[Lutecium-group] RE : Re: La langue , le language... et l'interprétation
Jean-françois Doucet
jeanfd at ulrik.uio.no
Fri Apr 27 13:27:27 GMT 2007
Merci de votre email qui appelle un commentaire sur la traduction. A mon
avis, tout d' abord, il n' existe pas de sens sans lecteurs ni locuteurs.
Ce sont eux qui donnent ou reconstruisent à une suite de signifiants un
certains sens en empruntant à une langue donnée sa grammaire, syntaxe et
vocabulaire. Maintenant un lecteur peut emprunter non plus à sa propre
langue mais à une autre et se livrer à une traduction qui se situe alors
entre 3 pôles.
1.-Ou bien, c' est un compte-rendu où le traducteur s' efface le plus
possible devant le sens (l' "esprit" qu'il percoit laisse toujours une
part à son interprétation ) pour trouver un sens équivalent dans l' autre
langue.
2.-Ou bien, c' est non plus une traduction d' un sens mais une conversion
de code lorsque le traducteur se tient au plus près du texte restant
fidèle non plus à l' esprit mais à la lettre du texte.
3.- Ou bien ce n' est ni une traduction d' un sens (esprit) ni transcodage
(lettre ) mais une adaptation à l' auditeur (lecteur ) dans la nouvelle
langue. Dans cette option, l' esprit comme la lettre sont sacrifiés au
profit du destinataire de la traduction.
Bien cordialement
Jean-francois Doucet
> lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium.
> Ne doit pas etre diffuse hors du groupe.
> ---
> saluts, j'accompagnais un peu de loin cette discussion... Natalia, ce sens
> pour le mot "'interpert" que vous avez choisi me semble être déjà une
> interprétation, soit, "to understand in a particular way" (Random House
> Dictionnary) et, de par ce fait, toute traduction est une interprétation
> particulière et individuelle, quoique le traducteur puisse s'éforcer le
> plus
> pour cacher cette dimension en vue d'établir son travail como
> "transparent",
> "définitif", voire, "cientifique"...
>
> et de même le travail "d'interprétation" que pourrais réaliser un
> psychanaliste.
>
> il y aurait une Journée, à Isadora, consacré à ça:
> http://www.isadora-vignogoul.com/
>
> et je reproduis un petit morceau du texte qui fait le rôle d'"invitation"
> à
> la discussion: "Georges Steiner (Après Babel) postule que la traduction
> est
> implicite dans tout acte de communication, que se soit dans le sens
> séméiotique le plus large ou dans des échanges plus spécifiquement
> verbaux.
> Comprendre, c'est déchiffrer. Entendre des significations, c'est
> traduire."
>
>
> ----- Original Message -----
> From: "Natalia Milopolsky-Costiou" <namicost at yahoo.fr>
> To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne"
> <lutecium-group at lutecium.org>
> Sent: Friday, April 27, 2007 8:33 AM
> Subject: [Lutecium-group] RE : Re: La langue, le language... et
> l'interprétation
>
>
> lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium.
> Ne doit pas etre diffuse hors du groupe.
> ---
> Bonjour David,
> Je suis d'accord avec vous sur les subtilités de la traduction et pour
> developper dans le sens abordé je vous propose la vision anglophone du mot
> (translate (traduire) et interpret (expliquer)).
> Prenons l'exemple des « interprètes »de la Torah - aussi ironique que
> cela puisse paraître par rapport à l'ouvre citée de Lacan.
> L'Hébreu « moderne » a été conçu comme une sorte de résurrection de la
> langue ancienne de deux mille ans avec les suppléments inévitables des
> néologismes, construits dans la plupart des cas à la base des racines déjà
> existants. Dans les yeshivas et synagogues contemporaines l'enseignement
> consiste, entre autres, en « interprétation », traitement du texte par les
> sages pour l'éventuelle discussion avec les disciples. Cela implique bien
> sûr une connaissance de l'Araméen, la langue initiale, qui est tout de
> même
> un peu différente. C'est une de plus vielle exercice spirituel et
> intellectuel sur la planète, dont les conditions sont restées presque
> invariables depuis des siècles. Chaque participant interprète alors le
> sens
> du texte en s'appuyant sur son anthologie d'usage des mots (yiddish,
> ladino,
> hébreu etc.) et du savoir. Il ne s'agit donc pas vraiment de la
> traduction,
> mais de l'appréhension du sens. Et c'est sous cet angle-la que je vous
> propose à revisiter le séminaire.
