[Lutecium-group] Les formations de l'inconscient p.86
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Fri Dec 14 19:44:35 GMT 2007
57-58 Seuil Jacques Lacan,
Le Séminaire, Livre V,
Les formations de linconscient, Seuil, 1998
Qu'est-ce que la demande? C'est ce qui, d'un besoin, passe au moyen du
signifiant adressé à l'Autre. Je vous ai déjà fait remarquer la dernière
fois que cette référence méritait que nous essayions d'en sonder les temps.
Les temps en sont si peu sondés qu'un personnage éminemment représentatif de
la hiérarchie psychanalytique a fait tout un article, d'une douzaine de
pages environ - j'y ai fait allusion quelque part dans l'un de
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LE PEU-DE-SENS ET LE PAS-DE-SENS
Mes articles -, pour s'émerveiller des vertus de ce qu'il appelle le Wording
mot Anglais qui correspond à ce que, plus maladroitement, nous appelons en
français le passage au verbal ou la verbalisation. C'est évidemment plus
élégant en Anglais. Une patiente ayant été singulièrement braquée par une
intervention qu'il avait faite, il avait émis quelque chose qui voulait dire
à peu près qu'elle avait de singulières, ou même de fortes demands, ce qui
en Anglais a un accent plus insistant encore qu'en français. Elle en avait
été littéralement bouleversée comme d'une accusation, une dénonciation. Mais
quand il avait refait la même interprétation quelques moments plus tard en
se servant du mot needs, c'est-à-dire besoins, il avait trouvé quelqu'un de
tout docile à accepter son interprétation. Et l'auteur de s'en émerveiller.
Le caractère de montagne donné par l'auteur en question à cette découverte,
nous montre bien à quel point l'art du Wording est encore, à l'intérieur de
l'analyse, ou du moins d'un certain cercle de l'analyse, à l'état primitif.
Car à la vérité, tout est là - la demande est par soi-même si relative à l
Autre, que l'Autre se trouve tout de suite en posture d'accuser le sujet, de
le repousser, alors qu'en évoquant le besoin, il authentifie celui-ci, il l
assume, il l'homologue, il l'amène à lui, il commence déjà à le reconnaître,
ce qui est une satisfaction essentielle. Le mécanisme de la demande fait que
l'Autre par nature, s'y oppose, on pourrait dire encore que la demande exige
par nature, pour être soutenue comme demande, que l'on s'y oppose. L
introduction du langage dans la communication est illustrée à chaque instant
par le mode sous lequel l'Autre accède à la demande.
Réfléchissons bien. Le système des besoins vient dans la dimension du
langage pour y être remodelé, mais aussi pour verser dans le complexe
signifiant à l'infini, et c'est ce qui fait que la demande est
essentiellement quelque chose qui de sa nature se pose comme pouvant être
exorbitante. Ce n'est pas pour rien que les enfants demandent la lune. Ils
demandent la lune Parce qu'il est de la nature d'un besoin qui s'exprime par
l'intermédiaire du système signifiant, de demander la lune. Aussi bien d
ailleurs n'hésitons-nous pas à la leur promettre. Aussi bien d'ailleurs
sommes-nous tout près de l'avoir. Mais en fin de compte, nous ne l'avons pas
encore, la lune.
L'essentiel est de mettre ceci en relief - qu'est-ce qui se passe dans la
demande de satisfaction d'un besoin? Nous répondons à la demande, nous
donnons à notre prochain ce qu'il nous demande, mais par quel trou de souris
faut-il qu'il passe? A quelle réduction de ses prétentions faut-il qu'il se
réduise lui-même pour que la demande soit entérinée?
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LES STRUCTURES FREUDIENNES DE L'ESPRIT
C'est ce que met suffisamment en valeur le phénomène du besoin quand il
paraît nu. Je dirai même que pour accéder au besoin en tant que besoin, il
faut que nous nous référions, au-delà du sujet, à je ne sais quel Autre qui
s'appelle le Christ, et qui s'identifie au pauvre. Cela vaut pour ceux qui
pratiquent la charité chrétienne, mais même pour les autres. L'homme du
désir, le Dom juan de Molière, donne bien entendu au mendiant ce qu'il lui
demande, et ce n'est pas pour rien qu'il ajoute pour l'amour de l'humanité.
C'est à un Autre au-delà de celui qui est en face de vous que la réponse à
la demande, l'accord de la demande, est en fin de compte déféré. Une des
histoires sur lesquelles Freud fait pivoter son analyse du mot d'esprit,
celle du saumon mayonnaise, est la plus belle à en donner l'illustration.
