[Lutecium-group] De Jussieu aux Grands Moulins, longue vie à l'Université du pauvre, par Julia Kristeva & souscription

Frans Tassigny frans.tassigny at gmail.com
Mon Feb 12 16:18:58 GMT 2007


  *Voici un exemple REMARQUABLE d'une psychanalyste plurielle dont je vous
le rappelle, Madame Kristeva a fait dont de son prix aux femmes Afghanes, je
souhaite vivement encourager ces initiatives et articles sur mon nv web-zine
professionnel, je fais donc appel à tout les psychanalystes humanistes à
créer un partenariat culturel et financier autour d'une information
non-formatée  et hors des chapelles existantes  répondant aux
interrogations fondamentales de l'Analyse Laïque. De plus je vous propose
une Académie Errante et libre de tout emprise philosophique ou politique, il
faut cotiser cet ezine coûte 65 euros par mois pour un seul c'est bcp mais
pour cinq ou dix cela est négligeable, j'ai déjà reçu quatre fois 45 euros
et un don annonyme de 10 euros, cela se met dont en place. Je remercie donc
mes mécènes et vous propose chaqun selon ses moyens à concrétiser cet
embryon qui je l'espère verra une version papier pour la fin de l'an.*
**
*cordial*
*frans tassigny*
**
*La promesse et ses ratés*

Ne gâchons pas la fête : le nouveau quartier Paris-Rive gauche, sur les
bords de Seine, s'honore de l'arrivée prochaine de joyeuses et bruyantes
foules d'étudiants, qui peupleront les courants d'airs des Grands Moulins
naguère abandonnés, et empliront de matière grise leurs espaces hier encore
désertés. Qui s'en plaindrait ? Qui n'apprécierait ces paysages :
constructivisme soviétique des années 20 et 30 du siècle passé, ou, moins
totalitaire, docks des rives de l'Hudson ou de l'East River à Manhattan, où
Ubu aurait délocalisé Columbia ou Harvard ?

  <http://pubs.lemonde.fr/5c/WWW_autres/320982273/Middle/default/empty.gif/35346334613238663435346632333430>
Arrêtons de rêver ! Entrons dans le bâtiment des Grands Moulins réservés aux
lettres et sciences humaines. Ascenseurs aléatoires, escaliers "bruts de
décoffrage", copier-coller de béton ancien et nouveau : l'art moderne au
secours de la pénurie. Les *"finitions tardent"*. Traduction : ni eau ni
toilettes, ni ménage ni chauffage. Deux techniciens s'affairent, de
préférence au bâtiment "Condorcet", celui des physiciens, ces scientifiques
*"durs"* qui ont *"la préférence"*, disent les mauvaises langues. Vieilles
querelles ou vraies difficultés ?

Il manque 400 prises informatiques. On a oublié de sécuriser les portes de
la superbe Bibliothèque de sciences humaines, fleuron du projet. 10 000 m2,
12 000 places assises, 900 postes électroniques ! Du jamais vu à Paris!
L'Amérique ! Ou quelque autre grand pays européen ! Ou le Japon ! Ou l'Inde
peut-être ? Et bientôt la Chine. Encore un effort ! Mais on ferme avant 20
heures : ni personnel ni sécurité.

Les cours ? Prévus dans la Halle aux farines qui, elle aussi, *"manque de
finition"* : euphémisme pour des locaux *"frustes"*, *"inhospitaliers"*, *
"désolants"*, *"pauvres"*. Projet *"économique"* oblige : Paris-Rive gauche
souffre de *"sous-financement"*. 1 500 euros le m2 en… 1997. Depuis,
le m2rénové à Jussieu, que Paris-VII
*"libère"*, a été multiplié par trois. C'est ça l'*"université de l'avenir"*.
45 000 m2 amputés du projet initial. Ils seront rétablis en 2008-2010. La
période préélectorale est propice aux promesses.

Détails secondaires ? Le nouveau site universitaire est privé d'un espace
équivalent à "l'amphi 24" de Jussieu (cabine de projection, 220 places,
abritant les activités prestigieuses du Centre du vivant, du Centre
Roland-Barthes, de l'Université européenne d'été, et autres colloques). On
le construira. Encore une promesse. En attendant, 250 personnes ne
viendraient-elles pas participer à un "événement" à Paris-Rive gauche? Vous
n'y pensez pas ! Dans ces moulins à vent, à paroles, à idées ? *
*

"On" se renvoie la balle de la présidence de Paris-VII au rectorat, via
l'Etablissement public de maîtrise d'ouvrage des travaux de la culture
(EMOC). A droite et à gauche, on n'a pas lésiné sur les effets d'annonce.
Mais on a sous-estimé les usagers : étudiants, enseignants, personnels.

Deux conclusions s'imposent : 1. L'autonomie des universités doit enfin
devenir une réalité – chaque université responsable de ses projets et de ses
résultats, plus une politique volontariste de l'Etat et des collectivités
locales, plus des fonds privés. 2. L'Université reste l'enfant pauvre de
l'éducation et de la recherche, dans notre France focalisée sur ses grandes
écoles. La palme des pauvres parmi les pauvres va aux lettres et sciences
humaines. Depuis Mai 68, "on" les traite avec les égards dus à un corps
malade – de quoi calmer, mais jamais réorganiser, valoriser, stimuler.
Sous-estimation ou mépris ? L'Université, et les sciences humaines et
sociales en particulier, est un"sas", une "salle d'attente" pour de futurs
chômeurs.