> Have a nice and sunny weekend,
> Natalia
>
> David Thepaut <dthepaut at sympatico.ca> a écrit :
> lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium.
> Ne doit pas etre diffuse hors du groupe.
> ---
> Bonsoir Natalia,
>
> Troublante cette citation. On sent du Barthes là-dedans. La toute
> puissance
> du signifiant quel qu'en soit le producteur. Mais c'est exactement ce
> qu'on
> demande du traducteur : produire des signifiants qui font sens dans
> l'autre
> langue. Si la traduction est considérée comme bonne, on en oublie le
> traducteur et on adule le texte. Si le manque de jouissance se fait sentir
> on en accuse le traducteur. C'est quand même quelque chose de particulier
> que la position de traducteur : se faire au maximum oublier dans le
> processus pour atteindre le nirvana de la perfection. Atteindre la
> perfection du signifiant maître cible. Alors qu'à mon sens la traduction
> au
> delà des techniques relève de la création linguistique la plus pure qui
> soit
> pour apparaître invisible et pleine de sens tout en redonnant le sens
> originel du texte source... Un exercice impossible : traduire le sens
> malgré
> la non non bijectivitivité des signifiants d'une langue à l'autre.
>
> Bonne nuit
>
> David
> ----- Original Message -----
> From: "Natalia Milopolsky-Costiou"
> To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne"
>
> Sent: Wednesday, April 25, 2007 1:38 PM
> Subject: [Lutecium-group] La langue, le language... et la traduction
>
>
> lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium.
> Ne doit pas etre diffuse hors du groupe.
> ---
> Poursuivons donc. Je m'appuie sur les connaissances de la philologie
> russe autant que sur une certaine expérience de la perception du texte
> littéraire et scientifique dans la langue "maternelle" russe. Voici
> alors l'extrait:
> "Ce qui a le sens devient l'auteur pour un autre sens", "Un auteur
> n'est pas vraiment lié à la joie du plaisir. Mais son sens (essence?)
> peut provoquer le désir. C'est la base de la construction de l'amour."
> Je vous invite à vous exprimer suivant votre propre "linguisme".
> Cordialement,
> Natalia
> P.S. J'ai choisi "Encore" pour cette recherche car je trouve ce
> séminaire particulièrement parlant sur le sujet abordé. Évidemment, vous
> pouvez proposer un autre...
>
> Natalia Milopolsky-Costiou a écrit :
> lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium.
> Ne doit pas etre diffuse hors du groupe.
> ---
> Bonsoir David, Jean-François, Bruno et tous qui se sentent concerné(e)s
> par le sujet.
> Je salue de tout coeur ce nouveau thème de discussion, car, selon mon
> expérience des années de recherche clinique ainsi que ma conviction
> personnelle profonde, c'est le pivot de l'approche analytique, peu importe
> la quantité ou qualité des langues impliquées.
> Or, comment peut-on l'aborder? Je vous propose, par exemple, d'essayer
> de nous exprimer à propos de quelque chose qui "parle" à mon avis à
> beaucoup d'entre nous. Voici Lacan:
> "Le signifiant, ai-je dit, se caractérise de représenter un sujet pour
> un autre signifiant. De quoi s'agit-il dans le signe? Depuis toujours,
> la théorie cosmique de la connaissance, la conception du monde, fait
> état de l'exemple fameux de la fumée qu'il n'y a pas sans feu..." et plus
> loin: "Un sujet, comme tel, n'a pas grand chose à faire avec la
> jouissance. Mais, par contre, son signe est susceptible de provoquer le
> désir.