Il s'agit d'un personnage qui, après avoir donné à un quémandeur quelque
argent dont celui-ci a besoin pour faire face à je ne sais quelles dettes, à
ses échéances, s'indigne de le voir donner à l'objet de sa générosité un
autre emploi. C'est une véritable histoire drôle. Après le bienfait, il le
retrouve donc dans un restaurant en train de s'offrir, ce qui est considéré
comme le signe de la dépense somptuaire, du saumon à la mayonnaise. Il faut
y mettre un petit accent viennois qu'appelle le ton de l'histoire. Il lui
dit - Comment, est-ce pour cela que je t'ai donné de l'argent ? Pour t
offrir du saumon mayonnaise ? L'autre entre alors dans le mot d'esprit en
répondant - Mais alors, je ne comprends pas. Quand je n'ai pas d'argent, je
ne peux pas avoir de saumon mayonnaise, quand j'en ai, je ne peux pas non
plus en prendre. Quand donc mangerai-je du saumon mayonnaise ?
Tout exemple de mot d'esprit est rendu encore plus significatif par sa
particularité, par ce qu'il y a de spécial dans l'histoire, et qui ne peut
être généralisé. C'est par cette particularité que nous arrivons au plus vif
ressort du domaine que nous examinons.
La pertinence de cette histoire n'est pas moindre que celle de n'importe
quelle autre histoire, car toutes nous mettent toujours au cur même du
problème, à savoir le rapport entre le signifiant et le désir. Le désir est
profondément changé d'accent, subverti, rendu ambigu lui-même, par son
passage par les voies de signifiant. Entendons bien ce que cela veut dire.
Toute satisfaction est accordée au nom d'un certain registre qui fait
intervenir l'Autre au-delà de celui qui demande, et c'est cela précisément
qui pervertit profondément le système de la demande et de la réponse à la
demande.
Vêtir ceux qui sont nus, nourrir ceux qui ont faim, visiter les malades - je
n'ai pas besoin de vous rappeler les sept, huit ou neuf oeuvres de
miséricorde. Les termes mêmes sont ici assez frappants. Vêtir ceux qui
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LE PEU-DE-SENS ET LE PAS-DE-SENS
Sont nus - si la demande était quelque chose qui devait être soutenu dans sa
pointe directe, pourquoi ne pas dire habiller ceux ou celles qui sont nus
chez Christian Dior? Cela arrive de temps en temps, mais en général, c'est
qu'on a commencé par les déshabiller soi-même. De même, nourrir ceux qui ont
faim - pourquoi pas leur saouler la gueule? Ça ne se fait pas, ça leur
ferait mal, ils ont l'habitude de la sobriété, il ne faut pas les déranger.
Quant à visiter les malades, je rappellerai le mot de Sacha Guitry - Faire
une visite fait toujours plaisir, si ce n'est pas quand on arrive, c'est au
moins quand on s'en va.
La thématique de la demande est ainsi au cur de ce qui fait aujourd'hui
notre propos. Essayons donc de schématiser ce qui se passe dans ce temps d
arrêt qui, en quelque sorte, par une voie singulière, en baïonnette si l'on
peut s'exprimer ainsi, décale la communication de la demande par rapport à
son accès à la satisfaction.
Pour faire usage de ce petit schéma, je vous prie de vous reporter à quelque
chose qui, pour n'être pas autre que mythique, n'en est pas moins
profondément vrai.
Supposons ce qui doit tout de même bien exister quelque part, ne serait-ce
que dans notre schéma, à savoir une demande qui passe. En fin de compte,
tout est là - si Freud a introduit une nouvelle dimension dans notre
considération de l'homme, c'est, je ne dirais pas que quelque chose passe
quand même, mais que quelque chose qui est destiné à passer, le désir qui
devrait passer, laisse quelque part, non seulement des traces, mais un
circuit insistant.
Partons donc de quelque chose qui représenterait la demande qui passe.
Puisque enfance il y a, nous pouvons très bien y faire se réfugier la
demande qui passe. L'enfant articule ce qui n'est encore chez lui qu'une
articulation incertaine, mais à laquelle il prend plaisir - c'est d'ailleurs
ce à quoi Freud se réfère. Le jeune sujet dirige sa demande. D'où part-elle,
alors qu'elle n'est pas encore entrée enjeu ? Disons que quelque chose se
dessine qui part de ce point que nous appellerons delta ou grand D, pour
Demande.
Qu'est-ce que cela nous décrit? Cela nous décrit la fonction du besoin.
Quelque chose s'exprime, qui part du sujet, et dont nous faisons la ligne de
son besoin. Elle se termine ici, en A, là où elle croise aussi la courbe de
ce que nous avons isolé comme le discours, qui est fait de la mobilisation d
un matériel préexistant. Je n'ai pas inventé la ligne du discours, où le
stock, très réduit à ce moment, du signifiant est mis enjeu pour autant que
le sujet articule corrélativement quelque chose
Voyez les choses. Elles se déroulent sur deux plans, celui de l'intention,
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LES STRUCTURES FREUDIENNES DE L'ESPRIT
si confuse que vous la supposiez, du jeune sujet en tant qu'il dirige l
appel, et celui du signifiant, si désordonné aussi que vous puissiez en
supposer l'usage, pour autant qu'il est mobilisé dans cet effort, dans cet
appel. Le signifiant progresse en même temps que l'intention jusqu'à ce que
les deux atteignent ces croisements, A et M, dont je vous ai déjà marqué l
utilité pour comprendre l'effet rétroactif de la phrase qui se boucle.
