[Lutecium-group] En parler

josecamarena at handiplus.com josecamarena at handiplus.com
Fri Feb 9 12:29:00 GMT 2007


Bonjour Chantal,



Voici quelques réflexions qui ne s'appuieront sur aucune référence précise, 
ni livresque ni autre, si ce n'est l'expérience et les restes d'apprentissages 
personnels et en groupe. Donc, bien modestement, en vrac et en espérant que 
cela puisse pour être d'une quelconque utilité, chère Chantal, voici :



L'analyste ne peut pas être tout à fait muet, fût-il même muet de naissance, 
encore faudrait-il qu'il ne soit pas tout à fait sourd. L'analyse « se 
danse » à deux ; à deux inconscients et les inconscients, « ça se parle » qu'on 
le veuille ou non. Le silence n'est jamais silence et si l'on sait qu'il y a 
des silences très denses et porteurs de mille signifiants, l'on perçoit par 
la même certains silences qui sont des défenses, des aires de respect de la 
subjectivité de l'autre, etc. Cela ne peut pas se jouer ailleurs que dans le 
transfert contre-transfert. Autre chose est que ce transfert soit travaillé 
et que l'analysant apprenne à jouir ailleurs que dans son symptôme et à 
demander autre chose et autrement pour accéder à son désir ; or, cela n'est 
possible que dans le travail sur le transfert (au-delà du travail du 
transfert qui, lui, s'organise seul, bien évidemment). En résumé, tout est 
bon pour autant que cela soit bon à deux (silence, pas silence, 
interventions ou pas interventions, changements de tailleurs, de cravate ou 
de marque de cigare) : tout sera « entendu » en fonction de l'intensité du 
transfert. Chaque situation, chaque analyse est vierge d'analyse dans le 
sens que c'est une aventure nouvelle et qui dépend des deux inconscients en 
place dans la cure ; toute analyse est différente d'une autre et notamment 
parce que les sujets en place (y compris l'analyste) sont différents. C'est 
bien pourquoi on ne pourra aller plus loin que là où mène l'analysant, ni 
plus loin que là où l'analyste a pu aller lui-même sur le continent de son 
propre inconscient.



Pour en revenir à cet enfant dont vous dites qu'il souffre d'une mauvaise 
image d'obèse, je retiens que vous le ressentez comme « pénible », « 
envahissant », « épuisant », comme « bouffant tout » et tous autour de lui. 
Sans doute est-ce comme cela qu'il a été catalogué, dès avant sa rencontre 
avec vous. Dolto soulignait combien il était important de garder un oil 
neutre et vierge de toute interprétation lors de la rencontre avec l'enfant 
(de faire abstraction donc de tout diagnostique pré-entretien).

Alors, si c'est vous qui le vivez comme cela, questionnez-vous peut-être sur 
comment lui se perçoit et perçoit les autres ; qu'il vous dise comment il se 
voit en relation et pourquoi il se sent obligé de prendre « tant de place » 
et « d'occuper » tant de place. Il me semble qu'il y a une grande angoisse 
du vide, de la perte, du se retrouver dans le besoin, etc. de la part de ce 
garçon qui, apparemment, joue à lui tout seul la relation mère-fils qu'il n'a 
pas par ailleurs. Et comment la joue-t-il ? A la manière dont il l'a apprise 
(il n'y a que lui qui pourra le dire) et, là, le fait de savoir que ce sont 
les grand parents qui s'en occupent, qui « l'élèvent », constitue une piste 
intéressante, ne fut-ce que par la quantité de culpabilité qu'ils doivent 
traîner avec eux vis-à-vis de lui ou de leur fille (s'il s'agit des grands 
parents maternels comme je le suppute). En « gros », il faut qu'il dise et 
que ça sorte plutôt qu'on dise et que ça s'avale comme c'est le cas. Et 
puis, ça le rend « malade » et cette maladie l'autorise à être « méchant », 
« mauvais », sans culpabilité, d'autant plus qu'il grossit de tout son être 
alors que. Qu'est qui est gros pour lui, qu'est-ce qu'il a gros, en lui, 
chez-lui (le cour.) ? A quoi s'identifie-t-il en s'identifiant au « 
bouffeur », à l'ogre ?



José Camarena.



