui est différente de celle
>>définie par les psychosomaticiens, aurait peut-être un lien avec le déni du
>>masochisme et pourrait être l'expression d'un surinvestissement d'un
>sadisme
>>particulier. Mais là, je vais un peu loin. Pour l'instant, j'en reste à la
>>question du masochisme. Je pense que c'est un chapitre important.
>>Cordialement, Elisabeth
>>
>>
>>
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