Avant la fin du deuxième temps, remarquez que ces deux lignes ne se sont pas
encore entrecroisées. En d'autres termes, celui qui dit quelque chose, dit à
la fois plus et moins que ce qu'il doit dire. La référence au caractère
tâtonnant du premier usage de la langue de l'enfant trouve ici son plein
emploi.
II y a progression simultanée sur les deux lignes, et double achèvement à la
fin du second temps. Ce qui a commencé comme besoin s'appellera la demande,
tandis que le signifiant se bouclera sur ce qui achève, d'une façon aussi
approximative que vous le voudrez, le sens de la demande, et qui constitue
le message qu'évoque l'Autre - disons la mère, pour de temps en temps
admettre l'existence de bonnes mères. L'institution de l'Autre coexiste
ainsi avec l'achèvement du message. L'un et l'autre se déterminent en même
temps, l'un comme message, l'autre comme Autre.
Dans un troisième temps, nous verrons la double courbe s'achever au-delà de
A comme au-delà de M. Nous indiquerons, au moins à titre hypothétique,
comment nous pouvons nommer ces points terminaux et les situer dans cette
structuration de la demande que nous essayons de mettre au fondement de l
exercice premier du signifiant dans l'expression du désir.
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LE PEU-DE-SENS ET LE PAS-DE-SENS
Je vous demanderais d'admettre, au moins provisoirement, comme la référence
la plus utile pour ce que nous essayerons de développer ultérieurement, le
cas idéal où la demande rencontre exactement au troisième temps ce qui la
prolonge, à savoir l'Autre qui la reprend à propos de son message.
Or ce que nous devons ici considérer, du côté de la demande, ne peut pas
exactement se confondre avec la satisfaction du besoin, car l'exercice même
de tout signifiant transforme la manifestation de ce besoin. De par l
appoint du signifiant, un minimum de transformation - de métaphore, pour
tout dire - lui est apporté, qui fait que ce qui est signifié est quelque
chose d'au-delà du besoin brut, est remodelé par l'usage du signifiant. Dès
lors, dès ce commencement, ce qui entre dans la création du signifié n'est
pas pure et simple traduction du besoin, mais reprise, réassomption,
remodelage du besoin, création d'un désir autre que le besoin. C'est le
besoin plus le signifiant. De même que le socialisme, comme disait Lénine,
est probablement quelque chose de très sympathique, mais la communauté
parfaite a en plus l'électrification, de même, ici, dans l'expression du
besoin, il y a en plus le signifiant.
De l'autre côté, du côté du signifiant, il y a assurément au troisième temps
quelque chose qui correspond à l'apparition miraculeuse - nous l'avons en
effet supposée miraculeuse, pleinement satisfaisante - de la satisfaction
chez l'Autre de ce message nouveau qui a été créé. C'est ce qui aboutit
normalement à ce que Freud nous présente comme le plaisir de l'exercice du
signifiant comme tel. Dans ce cas idéal de réussite, l'Autre vient dans le
prolongement même de l'exercice du signifiant. Ce qui prolonge l'effet du
signifiant comme tel, c'est sa résolution en un plaisir propre, authentique,
le plaisir de l'usage du signifiant. Vous pouvez l'inscrire sur quelque
ligne limite.
Je vous prie de l'admettre un instant à titre d'hypothèse - l'usage commun
de la demande est comme tel sous-tendu par une référence primitive à ce que
nous pourrions appeler le plein succès, ou le premier succès, ou le succès
mythique, ou la forme archaïque primordiale de l'exercice du signifiant.
Cette hypothèse restera sous-jacente à tout ce que nous essayerons de
concevoir de ce qui se produit dans les cas réels de l'exercice du
signifiant.
Pour autant qu'il crée en même temps le message et l'Autre, le passage avec
plein succès de la demande dans le réel aboutit, d'une part, à un
remaniement du signifié, qui est introduit par l'usage du signifiant comme
tel, et, d'autre part, prolonge directement l'exercice du signifiant dans un
plaisir authentique. L'un et l'autre se balancent. Il y a, d'une part,
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LES STRUCTURES FREUDIENNES DE L'ESPRIT
cet exercice du signifiant, que nous retrouvons en effet avec Freud tout à
fait à l'origine du jeu verbal, et qui constitue un plaisir original
toujours prêt à surgir. Il y a d'autre part ce qui se passe pour s'y opposer
Nous allons voir maintenant de quoi il s'agit.
Combien masquée est cette nouveauté, qui apparaît non pas simplement dans
la réponse à la demande, mais dans la demande verbale elle-même, ce quelque
chose d'original qui complexifie et transforme le besoin, qui le met sur le
plan de ce que nous appellerons à partir de là le désir.
