[Lutecium-group] Re: Re : Mod é lisations et psychanalyses

Catherine Grandjean catherine-grandjean at cegetel.net
Mon Sep 25 07:54:24 GMT 2006


Emmanuel Bing :

> On pourrait penser que ces trois tirets, ou le blanc, le vide de la
réponse,
sont un signe dubitatif devant l'objet : que viennent faire ensemble
"modélisations et psychanalyses", sinon à penser que la première provoque la
seconde, ce qui résonne avec le Sujet de la science.

Bonjour,

Ce serait plutôt lorsque la pratique psychanalytique cherche à ce que les
analysants correspondent à la théorie que des Sujets de la science viennent
se substituer à des Sujets de l'inconscient. Cela paraît grossier et cela
est pourtant sans doute en partie inévitable : qui pourrait affirmer sans
sourciller que la théorie ne vient pas, un peu, influencer le cours des
cures, non simplement pour leur direction, mais parce qu'il faut bien se
repérer, arrimer sa pensée, du mieux que l'on peut, avec ce risque que le
dit repérage ne fonctionne pas si bien pour tel ou tel analysant ? Pour le
dire autrement : est-on bien assurer que le Sujet de l'inconscient est
toujours premier sur le Sujet de la théorie ?

La psychanalyse a ses théories et a ses "modèles" (pour reprendre le mot de
l'interviewée de l'émission de France Culture) qui lui correspondent.
L'hystérie et son modèle Dora, par exemple. Ou l'hystérie et ses tableaux de
conversions impressionnantes. Ceux-ci ne se donnent plus à voir. Par contre,
on lit un peu partout la difficulté de nouvelles pathologies, dites limites,
ou narcissiques... Bref, les modèles changent.

L'interview d'Anne-Françoise Schmid donne deux acceptions du "modèle". Deux
acceptions que la France, dans le domaine des sciences, a eu tendance à
opposer, et que Mme Schmid dit complémentaires :
- Première acception : le modèle se conforme à la théorie. On a une théorie,
et on a une application qui la vérifie.
- Seconde acception : le modèle est une abstraction vraie du réel. Il ne se
conforme pas à une théorie mais il donne pourtant une solution à un problème
posé.

Des allers retour entre ces deux acceptions permettent d'explorer des voies
de résolution de problèmes non théorisées et de les théoriser après-coup.
L'enjeu est donc d'importance : une plus grande prise en compte de la
réalité des problèmes qui se posent et une inventivité dans leur résolution.
La théorie restant un régulateur, cad un garde-fou contre un relativisme qui
n'expliquerait plus rien.

Il me semble que les différentes écoles de psychanalyse ne sont pas égales
face à ce double mouvement. Que certaines pratiques cherchent plus à se
conformer à la théorie originaire et que d'autres vont mieux prendre acte
des évolutions sans chercher à toujours rabattre le nouveau sur l'ancien. Je
ne voudrais pas me faire accuser de prosélytisme, d'autant que je n'ai pas
fini de faire le tour des différentes écoles de psychanalyse. Disons juste
pour le moment que ce double mouvement entre ces deux acceptions de ce
qu'est un modèle peut peut-être nous aider à réfléchir la clinique.

--
Catherine





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