[Lutecium-group] Modélisations et psychanalyses

Catherine Grandjean catherine-grandjean at cegetel.net
Fri Sep 22 11:34:44 GMT 2006


Il y a eu hier après-midi, sur France Culture, une émission, "Sciences et conscience" (1), sur l'épistémologie des sciences, tout à fait étonnante (j'en ai fait une transcription écrite que je peux envoyer à qui serait intéressé). Y était interrogé le statut de la théorie en regard de ce que l'invité, Anne-Françoise Schmid, appelait les modélisations. Pour faire court, disons que, pour résoudre un problème, les sciences empruntent de plus en plus les unes aux autres (par exemple, pour décrire une plante, on fera appel à la génétique, à l'embryologie, à la morphologie), créant pas là même des "modèles", et que ceux-ci ne coïncident pas nécessairement avec la théorie. C'est donc, pour les sciences, une crise pour définir ce que sont les critères de scientificité si l'adéquation entre modèles et théorie n'y suffit plus. A titre d'exemple : on a en mécanique des fluides des modèles qui fonctionnent et l'on n'a pas de théorie complète leur correspondant. Parfois même, comme en biologie, les modélisations viennent contredire la théorie. Parfois encore, les modélisations sont à l'origine de théories nouvelles. Les modélisations ont permis une libération extraordinaire des disciplines scientifiques. Ces modélisations concernent non seulement les emprunts des sciences entre elles, mais aussi des sciences et du social, de l'économie, de l'éthique, etc... 
Cependant, le critère classique de scientificité disant qu'un modèle est une application d'une théorie, via une mathématisation sur un domaine d'objet donné, peut encore fonctionner mais n'est pas le seul critère à l'oeuvre dans les sciences. Tout peut aussi partir du modèle, et non plus de la théorie. Celle-ci garde néanmoins son rôle d'explicateur, fut-ce après coup. Mais elle y gagne un nouveau rôle, qui est celui de régulateur, au milieu de toutes ces sciences, et des modélisations qui empruntent les unes aux autres. Ce rôle de régulateur qui est celui de la théorie se substitue à son rôle classique qui était de surplomber la physique expérimentale du temps où tout pouvait se rapporter à la théorie mécanique. La théorie était alors le maître, et le modèle devait s'y conformer.

Je suis encore sous le coup de ce que m'a fait découvrir cette émission et je me demande, sans parvenir pour l'heur à distiller un peu mon questionnement, si cela peut concerner les multiples approches de la psychanalyse et leur rapport à la clinique, et s'il y aurait autre chose qu'une simple analogie entre ces modélisations dans le champ de la science et la façon dont la psychanalyse élabore ces théories, à partir de cas donnés, à partir également du social, de l'économie, de l'éthique, de ce que chaque analysant en fait dans les solutions singulières qu'il élabore, et dans ce qui en retourne ensuite vers la théorie psychanalytique. Voilà pour le questionnement général.
Pour tenter de resserrer ce questionnement, je suis allée relire un texte de Dominique Miller, intitulé "A chacun sa formule" (2), dans lequel elle interroge comment, "à l'époque de la suprématie du bien-être et de la prolifération des jouissances", le rôle de famille "pacifiante des pulsions" s'est trouvé inadéquat et comment chacun cherche désormais une solution familiale qui porte à la satisfaction. D'où une multiplicité d'agencements familiaux différents. Néanmoins, note-t-elle, ces agencements cherchent aussi leur reconnaissance par la collectivité, et ce besoin de reconnaissance témoignerait de la façon dont chacun a aussi "besoin du Père". Je me demandais si cette pluralité d'inventions de formes familiales ne jouaient pas de la même façon que les modélisations, invitant tantôt la théorie à se renouveler après-coup , la contredisant parfois, la confirmant dans d'autres occasions, et lui faisant finalement jouer un rôle de régulateur, propre à notre post-modernité, plutôt qu'un rôle d'universel fixe et surplombant la clinique. 
Je sens combien ce rapprochement est rapide, et pourtant, cette émission m'a semblé tellement en prise avec la réalité, qu'il m'a été indispensable de m'y arrêter.

(2)http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/sciences_conscience/fiche.php?diffusion_id=45564
(1)http://www.causefreudienne.net/archives/lettremensuelle_article.php?Arch_ID=85


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Catherine


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