[Lutecium-group] Bonne Année
Natalia Milopolsky-Costiou
sirano at iname.com
Sat Dec 30 09:13:11 GMT 2006
Je vous en prie, kika!Vos propos deviennent étrangement inquiétants. Ce
que vous ne savez peut être pas - c'est que Lutecium existe depuis des
années, et qu'elle possède une rare qualité de distinction et de
l'élégance des réflexions scientifiques des convictions très diverses
réunies par l'esprit commun de recherche. J'en profite donc pour saluer
Jacques Siboni, Bruno de Florence, Violaine, Liliane, Frans, JP et tant
d'autres qui restent fidèles à leur propre dignité.Bonne année, chers
Luteciens, et vive la science!Natalia
----- Original Message -----
From: kika
To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne"
Subject: Re: [Lutecium-group] Naccache
Date: Fri, 29 Dec 2006 19:08:31 -0200
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium.
Ne doit pas etre diffuse hors du groupe.
---
et j'insiste un peu sur ce truc car il me semble impensable non pas
qu'un
neuro-bonhomme qui prétend déclarer la mort de la psychanalyse sans
jamais
avoir lu Lacan.
car une journaliste qui n'ait jamais lu RSI de Lacan, ça peut se
comprendre,
mais une journaliste qui ne s'ait pas demander si peut-être quelqu'un
aurait
avancé quelque chose sur la notion d'inconscient de Freud, alors
c'est
quelqu'un à vraiment mettre à la poubelle ou à publié chez "Libé"?
s'est ainsi que marche le journalisme scientifique, comme ébété par
la
nouveauté du "grand magasin scientifique"?
on sait bien comment marche la "science", mais on s'attendait un peu
plus du
journalisme, du moins de la curiosité, non?
----- Original Message -----
From: "JP Bienvenu"
To: "'Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne'"
Sent: Friday, December 29, 2006 3:18 PM
Subject: [Lutecium-group] Naccache
> lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium.
> Ne doit pas etre diffuse hors du groupe.
> ---
>
>
> Deux articles de « Libé » susceptibles de vous intéresser.
>
> JP B
>
> ____________
>
>
>
> « Sigmund Freud s’est trompé en pensant avoir découvert
l’inconscient. Ce
> qu’il a découvert, c’est le conscient. »
>
> Clause de conscience
>
> L’inconscient freudien est-il compatible avec les neuro-sciences ?
Entretien
> avec Lionel Naccache.
>
> Par Natalie LEVISALLES
>
> QUOTIDIEN : jeudi 21 décembre 2006
>
> Lionel Naccache Le Nouvel Inconscient. Freud, Christophe Colomb des
> neurosciences Odile Jacob, 464 pp., 29 €
>
> La scène se passe dans un laboratoire américain. À la suite d’une
lésion
> cérébrale, un malade, G.Y., est devenu aveugle dans la partie
droite de
son
> champ visuel. Si on lui présente une image, un visage par exemple,
et qu’
on
> lui demande ce qu’il voit, il répond : « Rien, bien sûr ! » Mais si
on
> insiste : « D’accord, mais quand même, ce visage, il est apeuré ou
neutre
?
> », G.Y. répond, au hasard, croit-il, mais sans jamais se tromper.
La
raison
> de ce phénomène stupéfiant, explique le neurobiologiste Lionel
Naccache au
> début de son livre, le Nouvel Inconscient, c’est que la partie du
cerveau
> qui lui permet de voir consciemment a été détruite. Mais d’autres
régions
> celle qui permet de voir inconsciemment, celle qui permet de
reconnaître
les
> émotions sont intactes, même si leurs performances ne peuvent
accéder à la
> conscience. Voici une expérience parmi les dizaines que Naccache
raconte
et
> qui l’aident à faire petit à petit apparaître devant nos yeux ce
qui, dans
> nos pensées et comportements de chaque instant, est conscient et ce
qui
est
> inconscient, ce qu’est la conscience et ce qu’est l’inconscient.
Une
> exploration qui démarre dans le monde des neurosciences et qui
emmène le
> lecteur jusqu’à la psychanalyse.
