[Lutecium-group] RE : La voix de la raison

Mireille mipsy at club-internet.fr
Wed Dec 20 16:23:26 GMT 2006


Bien sûr  chère Liliane, je suis d'accord sur ce point et tout aussi  
horrifiée. Je pensais que cela allait sans dire.
Mais peut-être fallait-il le préciser avant d'en venir aux questions  
que cela pose en référence à la psychanalyse dans la cité.

Bien amicalement

Mireille
Le 19 déc. 06, à 10:21, Liliane Fainsilber a écrit :

> lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium.
> Ne doit pas etre diffuse hors du groupe.
> ---
> Chère Mireille, il reste quand même  que la question qui a de quoi  
> horrifier
> est celle celle de pratiquer des opérations chirurgicales sur des
> localisations cérébrales pour guérir des obsessions. Jean-Pierre qui  
> nous
> conseillait de prendre du bromure pour se calmer avant de lire ces  
> textes
> avait bien raison.
> La neurologie fait partie de la médecine et elle a une fonction très  
> noble
> dans toutes les maladies neurologiques mais quand la neuro-chirurgie
> commence à poser des indications chirurgicales pour les névroses, nous
> revenons  au temps de Charcot qui faisait pratiquer des autopsies sur  
> ses
> malades hystériques dans l'espoir de trouver des localisations  
> cérébrales à
> leurs troubles. C'est en quittant résolument ce champ du neurologique  
> et du
> biologique que Freud a inventé la psychanalyse. Ce serait un grave
> régression que d'y retourner. Mais je pense que vous serez d'accord  
> avec moi
> sur ce point. Amicalement. Liliane.
>
>
> ----- Original Message -----
> From: "Mireille" <mipsy at club-internet.fr>
> To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne"
> <lutecium-group at lutecium.org>
> Sent: Tuesday, December 19, 2006 9:51 AM
> Subject: Re: [Lutecium-group] RE : La voix de la raison
>
>
> lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium.
> Ne doit pas etre diffuse hors du groupe.
> ---
> Merci Jean-Pierre pour ces documents.
> Dans les faits l'application du fameux article: " qui lui impose (au
> médecin) d'assurer des
> soins  "fondés sur les données acquises de la science" (titre II,
> article 32), m'a toujours posé question .
> Mais question, en tant qu'observatrice extérieure au domaine médical,
> puisque en effet, cela concerne la déontologie médicale.
> Pour en avoir discuté avec des amis médecins (somaticiens) , il
> semblerait que certains d'entre eux, déplacent la question sur le plan
> éthique.
>
> Ces deux articles posent une autre question.
> Clavreul, avait bien expliqué la différence fondamentale qui sépare le
> discours médical du discours de la psychanalyse.
>   A quoi se réfèrent "Yves Ferroul, médecin comportementaliste, et
>> Steven Wainrib, psychiatre et psychanalyste"?
> La dispute qui les oppose, concerne-t-elle deux médecins, qui parlent
> la même langue? les partisans d'un ordre social,  ou bien, un médecin
> et un quidam qui pratique la psychanalyse? On s'y perd.
> (En cette occurrence,  il ne faut pas s'étonner si c'est Babel...) L'un
> parle d'une cohorte d'individus dont il veut le bien, et des avancées
> pour la science, le deuxième traite du sujet de l'inconscient. (dont il
> s'éloigne dangereusement)
> On peut se renvoyer des résultats douteux, des formules, ils n'ont de
> valeur constructive, théorique, que dans leur champ référentiel.
>    "La prise du pouvoir thérapeutique "... est-elle analytique ?
> médicale? politique...?
>
> Ce sont pourtant des  questions graves. Comment en discuter d'un champ
> disciplinaire à l'autre?
>
> Mireille
>
> Le 18 déc. 06, à 18:06, JP Bienvenu a écrit :
>
>> lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium.
>> Ne doit pas etre diffuse hors du groupe.
>> ---
>> Je ne sais pas si le titre est bien choisi pour ce message... Les
>> voies de
>> la raison sont décidément impénétrables ! Voici un exemple de la  
>> tendre
>> délicatesse qui caractérise certains débats qui opposent psychiatres  
>> et
>> psychanalystes : la réponse de Yves Ferroul, médecin
>> comportementaliste, à
>> Steven Wainrib, psychiatre et psychanalyste, membre de la Société
>> psychanalytique de Paris.
>>
>> Se munir de bromure avant de lire ces proses.
