[Lutecium-group] psychanalyse dans le monde diplomatique d'avril

Frans Tassigny frans.tassigny at gmail.com
Tue Apr 10 14:38:17 GMT 2007


 pour info lire la réaction de M.Privat, votre avis svp, je vous rapelle
avoir proposé cet article sur Lutécium.

cordial

ft


  Avec Lucien Bonnafé
 Lucien Bonnafé n'a pas seulement été l'un des psychiatres fondateurs de la
politique du secteur en France. Il a été aussi un poète, un surréaliste, un
militant. Dans ce film produit par les Centres d'entraînement aux méthodes
d'éducation active (Ceméa), on trouve avec bonheur des documents sonores,
comme la lecture de cet extraordinaire poème de Paul Eluard, *Le Cimetière
des fous*, écrit pendant l'Occupation dans l'asile de Saint-Alban, des
textes de Bonnafé sur la psychiatrie, la politique, le surréalisme, la
poésie, des portraits de ceux qu'il a côtoyés, en particulier Franco
Basaglia, le visionnaire de la psychiatrie italienne, Louis Althusser ou
François Tosquelles, républicain espagnol, figure légendaire du désaliénisme
et de la psychothérapie institutionnelle en France...


 Individu, individus... L'article d'Evelyne Pieiller, « Les facettes de
l'individu empêtré dans l'individualisme », paru dans *Le Monde diplomatique
* de mars dernier, a suscité plusieurs commentaires. M. Jordi Grau estime :

On pourrait avoir l'impression, en lisant l'article, que l'individu moderne
souffrirait d'un trop-plein d'autonomie personnelle, une fausse liberté qui
le déstructurerait. Or les pesantes contraintes hiérarchiques et la
soumission aveugle à l'autorité sont loin d'avoir disparu dans nos sociétés
occidentales. Etant moi-même professeur de philosophie, je peux constater
que les élèves sont encore très passifs face au savoir qu'on leur transmet.
Ils recopient souvent sans réfléchir ce que leur dictent leurs maîtres, et
rares sont ceux qui essaient d'avoir une pensée autonome. C'est pourquoi je
trouve Olivier Rey, auteur d'*Une folle solitude. Le fantasme de l'homme
auto-construit,* trop sévère envers les « actuelles théories pédagogiques »,
malgré leurs échecs. Certes, nul ne peut développer son intelligence et son
esprit critique sans se nourrir des œuvres du passé. Mais l'inverse est vrai
aussi : sans un minimum d'autonomie, on est incapable d'assimiler
intelligemment ces œuvres. Déjà, Montaigne l'avait dit : *« Mieux vaut une
tête bien faite qu'une tête bien pleine. »* D'ailleurs, si les élèves ont du
mal à s'approprier les grandes œuvres du passé, il me semble que cela vient
moins d'une pédagogie catastrophique que d'un problème culturel et social
beaucoup plus large. Par exemple, la plupart des élèves ont un problème avec
la langue littéraire, et ce qui peut nous paraître aisé, à nous autres
intellectuels, leur est souvent inaccessible.

Quant au monde des adultes, je ne sache pas qu'on y laisse beaucoup de champ
aux désirs des individus. La plupart des gens, qu'ils aient ou non un
emploi, sont soumis à d'effrayantes contraintes sociales ou
professionnelles. Certes, certaines techniques de management moderne
s'efforcent de donner une illusoire « autonomie » aux travailleurs
individuels, mais ceux-ci sont-ils vraiment dupes ?

Si l'on veut promouvoir la démocratie contre la dictature sournoise du
libéralisme, il convient de ne pas trop brimer les désirs individuels, car
ils sont le moteur de l'action sociale et politique. La vraie raison, loin
d'être l'ennemie absolue des passions, est plutôt ce qui permet de les
concilier. Si chaque dominé (pauvre, femme, personne peu qualifiée, etc.)
prenait davantage conscience de son désir d'indépendance, il serait
peut-être en mesure de critiquer les injustices qu'il subit, et de s'unir
avec ceux qui vivent une situation analogue. De cette passion égalitaire
naîtrait – du moins peut-on l'espérer – un monde plus juste, donc plus
raisonnable. En revanche, si l'on se contente de répéter aux gens (à l'école
ou ailleurs) : soyez raisonnable, réfrénez vos désirs individuels, on ne va
pas les rendre raisonnables pour autant. Au contraire, on va les enfoncer
dans la passivité à l'égard de l'ordre établi. Faute de dire cela,
Mme Pieiller semble faire l'apologie d'un discours somme toute bien
réactionnaire – ce qui n'était sans doute pas son intention.

*M. Privat, psychologue et psychanalyste, indique de son côté :*

Cet article fait fausse route sur certains points. Tout particulièrement
lorsqu'il suit la thèse d'Eva Illouz en ce qui concerne l'introduction de la
psychanalyse aux Etats-Unis. En 1909, Freud, s'y rendant avec Ferenczi et
Jung, leur tenait ces propos * : « Ils ne savent pas que nous leur amenons
la peste ! » *Certes ils *[les pseudo-psys en marketing]* s'en sont
défendus. Il n'empêche que le but de la psychanalyse n'a jamais été d'offrir
aux entrepreneurs de tout poil des individus au moi mieux formaté pour
répondre aux besoins du capitalisme, c'est-à-dire à l'aliénation des
individus au travail. Au contraire, la psychanalyse propose un chemin pour
lutter contre ce qui nous aliène au quotidien, et offre une voie pour une
libération des individus.

Si j'ai, de ma place, entendu quelqu'un formuler un jour cette injonction :
*« Il vous faut faire un travail sur vous-même ! »*, c'était de la part d'un
patron qui m'avait confié son propre malaise, et qui, plutôt que de s'y
atteler, préférait envoyer un de ses salariés sur le divan. Plus tard, le
même patron me fera passer deux ans « au placard » parce que je refusais de
lui servir d'alibi.

Les psychologues qui résistent, au sens des brigades internationales, ça
existe ! Cet article, en donnant une image réactionnaire de la psychanalyse,
ne leur facilitera pas la tâche...

http://www.monde-diplomatique.fr/2007/04/A/14640?var_recherche=psychanalyse
 <http://www.monde-diplomatique.fr/2007/04/>

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