*La vie de l'esprit*

Or les "humanités" ont produit des pensées prestigieuses, gloire de notre
pays à l'étranger. La communauté scientifique mondiale se dispute les
philosophes, linguistes, littéraires, historiens, géographes, sociologues,
psychanalystes… français. Or, avec et mieux que d'autres, Paris-VII -
Denis-Diderot reste fidèle au projet interdisciplinaire de sa fondation.
Impensable ailleurs, l'Institut de la pensée contemporaine – que j'ai créé
avec Pierre Fedida (psychanalyste), François Jullien (philosophe) et
Dominique Lecourt (épistémologue des sciences) – a sa place au dernier étage
des Grands Moulins. Dans le même esprit, avec Danièle Brun, psychanalyste et
professeur à l'UFR "Sciences humaines cliniques", nous constituons un
"Groupe d'intérêt scientifique" (GIF), où linguistes, littéraires,
philosophes, psychanalystes et médecins travailleront à de *"nouvelles
approches de la maladie et du handicap"*. Ce souci de la personne n'est pas
oublié aux Grands Moulins : 250 m2 au Relais Handicap. L'afflux d'étudiants
étrangers, férus de sciences humaines, s'accompagne d'un effort louable en
faveur des thèses en codirection avec des institutions étrangères.

Mais la pauvreté décrite plus haut pointe les défaillances de l'enseignement
et de la recherche en France. Après le mouvement "Sauver la recherche",
après la crise du CPE, faut-il une nouvelle crise des universités ?
L'enseignement supérieur reste négligé dans l'attente d'une loi
d'orientation et de programmation : le budget par étudiant est inférieur
d'un tiers au budget par lycéen. La valorisation et l'attractivité des
carrières scientifiques des docteurs s'imposent aussi et surtout dans les
sciences humaines et sociales. Le pilotage et l'évaluation des activités de
l'enseignement supérieur doivent tenir compte de la spécificité
épistémologique des disciplines en sciences humaines, auxquelles les normes
d'évaluation des sciences dures ne sauraient être appliquées.

*L'enseignant-chercheur au centre*

Le pragmatisme du monde moderne exige la préparation des étudiants en
"lettres et sciences humaines" au marché du travail. Au-delà des quelques
"postes dans l'enseignement", les métiers de la communication, de l'édition,
des médias, de l'image, des ressources humaines, de la culture, de la
solidarité, etc., requièrent l'apprentissage de modalités de penser qui
diffèrent de la pensée-calcul. Notre vocation, indispensable à la vie de la
civilisation, est d'ouvrir les portes à ce que l'esprit humain a de plus
précieux, énigmatique et fragile : la pensée innovante, qui trouve sa source
dans l'acte de pensée lui-même – acte préproductif, hasardeux, voire
improductif par définition, acte fondamental d'interrogation.

Névralgique, le secteur des sciences humaines et sociales est explosif. Il
ne peut plus gérer la négligence, la désorganisation, le gaspillage et la
pénurie qui lui sont imposés depuis des décennies ; ni l'exception française
de la misère des bibliothèques ; ni le tarissement des recrutements de
jeunes chercheurs ; ni la frontière entre sciences de l'esprit et sciences
exactes ; ni la rareté des allocations de recherche et la pauvreté des
salaires des chercheurs. La réorganisation globale nécessaire exige que
l'enseignant-chercheur soit au centre du dispositif.

C'est en reconnaissant la spécificité de la pensée innovante préalable et
sous-jacente à toute finalité productive, en optimisant les conditions
d'existence et de travail des enseignants-chercheurs, en attirant
l'attention de l'opinion publique sur la nécessaire solidarité nationale
pour l'accomplissement de cette tâche, que la recherche française dans son
ensemble sera réellement productive.

En ces temps d'attente électorale, où le pays fait le bilan de ses atouts et
de ses faiblesses, il importe de transformer les ratés de ce déménagement
précipité en une chance pour l'université sinistrée. Les étudiants et les
enseignants-chercheurs sont prêts à faire valoir les richesses créatives
réelles qui constituent l'Université du pauvre : elle sera indubitablement
une expérience décisive dans les enjeux culturels et sociaux à venir.
 ------------------------------
 *Julia Kristeva* est professeure à l'Institut universitaire de France et
directrice de l'Ecole doctorale langue, littérature, image (civilisations et
sciences humaines – domaines francophone, anglophone et d'Asie orientale).


Elle a reçu le prix Holberg en sciences humaines, sociales, droit et
théologie (2004) et le prix Hannah-Arendt pour la pensée politique (2006).
 [image: Réagissez à cet
article]<http://www.lemonde.fr/web/article/reactions/0,1-0,36-865546,0.html>
[image: Classez cet
article]<http://abonnes.lemonde.fr/web/classeur/ajouter/1,0-0,1-0,0.html?type=article&itm_id=865546&seq_id=&ens_id=>
[image: Citez cet article sur votre
blog]<http://www.lemonde.fr/web/blog_element/0,40-0,50-865546,0.html>
[image: Recommandez cet
article]<http://www.lemonde.fr/web/reco_element/enreg/1,40-0,50-865546,0.html>
[image: Imprimez cet
article]<http://www.lemonde.fr/web/imprimer_element/0,40-0,50-865546,0.html>
[image: Envoyez cet article par
e-mail]<http://www.lemonde.fr/web/envoyer_element/0,40-0,50-865546,0.html>
<http://pubs.lemonde.fr/5c/WWW_autres/1361542920/Bottom/default/empty.gif/35346334613238663435346632333430>
http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0,36-865546,0.html

-- 
Tassigny Frans
Sint Fransiscusstraat 25
8400 Ostende
BELGIQUE
0496 85 56 82

nv site : www.qwarkpsy.eur.st/


More information about the Lutecium-group mailing list