>>
>> JP B
>>
>> _________________
>>
>> 1) Psychiatrie : vers le nouveau "sujet TOC", par Steven Wainrib
>> LE MONDE | 05.12.06 :
>>
>> La Haute Autorité de santé (HAS) a récemment adressé aux psychiatres
>> une
>> brochure intitulée Trouble obsessionnel compulsif (TOC) résistant :
>> prise en
>> charge et place de la neurochirurgie fonctionnelle. Sous le couvert
>> bien
>> anodin d'une "évaluation des technologies de santé" s'y déploie la
>> nouvelle
>> collection d'hiver des thérapies du comportement. Elle concerne les
>> "sujets
>> TOC" (sic), présentés comme des "handicapés" à qui on se propose
>> d'infliger
>> des traitements de plus en plus cauchemardesques, surtout s'il leur
>> venait
>> l'idée saugrenue de résister au premier degré. [...]
>> Voici venu enfin le temps des méthodes efficaces et de la technologie
>> de
>> santé appliquée au psychisme. Premier degré, on nous propose une
>> association
>> musclée entre une thérapie comportementale intensive, une thérapie
>> cognitive
>> et des antidépresseurs. Nous voilà loin des premières affirmations
>> triomphales des comportementalistes nous décrivant des guérisons quasi
>> miraculeuses en quelques séances, type Orange mécanique. L'intérêt de
>> ce
>> document est de nous révéler que rien de tout cela ne marche sans
>> antidépresseurs. Personne n'a d'ailleurs pu montrer que ces  
>> médicaments
>> agissaient sur les mécanismes causant les obsessions, mais tout donne  
>> à
>> penser qu'ils sont devenus indispensables aux comportementalistes,
>> tellement
>> les patients risquent de se déprimer gravement, si on s'emploie ainsi  
>> à
>> raboter sauvagement leur symptôme, sans les accompagner dans une
>> reconnaissance profonde de leur être. Il a été démontré
>> scientifiquement que
>> les prescriptions d'antidépresseur créent une véritable toxicomanie,
>> tant
>> ils entraînent très rapidement une dépendance physique et psychique
>> générant
>> un syndrome de sevrage. Mais c'est une bonne nouvelle qu'on veut nous
>> annoncer : les patients réfractaires, ces "sujets TOC" qui ont le
>> culot de
>> résister n'ont encore rien vu. Nos savants ont fait une longue revue
>> de la
>> littérature mondiale et nous annoncent avec délectation qu'on va
>> pouvoir les
>> opérer en neurochirurgie. Sans craindre le ridicule, emportés sans
>> doute par
>> l'aveuglement de leur volonté de puissance, ils nous annoncent un
>> florilège
>> de techniques, les unes plus mutilantes que les autres. Ils ne savent
>> même
>> pas si l'on doit faire une "capsulotomie antérieure, une cingulotomie
>> antérieure, une tractomie subcaudée ou une leucotomie bilimbique",
>> c'est au
>> petit bonheur la chance qu'on opère.
>> On se croirait revenu au temps des médecins de Molière, mais l'envie
>> d'en
>> rire se fige lorsque ces longs couteaux audacieux nous expliquent,  
>> sans
>> affect, que des lésions irréversibles sont causées lors de cette
>> chirurgie
>> d'ablation, évoquant pudiquement des "complications", dont il nous
>> sera fait
>> grâce, sans doute pour ne pas rompre le charme. Si vous avez froid
>> dans le
>> dos, nos comportementalistes sont ravis de présenter aux tièdes une
>> technique chirurgicale optionnelle, supposée réversible cette fois-ci.
>> Si
>> vous avez peur de détruire des zones cérébrales de vos patients, et
>> bien
>> vous pouvez toujours les stimuler avec des électrodes implantées dans
>> le
>> cerveau. On a même la possibilité d'ajuster les différents paramètres
>> du
>> courant électrique (fréquences, voltage, durée d'impulsion), ce qui
>> nous
>> rappelle tous quelque chose.
>> Bien sûr, des complications existent, il y a un peu de casse, tout
>> juste un
>> petit 1 % à 2 % d'hémorragies intracérébrales, et 3 % à 4 %
>> d'infections du
>> cerveau. Au fait, après avoir subi ces "traitements", vous
>> continueriez à
>> dire à votre docteur que vous avez des obsessions, histoire de se
>> payer une
>> tractomie subcaudée, à peine rescapé d'une capsulotomie antérieure ?
>> Les
>> statistiques de résultats seront excellentes.
>> [...] La prise du pouvoir thérapeutique par les comportementalistes
>> passe
