[Lutecium-group] Modélisations et psychanalyses

chantal de Bodinat cbodinat at club-internet.fr
Fri Sep 22 16:07:14 GMT 2006


Je serais intéressée par la transcription (par mail ?) merci de vos 
interventions sur cette liste.
Chantal

----- Original Message ----- 
From: "Catherine Grandjean" <catherine-grandjean at cegetel.net>
To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" 
<lutecium-group at lutecium.org>
Sent: Friday, September 22, 2006 1:34 PM
Subject: [Lutecium-group] Modélisations et psychanalyses


lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium.
Ne doit pas etre diffuse hors du groupe.
---
Il y a eu hier après-midi, sur France Culture, une émission, "Sciences et 
conscience" (1), sur l'épistémologie des sciences, tout à fait étonnante 
(j'en ai fait une transcription écrite que je peux envoyer à qui serait 
intéressé). Y était interrogé le statut de la théorie en regard de ce que 
l'invité, Anne-Françoise Schmid, appelait les modélisations. Pour faire 
court, disons que, pour résoudre un problème, les sciences empruntent de 
plus en plus les unes aux autres (par exemple, pour décrire une plante, on 
fera appel à la génétique, à l'embryologie, à la morphologie), créant pas là 
même des "modèles", et que ceux-ci ne coïncident pas nécessairement avec la 
théorie. C'est donc, pour les sciences, une crise pour définir ce que sont 
les critères de scientificité si l'adéquation entre modèles et théorie n'y 
suffit plus. A titre d'exemple : on a en mécanique des fluides des modèles 
qui fonctionnent et l'on n'a pas de théorie complète leur correspondant. 
Parfois même, comme en biologie, les modélisations viennent contredire la 
théorie. Parfois encore, les modélisations sont à l'origine de théories 
nouvelles. Les modélisations ont permis une libération extraordinaire des 
disciplines scientifiques. Ces modélisations concernent non seulement les 
emprunts des sciences entre elles, mais aussi des sciences et du social, de 
l'économie, de l'éthique, etc...
Cependant, le critère classique de scientificité disant qu'un modèle est une 
application d'une théorie, via une mathématisation sur un domaine d'objet 
donné, peut encore fonctionner mais n'est pas le seul critère à l'oeuvre 
dans les sciences. Tout peut aussi partir du modèle, et non plus de la 
théorie. Celle-ci garde néanmoins son rôle d'explicateur, fut-ce après coup. 
Mais elle y gagne un nouveau rôle, qui est celui de régulateur, au milieu de 
toutes ces sciences, et des modélisations qui empruntent les unes aux 
autres. Ce rôle de régulateur qui est celui de la théorie se substitue à son 
rôle classique qui était de surplomber la physique expérimentale du temps où 
tout pouvait se rapporter à la théorie mécanique. La théorie était alors le 
maître, et le modèle devait s'y conformer.

Je suis encore sous le coup de ce que m'a fait découvrir cette émission et 
je me demande, sans parvenir pour l'heur à distiller un peu mon 
questionnement, si cela peut concerner les multiples approches de la 
psychanalyse et leur rapport à la clinique, et s'il y aurait autre chose 
qu'une simple analogie entre ces modélisations dans le champ de la science 
et la façon dont la psychanalyse élabore ces théories, à partir de cas 
donnés, à partir également du social, de l'économie, de l'éthique, de ce que 
chaque analysant en fait dans les solutions singulières qu'il élabore, et 
dans ce qui en retourne ensuite vers la théorie psychanalytique. Voilà pour 
le questionnement général.
Pour tenter de resserrer ce questionnement, je suis allée relire un texte de 
Dominique Miller, intitulé "A chacun sa formule" (2), dans lequel elle 
interroge comment, "à l'époque de la suprématie du bien-être et de la 
prolifération des jouissances", le rôle de famille "pacifiante des pulsions" 
s'est trouvé inadéquat et comment chacun cherche désormais une solution 
familiale qui porte à la satisfaction. D'où une multiplicité d'agencements 
familiaux différents. Néanmoins, note-t-elle, ces agencements cherchent 
aussi leur reconnaissance par la collectivité, et ce besoin de 
reconnaissance témoignerait de la façon dont chacun a aussi "besoin du 
Père". Je me demandais si cette pluralité d'inventions de formes familiales 
ne jouaient pas de la même façon que les modélisations, invitant tantôt la 
théorie à se renouveler après-coup , la contredisant parfois, la confirmant 
dans d'autres occasions, et lui faisant finalement jouer un rôle de 
régulateur, propre à notre post-modernité, plutôt qu'un rôle d'universel 
fixe et surplombant la clinique.
Je sens combien ce rapprochement est rapide, et pourtant, cette émission m'a 
semblé tellement en prise avec la réalité, qu'il m'a été indispensable de 
m'y arrêter.

(2)http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/sciences_conscience/fiche.php?diffusion_id=45564
(1)http://www.causefreudienne.net/archives/lettremensuelle_article.php?Arch_ID=85


-- 
Catherine
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