Qu'est-ce que le désir? Le désir est défini par un décalage essentiel par
rapport à tout ce qui est purement et simplement de l'ordre de la direction
imaginaire du besoin - besoin que la demande introduit dans un ordre autre,
l'ordre symbolique, avec tout ce qu'il peut ici apporter de perturbations.
Si je vous prie de vous référer à ce mythe premier, c'est parce qu'il faudra
que nous nous y appuyions dans la suite, sauf à rendre incompréhensible
tout ce qui nous sera par Freud articulé à propos du mécanisme propre du
plaisir du mot d'esprit. Cette nouveauté qui apparaît dans le signifié par l
introduction du signifiant, nous la retrouvons partout, comme une dimension
essentielle accentuée par Freud à tous les détours dans ce qui est
manifestation de l'inconscient.
Freud nous dit parfois que quelque chose apparaît au niveau des formations
de l'inconscient qui s'appelle la surprise. Il convient de la prendre, non
pas comme un accident de cette découverte, mais comme une dimension
fondamentale de son essence. Le phénomène de la surprise a quelque chose d
originaire - qu'il se produise à l'intérieur d'une formation de l
inconscient pour autant qu'en elle-même elle choque le sujet par son
caractère surprenant, mais aussi bien si, au moment où pour le sujet vous en
faites le dévoilement, vous provoquez chez lui le sentiment de la surprise.
Freud l'indique à toutes sortes d'occasions, soit dans La Science des rêves,
soit dans la Psychopathologie de la vie quotidienne, soit encore, et à tout
instant, dans le texte du Trait d'esprit dans ses rapports avec l
inconscient. La dimension de la surprise est consubstantielle à ce qu'il en
est du désir, pour autant qu'il est passé au niveau de l'inconscient.
Cette dimension est ce que le désir emporte avec lui d'une condition d
émergence qui lui est propre en tant que désir. C'est proprement celle même
par laquelle il est susceptible d'entrer dans l'inconscient. En effet, tout
désir n'est pas susceptible d'entrer dans l'inconscient. Seuls entrent dans
l'inconscient ces désirs qui, pour avoir été symbolisés, peuvent, en entrant
dans l'inconscient, se conserver sous leur forme symbolique,
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LE PEU-DE-SENS ET LE PAS-DE-SENS
c'est-à-dire sous la forme de cette trace indestructible dont Freud reprend
encore l'exemple dans le Witz. Ce sont des désirs qui ne s'usent pas, qui n
ont pas le caractère d'impermanence propre à toute insatisfaction, mais qui
sont au contraire supportés par la structure symbolique, laquelle les
maintient à un certain niveau de circulation du signifiant, celui que je
vous ai désigné comme devant être situé sur ce schéma dans le circuit entre
le message et l'Autre, où il occupe une fonction variable selon les
incidences où il se produit. C'est par ces mêmes voies que nous devons
concevoir le circuit tournant de l'inconscient en tant qu'il est là toujours
prêt à reparaître.
C'est par l'action de la métaphore que se produit le surgissement du sens
nouveau, pour autant qu'empruntant certains circuits originaux elle vient
frapper dans le circuit courant, banal, reçu, de la métonymie. Dans le trait
d'esprit, c'est à ciel ouvert que la balle est renvoyée entre message et
Autre, et qu'elle produit l'effet original qui est le propre de celui-ci.
Entrons maintenant dans plus de détails pour essayer de le saisir et de le
concevoir.
3
Si nous quittons le niveau primordial, mythique, de la première
instauration de la demande dans sa forme propre, comment les choses se
font-elles ?
Reportons-nous à un thème absolument fondamental tout au long des histoires
de traits d'esprit. On n'y voit que cela, des quémandeurs, à qui l'on
accorde des choses. Soit on leur accorde ce qu'ils ne demandent pas, soit,
ayant obtenu ce qu'ils demandent, ils en font un autre usage, soit ils se
comportent vis-à-vis de celui qui le leur a accordé avec une toute spéciale
insolence, reproduisant dans le rapport du demandeur au sollicité, cette
dimension bénie de l'ingratitude, sans laquelle il serait vraiment
insupportable d'accéder à aucune demande. Observez en effet, comme nous l'a
fait remarquer avec beaucoup de pertinence notre ami Mannoni dans un
excellent ouvrage, que le mécanisme normal de la demande à laquelle on
accède est de provoquer des demandes toujours renouvelées.
Qu'est-ce que, en fin de compte, cette demande, pour autant qu'elle
rencontre son auditeur, l'oreille à laquelle elle est destinée? Faisons ici
un petit peu d'étymologie. Quoique ce ne soit pas dans l'usage du
signifiant que réside forcément la dimension essentielle à laquelle on
doive se référer, un peu d'étymologie est pourtant bien là pour nous
éclairer.
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LES STRUCTURES FREUDIENNES DE L'ESPRIT
La demande, si marquée des thèmes de l'exigence dans l'emploi concret du
terme, plus encore en anglais qu'en d'autres langues, mais aussi bien dans d
autres langues, c'est originairement demandare, se confier.