>> d'abord par l'affirmation que nous devons nous moquer du sens des
>> symptômes.
>> Ce ne sont que simples comportements erronés ou "cognitions"
>> distordues. Si
>> vous admettez ces prémisses, vos thérapeutes ont les moyens de vous
>> faire
>> rectifier de telles erreurs. Vous avez aimé Le Livre noir de la
>> psychanalyse, vous adorerez la chirurgie des obsessions et ses
>> délicates
>> leucotomies bilimbiques. Un film d'horreur, mais en version réalité,
>> très
>> XXIe siècle.
>>
>> Le document cité est consultable sur
>> http://www.has-sante.fr/portail/display.jsp?id=c_272448
>> .
>> Steven Wainrib est psychiatre, psychanalyste, membre de la Société
>> psychanalytique de Paris.
>>
>>
>> 2) Les psychanalystes auraient-ils peur de la confrontation
>> scientifique ?,
>> par Yves Ferroul
>> LE MONDE | 18.12.06
>>
>> Le point de vue du docteur Steven Wainrib, médecin qui a tout oublié
>> de ses
>> études scientifiques (les pages Débats du Monde du 6 décembre), est
>> très
>> représentatif de la façon d'agir des psychanalystes : non pas
>> réfléchir et
>> argumenter, en comparant deux méthodes thérapeutiques, mais insulter
>> ceux
>> qui proposent de soigner en dehors de la psychanalyse, les caricaturer
>> en
>> "adversaires" [...].
>> Faut-il préférer à ce vocabulaire le langage si humain de la
>> psychanalyse,
>> comme cette explication de l'innocente crampe musculaire entraînant le
>> vaginisme par l'inénarrable Françoise Dolto : "Chez les vaginiques, on
>> retrouve toujours le fantasme précoce du viol éviscérateur par la  
>> mère,
>> alors que la petite fille... désire le viol trucidant par le père"
>> (Sexualité féminine : libido, érotisme et frigidité, chapitre III) ?
>> [...]
>> D'ailleurs, depuis 1900, il n'y a aucun article, dans toute la
>> littérature
>> mondiale, apportant la preuve qu'une méthode psychanalytique ait guéri
>> quiconque. Alors que des milliers de Français ont une vie équilibrée
>> après
>> une prise en charge comportementale, avec ou sans médicaments. Car la
>> prise
>> de médicaments n'est pas une preuve d'échec de la thérapie
>> comportementale !
>> Elle est, pour un vrai scientifique, la prise en compte d'une réalité
>> objective, complémentaire de l'action comportementale : à la base du
>> trouble
>> obsessionnel il y a une pathologie cérébrale que certains produits
>> peuvent
>> affaiblir ou éliminer.
>> Il n'y a que les psychanalystes pour refuser cette dualité et croire
>> qu'un
>> être humain est ému, se souvient, raisonne, etc. avec une pensée
>> éthérée,
>> sans support organique : comme si le mauvais état de marche du cerveau
>> n'avait aucun impact sur le comportement ! Les comportementalistes
>> sont des
>> scientifiques. [...]
>> Il n'y a que la psychanalyse qui, depuis Freud, crie au loup à chaque
>> fois
>> que l'on propose une autre explication des faits psychiques que la
>> sienne :
>> pour la première fois dans l'histoire de l'humanité une connaissance
>> serait
>> définitive, et tout ce que l'on a découvert après sa proclamation ne  
>> la
>> concernerait pas !
>> Pour finir, je suppose que le docteur Wainrib est respectueux de ses
>> patients et les informe, avant toute prise en charge, qu'il est en
>> totale
>> contradiction avec son code de déontologie, qui lui impose d'assurer
>> des
>> soins "fondés sur les données acquises de la science" (titre II,
>> article
>> 32), mais qu'il agit ainsi par conviction profonde. Curieusement, des
>> tribunaux américains ont condamné à de lourdes amendes des psychiatres
>> ayant
>> traité par psychanalyse et qui n'ont pas pu apporter la preuve du
>> fondement
>> scientifique de cette thérapie.
>> Je conseillerais bien volontiers aux patients des médecins pratiquant
>> la
>> psychanalyse de leur intenter des procès pour faute professionnelle,
>> les
>> juges français n'étant a priori pas plus émus que les Américains par
>> les
>> convictions profondes dans ces circonstances. Et peut-être que par
>> l'argent
>> on fera redescendre sur terre les psychanalystes, qui en ont décollé
>> depuis
>> plus d'un siècle.
>>
>> Yves Ferroul, médecin, est maître de conférences à l'université de
>> Lille.
>>
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