[Lutecium-group] Fw: Marcela Iacub
Jean-Paul Kornobis
jpkornobis at nordnet.fr
Sat Sep 16 05:31:36 GMT 2006
Merci Liliane pour ce mail ;-)
> Je pense que vous avez bien lu Marcela Iacub que je connais un peu plus
> dans la mesure où j'ai pu la rencontrer et dialoguer avec elle. Ce n'est
> pas une psychanalyste, c'est juriste mais avec elle (et l'A.l.e.p.h.) nous
> avions été parmi les premiers à nous opposer à l'amendement Accoyer avec
> la pétition publiée dans le journal Le Monde « Laissez nous nos
> charlatans »
> (http://www.psychanalyse-in-situ.fr/tribune/charlatans.html ). Certes
> Marcela Iacub peut passer pour une romantique dans la mesure où elle
> refuse un droit fondé sur le patriarcat (ce qui a pu un moment la faire
> passer pour une féministe) mais son "anti-discours" vise simplement à
> démonter celui d'une justice qui se fonderait sur ce qui est bien ou mal
> dans une « nature humaine » indéfinissable (si ce n'est par des critères
> religieux qui font de la sexualité une figure du mal).
> Les crimes sexuels sont encore trop souvent traités par les juges de
> manière différente des autres crimes et on ne peut que constater les
> désastres de l'affaire Outreau et de la récente affaire de Boulogne. «
> Désexualiser » le Droit, telle semble être la tâche que s'est fixée
> Marcela Iacub, mais dans cette opération, le risque était grand de mettre
> la psychanalyse du coté des conservateurs favorables à un ordre moral
> fondé sur le NDP (cf. P. Legendre).
> Iacub ne fait que constater que la science est en marche, et que dans une
> démocratie rien ne peut l'arrêter. le Droit doit donc s’adapter aux
> nouvelles technologies, on ne peut plus mentir en évoquant une
> transcendance signifiante qui garantirait la justice. Dans son livre «
> L'utérus artificiel » Henri Atlan montre avec l'utérus artificiel que
> nous ne sommes plus dans la science fiction; on ne pourra plus parler de
> filiation comme on le fait encore actuellement. Si le Droit doit
> s'adapter, la psychanalyse doit se préparer à de nouveaux symptômes et c’est
> là que la théorie lacanienne du sinthome se trouve particulièrement
> féconde dans la mesure où elle ne fait plus du NDP le noeud indispensable
> qui empêche RSI de se dénouer. Il y a plus de 30 ans, dans son
> intervention au congrès de Rome en 1974 « La troisième », Lacan disait
> déjà que l’analyste dépendait du réel et pas le contraire, pour pouvoir s’adapter
> au réel, le psychanalyste doit s’adapter ; je le cite : « Le piquant de
> tout ça, c'est que ce soit le réel (la jouissance) dont dépende l'analyste
> dans les années qui viennent et pas le contraire. Ce n'est pas du tout de
> l'analyste que dépend l'avènement du réel. L'analyste, lui, a pour mission
> de le contrer. Malgré tout, le réel pourrait bien prendre le mors aux
> dents, surtout depuis qu'il a l'appui du discours scientifique. C'est même
> un des exercices de ce qu'on appelle science-fiction, que je dois dire je
> ne lis jamais ; mais souvent dans les analyses on me raconte ce qu'il y a
> dedans ; ce n'est pas imaginable. L'eugénique, l'euthanasie, enfin toutes
> sortes d'euplaisanteries diverses. Là où ça devient drôle, c'est seulement
> quand les savants eux-mêmes sont saisis, non pas bien sûr de la
> science-fiction, mais ils sont saisis d'une angoisse ; ça, c'est quand
> même instructif. C'est bien le symptôme type de tout événement du réel. Et
> quand les biologistes, pour les nommer, ces savants, s'imposent l'embargo
> d'un traitement de laboratoire des bactéries sous prétexte que si on en
> fait de trop dures et de trop fortes, elles pourraient bien glisser sous
> le pas de la porte et nettoyer au moins toute l'expérience sexuée, en
> nettoyant le parlêtre, ça c'est tout de même quelque chose de très
> piquant. Cet accès de responsabilité est formidablement comique ; toute
> vie enfin réduite à l'infection qu'elle est réellement, selon toute
> vraisemblance, ça c'est le comble de l'être pensant ! L'ennui, c'est
> qu'ils ne s'aperçoivent pas pour autant que la mort se localise du même
> coup à ce qui dans lalangue, telle que je l'écris, en fait signe. »
>
Il faudrait en dire plus mais j'ai déjà été trop long
Cordial
JPK
>
> ----- Original Message -----
> From: "Liliane.Fainsilber" <liliane.fainsilber at free.fr>
> To: "Jean-Paul Kornobis" <jpkornobis at nordnet.fr>
> Sent: Friday, September 15, 2006 4:17 PM
> Subject: Marcela Iacub
>
>
>> Bonjour à tous, à la suite de notre discussion avec Jean-Paul, j'ai voulu
>> en
>> avoir le coeur net, si je puis dire, et j'ai commandé deux des bouquins
>> de
>> Marcela Iacub, le premier "Le crime était presque sexuel" était un peu
>> indigeste mais le second que j'ai tellement aimé et lu avec délices
>> s'appelle " Qu'avez vous fait de la libération sexuelle ? " (Flammarion)
>>
>> C'est une femme très intelligente et un moment elle se compare, non sans
>> humour, à Socrate, en raison des ennuis qu'elle s'attire avec la
>> dialectique
>> quelle déploie avec brio concernant son approche de la lutte des femmes.
>> J'ai cru un moment que c'était une sorte d'hyperféministe, mais pas du
>> tout,
>> elle prend, mine de rien, ce que j'approuve entièrement, la défense des
>> hommes et même des femmes qui se sont piégées elles-mêmes.
>> Elle critique Legendre, là je ne peux rien en dire parce que je n'ai
>> jamais
>> eu la patience de lire ce qu'il racontait, mais là où je ne la suis pas,
>> c'est sur l'ironie qu'elle pratique par rapport à la fonction symbolique,
>> c'est le point faible de son argumentation. Mais c'est vif et
>> intelligent,
>> et je vais avoir beaucoup de mal à démontrer en quoi elle a tort, parce
>> qu'en même temps, il y a du vrai dans ce qu'elle écrit.
>>
>> A part cela, ces thèses sur le viol et sur la prostitution sont du
>> registre
>> de la provocation, en ce sens elle vise quelque chose de juste, mais
>> cette
>> approche ironique laisse tout un pan de ces questions qui ne peuvent
>> qu'être
>> prises au sérieux. Il suffit de penser à cette jeune fille de dix-sept
>> ans
>> violée hier, sur le chemin du lycée, pour ne pas prendre tout à fait à la
>> lettre, les arguments qu'elle donne concernant le viol, ainsi que la
>> prostitution forcée, comme étant quelque chose qui au demeurant n'a pas
>> forcément les incidences traumatisantes qu'on lui accorde généralement
>> dans
>> le champ social.
>>
>> Lisez ce petit bouquin plein d'humour et de verve. De plus Marcela Iacub
>> s'est donné comme nom de plume Louise Tugènes. Amicalement. Liliane.
>> J'aimerais bien qu'on ait l'occasion d'en rediscuter et vais d'ailleurs
>> relire d'un peu plus près son autre bouquin, car les deux sont en
>> continuité
>> l'un avec l'autre comme l'envers et l'endroit.
>>
>
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