> Là est le ressort de l'amour." - "Encore", L'amour et le signifiant,
> Seuil-Points, pp. 64-65.
> Qu'entendez-vous par-là? Je ne dispose malheureusement pas des
> traductions (vous - peut être?), mais j'ai aussi une bonne version
> sonore...
>
> Très bonne soirée à vous,
> Natalia
>
> Jean-françois Doucet a écrit :
> lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium.
> Ne doit pas etre diffuse hors du groupe.
> ---
> Ah cette question du bilinguisme en psychanalyse ! C' est si
> intéressant
> que je ne sais plus à qui de Natalia, David, BdF ou Catherine etc
> adresser
> ma ou mes questions. C' est que les dernières interventions font
> intervenir la notion de traduction au sujet de laquelle, habitant
> l'étranger, je me suis posé pas mal de questions.
> En particulier, si je prends le système R(éel), S(ymbolique),
> I(maginaire)
> lacanien comme point de départ - j' attends encore les précisions de
> Catherine sur sa compréhension du Réel - je me demande comment
> intervient
> la traduction. Je crois comprendre que le passage de l' imaginaire au
> symbolique exige du locuteur un effort d' expression. Dans quelle
> mesure
> la traduction qui, de mon point de vue, est passage dans le Symbolique
> d'
> une langue à une autre, aurait le même effet sur le locuteur, en
> particulier sur celui qui, étranger parlant dans un pays une autre
> langue
> que sa langue maternelle ? Peut-on traduire, c' est-à-dire soit s'
> adresser à ceux pour lesquels on traduit, soit se concentrer sur le
> sens
> (l' esprit) à traduire, soit encore sur les codes exprimés (la lettre)
> sans faire intervenir l'imaginaire : Quand est-il du Réel, cet
> impensable
> hors symbolique ?
> Autant de questions auxquelles j' aimerais des réponses claires.
> bien cordialement
> Jean-francois Doucet
>> lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium.
>> Ne doit pas etre diffuse hors du groupe.
>> ---
>> Merci, cher David, de votre email si riche qui m' interpelle, avant
> tout
>> parce que je vis en Norvège pas tellement loin de la Suède mais aussi
>> parce que vous y abordez la question du bilinguisme en psychanalyse.
>> Vous écrivez :
>>
>> il faut quelque part apprendre à traduire cette "Autre langue" avec
>> soi-même, et ce, même dans sa "propre langue maternelle".
>>
>> Voulez-vous parler de cette facon unique dont tout un chacun agence
> ses
>> propres mots et qu' on pourrait appeler " style " à l' intérieur
> d'une
>> même langue ? Voulez-vous parler de cette langue qui apparait lorsqu'
> on
>> perd l' habitude de dire ce qu' on devrait dire pour entrer en
> contact
>> social avec autrui, et qu' on se dit alors à soi-même de telle sorte
> que
>> cette parole devienne vraiment vôtre ?
>> Plus loin, vous écrivez :
>> d'où ce problème insoluble, selon moi, de vouloir la porter la
>> psychanalyse au statut d'une "science" au sens de la neutralisation
> des
>> concepts qui soutiennent son dire.)
>>
>> Je ne suis pas certain d' avoir bien compris : bien sûr les
> mathématiques
>> parviennent à "neutraliser les concepts qui soutiennent son dire " en
>> désignant ses propres objets pour bâtir son corpus, mais les
> mathématiques
>> ne sont pas les seules sciences. Votre exemple des enseignes gay
> figurant
>> un coq alors que l' allusion au " Cock " anglais est patente, ne fait
> , à
>> mes yeux que souligner la non-biunivocité de la relation des
> signifiants
>> aux référents : a un référent ne correspond pas un seul signifiant ne
>> serait-ce que parce qu' il existe plusieurs langues pas plus qu' un
>> signifiant ne désigne pas un seul référent. Quant au sens attribué à
> la
>> relation entre signifiants désignant l'objet et sa représentation, il
>> varie au gré des cultures. Si donc vous pouviez précisez ce que vous
>> entendez par : une "science" au sens de la neutralisation des
> concepts
>> qui soutiennent son dire " j'hésiterais moins entre l' euphémisation
> des
>> objets de désirs ( comme Cock pour les gays ) et l' expression d' une
>> certaine sublimation.