La demande se place ainsi sur le plan d'une communauté de registre et de
langage, et accomplit une remise de tout soi, de tous ses besoins, à un
Autre auquel le matériel signifiant de la demande est lui-même emprunté,
pour prendre un autre accent. Ce déplacement est tout spécialement imposé à
la demande de par son fonctionnement effectif. Nous trouvons là l'origine
des matériaux employés métaphoriquement, comme vous le voyez par le progrès
de la langue.
Ce fait est bien pour nous instruire de ce dont il s'agit dans le fameux
complexe de dépendance que j'évoquais tout à l'heure. En effet, selon les
termes de Mannoni, quand celui qui demande peut penser qu'effectivement l
Autre a vraiment accédé à une de ses demandes, il n'y a en effet plus de
limite - il est normal qu'il lui confie tous ses besoins. D'où les bienfaits
de l'ingratitude, que j'évoquais à l'instant, qui met un terme à ce qui ne
saurait s'arrêter.
Mais aussi bien, de par l'expérience, le quémandeur n'a pas l'habitude de
présenter ainsi sa demande toute nue. La demande n'a rien de confiant. Le
sujet sait trop bien à quoi il a affaire dans l'esprit de l'Autre, et c'est
pourquoi il déguise sa demande. Il demande quelque chose dont il a besoin au
nom d'autre chose dont il a quelquefois besoin aussi, mais qui sera plus
facilement admis comme prétexte à la demande. Au besoin, cette autre chose,
s'il ne l'a pas, il l'inventera purement et simplement, et surtout il
tiendra compte, dans la formulation de sa demande, de ce qui est le système
de l'Autre. Il s'adressera d'une certaine façon à la dame duvre, d'une
autre façon au banquier, d'une autre façon au marieur, d'une autre façon à
tel ou tel de ces personnages qui se profilent de façon si amusante dans ce
livre du Witz. C'est-à-dire que son désir sera pris et remanié non seulement
dans le système du signifiant, mais dans le système du signifiant tel qu'il
est instauré, ou institué dans l'Autre.
Sa demande commencera ainsi à se formuler à partir de l'Autre. Elle se
réfléchit d'abord sur ceci, qui depuis longtemps est passé à l'état actif
dans son discours, à savoir le je. Celui-ci profère la demande pour la
réfléchir sur l'Autre, et elle va par le circuit A-M s'achever en message.
Ceci est l'appel, l'intention, ceci est le circuit secondaire du besoin. Il
n'est pas indispensable de lui donner trop l'accent de la raison, sinon
celui du contrôle - contrôle par le système de l'Autre. Bien entendu, il
implique déjà toutes sortes de facteurs que nous sommes, uniquement pour l
occasion, fondés à qualifier de rationnels. Disons que s'il est rationnel d
en
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LE PEU-DE-SENS ET LE PAS-DE-SENS
tenir compte, il n'est pas pour autant impliqué dans leur structure qu'ils
soient effectivement rationnels.
Que se passe-t-il sur la chaîne du signifiant selon ces trois temps que nous
voyons ici se décrire? Quelque chose mobilise de nouveau tout l'appareil et
tout le matériel, et arrive d'abord ici, en M. Puis, cela ne passe pas d
emblée vers l'Autre, mais vient ici se réfléchir sur ce quelque chose qui,
au deuxième temps, a correspondu à l'appel à l'Autre, à savoir l'objet. Il s
agit de l'objet admissible par l'Autre, l'objet de ce que veut bien désirer
l'Autre, bref l'objet métonymique. A se réfléchir sur cet objet, cela vient
au troisième temps converger sur le message.
Nous ne nous trouvons donc pas ici dans cet heureux état de satisfaction
que nous avions obtenu au bout des trois temps de la première
représentation mythique de la demande, et de son succès, avec sa nouveauté
surprenante et son plaisir, par lui-même satisfaisant. Nous nous trouvons au
contraire arrêtés sur un message qui porte en lui-même un caractère d
ambiguïté. Ce message est en effet une formulation qui est aliénée dès son
départ, en tant qu'elle part de l'Autre, et qui aboutit de ce côté à ce qui
est en quelque sorte désir de l'Autre. Le message est la rencontre des deux.
D'une part, c'est de l'Autre lui-même qu'a été évoqué l'appel. D'autre part,
dans son appareil signifiant même sont introduits toutes sortes d'éléments
conventionnels, qui font ce que nous appellerons le caractère de communauté
ou de déplacement des objets, pour autant que ceux-ci sont profondément
remaniés par le monde de l'Autre. Et il est frappant qu'au troisième temps,
comme nous l'avons vu, le discours circule entre les deux points d
aboutissement de la flèche. C'est cela même qui peut aboutir à ce que nous
appelons lapsus, trébuchement de parole.
95
LES STRUCTURES FREUDIENNES DE L'ESPRIT
Il n'est pas certain que la signification ainsi formée soit univoque. Elle l
est même si peu que maldonne et méconnaissance sont un caractère fondamental
du langage, en constituent une dimension essentielle. C'est sur l'ambiguïté
de cette formation du message que va travailler le mot d'esprit. C'est à
partir de ce point qu'à des titres divers, sera formé le mot d'esprit.
