[Lutecium-group] Naccache
kika
mariadsouza at terra.com.br
Fri Dec 29 21:08:31 GMT 2006
et j'insiste un peu sur ce truc car il me semble impensable non pas qu'un
neuro-bonhomme qui prétend déclarer la mort de la psychanalyse sans jamais
avoir lu Lacan.
car une journaliste qui n'ait jamais lu RSI de Lacan, ça peut se comprendre,
mais une journaliste qui ne s'ait pas demander si peut-être quelqu'un aurait
avancé quelque chose sur la notion d'inconscient de Freud, alors c'est
quelqu'un à vraiment mettre à la poubelle ou à publié chez "Libé"?
s'est ainsi que marche le journalisme scientifique, comme ébété par la
nouveauté du "grand magasin scientifique"?
on sait bien comment marche la "science", mais on s'attendait un peu plus du
journalisme, du moins de la curiosité, non?
----- Original Message -----
From: "JP Bienvenu" <jp.bienvenu at wanadoo.fr>
To: "'Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne'"
<lutecium-group at lutecium.org>
Sent: Friday, December 29, 2006 3:18 PM
Subject: [Lutecium-group] Naccache
> lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium.
> Ne doit pas etre diffuse hors du groupe.
> ---
>
>
> Deux articles de « Libé » susceptibles de vous intéresser.
>
> JP B
>
> ____________
>
>
>
> « Sigmund Freud s’est trompé en pensant avoir découvert l’inconscient. Ce
> qu’il a découvert, c’est le conscient. »
>
> Clause de conscience
>
> L’inconscient freudien est-il compatible avec les neuro-sciences ?
Entretien
> avec Lionel Naccache.
>
> Par Natalie LEVISALLES
>
> QUOTIDIEN : jeudi 21 décembre 2006
>
> Lionel Naccache Le Nouvel Inconscient. Freud, Christophe Colomb des
> neurosciences Odile Jacob, 464 pp., 29 €
>
> La scène se passe dans un laboratoire américain. À la suite d’une lésion
> cérébrale, un malade, G.Y., est devenu aveugle dans la partie droite de
son
> champ visuel. Si on lui présente une image, un visage par exemple, et qu’
on
> lui demande ce qu’il voit, il répond : « Rien, bien sûr ! » Mais si on
> insiste : « D’accord, mais quand même, ce visage, il est apeuré ou neutre
?
> », G.Y. répond, au hasard, croit-il, mais sans jamais se tromper. La
raison
> de ce phénomène stupéfiant, explique le neurobiologiste Lionel Naccache au
> début de son livre, le Nouvel Inconscient, c’est que la partie du cerveau
> qui lui permet de voir consciemment a été détruite. Mais d’autres régions
> celle qui permet de voir inconsciemment, celle qui permet de reconnaître
les
> émotions sont intactes, même si leurs performances ne peuvent accéder à la
> conscience. Voici une expérience parmi les dizaines que Naccache raconte
et
> qui l’aident à faire petit à petit apparaître devant nos yeux ce qui, dans
> nos pensées et comportements de chaque instant, est conscient et ce qui
est
> inconscient, ce qu’est la conscience et ce qu’est l’inconscient. Une
> exploration qui démarre dans le monde des neurosciences et qui emmène le
> lecteur jusqu’à la psychanalyse.
>
> Lionel Naccache, 37 ans, est un spécialiste de la conscience, c’est un
> concept qu’il fréquente quotidiennement. En tant que neurologue, il voit
> tous les jours des malades qui, d’une manière ou d’une autre, ont des
> troubles de la conscience. En tant que chercheur en neurosciences
> cognitives, il travaille depuis des années sur des expériences qui
> permettent d’isoler les particules élémentaires de la conscience, et de
> l’inconscient. « Sommes-nous capables de parler de la conscience autrement
> qu’en termes subjectifs ? » demande-t-il au début de son livre. La suite
> montre que la réponse est évidemment oui. La conscience et l’inconscient
ont
> longtemps été la propriété exclusive de la philosophie, puis de la
> psychanalyse. Depuis une vingtaine d’années, avec l’arrivée de la
> neuropsychologie clinique et des techniques d’imagerie qui permettent de
> voir le cerveau penser en temps réel, ils appartiennent aussi aux
> neurosciences. Dans les premiers chapitres, Naccache commence par nous
> dévoiler, une à une, les propriétés du conscient et de l’inconscient
> neurologiques et cognitifs. Certaines nous semblent évidentes, d’autres
> moins. On apprend ainsi qu’est conscient ce qui est rapportable (« je vois
> un oiseau », « je pense à mes vacances »), que l’évanescence est la marque
> même de l’inconscient (pour qu’une représentation devienne consciente, il
> faut, notamment, qu’elle ait une durée minimale), que les processus
> inconscients sont incapables d’engendrer des pensées originales, y compris
> dans le fameux cas de l’idée de génie. L’intuition mathématique qui semble
> surgir des profondeurs de l’inconscient est toujours précédée d’un très
long
> et très intense travail conscient, on n’a jamais vu d’idée mathématique
> surgir chez un charcutier, ni même chez un génie de la musique.