>>
>> Bien cordialement
>> Jean-francois Doucet
>>
>>> lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium.
>>> Ne doit pas etre diffuse hors du groupe.
>>> ---
>>> Bonsoir Natalia et Bruno,
>>>
>>> Mais l'intersection des signifiants ne vient pas malgré, mais pour
> ce
>>> bilinguisme dont vous parlez quant à la transmission de ce savoir.
> J'ai
>>> toujours ce sentiment, qu'en dehors de ma connaissance personnelle
> de
>>> plusieurs langues, la psychanalyse m'a permis quelque part
> d'appréhender
>>> ma
>>> "propre langue", au delà des langues maternelles ou de langues
> secondes
>>> et
>>> qu'il faut quelque part apprendre à traduire cette "Autre langue"
> avec
>>> soi-même, et ce, même dans sa "propre langue maternelle". Selon moi
> les
>>> langues étrangères sont une porte d'entrée aussi à l'élaboration de
>>> l'analyse en pratique.
>>>
>>> Deux exemples :
>>> Reprenant l'exemple de "COCK" de Bruno, signifiant clairement
> "bite",
>>> "cock"
>>> en anglais signifie aussi et originellement "cocq" (et d'ailleurs
> vient
>>> du
>>> latin coccus) et est un exemple manifeste du fonctionnement des
>>> argots-slangs : langue secrète créée par les truands qui ne
> voulaient se
>>> faire comprendre que d'eux-mêmes comme tous ces mots d'argot en
> français
>>> (pour argent : flouze, oseille, blé, et toute la prose d'Audiard qui
> est
>>> en
>>> passe de devenir un "poète", etc., ou même "schwanz" pour "cock" en
>>> allemand
>>> qui signifie "serpent" pour rester dans le domaine animalier).
>>> Finalement,
>>> et sans doute naturellement, en sortant du secret du code qu'ils
> étaient
>>> à
>>> l'époque et employés et compris de plus en plus par le reste de la
>>> population, ces mots deviennent comme porteur d'un certain désir ou
>>> jouissance interdits, suscitant une chose étonnante, c'est que pour
>>> éviter
>>> d'être à l'origine d'une gêne on finit par utiliser les mots qui
>>> définissent
>>> clairement, finalement scientifiquement, par désobjectivation, cet
> objet
>>> désiré : on ne dira pas "bite", mais pénis ou verge pour éviter de
>>> porter
>>> cette signification de désir. Jouant de cela, les mots d'argot
> suscitent
>>> des
>>> witz à n'en plus finir, comme pour "Cock" : un des bars gays les
> plus
>>> officiellement "trash" de New York, s'appelle "The Cock", mais son
>>> enseigne
>>> est un cocq en néon.... (d'où ce problème insoluble, selon moi, de
>>> vouloir
>>> la porter la psychanalyse au statut d'une "science" au sens de la
>>> neutralisation des concepts qui soutiennent son dire.)
>>> Je trouve que Lacan, en contraste avec son érudition classique et
>>> bourgeoise
>>> incontestable, n'hésitait jamais à utiliser ces mots devenus
> porteurs de
>>> désir, de jouissance et ce qu'on appelle la subversion, ce qui est
> en
>>> partie, une des raisons pour lesquelles j'ai le plus grand respect
> pour
>>> son
>>> audace intellectuelle. Étant moi-même gay, je n'ai jamais d'ailleurs
>>> senti,
>>> dans Lacan, cette homophobie dont on l'accuse, quand il pouvait dire
>>> "pédé"
>>> ou équivalent au lieu du politiquement correct "homosexuel". Mais le
>>> "politiquement correct" ne va pas de soit. Ce qui situe d'ailleurs
> la
>>> différence entre les "gays" et les "Queer" : les gays tendant, par
> usage
>>> de
>>> ces mots d'argot dépréciatifs de les vider de ce contenu "sexuel" et
> de
>>> "désir interdit" pour les banaliser dans le langage "mainstream"
> afin de
>>> devenir les égaux du niveau normatif "hétérosexuel", alors que les
>>> "queer"
>>> revendiquent cet aspect porteur de subversion et de différence (de
>>> désir)
>>> dans ces mots. C'est, selon moi une incompréhension totale, de la
> part
>>> des
>>> politiques "queer" que de blamer Lacan dans cet usage qui est en
> fait le
>>> même qu'ils revendiquent.