Je ne tracerai pas aujourd'hui encore la diversité des formes sous
lesquelles ce message, tel qu'il est constitué dans sa forme
essentiellement ambiguë quant à la structure, peut être repris pour suivre
un traitement qui a, selon ce que nous dit Freud, le but de restaurer
finalement le cheminement idéal devant aboutir à la surprise d'une
nouveauté d'une part, et d'autre part au plaisir du jeu du signifiant. C'est
l'objet du mot d'esprit. L'objet du mot d'esprit est en effet de nous
réévoquer la dimension par laquelle le désir, sinon rattrape, du moins
indique tout ce qu'il a perdu en cours de route dans ce chemin, à savoir, d
une part ce qu'il a laissé de déchets au niveau de la chaîne métonymique, et
d'autre part, ce qu'il ne réalise pas pleinement au niveau de la métaphore.
Si nous appelons métaphore naturelle ce qui s'est passé tout à l'heure dans
la transition idéale du désir accédant à l'Autre, en tant qu'il se forme
dans le sujet et se dirige vers l'Autre qui le reprend, nous nous trouvons
ici à un stade plus évolué. En effet, sont déjà intervenues dans la
psychologie du sujet ces deux choses qui s'appellent le je d'une part, et,
d'autre part, cet objet profondément transformé qu'est l'objet métonymique.
Dès lors, nous ne nous trouvons pas devant la métaphore naturelle, mais
devant son exercice courant, qu'elle réussisse ou qu'elle échoue dans l
ambiguïté du message, à quoi il s'agit maintenant de faire un sort dans les
conditions restant à l'état naturel.
Toute une partie du désir continue de circuler sous la forme de déchets du
signifiant dans l'inconscient. Dans le cas du trait d'esprit, par une sorte
de forçage, il passe l'ombre heureuse, le reflet de la satisfaction ancienne
Succès étonnant, et purement véhiculé par le signifiant. Disons que quelque
chose se passe qui a pour effet, très exactement, de reproduire le plaisir
premier de la demande satisfaite, en même temps qu'elle accède à une
nouveauté originale. Voilà ce que le trait d'esprit, de par son essence,
réalise. Il le réalise comment?
Ce schéma peut nous servir à apercevoir que l'achèvement de la courbe
première de la chaîne signifiante prolonge aussi ce qui passe du besoin
intentionnel dans le discours. Comment cela? Par le trait d'esprit. Mais
comment le trait d'esprit va-t-il venir au jour? Nous retrouvons ici les
dimensions du sens et du non-sens, mais nous devons les serrer de plus près.
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LE PEU-DE-SENS ET LE PAS-DE-SENS
Si les indications que je vous ai données la dernière fois sur la fonction
métonymique visaient quelque chose, c'est bien ce qui, dans le déroulement
simple de la chaîne signifiante, se produit d'égalisation, de nivellement,
d'équivalence. C'est un effacement ou une réduction du sens, mais ce n'est
pas dire que ce soit le non-sens. J'avais pris à ce propos la référence
marxiste - mettre en fonction deux objets de besoin de façon telle que l'un
devienne la mesure de la valeur de l'autre, efface de l'objet ce qui est
précisément l'ordre du besoin, et l'introduit de ce fait dans l'ordre de la
valeur. Du point de vue du sens, cela peut être appelé par une espèce de
néologisme qui présente aussi bien une ambiguïté, le dé-sens. Appelons-le
aujourd'hui simplement le peu-de-sens. Une fois que vous aurez cette clef,
la signification de la chaîne métonymique ne manquera pas de vous apparaître
Le peu-de-sens est très précisément ce sur quoi jouent la plupart des mots d
esprit. Il ne s'agit pas de non-sens, car dans le mot d'esprit nous ne
sommes pas de ces âmes nobles qui, tout de suite après le grand désert qui
les habite, nous révèlent les grands mystères de l'absurdité générale. Le
discours de la belle âme, s'il n'a pas réussi à ennoblir nos sentiments, a
récemment anobli un écrivain. Son discours sur le non-sens n'en est pas
moins le plus vain que nous ayons jamais entendu. Il n'y a absolument pas
jeu du non-sens chaque fois que l'équivoque est introduite. Si vous vous
souvenez de l'histoire du veau, ce veau dont je m'amusais la dernière fois à
faire presque la réponse de Henri Heine, disons que ce veau ne vaut guère à
la date à laquelle on en parle. Aussi bien tout ce que vous pourrez trouver
dans les jeux de mots, et plus spécialement ceux que l'on appelle les jeux
de mots de la pensée, consiste à jouer sur la minceur des mots à soutenir un
sens plein. C'est ce peu-de-sens qui, comme tel, est repris, et c'est par où
quelque chose passe qui réduit à sa portée ce message, en tant qu'il est à
la fois réussite et échec, mais toujours forme nécessaire de toute
formulation de la demande. Le message vient interroger l'Autre à propos du
peu-de-sens. La dimension de l'Autre est ici essentielle.
