[Lutecium-group] de l'imaginaire
Frans Tassigny
frans.tassigny at gmail.com
Thu Jan 11 11:15:00 GMT 2007
"L'imaginaire, le "paysage" intérieur d'un auteur, se dessine à partir d'un
ensemble de notions, de signifiants qui affleurent dans l'oeuvre
considérée". écrit Michel Contat à propos de la critique ... Je prendrai
comme exemple : Antonin Artaud prédestiné tel un écorché vif n'a hélas
jamais habité son corps, quand à sa parole lucide et à la fois hallucinée
elle rejoint les archétypes Jungiens.Il représentera sa folie, non pas dans
un statut d'acteur mais dans le seul espoir de l'exorciser. Cela lui était
devenu vital, comme l'air, l'eau. Il devient dés lors le tyran de sa
démence. Celle-ci n'appartient plus au jugement des "assis", ni des
psychiatres, elle se fait métamorphose, incandescence. Il est l'homme qui
habite les feux qui le détruisent.
On appelle critique psychanalytique une recherche qui détient un savoir qui
dévoile et articule le langage caché de l'inconscient et reconstruit
l'oeuvre -- Entre l'auteur et son lecteur s'établit une relation
transférentielle analogue à celle qui se déclenche dans la cure analytique
--. Le champ romanesque porte en lui une langue interne postulant que le
drame est inscrit en nous. La destinée nous dépasse, faisant tout
basculer.--Toute oeuvre détient des clefs secrètes en filigrane.
L'analyse peut en révéler, par exemple, que dans un récit rétrospectif, ce
peut être le rappel d'un événement essentiel, la confession est scandée par
une référence permanente à un drame vécu.
Un monologue intérieur ce peut être une formule incantatoire qui revient
comme un refrain (H. Boll, Portrait de groupe avec dame: "Je ne suis pas un
monstre")
Ce peut être une simple phrase qui résume à elle seule la personnalité
profonde d'un personnage ou d'une scène -- un thème lumineux et bien sûr à
l'image du monde "proustien" le rappel d'une sensation et d'une mélodie: la
madeleine et la petite symphonie de Vinteuil.
Dans un journal intime ce peut être le rappel d'un secret enfoui ou un
retour obsessionnel aux épisodes d'une aventure...ect...
Rimbaud l'avait bien sur parfaitement compris (en Abyssinie), il avait
certainement dépassé un art qu'il avait trop bien cerné; météore dans la
matrice du poète à venir il n'avait dès lors plus rien à prouver: le
définitif même l'incompris ne se rature point, ne se recommence pas. Il
avait trop donné, trop vite, trop loin, le fossé entre le Verbe et
l'existence n'est ni une abysse ni un ru mais tout simplement une expérience
vécue, une équinoxe de l'esprit onirique.
Quand à l'oeuvre d'Artaud, c'est un peu comme si elle " éprouve dans la
folie sa propre absence", mais cette épreuve, le courage recommencé de cette
épreuve, tous ces mots jetés contre une absence fondamentale de langage,
tout cet espace de souffrance physique et de terreur qui entoure le vide ou
plutôt coïncide avec lui, voilà l'oeuvre elle-même: l'escarpement sur le
gouffre de l'absence d'oeuvre la folie est l'espace et la décision à partir
de laquelle irrévocablement elle cesse, et surplombe.
C'est le monde qui devient coupable à l'égard de l'oeuvre; le voilà requis
par elle, contraint de s'ordonner à son langage, astreint par elle à une
tâche de reconnaissance, de réparation.
Voici les notes qui égrainent mes lectures ; si dans chaque psychanalyste,
il y a un poète qui sommeille, et si dans chaque poète un analyste qui
s'oublie, c'est parce qu'ils éveillent tous deux un langage articulé: celui
de l'inconscient.
frans tassigny
--
Tassigny Frans
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