[Lutecium-group] ladignité du symptome

Mirian Giannella giannell at uol.com.br
Tue Jul 17 14:39:08 GMT 2007


Nous assistons, dans le paysage actuel de la clinique, à un retour vers une
notion réductrice du symptôme. Identifié à la manifestation d’un
dysfonctionnement organique ou à un traitement erroné de l’information, la
politique prônée à son égard est celle de sa dissolution rapide, qui laisse
le sujet amputé de sa responsabilité. Il s’agira d’examiner par quelles
voies la pratique analytique au CPCT, quelle que soit la diversité des
demandes qui, souvent dans l’urgence, s’y font entendre, cherche à rendre au
symptôme sa dignité.
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Beau, la dignité du symptome.

Nous sommes convoqués aujourd’hui autour du sujet choisi pour ce rendez-vous
de formation du CPCT sur « La perspective du symptôme ».

On sait depuis Freud que les symptômes ont un sens. Ce fut le premier pas de
la découverte freudienne. Le sens du symptôme, der Sinn, est ignoré du sujet
lui-même. La rencontre avec un analyste ouvre vers la supposition de ce que
le symptôme veut dire. Cette supposition porte sur la supposition d’un
savoir qui échappe au sujet. Le principe de supposition fait valoir un x
énigmatique à la place du savoir et fonde l’hypothèse du Sujet supposé
savoir, au principe du transfert.

Dès lors que l’expérience d’une analyse s’engage, le patient se met à la
tâche de lire, voire de déchiffrer son symptôme. Ce travail produit comme
conséquence une mise au jour du message du symptôme, dont le solde comporte
des effets de vérité par où il s’avère que la vérité parle à travers les
symptômes. Une des conséquences du travail analysant comporte un gain de
savoir, un savoir qui s’en élabore et signe dans le changement du discours
le passage du savoir supposé vers le savoir exposé. Des effets
thérapeutiques viennent, parfois, donner raison du bien fondé de ce travail.


Or, souvent, malgré la justesse du déchiffrage, le symptôme insiste. Cet
obstacle amena Freud à élucider un autre versant du symptôme. Il aboutit
ainsi à la conclusion que la souffrance du symptôme comportait en même temps
une satisfaction. Que l’on puisse se satisfaire dans la souffrance, que l’on
ruine sa vie à cause d’une obscure satisfaction, ne semble pas aisément
admissible. Et pourtant, c’est ce qu’une analyse met au jour. De sorte que
le travail d’analyse comporte d’élucider la satisfaction pulsionnelle qui se
joue dans le symptôme, selon les termes élaborés par Freud. Lacan introduira
le concept de jouissance pour donner raison de cette dimension où se joue
une satisfaction ruineuse pour le sujet. Celui qui s’engage dans la voie d’
une analyse, l’analysant, est celui qui a le courage de se confronter à
cette zone intime et exclue, extime, de sa propre jouissance.


En conséquence le registre classique d’une analyse est celui d’être une
expérience d’élucidation. Son premier pas, essentiel, est celui du repérage
du symptôme au-delà de la plainte du sujet. C’est autour de l’axe du
symptôme que l’expérience d’une analyse tourne : on tourne autour, c’est un
tournage en rond orienté par le symptôme. Le tournage en rond suppose un
désir de déchiffrage et comporte la mise en relation du signifiant-maître,
du S1, isolé des dits du sujet, avec un autre signifiant, S2, que Lacan
appelle le signifiant du savoir. L’articulation  soutient le dispositif d’
une analyse dont le principe est celui de la libre association. Cette
articulation fonde les bases de ce que Jacques-Alain Miller distingue à
titre d’inconscient transférentiel.

Le signifiant S2, d’après Lacan, est double, car il comporte la duplicité du
symbole et du symptôme. Le symptôme analytique, au sens freudien, met en jeu
le symbolique, et produit des effets dans le réel. Un symptôme est un effet
qui se situe dans le champ du réel et condense ce qui ne marche pas. Le
symptôme analytique est accroché au langage, il affecte le corps et produit
un effet de ratage qui se projette au niveau du réel. Pour cela, Lacan a
conçu le symptôme comme étant un quatrième élément qui fait noeud entre
trois registres homogènes qu’il distingue : le corps répondant de l’
Imaginaire, le langage comme Symbolique et le Réel comme impossible, hors
sens et sans loi.


Le symptôme en assure la fonction de nouage et répond ainsi à ce qu’il y a
de plus singulier pour chaque sujet. Ainsi, le symptôme vient-il faire
objection au « tous » de l’universel, mettant en jeu la manière unique par
laquelle chaque sujet fait tenir ensemble le réel, le symbolique et l’
imaginaire.

La consultation au CPCT : une cartographie du symptôme au service d’un
calcul stratégique
Le champ dans lequel nous opérons au CPCT est celui de la psychanalyse
appliquée à la thérapeutique, là où la psychanalyse pure est nécessaire à la
formation de l’analyste. Disons que leur champ est le même, le traitement du
symptôme. Leur procédé est identique : pour les deux la rencontre avec un
analyste est nécessaire. Dans les deux cas, que ce soit dans psychanalyse
pure ou psychanalyse appliquée, l’analysant parle et l’analyste, disposant
de l’acte analytique, traite la parole de l’analysant comme étant un texte à
lire ou à ponctuer.