>
> Lionel Naccache, 37 ans, est un spécialiste de la conscience, c’est
un
> concept qu’il fréquente quotidiennement. En tant que neurologue, il
voit
> tous les jours des malades qui, d’une manière ou d’une autre, ont
des
> troubles de la conscience. En tant que chercheur en neurosciences
> cognitives, il travaille depuis des années sur des expériences qui
> permettent d’isoler les particules élémentaires de la conscience,
et de
> l’inconscient. « Sommes-nous capables de parler de la conscience
autrement
> qu’en termes subjectifs ? » demande-t-il au début de son livre. La
suite
> montre que la réponse est évidemment oui. La conscience et
l’inconscient
ont
> longtemps été la propriété exclusive de la philosophie, puis de la
> psychanalyse. Depuis une vingtaine d’années, avec l’arrivée de la
> neuropsychologie clinique et des techniques d’imagerie qui
permettent de
> voir le cerveau penser en temps réel, ils appartiennent aussi aux
> neurosciences. Dans les premiers chapitres, Naccache commence par
nous
> dévoiler, une à une, les propriétés du conscient et de
l’inconscient
> neurologiques et cognitifs. Certaines nous semblent évidentes,
d’autres
> moins. On apprend ainsi qu’est conscient ce qui est rapportable («
je vois
> un oiseau », « je pense à mes vacances »), que l’évanescence est la
marque
> même de l’inconscient (pour qu’une représentation devienne
consciente, il
> faut, notamment, qu’elle ait une durée minimale), que les processus
> inconscients sont incapables d’engendrer des pensées originales, y
compris
> dans le fameux cas de l’idée de génie. L’intuition mathématique qui
semble
> surgir des profondeurs de l’inconscient est toujours précédée d’un
très
long
> et très intense travail conscient, on n’a jamais vu d’idée
mathématique
> surgir chez un charcutier, ni même chez un génie de la musique.
>
> Pour chaque concept avancé, Naccache raconte des cas cliniques
saisissants
> ou des expériences fascinantes d’ingéniosité et de subtilité. Il
arrive
que
> ce soit un peu technique, on peut passer, mais, la plupart du
temps, on
est
> en terrain connu, après tout ce livre nous parle de quelque chose
qui nous
> est absolument familier : nos idées, comment elles se forment et où
elles
> naissent. Mais, surtout, il y a dans ce livre un vrai projet
pédagogique,
un
> désir de convaincre en partageant des connaissances. On a le
sentiment de
> participer à une discussion avec un auteur qui n’est pas seulement
un
> chercheur brillant, mais aussi un esprit particulièrement humain et
curieux.
>
> La deuxième partie du livre met en place une confrontation de l’
inconscient
> neurologique avec l’inconscient psychanalytique, tel que Freud l’a
décrit.
> Naccache le dit dès le départ : il n’est pas analyste et n’a pas
été
> analysé, il a juste beaucoup lu Freud, et il a aimé cette lecture,
ça se
> voit. Il parle de Freud avec chaleur et empathie. Comment, se
demande-t-il,
> quelqu’un qui était, comme lui-même, neurologue, a-t-il pu évoluer
de
cette
> manière ? « Qu’a-t-il pu comprendre d’essentiel qui permette
d’établir un
> lien direct entre ses premières motivations et ses premières
théories de
la
> psychologie des profondeurs ? […] Pourquoi a-t-il choisi cette voie
?
Cette
> question ainsi entendue est à l’origine de mon envie d’écrire cet
essai. »
> Ce qui est intéressant, c’est que Naccache utilise la démarche
> intellectuelle de la méthode expérimentale pour questionner les
concepts
et
> les contenus de la psychanalyse. Il met ses pas dans les pas de
Freud,
> refait le même chemin, s’oriente avec les mêmes points de repère,
qu’il
> regarde à la fois avec les yeux de Freud, et avec ceux d’un
neurologue qui
> dispose des outils et des acquis des neurosciences contemporaines.
>
> Dans un premier temps, il cherche les convergences sur
l’inconscient, et
il
> en trouve. La psychanalyse, comme la neurobiologie, décrit un
inconscient
> riche, complexe et divers, toutes deux s’accordent sur le statut
> originairement inconscient de toute représentation mentale. Mais,
en y
> regardant de plus près, c’est autre chose. Au départ, les
descriptions de
la
> conscience et de l’inconscient étaient identiques : la
confrontation des
> thèses semblait donc légitime, explique-t-il. À l’arrivée, il ne
découvre
«
> pas seulement des oppositions radicales, mais pire », il a
l’impression
« de
> ne pas parler de la même chose ». Deux exemples. Alors que Freud
affirme
que
> les représentations inconscientes sont immortelles, les
neurosciences
> démontrent l’évanescence de l’inconscient. Mais il y a surtout le
> refoulement. Pour Freud, c’est un mécanisme inconscient, qui est
doté de
> facultés de contrôle cognitif, relève de la stratégie et a une
durée de
vie
> quasiment illimitée. « Si on fait la synthèse de tout ça, dit
Naccache, on
> arrive à quelque chose qui a une étrange ressemblance avec ce que
les
> neurobiologistes appellent le conscient. Le gros problème, pour
moi, c’est
> que le refoulement est un phénomène extrêmement intéressant, mais
un
> phénomène conscient. » L’inconscient freudien est donc largement
> incompatible avec l’inconscient cognitif, conclut-il. Il est
évident qu’ «
> une bonne partie de l’édifice théorique freudien ne résiste pas à
la
lumière
> de la neurologie d’aujourd’hui. […] Freud a échoué dans son projet
de
> décentrage du psychisme humain et dans sa tentative de penser l’
inconscient
> ».