Freud s'arrête à ceci comme à quelque chose de tout à fait primordial, qui
tient à la nature même du trait d'esprit, à savoir qu'il n'y a pas de trait
d'esprit solitaire. Quoique nous l'ayons nous-même forgé, inventé, si tant
est que nous inventions le trait d'esprit, et que ce ne soit pas lui qui
nous invente, nous éprouvons le besoin de le proposer à l'Autre. Le trait d
esprit est solidaire de l'Autre qui est chargé de l'authentifier.
Quel est cet Autre? Pourquoi cet Autre? Quel est ce besoin de l'Autre? Je ne
sais pas si nous aurons assez de temps aujourd'hui pour le
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LES STRUCTURES FREUDIENNES DE L'ESPRIT
définir et lui donner sa structure et ses limites, mais, au point où nous en
sommes, nous dirons simplement ceci. Ce qui est communiqué dans le trait d
esprit à l'Autre, joue essentiellement, d'une façon singulièrement rusée,
sur la dimension du peu-de-sens. Il convient de soutenir devant nos yeux le
caractère de ce dont il s'agit. Il ne s'agit jamais dans le Witz de
provoquer cette invocation pathétique de je ne sais quelle absurdité
fondamentale à laquelle je faisais allusion tout à l'heure en me référant à
luvre de l'une des Grandes Têtes Molles de cette époque. Ce qu'il s'agit
toujours de suggérer, c'est la dimension du peu-de-sens, en interrogeant la
valeur comme telle, en la sommant, si l'on peut dire, de réaliser sa
dimension de valeur, de se dévoiler comme vraie valeur. Remarquez-le bien,
c'est une ruse du langage, car plus elle se dévoilera comme vraie valeur,
plus elle se dévoilera comme étant supportée par ce que j'appelle le
peu-de-sens. Elle ne peut répondre que dans le sens du peud-e-sens, et c
est là qu'est la nature du message propre du trait d'esprit, c'est-à-dire ce
en quoi ici, au niveau du message, je reprends avec l'Autre le chemin
interrompu de la métonymie, et lui porte cette interrogation - Qu'est-ce que
tout cela veut dire ?
Le trait d'esprit ne s'achève qu'au-delà de ce point, c'est-à-dire pour
autant que l'Autre accuse le coup, répond au trait d'esprit, et l
authentifie comme tel. Il faut pour qu'il y ait trait d'esprit que l'Autre
ait perçu ce qu'il y a là, dans ce véhicule de la question sur le
peu-de-sens, de demande de sens, c'est-à-dire d'évocation d'un sens au-delà
- au-delà de ce qui reste inachevé. Dans tout cela, quelque chose en effet
est resté en route, marqué par le signe de l'Autre. Ce signe marque surtout
de sa profonde ambiguïté toute formulation du désir, liant celui-ci comme
tel aux nécessités et aux ambiguïtés du signifiant, à l'homonymie, entendez
à l'homophonie. L'Autre répond à cela sur le circuit supérieur, qui va de A
au message, en authentifiant - mais quoi?
Dirons-nous qu'il authentifie ce qu'il y a là-dedans de non-sens? Là aussi j
insiste - je ne crois pas qu'il faille maintenir ce terme de non-sens, qui n
a de sens que dans la perspective de la raison, de la critique, c
est-à-dire de ce qui est précisément évité dans ce circuit. Je vous propose
la formule du pas-de-sens - comme on dit le pas-de-vis, le pas-de-quatre, le
Pas-de-Suse, le Pas-de-Calais.
Ce pas-de-sens est à proprement parler ce qui est réalisé dans la métaphore
C'est l'intention du sujet, c'est son besoin qui, au-delà de l'usage
métonymique, au-delà de ce qui se trouve dans la commune mesure, dans les
valeurs reçues à se satisfaire, introduit justement dans la métaphore le
pas-de-sens. Prendre un élément à la place où il est et lui en
98
LE PEU-DE-SENS ET LE PAS-DE-SENS
substituer un autre, je dirais presque n'importe lequel, introduit cet
au-delà du besoin par rapport à tout désir formulé, qui est toujours à l
origine de la métaphore.
Qu'est-ce que fait là le trait d'esprit? Il n'indique rien de plus que la
dimension même du pas comme tel, à proprement parler. C'est le pas, si je
puis dire, dans sa forme. C'est le pas vidé de toute espèce de besoin. C'est
là ce qui, dans le trait d'esprit, peut tout de même manifester ce qui en
moi est latent de mon désir, et c'est quelque chose qui peut trouver écho
dans l'Autre, mais non pas forcément. Dans le mot d'esprit, l'important est
que la dimension du pas-de-sens soit reprise, authentifiée.