>>> Deuxième exemple plus personnel : un des moments "inauguraux" ou
>>> "fondateurs" de mon analyse était l'événement suivant : baignant
> enfant
>>> dans
>>> le bilinguisme français et suédois, et quand on est enfant on
> n'apprend
>>> pas
>>> les langues avec les grammaires (pas toujours), j'ai passé quelques
>>> années
>>> à
>>> oublier dans une langue ou dans l'autre, mais jamais dans les deux
> en
>>> même
>>> temps, à oublier le mot "myosotis" cette petite fleur bleue ou rose
> (le
>>> sens
>>> des couleurs est évidemment aussi significatif ici, et je sais,
> c'est
>>> plus
>>> champêtre que le "cock" de Bruno ;-), quoique, finalement...) ou son
>>> équivalent en suédois. Soit je me rappelais du mot en français, soit
> du
>>> mot
>>> en suédois, mais jamais en même temps (en clair, je n'étais pas
> capable
>>> de
>>> le traduire dans aucun sens). Et bien en suédois, "myosotis" se dit
>>> "förgät-mig-nej" comme en anglais "forget-me-not". Je vous laisse
>>> imaginer
>>> les suites de l'interprétation, mais simplement la force du Signifié
>>> (qui
>>> pour le cas présent relève du suédois plus ancien (que je ne
> maîtrisais
>>> pas
>>> à l'époque), car aujourd'hui on utilise un terme plus moderne
>>> complètement
>>> pour signifier "oublier" en suédois) a constitué le "synptôme" qui
> s'est
>>> révélé linguistique. La même chose a joué sur les signifiants et non
> sur
>>> les
>>> signifiés. Et c'est comme cela que personnellement, j'interprète le
>>> "comme
>>> un langage" de Lacan, ça tourne autour, ça ne se met jamais en
>>> parallèle,
>>> mais ça en est inséparable. Et surtout, cela signifie que ce n'est
> pas
>>> une
>>> langue en particulier, mais que toutes les langues sont ouvertes, et
> que
>>> le
>>> seul rapport qu'une langue peut avoir avec ce qui n'est pas
> elle-même,
>>> c'est
>>> une "Autre langue". C'est ce qui rapproche aussi Lacan de Saussure :
> la
>>> définition par l'opposition à ce qui pas l'objet. D'où votre
>>> "bilinguisme"
>>> fondamental, Natalia, tout à fait.
>>>
>>> À l'issue de ce colloque sur langue maternelle avec Kristeva (dans
>>> lequel
>>> Melman, présent, avait aussi notamment évoqué cette idée de "langue
>>> interdite", votre intervention me l'a rappelé), j'avais réussi à la
>>> convaincre d'entamer une recherche sur le concept de "signifiant
>>> polyglotte", que je n'ai pas, à l'époque, concrétisé,
> malheureusement
>>> (je
>>> me
>>> souviens d'en avoir débattu sur la liste, il y a 8 ans, et notamment
>>> avec
>>> Jeanne Lafont...). Ce n'était peut-être pas finalement une si
> mauvaise
>>> idée...