>
> Pour chaque concept avancé, Naccache raconte des cas cliniques saisissants
> ou des expériences fascinantes d’ingéniosité et de subtilité. Il arrive
que
> ce soit un peu technique, on peut passer, mais, la plupart du temps, on
est
> en terrain connu, après tout ce livre nous parle de quelque chose qui nous
> est absolument familier : nos idées, comment elles se forment et où elles
> naissent. Mais, surtout, il y a dans ce livre un vrai projet pédagogique,
un
> désir de convaincre en partageant des connaissances. On a le sentiment de
> participer à une discussion avec un auteur qui n’est pas seulement un
> chercheur brillant, mais aussi un esprit particulièrement humain et
curieux.
>
> La deuxième partie du livre met en place une confrontation de l’
inconscient
> neurologique avec l’inconscient psychanalytique, tel que Freud l’a décrit.
> Naccache le dit dès le départ : il n’est pas analyste et n’a pas été
> analysé, il a juste beaucoup lu Freud, et il a aimé cette lecture, ça se
> voit. Il parle de Freud avec chaleur et empathie. Comment, se
demande-t-il,
> quelqu’un qui était, comme lui-même, neurologue, a-t-il pu évoluer de
cette
> manière ? « Qu’a-t-il pu comprendre d’essentiel qui permette d’établir un
> lien direct entre ses premières motivations et ses premières théories de
la
> psychologie des profondeurs ? […] Pourquoi a-t-il choisi cette voie ?
Cette
> question ainsi entendue est à l’origine de mon envie d’écrire cet essai. »
> Ce qui est intéressant, c’est que Naccache utilise la démarche
> intellectuelle de la méthode expérimentale pour questionner les concepts
et
> les contenus de la psychanalyse. Il met ses pas dans les pas de Freud,
> refait le même chemin, s’oriente avec les mêmes points de repère, qu’il
> regarde à la fois avec les yeux de Freud, et avec ceux d’un neurologue qui
> dispose des outils et des acquis des neurosciences contemporaines.
>
> Dans un premier temps, il cherche les convergences sur l’inconscient, et
il
> en trouve. La psychanalyse, comme la neurobiologie, décrit un inconscient
> riche, complexe et divers, toutes deux s’accordent sur le statut
> originairement inconscient de toute représentation mentale. Mais, en y
> regardant de plus près, c’est autre chose. Au départ, les descriptions de
la
> conscience et de l’inconscient étaient identiques : la confrontation des
> thèses semblait donc légitime, explique-t-il. À l’arrivée, il ne découvre
«
> pas seulement des oppositions radicales, mais pire », il a l’impression
« de
> ne pas parler de la même chose ». Deux exemples. Alors que Freud affirme
que
> les représentations inconscientes sont immortelles, les neurosciences
> démontrent l’évanescence de l’inconscient. Mais il y a surtout le
> refoulement. Pour Freud, c’est un mécanisme inconscient, qui est doté de
> facultés de contrôle cognitif, relève de la stratégie et a une durée de
vie
> quasiment illimitée. « Si on fait la synthèse de tout ça, dit Naccache, on
> arrive à quelque chose qui a une étrange ressemblance avec ce que les
> neurobiologistes appellent le conscient. Le gros problème, pour moi, c’est
> que le refoulement est un phénomène extrêmement intéressant, mais un
> phénomène conscient. » L’inconscient freudien est donc largement
> incompatible avec l’inconscient cognitif, conclut-il. Il est évident qu’ «
> une bonne partie de l’édifice théorique freudien ne résiste pas à la
lumière
> de la neurologie d’aujourd’hui. […] Freud a échoué dans son projet de
> décentrage du psychisme humain et dans sa tentative de penser l’
inconscient
> ».
