freud-lacan: His majesty the baby

Jacques Melot jacques.melot at isholf.is
Fri Jan 17 20:04:39 GMT 2003


  Le 10/01/03, à 2:12 +0000, nous recevions de BdF :

>Dans Zur Einfurhung des Narzissmuss, Freud utilise une référence 
>assez mystérieuse, à propos de la manière dont les parents 
>sur-évaluent leurs enfants : « his majesty the baby » (sa majesté le 
>bébé, en anglais dans le texte, 2ième partie, dernier paragraphe). 
>Dans mon édition anglaise (Penguin Books, Vol 2, 1984), la rédaction 
>suppose qu’il s’agit d’une référence à un tableau du même titre de 
>l’époque edwardienne et assez connu.
>
>
>
>S’il est certain que les parents accordent une place royale à leurs 
>enfants, j’ai trouvé une autre piste d’interprétation dans un texte 
>de Groddeck de 1927, Le symbolisme inconscient dans le langage et 
>l’art. Sans faire mention du texte de Freud, il remarque que la 
>racine indo-germanique



    indo-européenne, si je puis me permettre...



>de König (roi) et Kind (enfant) est la même, à savoir ken.
>
>D’autre part, l’allemand Kind (enfant) est homonyme de l’anglais 
>kind (gentil, mais aussi « une sorte de »).


    Là, spécialement avec l'homonymie, c'est risquer de s'aventurer 
sur le terrain de l'étymologie populaire.

    En islandais, autre langue germanique (restée infiniment plus pure 
de ce point de vue que l'allemand) « kind » signifie « mouton » et 
c'est le même mot (pas un homonyme fortuit) ; d'ailleurs, dans la 
vieille langue, il signifie « genre », « lignée ». L'allemand 
« kind » (sorte, donc « genre de », « espèce de ») est apparenté, de 
même que le latin « genus » (genre) et « gens ».

    Un mot du même groupe est encore l'islandais « kyn » qui signifie 
« sexe » (chez l'homme, tant masculin que féminin), mais peut avoir 
aussi le sens de genre (race, espèce), dans différentes acceptions. 
En grammaire, par exemple, le genre masculin se dit « karlkyn », de 
karl, homme de  sexe masculin, et genre féminin, « kvenkyn », de 
kven-, homme de sexe féminin. Ce préfixe « kven- » qui donc signifie 
« femme » ne se rencontre pas plus à l'état libre que... disons, 
l'acide permanganique, mais existe par contre en norvégien et en 
suédois (kvinne, resp. kvinna, c'est-à-dire « femme »). Pour 
« femme » l'islandais utilise le plus souvent le mot apparenté 
« kona » (avec l'article défini enclitique postposé cela donne 
« konan », la femme comme individu, et, au plur., « konur »), qui est 
le même mot que le grec « gyne » (femme) ou l'anglais « queen » et, 
je pense, malgré l'opinion des dictionnaires, que le français 
« gouine ».

     En dehors de « kona », on utilise dans certains contextes le mot 
plus abstrait et plus distant de « kvenfólk » (en quelque sorte 
« personne féminine »). Le terme usuel pour « roi » est « konongur » 
(konungr, dans la vieille orthographe), mais on trouve aussi 
« kóngr », qui fait le pont avec les autres langues scandinaves, tel 
le suédois « kong » (devenu « kung », depuis deux siècles environ). 
En fait le mot est très ancien, car il a fourni, pense-t-on vers le 
IIe ou IIIe siècle, le finlandais « kuningas » (roi) que l'on 
retrouve pratiquement inchangé en lithuanien « kùnigas » (même 
signification), langue indo-européenne bien connue pour le caractère 
archaïque et conservateur de son vocabulaire.

    Jacques Melot



>Liliane (la spécialiste du mot d'esprit, David (le linguiste), qu'en 
>pensez vous?
>
>===
>BdF
>===
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