>
> Point final ? Pas du tout. Quand il se demande s’il reste quelque
chose de
> la psychanalyse, la réponse est oui, bien sûr. « Freud s’est trompé
en
> pensant avoir découvert l’inconscient. Ce qu’il a découvert, c’est
le
> conscient. » Et, ajoute-t-il, la place centrale de la fiction dans
notre
> économie psychique. Deux idées qu’il développe dans l’entretien
ci-dessous.
> On peut ne pas être d’accord avec lui, mais la démonstration est
troublante,
> extrêmement convaincante. Et surtout, on est impressionné par sa
> compréhension et ses intuitions incroyablement justes et fines sur
la
nature
> de la psychanalyse. On est frappé de voir que, de cette position de
> neuroscientifique du début du XXIe siècle, il réussit à mettre en
lumière,
> ou à extraire, des choses qui étaient sous le nez de tous
psychanalystes
et
> neuro-scientifiques, et que personne n’avait vues avant lui, en
tout cas
pas
> aussi explicitement.
>
>
>
> ____________
>
>
>
> « Sigmund Freud s’est trompé en pensant avoir découvert
l’inconscient. Ce
> qu’il a découvert, c’est le conscient. »
>
> Neuroscience-fiction
>
> Pour Lionel Naccache, nous sommes constamment en train de
scénariser le
> réel.
>
> Par Natalie LEVISALLES
>
> QUOTIDIEN : jeudi 21 décembre 2006
>
> Vous avez explosé la théorie de l’inconscient freudien. Que
faites-vous du
> reste de la psychanalyse ?
>
> J’ai eu envie de mettre entre parenthèses le contenu de la théorie
> freudienne pour voir si on pouvait mettre à nu quelque chose de
l’activité
> analytique. Et, quand on fait ça, c’est spectaculaire, quelque
chose
> apparaît, qui est, je crois, le cœur de l’œuvre freudienne : on
voit la
> posture du psychanalyste. Le psychanalyste, c’est un bonhomme qui,
lorsqu’
il
> est confronté à un phénomène de la vie mentale, la sienne ou celle
d’un
> autre, est dans une posture où il ne cherche pas à décrire, il
cherche à
> interpréter, à construire un sens. Ce qui compte, c’est : ce que je
raconte,
> est-ce que ça fait sens ou pas, par rapport à ce qu’on me donne.
Pour moi,
> l’inestimable héritage de Freud est précisément cette posture
consciente
> interprétative.
>
> Quand vous faites ça, la question de savoir si ce que vous dites
est vrai
ou
> faux n’est plus pertinente, ce qui compte, c’est : est-ce que ça
vous aide
à
> produire du sens. Vu sous cet angle, le travail de la psychanalyse
est un
> travail sur les fictions : on les recueille, on y fait attention et
on
> essaie d’aider l’analysant à déplacer ces fictions si elles sont
pathogènes
> pour lui, si elles le fixent quelque part. Le travail
psychanalytique est
> une tentative d’aider l’analysant à utiliser ses ressources
fictionnelles
> pour retrouver davantage de liberté dans ses actions et pensées.
L’exemple
> du rêve est assez génial. Pour Freud, clairement, ce n’est pas le
matériau
> du rêve qui est le plus important, c’est ce que le sujet fait du
rêve,
> comment il le raconte. C’est dans la narration même du rêve qu’on
voit
> apparaître le travail de la conscience du sujet. Cette posture-là
est, je
> pense, le propre de la psychanalyse, envisagée comme une
thérapeutique,
mais
> aussi comme un rapport à soi, ou une source de connaissance.
>
> Si je compare Freud à Christophe Colomb, c’est parce qu’il a fait
une
> immense découverte, et, en même temps, il ne l’a pas tout à fait
explicitée
> comme telle. Contrairement à ce qu’on pense, Freud n’est pas le
découvreur
> de l’inconscient, mais d’une des propriétés fondamentales de notre
vie
> consciente : lorsque nous sommes conscients, nous construisons du
sens.
>
> Si on vous suit, quelles sont les conséquences pour la psychanalyse
?