>
> Point final ? Pas du tout. Quand il se demande s’il reste quelque chose de
> la psychanalyse, la réponse est oui, bien sûr. « Freud s’est trompé en
> pensant avoir découvert l’inconscient. Ce qu’il a découvert, c’est le
> conscient. » Et, ajoute-t-il, la place centrale de la fiction dans notre
> économie psychique. Deux idées qu’il développe dans l’entretien
ci-dessous.
> On peut ne pas être d’accord avec lui, mais la démonstration est
troublante,
> extrêmement convaincante. Et surtout, on est impressionné par sa
> compréhension et ses intuitions incroyablement justes et fines sur la
nature
> de la psychanalyse. On est frappé de voir que, de cette position de
> neuroscientifique du début du XXIe siècle, il réussit à mettre en lumière,
> ou à extraire, des choses qui étaient sous le nez de tous psychanalystes
et
> neuro-scientifiques, et que personne n’avait vues avant lui, en tout cas
pas
> aussi explicitement.
>
>
>
> ____________
>
>
>
> « Sigmund Freud s’est trompé en pensant avoir découvert l’inconscient. Ce
> qu’il a découvert, c’est le conscient. »
>
> Neuroscience-fiction
>
> Pour Lionel Naccache, nous sommes constamment en train de scénariser le
> réel.
>
> Par Natalie LEVISALLES
>
> QUOTIDIEN : jeudi 21 décembre 2006
>
> Vous avez explosé la théorie de l’inconscient freudien. Que faites-vous du
> reste de la psychanalyse ?
>
> J’ai eu envie de mettre entre parenthèses le contenu de la théorie
> freudienne pour voir si on pouvait mettre à nu quelque chose de l’activité
> analytique. Et, quand on fait ça, c’est spectaculaire, quelque chose
> apparaît, qui est, je crois, le cœur de l’œuvre freudienne : on voit la
> posture du psychanalyste. Le psychanalyste, c’est un bonhomme qui, lorsqu’
il
> est confronté à un phénomène de la vie mentale, la sienne ou celle d’un
> autre, est dans une posture où il ne cherche pas à décrire, il cherche à
> interpréter, à construire un sens. Ce qui compte, c’est : ce que je
raconte,
> est-ce que ça fait sens ou pas, par rapport à ce qu’on me donne. Pour moi,
> l’inestimable héritage de Freud est précisément cette posture consciente
> interprétative.
>
> Quand vous faites ça, la question de savoir si ce que vous dites est vrai
ou
> faux n’est plus pertinente, ce qui compte, c’est : est-ce que ça vous aide
à
> produire du sens. Vu sous cet angle, le travail de la psychanalyse est un
> travail sur les fictions : on les recueille, on y fait attention et on
> essaie d’aider l’analysant à déplacer ces fictions si elles sont
pathogènes
> pour lui, si elles le fixent quelque part. Le travail psychanalytique est
> une tentative d’aider l’analysant à utiliser ses ressources fictionnelles
> pour retrouver davantage de liberté dans ses actions et pensées. L’exemple
> du rêve est assez génial. Pour Freud, clairement, ce n’est pas le matériau
> du rêve qui est le plus important, c’est ce que le sujet fait du rêve,
> comment il le raconte. C’est dans la narration même du rêve qu’on voit
> apparaître le travail de la conscience du sujet. Cette posture-là est, je
> pense, le propre de la psychanalyse, envisagée comme une thérapeutique,
mais
> aussi comme un rapport à soi, ou une source de connaissance.
>
> Si je compare Freud à Christophe Colomb, c’est parce qu’il a fait une
> immense découverte, et, en même temps, il ne l’a pas tout à fait
explicitée
> comme telle. Contrairement à ce qu’on pense, Freud n’est pas le découvreur
> de l’inconscient, mais d’une des propriétés fondamentales de notre vie
> consciente : lorsque nous sommes conscients, nous construisons du sens.
>
> Si on vous suit, quelles sont les conséquences pour la psychanalyse ?