>>>
>>> Ces considérations linguistiques et de leur rapport à la
> psychanalyse
>>> m'ont
>>> poussé il y a quelques années à apprendre l'islandais, simplement en
>>> raison
>>> d'un fait : cette langue, qui n'est parlée que par 250 000
> personnes,
>>> est
>>> totalement "pure" : elle n'a, à l'écrit, (phonétiquement et
>>> phonologiquement, c'est différent) pas évolué depuis 1000 ans :
> aucun
>>> emprunt d'une langue étrangère, tout nouveau mot est créé à partir
> des
>>> racines propres de la langue (ni d'influences allemande,
>>> danoise,anglaise
>>> ou
>>> française, etc.). Les islandais sont capables de lire dans le texte
>>> d'origine les sagas des vikings datant de l'an 800. La langue porte
> en
>>> elle-même sa capacité à ne pas s'ouvrir aux autres langues. N'est-ce
> pas
>>> fascinant? C'est quelque part l'anti-anglais par excellence (dont
>>> certains
>>> linguistes discutent de la germanité, puisque 60% du lexique vient
> du
>>> français ou du latin). Je mets intuitivement ce phénomème en
> parallèle
>>> avec
>>> le fonctionnement de la transmission du "nom du père" en islande :
> il
>>> n'y
>>> a
>>> pas de noms de famille en Islande : on s'appelle "Sven" ou "Frida"
>>> "fils/fille de [prénom du père]". Une piste, ou une erreur, à voir!
>>>
>>> Après une longue poubellication, bien à vous,
>>>
>>> David
>>> ----- Original Message -----
>>> From: "Natalia Milopolsky-Costiou"
>>> To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne"
>>>
>>> Sent: Sunday, April 15, 2007 5:49 AM
>>> Subject: [Lutecium-group] RE : Re: RE : Re: RE : Re: La langue et le
>>> langage
>>>
>>>
>>> lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium.
>>> Ne doit pas etre diffuse hors du groupe.
>>> ---
>>> Bonjour David,
>>>
>>> La traduction de Lacan dans le sens que vous évoquez est un
> excellent
>>> exemple (peut être un des meilleurs) de l'extrême sensibilité
>>> linguistique
>>> indispensable pour le bon traducteur (interprète). Ce qui consiste
> pour
>>> moi
>>> dans mon ontologie des connaissances non seulement en la façon de
> dire
>>> mais
>>> surtout la raison de dire. De ce point de vue je crois comprendre
> les
>>> difficultés de perception de Lacan pour les Américains - nettement
> moins
>>> que
>>> pour les Anglais, et d'une manière complètement différente - pour
> les
>>> Russes. Nous en avons parlé avec Judith Miller à l'époque quand mon
>>> français
>>> était meilleur encore ;)). La traduction de Lacan en russe me
> paraissait
>>> jadis presque impossible à cause de cette différence d'attentes de
> la
>>> lecture, de l'appréhension du texte écrit. Lacan, je crois, en était
>>> parfaitement conscient de l'effet de sa parole par rapport à son
> écrit.
>>> L'écoute, l'observation de cette énorme énergie de l'invention qui
> se
>>> dégage
>>> de ses dires, la fluidité et
>>> l'instantanéité des interprétations de ses raisons propres, peuvent
>>> être
>>> perçus (et cela était mon cas) comme une véritable essence de la
> langue
>>> française. Car, aussi ironique que cela puisse paraître, cette
> maîtrise,
>>> la
>>> jouissance je dirai, des liens entre les raisons et les dires, est
> très
>>> similaire chez Lacan et Nabokov. Par exemple, « Lolita » américaine
>>> (originelle pourtant !) m'a procuré un rejet par rapport à la russe
> -
>>> tout
>>> comme les traduction américaine de Lacan par rapport à sa parole
>>> française
>>> qui donne un désir immédiat de pénétrer dans sa langue.
>>> Pour cette raison je suis de plus en plus persuadé qu'au nom de
>>> l'éternelle aventure de transmission du savoir il faut être tout de
> même
>>> parfaitement (et surtout inconsciemment) bilingue.
>>> Ce que n'empêche certainement pas l'intersection des signifiants !
>>>
>>> Cordialement,
>>> Natalia
>>>
>>>
>>> David Thepaut
> a écrit : lutecium-group:
>>> Document
>>> interne au Groupe de Travail Lutecium.