>
> D’abord, un constat : la psychanalyse est un travail de
construction de
nos
> fictions conscientes. Freud est vraiment le découvreur du fait que,
lorsque
> nous sommes conscients, nous passons notre temps à construire des
fictions,
> à chercher des causalités, à scénariser le réel. Ensuite, une
question se
> pose. Si on prend au sérieux ce que je dis, quel est le lendemain
de la
> psychanalyse ? Qu’est-ce que c’est qu’une psychanalyse qui accepte
et qui
> comprend ça ? Mon intuition et certains des échos que j’ai eus le
confirment
> est que certains analystes fonctionnent déjà comme ça, ils ont
cette
vision
> de leur pratique et de ce qu’ils manipulent. Par ailleurs, je suis
assez
> sceptique sur les tentatives d’envisager une cure psychanalytique
qui
serait
> mâtinée d’une approche neuroscientifique, ce n’est pas intéressant.
Parce
> que le propre de la psychanalyse, c’est de plonger au cœur du
sujet, avec
ce
> qu’il est. Et, quand on est au cœur du sujet, on n’est pas dans des
neurones
> ou des molécules, on est dans des croyances et des fictions.
>
> En revanche, si on me suit quand je parle de l’importance de la
fiction,
on
> peut se demander quelles sont les conséquences pour les
neurosciences.
Cette
> interprétation fictionnelle, c’est une des pièces manquantes des
théories
> scientifiques contemporaines de la conscience. Et, lorsqu’on relit
les
> connaissances actuelles en neurosciences, on ne peut qu’être
frappé. Parce
> que, en fait, on dispose déjà d’une neurobiologie de la fiction,
même si
> elle ne dit pas son nom. Grâce à Freud, on peut déjà établir la
véracité
de
> cette propriété dans la conscience. L’étape suivante, c’est d’aller
plus
> loin dans la recherche en neurosciences.
>
> Cette faculté de scénariser le réel, dites-vous, on la voit à
l’œuvre,
> d’abord chez les malades, ensuite chez nous-mêmes.
>
> Chez les malades, une fois qu’on commence à chercher, c’est
spectaculaire
ce
> qu’on trouve. L’histoire la plus merveilleuse est peut-être celle
racontée
> par le neurobiologiste Gazzaniga (voir ci-contre), où on voit la
naissance
> d’une fiction en labo. Mais on trouve ce genre de fiction dans
quasiment
> toutes les maladies neurologiques. Dans le syndrome de Korsakoff,
une
forme
> d’amnésie où le patient n’enregistre plus rien, si on lui demande «
Vous
> avez fait quoi hier soir ? » au lieu de répondre « Je ne sais pas
», il va
> inventer quelque chose, raconter qu’il était au cinéma avec un ami
par
> exemple. Ce qui est extraordinaire, c’est que les patients
neurologiques
> nous mettent sous les yeux ce que nous avons retenu de Freud : la
place
des
> fictions dans nos pensées et nos discours conscients. On le voit
d’autant
> mieux chez eux que leurs constructions sont fausses. Mais fictif ne
veut
pas
> dire faux. Simplement, quand c’est faux, c’est plus facile à voir.
>
> Cette croyance-interprétation fonde largement l’économie de notre
vie
> mentale, chacun d’entre nous est en permanence en train d’élaborer
des
> hypothèses, des constructions, des fictions. La seule vraie
différence,
> c’est que, lorsque vous êtes neurologiquement sain, vos fictions
sont
> contraintes par le réel. Nous incorporons les données du monde
extérieur
> pour corriger nos scénarios, pour mettre à jour nos fictions. La
fiction
est
> souvent difficile à voir, mais elle apparaît dans les situations où
la
> réalité extérieure a peu d’effets : les souvenirs anciens, les
hypothèses
> sur les extra-terrestres, les croyances religieuses… Nous
ressemblons
alors
> davantage aux patients qui déploient leurs interprétations à l’abri
de
pans
> entiers de la réalité.
>
> Vous parlez du libre arbitre.
>
> Si on regarde les choses du point de vue de la conscience et qu’on
se
> demande où se loge la liberté humaine, il y a quelque chose de
vertigineux.
> On peut se dire : on manipule des fictions, on y croit, elles
guident
notre
> vie, et, en même temps, elles sont illusoires, ce sont des faits de
> croyance. Et pourtant, du fait même qu’on y adhère, ces fictions
nous
> permettent de gouverner des comportements, des décisions. Peut-être
que
> notre seul ressort de liberté, c’est ça, cette illusion première.
Notre
> liberté est quelque chose d’infime, mais c’est là qu’elle se joue,
sur une
> illusion qui nous donne une toute petite marge de manœuvre. Cela
relativise
> la notion de liberté, et pourtant, cette part de fiction est la
source
même
> de notre liberté.
>
>
>
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