>
> D’abord, un constat : la psychanalyse est un travail de construction de
nos
> fictions conscientes. Freud est vraiment le découvreur du fait que,
lorsque
> nous sommes conscients, nous passons notre temps à construire des
fictions,
> à chercher des causalités, à scénariser le réel. Ensuite, une question se
> pose. Si on prend au sérieux ce que je dis, quel est le lendemain de la
> psychanalyse ? Qu’est-ce que c’est qu’une psychanalyse qui accepte et qui
> comprend ça ? Mon intuition et certains des échos que j’ai eus le
confirment
> est que certains analystes fonctionnent déjà comme ça, ils ont cette
vision
> de leur pratique et de ce qu’ils manipulent. Par ailleurs, je suis assez
> sceptique sur les tentatives d’envisager une cure psychanalytique qui
serait
> mâtinée d’une approche neuroscientifique, ce n’est pas intéressant. Parce
> que le propre de la psychanalyse, c’est de plonger au cœur du sujet, avec
ce
> qu’il est. Et, quand on est au cœur du sujet, on n’est pas dans des
neurones
> ou des molécules, on est dans des croyances et des fictions.
>
> En revanche, si on me suit quand je parle de l’importance de la fiction,
on
> peut se demander quelles sont les conséquences pour les neurosciences.
Cette
> interprétation fictionnelle, c’est une des pièces manquantes des théories
> scientifiques contemporaines de la conscience. Et, lorsqu’on relit les
> connaissances actuelles en neurosciences, on ne peut qu’être frappé. Parce
> que, en fait, on dispose déjà d’une neurobiologie de la fiction, même si
> elle ne dit pas son nom. Grâce à Freud, on peut déjà établir la véracité
de
> cette propriété dans la conscience. L’étape suivante, c’est d’aller plus
> loin dans la recherche en neurosciences.
>
> Cette faculté de scénariser le réel, dites-vous, on la voit à l’œuvre,
> d’abord chez les malades, ensuite chez nous-mêmes.
>
> Chez les malades, une fois qu’on commence à chercher, c’est spectaculaire
ce
> qu’on trouve. L’histoire la plus merveilleuse est peut-être celle racontée
> par le neurobiologiste Gazzaniga (voir ci-contre), où on voit la naissance
> d’une fiction en labo. Mais on trouve ce genre de fiction dans quasiment
> toutes les maladies neurologiques. Dans le syndrome de Korsakoff, une
forme
> d’amnésie où le patient n’enregistre plus rien, si on lui demande « Vous
> avez fait quoi hier soir ? » au lieu de répondre « Je ne sais pas », il va
> inventer quelque chose, raconter qu’il était au cinéma avec un ami par
> exemple. Ce qui est extraordinaire, c’est que les patients neurologiques
> nous mettent sous les yeux ce que nous avons retenu de Freud : la place
des
> fictions dans nos pensées et nos discours conscients. On le voit d’autant
> mieux chez eux que leurs constructions sont fausses. Mais fictif ne veut
pas
> dire faux. Simplement, quand c’est faux, c’est plus facile à voir.
>
> Cette croyance-interprétation fonde largement l’économie de notre vie
> mentale, chacun d’entre nous est en permanence en train d’élaborer des
> hypothèses, des constructions, des fictions. La seule vraie différence,
> c’est que, lorsque vous êtes neurologiquement sain, vos fictions sont
> contraintes par le réel. Nous incorporons les données du monde extérieur
> pour corriger nos scénarios, pour mettre à jour nos fictions. La fiction
est
> souvent difficile à voir, mais elle apparaît dans les situations où la
> réalité extérieure a peu d’effets : les souvenirs anciens, les hypothèses
> sur les extra-terrestres, les croyances religieuses… Nous ressemblons
alors
> davantage aux patients qui déploient leurs interprétations à l’abri de
pans
> entiers de la réalité.
>
> Vous parlez du libre arbitre.
>
> Si on regarde les choses du point de vue de la conscience et qu’on se
> demande où se loge la liberté humaine, il y a quelque chose de
vertigineux.
> On peut se dire : on manipule des fictions, on y croit, elles guident
notre
> vie, et, en même temps, elles sont illusoires, ce sont des faits de
> croyance. Et pourtant, du fait même qu’on y adhère, ces fictions nous
> permettent de gouverner des comportements, des décisions. Peut-être que
> notre seul ressort de liberté, c’est ça, cette illusion première. Notre
> liberté est quelque chose d’infime, mais c’est là qu’elle se joue, sur une
> illusion qui nous donne une toute petite marge de manœuvre. Cela
relativise
> la notion de liberté, et pourtant, cette part de fiction est la source
même
> de notre liberté.
>
>
>
> _______________________________________________
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