----- Original Message ----- 
From: "Chantal Collet" <collet.chantal at 9online.fr>
To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" 
<lutecium-group at lutecium.org>
Sent: Thursday, February 08, 2007 6:10 PM
Subject: [Lutecium-group] En parler


lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium.
Ne doit pas etre diffuse hors du groupe.
---


Violaine,

C'est tout à fait dans votre sens que vont mes réflexions. Puisque j'oppose
le trop de paroles à un espace de silence qui poursuit un chemin
d'éclaircissement, malgré soi.
Quand au mode d'intervention de l'analyste, je n'aurais pas aimé que le mien
ne soit "que" muet ... Certaines paroles dites en cure retentissent encore
pour ma construction d'un mieux vivre.
Cependant, j'ai aussi entendu que tel ou tel praticien somnolait ou
s'endormait simplement pendant une séance.

je cherche des pistes pour étayer une prise en charge scolaire "d'un enfant
pénible parce que manipulateur", qui se défend de sa mauvaise image d'obèse,
par un envahissement de l'espace où règne Sa toute-puissance. Evidemment ce
descriptif est d'autant mal d'écrit que le gamin bouffe tout autour de lui,
l'espace et notre air. Nous disons unanimement qu'il nous épuise !

Ne me dites pas qu'il lui faut une psychanalyse ... Nous sommes bien
d'accord de l'urgence. Sauf que cette démarche  n'est pas du ressort de
l'institution. Il est élevé par des grands-parents encore actifs en
l'absence de la responsabilité de la mère. En attendant d'intelligence vive,
il fait très peu d'apprentissages et partira peu armé pour l'épreuve
collège. On sait qu'il souffre de sa situation ... On voit qu'il en joue
aussi. Qui peut me dire et m'éclairer ... ?

A plus tard

Chantal







Le 8/02/07 14:32, « Violaine Clement » <violaine.clement at co-perolles.ch> a
écrit :

> lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium.
> Ne doit pas etre diffuse hors du groupe.
> ---
> Chantal,
>
> Les choses ne sont pas encore très claires pour moi, vous l'avez bien
> remarqué, mais ce que je voulais dire, c'est que le langage n'arrange
> pas forcément les choses entre les parlêtres, contrairement à l'idée
> qu'on en fait, que c'est difficile, et parfois très dangereux.
>
> Que la parole de l'analysant retentisse dans le silence de l'analyste,
> c'est une chose, mais je pense qu'il ne suffit pas toujours d'être
> muet, que l'analyste a la charge de la cure, et qu'il doit donc poser
> des actes, qu'ils soient actes de parole, de silence, de coupure, de
> sanction,..... Mais ce n'est pas que dans la relation entre analysant
> et analyste qu'il y a parole. Et c'est bien la question que posait
> Laurent. La personne qui reçoit quelqu'un peut le figer sous son
> "traumatisme", de même que le médecin qui donne un médicament nomme la
> maladie. Ainsi lorsqu'on reçoit "la" prostituée, ou "l'"hyperactif, ou
> "la" violée, il n'est pas facile de se détacher de cette nomination qui
> vaut étiquette, mais qui n'a rien à voir avec une éthique du sujet.
>
> Est-ce un peu plus clair ?
>
> Violaine
>
>
> Le 7 févr. 07, à 22:02, Chantal Collet a écrit :
>
>> lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium.
>> Ne doit pas etre diffuse hors du groupe.
>> ---
>>
>>
>> Violaine,
>>
>> Je comprends sans effort ce que le petit conte d'Esope peut mettre en
>> lumière. Comme tout cadeau reçu, il me plaît d'ajouter merci à votre
>> intention. Et dit en aparté : voilà un "don", sans obligation de "dû",
>> en
>> retour. Deux fois merci, donc ...
>>
>>
>> Cependant, je ne fais pas le lien avec la première partie de votre
>> propos :
>> sauf à entendre que la parole qui "retentit" a plus d'impact que le
>> médicament sur le long terme.
>>
>>
>> Au fil de la plume. Voilà quelques remarques ...
>>
>> L'interlocuteur psychanalyste étant muet,  il reçoit la logorrhée
>> /discours
>> de l'analysant tel un mur. Et ça bouge ou pas, au fil des séances.
>>
>> Pour ma part, avec ma courte expérience, il me semble que mes
>> impatiences
>> trouvaient bien plus de réponses dans "mes" silences.
>> Sauf que aïe, une fois franchie la porte, j'étais furieuse ou dépitée
>> de ne
>> pas avoir manipulé à mon gré, l'autre dont je ne voyais pas le visage.
>> Et là
>> j'avais le cadeau de mes colères d'où un plus d'énergie
>>
>> Or parler ... Parler ... Parler dans un besoin irrésistible, jusqu'à la
>> perception de l'écoeurement d'autrui n'apporterait-il pas une
>> jouissance de
>> maîtrise ?
>>
>> "Qu'un accident, une catastrophe une agression laissent des traces pose
>> la question de ce qu'est une trace" dites-vous. Et vous poursuivez :
>> "Certaines paroles justement peuvent être plus traumatiques que des
>> événements, parce qu'elles nomment, elles font exister quelque chose".
>>
>> Je reste en panne dans une compréhension qui m'échappe :
>> Trop dire, tout le temps fait exister encore plus le trauma ?
>> Expliquez davantage ou plus simplement votre pensée du moment.
>>
>> Cordialement
>>
>> Chantal
>>
>>
>> Le 7/02/07 17:03, « Violaine Clement »
>> <violaine.clement at co-perolles.ch> a
>> écrit :
>>
>>> lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium.
>>> Ne doit pas etre diffuse hors du groupe.
>>> ---
>>> Traumatisme "réel"...
>>>
>>> Qu'un accident, une catastrophe une agression laissent des traces pose
>>> la question de ce qu'est une trace.
>>> Avez-vous vu le film "L'effroi des hommes ?" Ce film de 1991 est
>>> souvent montré à ceux qui travaillent sur les traumatismes dit réels,
>>> c'est-à-dire guerres, catastrophes, etc... Dans mes souvenirs, il a
>>> été
>>> produit avec l'aide d'entreprises qui produisent des médicaments. Il
>>> fait partie des outils de formation au debriefing.
>>>
>>> Parmi les "victimes", il y a ceux qui restent fixés à certaines
>>> images,
>>> et d'autres pour qui la catastrophe a donné un sens à leur vie. Ce qui
>>> est intéressant, c'est ce que les personnes qui parlent disent de
>>> l'effet qu'a eu sur eux cette prise même de parole. C'est ce qui
>>> m'intéresse.
>>> Lors d'une conférence à Lausanne sur l'angoisse et le transfert,
>>> François Ansermet terminait avec ces mots :
>>>
>>> L¹analyse a beaucoup d¹effets, et donc d¹effets secondaires. C¹est
>>> plus
>>> prudent d¹utiliser des médicamentsS
>>>
>>> En parler,  voilà la question.  Ainsi dire à quelqu'un "vous êtes une
>>> victime", chose que l'on conseille de dire, peut paradoxalement figer
>>> de façon traumatique. C'est toujours l'idée de la singularité, de la
>>> rencontre, qui permet de sortir de ces fix(at)ions traumatiques.
>>> Je ne résiste pas au plaisir de vous transmettre cette citation....
>>>
>>> Xanthus commanda [à Ésope] d¹acheter ce qu¹il y aurait de meilleur. Il
>>> n¹acheta que des langues, l¹entrée, le second, l¹entremets, tout ne
>>> fut
>>> que langues. Et qu¹y a-t-il de meilleur que la langue ? reprit Ésope :
>>> c¹est le lien de la vie civile, la clef des sciences, l¹organe de la
>>> vérité et de la raison. Eh bien, dit Xanthus, achète-moi demain ce qui
>>> est de pire...Le lendemain, Ésope ne fit servir que le même mets,
>>> disant que la langue est la pire chose qui soit au monde : « C¹est la
>>> mère de tous débats,... la source des divisions et des guerres... »
>>> La Fontaine -Vie d¹Ésope
>>>
>>> Violaine
>>>
>>>
>>>
>>> Le 6 févr. 07, à 19:05, Chantal Collet a écrit :
>>>
>>>> lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium.
>>>> Ne doit pas etre diffuse hors du groupe.
>>>> ---
>>>>
>>>>
>>>> Mireille,
>>>>
>>>> Bonsoir à vous et merci à Laurent de faire apparaître votre texte une
>>>> seconde fois. Je suis intéressée de poursuivre la réflexion telle que
>>>> vous
>>>> l'annoncez, à savoir ce qui différencie trauma infantile /
>>>> traumatisme
>>>> réel.
>>>>
>>>> Merci d'avance pour la liste annoncée de références bibliographiques.
>>>>
>>>> Ch.
>>>>
>>>>
>>>>
>>>> Le 6/02/07 11:22, « Mireille » <mipsy at club-internet.fr> a écrit :
>>>>
>>>>>
>>>>> Au départ,  votre questionnement portait , me semble-t-il,  sur ce
>>>>> qui
>>>>> différencie - dans la théorie psychanalytique, le trauma infantile
>>>>> qui
>>>>> fonde un fantasme subjectif, d'un traumatisme réel dont les gens ont
>>>>> été victimes,  - qu'on l'admette ou non.
>>>>> Un accident,  une agression, une catastrophe, qui font irruption,
>>>>> une
>>>>> privation grave, laissent des traces ...
>>>>
>>>>
>>>>
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>>>> http://cerium.lutecium.org/cgi-bin/mailman/listinfo/lutecium-group
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