[Lutecium-group] psychanalyse et éducation

jean marie vauchez jmvauchez at wanadoo.fr
Mon Feb 5 13:47:28 GMT 2007


Kika et Laurent Mélito ont eu un échange intéressant, récemment, ils ont 
fait allusion au texte de freud dans sa préface au livre d'Aichhorn. Je 
n'interviens que rarement dans ces échanges que je lis pourtant souvent. 
Mais il se trouve que, pour le coup, j'ai traduit ce texte avec M 
Luciani ce qui donne ceci:

De toutes les applications de la psychanalyse, aucune n'a suscité autant 
d'intérêt, éveillé autant d'espoir et, par conséquent, attiré autant de 
collaborateurs compétents, que son application à la théorie et à la 
pratique de l'éducation des enfants. Ceci est facile à comprendre. 
L'enfant est devenu l'objet principal de la recherche psychanalytique ; 
il a, par l’importance qu’on lui accorde, remplacé le névrosé, qui fut 
le premier objet de cette recherche. L'analyse a révélé, chez le malade 
comme chez le rêveur et l'artiste, l'enfant qui continue à vivre en lui 
sans grand changement, elle a mis en lumière les forces pulsionnelles et 
les tendances qui confèrent à l'être infantile sa singularité, et a 
suivi les évolutions qui mènent de cet être infantile jusqu'à la 
maturité de l'adulte. Il n'est donc pas étonnant que soit né l'espoir 
que l’intérêt actif porté à l’enfant puisse profiter aux activités 
d’éducation, lesquelles veulent guider l’enfant, qui chemine sur son 
propre chemin, jusqu’à la maturité, le stimuler et le préserver 
d’errements possibles.
Personnellement, je n'ai pris qu'une part bien modeste à cette 
application de la psychanalyse. J'avais fait mien très tôt le bon mot 
des trois métiers impossibles — à savoir: éduquer, guérir, gouverner —, 
et j'ai été suffisamment sollicité par la deuxième de ces tâches. Je 
n’en méconnais pas pour autant la grande valeur sociale dont peut se 
prévaloir le travail de mes amis éducateurs.

Le présent livre du Président A. Aichhorn se penche sur un fragment du 
grand problème qu'est l'influence de l'éducation sur les jeunes laissés 
à l'abandon. L’auteur avait œuvré pendant de longues années à son poste 
de directeur des établissements municipaux d’aide sociale avant de faire 
la connaissance de la psychanalyse. Son attitude envers les personnes 
confiées à ses soins était commandée par la sympathie chaleureuse qu’il 
éprouvait envers le sort de ces malheureux, et la justesse de son 
comportement était due à l’empathie intuitive qui lui permettait de 
saisir leurs besoins psychologiques. La psychanalyse ne pouvait, en 
pratique lui enseigner que peu d’éléments nouveaux, mais elle lui 
permit, grâce à la clarté de la théorie, de discerner le bien-fondé de 
son action, et le mit en mesure de justifier celle-ci face à autrui.

On ne peut s’attendre à trouver dans chaque éducateur ce don de 
compréhension intuitive. Deux mises en garde me semblent résulter des 
expériences et des succès du Président Aichhorn. La première, c'est que 
l'éducateur doit avoir une formation psychanalytique, car sinon, l'objet 
de ses efforts, l'enfant, restera une énigme inaccessible. la meilleure 
façon de réussir un tel apprentissage, est que l'éducateur se soumette 
lui-même à une analyse, qu'il en ait lui-même l'expérience vécue. 
L'enseignement théorique de l'analyse, en effet, ne conduit pas à une 
profondeur suffisante et ne suscite aucune conviction.

La deuxième mise en garde semble plutôt conservatrice, elle affirme que 
le travail éducatif est une œuvre sui generis, qui ne doit pas être 
confondue avec une influence d’ordre psychanalytique, ni remplacée par 
elle. La psychanalyse de l'enfant peut être mise en oeuvre par 
l’éducation comme adjuvant. Mais elle n'est pas apte à prendre sa place. 
Non seulement des raisons pratiques l'interdisent, mais encore des 
réflexions théoriques le déconseillent. La relation entre éducation et 
travail psychanalytique sera probablement soumis à un examen approfondi 
dans un avenir proche. Je ne proposerai ici que quelques petites 
suggestions. Il ne faut pas se laisser induire en erreur par 
l’affirmation, par ailleurs pleinement justifiée, selon laquelle la 
psychanalyse du névrosé adulte peut être assimilée à une rééducation de 
celui-ci. Un enfant, quand bien même serait-il sorti des voies 
habituelles et abandonné à lui-même, est loin d’être un névrosé, et la 
rééducation est quelque chose de radicalement différent de l'éducation 
d'un être encore inachevé. La possibilité d’une influence d’ordre 
analytique répond à conditions parfaitement déterminées, que l'on peut 
résumer par l’expression de «situation analytique», elle exige la 
formation de certaines structures psychiques, ainsi qu'une attitude 
particulière à l'égard de l'analyste. Lorsque celles-ci sont absentes, 
comme c'est le cas chez l'enfant, chez le jeune abandonné à lui-même et, 
en règle générale aussi, chez le criminel aux pulsions sexuelles 
incontrôlables, il faut faire autre chose qu’une analyse, quelque chose 
qui la rejoindra dans son intention. Les chapitres théoriques du présent 
ouvrage apporteront au lecteur une première orientation dans la 
multiplicité des décisions possibles.

J'ajoute une conclusion que j’en tire et dont l'importance ne concerne 
plus la méthodologie de l'éducation, mais la position de l'éducateur. Si 
l'éducateur a appris la psychanalyse en l'expérimentant sur sa propre 
personne et s'il se trouve en mesure de l'employer dans des cas limites 
et des cas mixtes pour étayer son travail, il faut de toute évidence 
l’autoriser à pratiquer l'analyse, et non vouloir l'en empêcher pour des 
motifs mesquins.

Traduction Jean-Marie Vauchez + Michel Luciani

Cette traduction ainsi que divers commentaires sont disponibles sur le 
site de joseph Rouzel. Mais je me permets de proposer les quelques 
points sur lesquels nous sommes tombés d'accord::

-Il y a clairement une invitation de Freud à "autoriser l'éducateur à 
pratiquer l'analyse" Ce point est repris dans la 6° conférence des 
nouvelles conférences d'introduction à la psychanalyse ou freud écrit :

« Parallèlement aux efforts des analystes pour exercer une influence sur 
l'éducation, d'autres investigations sont en cours sur l'origine et la 
prévention de l'abandon affectif et de la criminalité. Ici aussi, je ne 
fais que vous ouvrir la porte et vous montrer les appartements qui sont 
derrière mais sans vous y faire entrer. Je sais que si votre intérêt 
reste fidèle à la psychanalyse vous pourrez apprendre beaucoup de choses 
nouvelles et précieuses là-dessus »

-Pourtant à cette autorisation dont le sens est sans doute à rapprocher 
à celui qui lui donne Lacan dans sa célèbre phrase « un analyste ne 
s’autorise.. » Freud apporte des restrictions : - « Si l'éducateur a 
appris la psychanalyse en l'expérimentant sur sa propre personne » et « 
s'il se trouve en mesure de l'employer dans des cas limites et des cas 
mixtes pour étayer son travail »

Enfin Freud distingue clairement dans ces deux textes les deux 
disciplines. Il y a sans doute encore beaucoup à inventer




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