[Lutecium-group] Le CPCT et l'amour
Mirian Giannella
giannell at uol.com.br
Tue Jul 17 13:53:52 GMT 2007
Voici un texte du coordinateur du CPCT. (du site de l'ECF)
En le lisant, je trouve dommage qu'il se renferme sur une définition de
l'amour aussi codée,
et ne prend pas l'amour comme l'ouverture à l'autre,
à l'écoute comme la plus grande preuve de l'amour,
ce qui ouvre à l'amour, mettre en relief les paroles du parlant, ça l'amour.
Mais ça a des belles trouvailles pour l'interprétation comme séparation
et à la fin...
A+
Mirian
***************************
Le CPCT et lamour
Francisco-Hugo Freda
Conclusion du rendez-vous de formation du CPCT du 12 mai 2007, « La
perspective du symptôme», par Francisco-Hugo Freda
Pourquoi lamour fait-il du bien ?
Je voudrais essayer de comprendre pourquoi il a pu être dit aujourdhui que
lamour fait du bien, alors quen général il fait souffrir au point même qu
il y a des gens qui préfèrent ne plus jamais tomber amoureux. Ce nest pas
mon cas. Sans lamour, seriez-vous là aujourdhui ? Ce nest pas sûr. Vous
seriez tous en train de faire TOC-TOC. Pourquoi lamour fait-il du bien ?
Grâce à lamour, la psychanalyse existe ; et beaucoup de gens vivent, grâce
à lamour de la psychanalyse. Lamour de transfert, comme le dit Lacan, est
un véritable amour. Le problème de lamour cest quon ne sait pas très bien
pourquoi on aime quelquun. On aime quelquun quand on ne le connaît pas
très bien. On aime le psychanalyste parce quon le connaît un petit peu. On
veut en savoir plus ; on veut savoir comment il jouit. Il est mystère en
tant quobjet damour. Ce nest pas facile dêtre constamment objet damour.
Non pas à cause de la haine qui peut faire irruption, ce nest pas grave. Ce
qui est grave, cest quentre lamour et le réel, il ny a pas une distance
énorme. Mettre une distance entre amour et réel rend la vie beaucoup plus
supportable, cest ce que nous avons vu aujourdhui. Ça ne déborde pas trop.
Dans tous les cas qui ont été abordés, la même opération a présidé : une
opération de séparation, qui consiste à détacher un signifiant et à le
mettre à une autre place en lui donnant une valeur spéciale. La fonction de
linterprétation, cest la séparation. En séparant, cest aux parents quon
fait appel, donc à lhistoire. Dailleurs, quand ce signifiant est séparé
par lanalyste, les patients en font lhistoire, et alors on touche à
papa/maman, parce quon cherche désespérément la cause première. Cette
recherche est soutenue par lamour. Cest la seule manière, il ny en a pas
dautre pour le psychanalyste. Tout sarrête quand lamour de transfert s
arrête, quand lanalyste devient un quelconque. Cest la disparition du
sujet supposé savoir : un « je ne vous aime plus ».
Cest le signifiant qui génère lamour
Pourquoi lamour fait-il du bien ? Apparemment cest en parlant quon
commence à aimer. Il faut dire au moins quelque chose, et on fait de ce que
lAutre va nous dire un signe damour. Donc il doit y avoir un rapport entre
le signifiant et lamour. Les chiens et les chiennes ne vivent pas ensemble.
Ils passent leur vie avec leur patron, qui leur parle. Cest en parlant qu
on génère lamour. Il faut avoir de la patience si on veut provoquer l
amour. Pour être analyste il faut beaucoup de patience, pour savoir jusquà
quel point le signifiant ordonne lobjet damour, le dessine, trace des
bords. Pourquoi ? Parce que lamour na pas de nom. Cest sa construction
qui le constitue et cest de cette construction quon tire un savoir qui
permet de conclure quentre amour et réel il ny a pas de différence.
On met en avant mon désir à légard du CPCT. Je nai pas de désir pour le
CPCT ; je laime profondément. Je veille sur lui, même si cest de loin. C
est le signifiant qui génère lamour, exclusivement. Si un patient vient
nous voir, cest pour séparer lamour du symptôme. Cest ce que dit Freud :
on le soigne, mais en créant une nouvelle maladie : la névrose de transfert.
La psychanalyse est-elle une escroquerie, ou pas ?
Lautre face de la médaille du CPCT, cest la passe. Pendant la passe ou
après, lamour ne sadresse pas au savoir, mais au réel.
Il faut faire attention à ne pas susciter trop vite lamour de transfert
pour que le patient ne séloigne pas trop de la psychanalyse, pour quil
trouve un amour nouveau, inédit, qui est lamour pour la psychanalyse. Voilà
la tâche éthique. Il faut savoir aimer la psychanalyse et ce nest pas en
lisant des bouquins quon y arrive.
Le symptôme nest que ça : le signe dun amour tellement collé à un réel qu
il rend impossible la vie du sujet et ne le laisse pas aimer en paix. Freud
a inventé cette machine selon laquelle une analyse bien foutue permet d
aimer et de travailler. Le mouvement conceptuel de Freud tourne autour de ce
trou-là.
Mettre en exergue le plus beau du sujet
« Ce que la psychanalyse nous apprend, cest que le symptôme est curateur »
nous a dit Carole Herrmann. Jai trouvé cette phrase fascinante. Quest-ce
quun curateur ? Cest quelquun qui, dans le bordel de latelier de l
artiste, va choisir les meilleures pièces pour les ordonner dune façon
agréable à voir. Le symptôme est donc quelque chose qui met de lordre, en
mettant en exergue le plus beau du sujet. Elle nous a dit aussi que le
symptôme « nécessite parfois laide dun analyste pour un meilleur
aménagement ». Chapeau. Laménager autrement sans lui faire perdre sa
beauté. Cest un art. Pour quil soit consommé de la bonne manière, il faut
suivre à la trace les modifications du réel introduites par le signifiant.
Quand on aime le réel quil y a dans le symptôme, on se tait ou on
intervient comme il faut pour trouver le meilleur aménagement. Voilà ce que
fait un analyste.
Francisco-Hugo Freda
More information about the Lutecium-group
mailing list