[Lutecium-group] quelques notes de lecture sur l'agressivité en psychanalyse et son extension dans le champ du politique

Liliane.Fainsilber liliane.fainsilber at free.fr
Fri Aug 25 11:24:34 GMT 2006


O ! la la !Catherine, je découvre que nous sommes  presque d'accord : avec 
ce "il n'y a pas plus de phallus que de beurre en broche", qui est 
effectivement de mon cru, on peut dire que c'est ça le réel et que c'est la 
métaphore paternelle qui nous y  donne accès. Ce phallus pour du beurre, 
c'est le phallus imaginaire, le phallus symbolique, lui, en tant qu'élevé au 
rang de signifiant est ce qui marque, selon Lacan, je n'invente rien mais je 
le dis avec mes mots, que l'Autre, celui à qui on se réfère, à qui on 
adresse sa demande d'amour et donc de reconnaissance et tout aussi castré 
que nous-même et que donc pour ce qu'il en est de sa reconnaissance, on peut 
toujours courir. Elle aussi - cette reconnaissance - ne peut être que du 
chiqué. Ca aussi, c'est du réel. Lacan le marque de ce Signifiant de grand A 
barré.

Mais quand même sans le symbolique, aucun réel ne peut être approché, nous 
n'avons donc aucun intérêt à lui tordre le cou, sans lui nous deviendrons 
tous fous comme des lapins. Ce réel, il se manifeste par des symptômes, le 
Sinthome en est sa lettre, une sorte d'effet de retour sur ce réel, quand 
seulement quand celui qui faisait symptôme est interprété. Mais à moins 
d'analyse ou de sublimation, ce qui fût la chance de Joyce, ce sinthome nous 
n'avons pas le chiffre. On peut dire que c'est en quelque sorte le chiffre 
de notre destinée. Il fonctionne tout seul et ignoré de nous.

Comment pouvez-vous penser que dans l'analyse on ne peut pas tenir compte du 
réel ? Si on n'en tient pas compte, on est hors analyse et c'est vrai que 
certaines approches théoriques qui jonglent avec du signifiant peuvent en 
faire partie ( de cet hors champ). Il me semble que c'est ce que disait 
Freud que pour savoir ce qu'est l'inconscient, comment il existe, rien ne 
peut nous éviter d'en faire l'expérience par l'analyse, et encore une 
analyse poussée très loin. Ceci ne peut en effet s'apprendre dans les livres 
ou dans les séminaires, pas plus ceux de Freud que ceux de Lacan.
Mais la plupart des analystes, j'ose l'espérer, on fait une analyse, donc le 
réel, ils ont dû l'éprouver, car c'est une épreuve, quand il vous tombe, si 
je puis dire sur le coin de la gueule. Mais inutile de le cacher, il y a 
aussi des analyses qui sont du chiqué.
Merci Catherine, de déployer cette argumentation, qui me fait bien 
travailler moi aussi. Amicalement. Liliane.

----- Original Message ----- 
From: "Catherine Grandjean" <catherine-grandjean at cegetel.net>
To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" 
<lutecium-group at lutecium.org>
Sent: Friday, August 25, 2006 9:59 AM
Subject: Re: [Lutecium-group]quelques notes de lecture sur l'agressivité en 
psychanalyse et son extension dans le champ du politique


lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium.
Ne doit pas etre diffuse hors du groupe.
---

Liliane Fainsilber :


>Chère Catherine, vous avez bien fait d'argumenter parce que je commence à
piger ce contre quoi vous vous insurgez , mais je dirais, avec mes mots,
qu'il me semble que  c'est alors un  appel à la métaphore paternelle de
chiqué, qui n'est là que parce que la théorie analytique a énoncé - et
autant le dire,  Lacan - qu'elle était nécessaire. C'est une parodie. C'est
quand même toute autre chose quand elle peut donner accès à la parole du
sujet, au delà de ses relations imaginaires agressives et surtout de
jalousie à ses petits autres rivaux. Amicalement. Liliane.

C'est plus profond que cela ; ce que je disais ne se cantonne pas à
l'exemple des institutions que j'ai donné. Le "chiqué", de mon point de vue,
c'est de penser que la fonction paternelle peut tout réguler. Ou que le vécu
oedipien structure tout notre psychisme. Il faut faire attention à ce
"tout". Parce qu'il y a un totalitarisme possible derrière, avec, je le
disais, le danger de mort psychique. La fonction paternelle ne peut pas
tout. Il y a un reste, du côté du réel. Ne pas le prendre en compte peut
rendre fou (du côté de l'hystérie) ou méchamment crétin (du côté de
l'obsessionnel). Elle est là la "parodie", c'en est une parce que en
attendre autant de la fonction paternelle ne correspond à aucune réalité
psychique, si ce n'est pathologique (et pathogène). C'est donc une parodie
théorique. Je crois qu'il n'y a pas d'autre façon de s'éviter, au moins un
peu, ce genre de parodie, qu'en laissant une petite place au réel dans la
façon dont on pense la réalité psychique. Ou au moins est-ce une façon de se
souvenir qu'il y a un décalage, un côté chiqué, dans toute théorisation, et
de laisser sa chance au sujet "tel quel", si je puis dire, débarrassé de nos
théorisations. Je ne sais pas si je suis claire. Disons que tout ce qui
tourne autour de la loi symbolique, de la fonction paternelle, est aussi ce
qui représente le plus grand danger pour la psychanalyse de croire qu'elle
peut tout solutionner. Peut-être que ce serait plus compréhensible pour vous
à partir du phallus, puisque vous dites dans un de vos textes qu'"il n'y a
pas plus de phallus que de beurre en broche" (de mémoire). Or même si l'on
est dupe de ce semblant, ça n'est pas du 100%. Je crois me souvenir que les
dupes aussi, errent. Je trouve dommage de pense que toutes les errances sont
des impasses.

Bonne journée,

--
Catherine


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