C'est à cela que correspond un déplacement. Ce n'est qu'au-delà de l'objet
que se produit la nouveauté en même temps que le pas-de-sens, et en même
temps pour les deux sujets. Il y a le sujet et il y a l'Autre, le sujet est
celui qui parle à l'Autre, et qui lui communique la nouveauté comme trait d
esprit. Après avoir parcouru le segment de la dimension métonymique, il fait
recevoir le peu-de-sens comme tel, l'Autre y authentifie le pas-de-sens, et
le plaisir s'achève pour le sujet.
C'est pour autant que le sujet est arrivé avec son trait d'esprit à
surprendre l'Autre que lui récolte le plaisir, et c'est bien le même
plaisir primitif que le sujet infantile, mythique, archaïque, primordial,
que je vous évoquais tout à l'heure, avait recueilli du premier usage du
signifiant.
Je vous laisserai sur cette démarche. J'espère qu'elle ne vous a pas paru
trop artificielle, ni trop pédante. Je m'excuse auprès de ceux à qui cette
sorte de petit exercice de trapèze donne mal à la tête, non pas que je ne
vous croie pas capables en esprit de saisir ces choses. Je ne pense pas que
ce que Kant appelle votre Mutterwitz, votre bon sens, soit tellement
adultéré par les études médicales, psychologiques, analytiques et autres
auxquelles vous êtes livrés, que vous ne puissiez me suivre dans ces
chemins par de simples allusions. Néanmoins, les lois de mon enseignement ne
rendent pas non plus hors saison que nous disjoignions d'une façon
quelconque ces étapes, ces temps essentiels, du progrès de la subjectivité
dans le trait d'esprit.
Subjectivité, c'est là le mot auquel je viens maintenant, car jusqu'à
présent, et aujourd'hui encore, en maniant avec vous les cheminements du
signifiant, quelque chose, au milieu de tout cela manque - manque non pas
sans raison, vous le verrez. Ce n'est pas pour rien qu'au milieu de tout
cela nous ne voyions aujourd'hui apparaître que des sujets quasiment
absents, des sortes de supports pour renvoyer la balle du signifiant. Et
pourtant, quoi de plus essentiel à la dimension du trait d'esprit, que la
subjectivité ?
99
LES STRUCTURES FREUDIENNES DE L'ESPRIT
Quand je dis subjectivité, je dis que nulle part n'est saisissable l'objet
du trait d'esprit. Même ce qu'il désigne au-delà de ce qu'il formule, même
son caractère d'allusion essentielle, d'allusion interne, ne fait ici
allusion à rien, si ce n'est à la nécessité du pas-de-sens. Et pourtant,
dans cette absence totale d'objet, en fin de compte quelque chose soutient
le trait d'esprit, qui est le plus vécu du vécu, le plus assumé de l'assumé,
ce qui en fait une chose si subjective. Comme le dit quelque part Freud, il
y a là une conditionnalité subjective essentielle, et le mot souverain est
là qui surgit entre les lignes. N'est trait d'esprit, dit-il dans une de ces
formules au caractère acéré que l'on ne trouve presque dans aucun auteur
littéraire, je n'ai jamais vu cela sous la plume de personne - n'est trait
d'esprit que ce que je reconnais moi-même comme trait d'esprit.
Et pourtant j'ai besoin de l'autre. Tout le chapitre qui suit celui du
Mécanisme du plaisir, dont je viens de vous parler aujourd'hui, à savoir Les
Motifs de l'esprit, les tendances sociales mises en valeur par l'esprit - on
a traduit en français par les mobiles, je n'ai jamais compris pourquoi - a
pour référence essentielle cet autre. Il n'y a pas de plaisir du trait d
esprit sans cet autre, qui est là aussi en tant que sujet. Tout repose sur
les rapports des deux sujets, celui que Freud appelle la première personne
du trait d'esprit, celui qui l'a fait, et celui auquel, dit-il, il est
absolument nécessaire qu'on le communique.
Quel est l'ordre de l'autre que cela suggère? Pour le dire dès maintenant,
à ce niveau cet autre est bien à proprement parler, avec des traits
caractéristiques qui ne sont saisissables nulle part ailleurs avec un tel
relief, ce que j'appelle l'Autre avec un grand A.
C'est ce que j'espère vous montrer la prochaine fois.
4 DÉCEMBRE 1957
-102-
Version Jacques Alain miller
-------Message original-------
De : Emmanuel Bing
Date : 14/12/2007 17:38:36
A : Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne
Sujet : [Lutecium-group] Re : (sans objet)
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium.
Ne doit pas etre diffuse hors du groupe.
---
Séminaire V, les formations de l¹inconscient.
EB
Le 13/12/07 22:06, « laurent.melito » <laurent.melito at laposte.net> a écrit
notamment :
> lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit
pas
> etre diffuse hors du groupe. --- Je travaille la question de la demande,
du
> besoin et du désir et j'essaie de savoir où Lacan en à parler ... Quelqu
un
> peut-il me renseigner ? cordialement, Laurent MELITO Créez votre adresse
> électronique prénom.nom at laposte.net 1 Go d'espace de stockage, anti-spam
et
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