[Lutecium-group] Le CPCT, c'est très bien

Laurent Sauerwein laurentsauerwein at mac.com
Mon Jul 16 21:20:44 GMT 2007


C'est très intéressant, ce qu'ils font au CPCT. Je fais suivre, ci- 
dessous, un article paru dans Ouest-France, le 16 juillet 2007.

Amitiés à tous,

Laurent

(de Providence, Rhode Island, Etats-Unis d'où, heureusement, on peut  
se connecter à Lutecium !)

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DES PSYCHANALYSTES AU SERVICE DES PLUS DÉMUNIS

L'exigence de réussite, l'échec interdit, « c'est cela aussi la  
précarité » souligne Fabien Grasser, à Paris, : Daniel Fouray

Ils proposent désormais gratuitement leurs services aux victimes de  
la précarité. Le mouvement se répand en France. Il arrive à Rennes et  
Nantes.
Freud n'est plus réservé à une élite. Dans la foulée de leurs  
collègues parisiens, des psychanalystes ouvrent un peu partout en  
France des centres gratuits, dits CPCT (1). Le mouvement, qui vient  
d'atteindre Bordeaux, Marseille, Lille, Reims et Montpellier,  
touchera bientôt Nantes, Rennes et Lyon. Et l'on en oublie sûrement.  
Nos voisins belges (à Bruxelles) et espagnols (Madrid, Barcelone,  
Malaga, Bilbao) s'y mettent aussi.

À Paris, 70 bénévoles

40, rue de Chabrol, à Paris, dans le Xe arrondissement. Un vieil  
immeuble, sa cour, un escalier étroit et, au 3e étage, un grand  
appartement. Chaque pièce a son divan où des RMistes, des précaires,  
des gens en souffrance matérielle et morale, tentent de formuler leur  
mal-être. C'est ici que tout a commencé, en avril 2003. Ils étaient  
quatre alors autour d'Hugo Freda, l'initiateur. Parmi eux, Fabien  
Grasser, l'actuel directeur, entouré aujourd'hui de quelque... 70  
psychanalystes ! « Personnellement, dit-il, le motif essentiel de mon  
engagement a été de défendre la psychanalyse en montrant qu'elle  
pouvait être en prise avec le social. Avec une société où la  
précarité, sous de multiples formes, ne cesse d'augmenter. »

Bénévoles, les « psys » interviennent une ou deux heures par semaine.  
Le traitement dure quatre mois, en seize séances. L'audience a vite  
grimpé. De moins de 500 en 2004, les demandes sont passées à 800 en  
2005, puis à 1 200 en 2006. Le centre, qui va devoir s'agrandir,  
s'est structuré. Un « CPCT-ado » est né, puis un autre pour les moins  
de 11 ans et leur famille, enfin un « CPCT-précarité ».

Face aux assauts réguliers de ses adversaires, la psychanalyse,  
emmenée par l'une de ses principales associations, l'École de la  
Cause Freudienne, veut donc prouver qu'elle est une vraie réponse à  
un malaise psychique et social grandissant. Qu'on peut « faire parler  
» le symptôme plutôt que de le tuer à coup de thérapies autoritaires  
ou de médicaments. Et que le sujet peut ainsi reprendre son destin en  
main... en un temps limité et sans payer.

Comment peut-on aller ainsi à l'encontre de deux pratiques  
apparemment essentielles de la psychanalyse ? « Dans la psychanalyse  
pure, qui implique à un moment ou à un autre le paiement, le sujet  
peut traiter la part qu'il prend lui-même à son destin, explique Anne- 
Marie Le Mercier, psychanalyste à Laval, cheville ouvrière du projet  
rennais. Dans le cas du CPCT, ce dont les gens souffrent leur semble  
totalement extérieur à eux-mêmes. L'idée est donc que le sujet, en  
rencontrant un psychanalyste, puisse inventer à sa façon une nouvelle  
façon de supporter ce qu'il vit. Sans forcément devoir se questionner  
d'emblée sur la part qui lui revient. »

Ainsi en sera-t-il du CPCT de Rennes qui va ouvrir au début  
septembre, dans le quartier populaire de Villejean, et sera  
spécialisé dans les relations parents-enfants. « Comment rétablir le  
lien quand l'enfant est sans arrêt devant l'ordinateur · poursuit  
Anne-Marie Lemercier. La précarité ne se réduit pas à la précarité  
sociale : c'est tout ce qui rend le sujet, dans son lien à l'autre,  
plus seul, plus fragile qu'avant. Comment des parents au chômage et  
séparés peuvent-ils se référer devant leurs enfants aux valeurs  
traditionnelles de la famille et du travail · »

Une journée nationale le 10 novembre

Dans le futur « Centre-Parents », qui sera assisté d'un réseau  
d'enseignants, juges, policiers et autres professionnels concernés,  
les psychanalystes bénévoles tenteront de faire émerger peu à peu,  
avec les parents en difficulté, tout ce que malgré tout, sans s'en  
rendre compte, « ils inventent pour faire tenir leur famille, le lien  
avec leurs enfants : il faut écouter les gens précisément pour  
trouver leurs nouveaux savoir-faire, leurs petites inventions autour  
de la technique, l'image, la musique, tous les nouveaux accrochages à  
la vie. »
Le centre de Paris prépare une journée nationale, le 10 novembre, sur  
les notions de réussite et d'échec dans la société d'aujourd'hui. Une  
société où l'échec est interdit. « Comment tenir le choc face à cet  
impératif · C'est cela aussi la précarité », souligne Fabien Grasser.  
« La psychanalyse est peut-être l'une des dernières pensées  
indépendantes. »

Michel ROUGER.
(1) Centre psychanalytique de consultations et traitement

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