[Lutecium-group] Nouveaux essais sur l'entendement humain

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Fri Feb 2 18:49:47 GMT 2007


Ci-après un extrait du traité de Leibniz sur l'entendement humain en réponse 
à J. Locke. Il y définit la notion d'inconscient (1765). Incontinent 
signifie "tout de suite" en ancien français, mais laisse sous-entendre aussi 
quelque chose d'irrépressible en français moderne...
Le texte complet sur "Gallica" : 
http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k653994

MR



  "D'ailleurs il y a mille marques qui font juger qu'il y a à tout moment 
une infinité de perceptions en nous, mais sans aperception et sans 
réflexion, c'est-à-dire des changements dans l'âme même dont nous ne nous 
apercevons pas, parce que les impressions sont ou trop petites et en trop 
grand nombre ou trop unies, en sorte qu'elles n'ont rien d'assez distinguant 
à part, mais jointes à d'autres, elles ne laissent pas de faire leur effet 
et de se faire sentir au moins confusément dans l'assemblage. C'est ainsi 
que l'accoutumance fait que nous ne prenons pas garde au mouvement d'un 
moulin ou à une chute d'eau, quand nous avons habité tout auprès depuis 
quelque temps. Ce n'est pas que ce mouvement ne frappe toujours nos organes, 
et qu'il ne se passe encore quelque chose dans l'âme qui y réponde, à cause 
de l'harmonie de l'âme et du corps, mais ces impressions qui sont dans l'âme 
et dans le corps, destituées des attraits de la nouveauté, ne sont pas assez 
fortes pour s'attirer notre attention et notre mémoire, attachées à des 
objets plus occupants. Car toute attention demande de la mémoire, et souvent 
quand nous ne sommes point admonestés pour ainsi dire et avertis de prendre 
garde à quelques-unes de nos propres perceptions présentes, nous les 
laissons passer sans réflexion et même sans être remarquées; mais si 
quelqu'un nous en avertit incontinent après et nous fait remarquer par 
exemple quelque bruit qu'on vient d'entendre, nous nous en souvenons et nous 
nous apercevons d'en avoir eu tantôt quelque sentiment. Ainsi c'étaient des 
perceptions dont nous ne nous étions pas aperçus incontinent, l'aperception 
ne venant dans ce cas que de l'avertissement après quelque intervalle, tout 
petit qu'il soit. Et pour juger encore mieux des petites perceptions que 
nous ne saurions distinguer dans la foule, j'ai coutume de me servir de 
l'exemple du mugissement ou du bruit de la mer dont on est frappé quand on 
est au rivage. Pour entendre ce bruit comme l'on fait, il faut bien qu'on 
entende les parties qui composent ce tout, c'est-à-dire les bruits de chaque 
vague, quoique chacun de ces petits bruits ne se fasse connaître que dans 
l'assemblage confus de tous les autres ensemble, c'est-à-dire dans ce 
mugissement même, et ne se remarquerait pas si cette vague qui le fait était 
seule. Car il faut qu'on en soit affecté un peu par le mouvement de cette 
vague et qu'on ait quelque perception de chacun de ces bruits, quelque 
petits qu'ils soient; autrement on n'aurait pas celle de cent mille vagues, 
puisque cent mille riens ne sauraient faire quelque chose. On ne dort jamais 
si profondément qu'on n'ait quelque sentiment faible et confus, et on ne 
serait jamais éveillé par le plus grand bruit du monde, si on n'avait 
quelque perception de son commencement qui est petit, comme on ne romprait 
jamais une corde par le plus grand effet du monde, si elle n'était tendue et 
allongée un peu par des moindres efforts, quoique cette petite extension 
qu'ils font ne paraisse pas."
G.W. LEIBNIZ, Nouveaux essais sur l'entendement humain






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