>>> Ne doit pas etre diffuse hors du groupe.
>>> ---
>>> Je suis d'accord avec vous Natalia, je ne tente nullement de réduire
> une
>>> langue à une manière de parler. Je témoigne simplement de cette
>>> expérience
>>> que j'ai eu avec de nombreux russophones qui étaient en l'occurence
> des
>>> russes de Moscou ou de St Petersbourg dont l'habileté de la langue
>>> française
>>> me surprend à chaque fois et la capacité de faire en français de la
>>> "poésie
>>> verbale" (sans relancer le débat sur le statut du poète!) par usage
> de
>>> métaphores pertinentes et étonnantes, c'est ce que j'entends par
>>> prosaïque
>>> (dans le sens du bourgeois gentilhomme finalement) et peut-être à
>>> l'opposé
>>> de cet idéal de clarté dont vous parlez (mais qu'est-ce que la
> clarté
>>> dans
>>> une langue, une image (métaphore) vaut mille mots, ne dit-on pas?).
> Je
>>> pense
>>> que la langue française n'est pas une langue facile, en ce sens
> qu'il
>>> n'y
>>> a
>>> pas de langues faciles par la grammaire mais plutôt sur la
> perception
>>> que
>>> les locuteurs ont de cette langue, qu'elle soit maternelle ou
> seconde.
>>> La
>>> langue française pour les français, voire les francophones natifs
> (je
>>> ressens la même chose ici au Québec) fait tellement force de loi,
> que le
>>> simple fait de dire qu'on "maîtrise" le français apparaît comme
>>> prétentieux.
>>> Le français est la seule langue que je connaisse où les locuteurs
>>> maternels
>>> se corrigent aussi couramment sur des fautes de grammaire à l'oral.
>>> L'anglais n'a pas autant cette dimension de correction et c'est sans
>>> doute
>>> ce qui fait sa force, car si les anglophones étaient aussi exigeants
> que
>>> les
>>> francophones, on en aurait des problèmes ne serait-ce qu'en Amérique
> du
>>> nord! À partir du moment où on se fait comprendre, ce n'est pas si
>>> grave.
>>> Pour cette raison, il est d'autant plus surprenant d'entendre des
>>> locuteurs
>>> francophones langue seconde être aussi à l'aise en français, comme
> selon
>>> mon
>>> expérience certains russophones que j'ai rencontré et certains
>>> germanophones.
>>> À partir de là comment traduire Lacan en anglais? Le problème va
> bien au
>>> delà de la traduction de ses néologismes. C'est que Lacan utilisait
> une
>>> grammaire constamment polysémique, et en ce sens c'est cela
> l'héritage
>>> qu'il
>>> laisse aujourd'hui : dans le double sens voire le triple, le débat
> se
>>> fait
>>> encore dans l'interprétation de son dire (d'où le débat sur la
>>> publication
>>> des séminaires, de les assortir ou non d'un appareil critique et
>>> blabla).
>>> Lacan est souvent perçu comme totalement abscons et parfois
> charlatan en
>>> Amérique du nord (par partout bien sûr) mais parce que "ce qui ce
>>> conçoit
>>> bien s'énonce clairement" ici. L'enjeu de mettre au défi la langue
> comme
>>> Lacan l'a fait n'est pas perçu de la même manière qu'en France.
>>> ----- Original Message -----
>>> From: "Natalia Milopolsky-Costiou"
>>> To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne"
>>>
>>> Sent: Tuesday, April 10, 2007 8:08 AM
>>> Subject: [Lutecium-group] RE : Re: RE : Re: La langue et le langage
>>>
>>>
>>> lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium.
>>> Ne doit pas etre diffuse hors du groupe.
>>> ---
>>> Bonjour David,
>>>
>>> Je me prononcerai pas sur tous les russophones, car autant que chez
>
> === message truncated ===
>
>
> Natalia Milopolsky-Costiou
> 6, rue de Savoie, 75006 Paris
> 01 44 41 01 43
> 06 80 10 41 99
>
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