Il y a entre ces deux champs, psychanalyse pure et psychanalyse appliquée,
une homogénéité assurée par le symptôme. Néanmoins la différence radicale
entre l’une et l’autre tient à leur but. Ce à quoi prétend la psychanalyse
appliquée c’est aux effets thérapeutiques, tandis que la psychanalyse pure
vise un au-delà des effets thérapeutiques, elle vise le passage de l’analysé
à l’analyste.


Revenons à la psychanalyse appliquée. Elle ne peut être pratiquée que par un
analyste ayant traversé lui-même l’expérience d’une analyse.

La pratique au CPCT trouve son cadre dans le domaine de la psychanalyse
appliquée. De plus, cette pratique se propose d’obtenir des effets
thérapeutiques rapides.

Or, se servir de la psychanalyse pour obtenir des effets thérapeutiques
rapides suppose par ailleurs que l’on dispose d’une formation théorique et
clinique assez poussée. En effet, pour trouver le point d’application de la
théorie à bon escient, il est nécessaire que le praticien puisse mettre au
profit de son orientation un essaim de concepts, seule condition pour ne pas
errer.


Ainsi, au CPCT, notre offre est très claire. Nous proposons à quiconque
voulant rencontrer un psychanalyste de prendre un rendez-vous. La gratuité
est à l’oeuvre. Or, ce n’est pas pour autant qu’on brade les concepts de la
psychanalyse, ou qu’on cède sur ses principes.


Dès lors qu’un sujet est reçu, il passe des entretiens d’admission destinés
à permettre d’établir si le dispositif proposé par le Centre est adapté à sa
problématique. Ce premier moment consiste à cerner par le menu les
coordonnées du symptôme qu’il présente, afin de repérer si sa structure
relève de la névrose, de la psychose ou de la perversion. Parvenir à établir
une sorte de cartographie ou de « radiographie » du symptôme est essentiel
pour inclure dans le protocole d’admission le calcul d’une stratégie de
traitement. On sait très bien que l’on ne s’y prend pas de la même manière
selon que les symptômes se prêtent au déchiffrage par la parole, comme dans
les névroses, où le symptôme fait cercle avec le symbolique et l’où on peut
mettre à profit « l’inconscient transférentiel », qui se soutient de l’
hypothèse du sujet supposé savoir appelant au secours le binaire S1-S2
articulé dans le discours. On a alors affaire à une lecture de l’
inconscient, corrélative d’une nouvelle version de son l’histoire par l’
analysant, à un texte qui s’écrit. On peut ainsi se servir du signifiant S1,
le signifiant-maître, pour produire une « hystorisation ». Soit, d’autre
part, on doit agir sans l’appui du symptôme, parce quelque chose fait défaut
au niveau de l’inscription de l’autre signifiant, du S2, à cause de la
forclusion, comme c’est le cas dans les psychoses. Dans ce cas, on est en
présence d’une mise à ciel ouvert du trou du symbolique, là où la névrose
sert à recouvrir le trou qui caractérise ce registre par une élucubration de
savoir, propre à l’inconscient. S’agissant des psychoses, la parole est
instrument, mais n’est pas destinée au déchiffrage. Il ne faut pas pousser
le sujet au déchiffrage. Cela est valable non seulement pour les psychoses
déclenchées, mais également pour les psychoses ordinaires, qui prêtent à
confusion avec la névrose. Dans les deux cas, le symptôme ne se déchiffre
pas.


Trouver à s’orienter sur la nature du symptôme implique de se faire une idée
sur le noyau de souffrance en jeu, aussi bien que sur la nature de l’
angoisse et du possible cortège d’inhibitions dont le sujet se plaint.
Ainsi, nous pouvons faire un calcul raisonné de ce qui, relevant de la
jouissance du symptôme et causant la souffrance du sujet, peut-être traité
de façon prioritaire. Si nous donnons notre accord au sujet pour qu’il suive
un traitement au CPCT, nous lui proposons alors de travailler au cours de
quatre mois, tel ou tel point. Sur ce point, nous lui proposons une
hypothèse de travail, voire une sorte de construction, qui consiste déjà
dans une lecture, issue des propos qu’il a énoncés devant nous. Cette
lecture ouvrirait vers un déroulement ultérieur. Par ailleurs, nous
établissons un compte-rendu de l’admission, avec des indications adressées à
l’analyste qui prendra en charge le traitement. Ces indications comportent
les hypothèses issues des entretiens, aussi bien qu’un calcul des zones ou
des espaces subjectifs qui ne devraient pas êtres abordés au cours du
traitement, et cela en fonction d’une appréciation des moyens symboliques
dont dispose chaque sujet.

Les urgences psychiatriques, qui ne relèvent pas de notre possibilité d’
action, sont orientées rapidement vers un vaste réseau de partenaires dans
le registre médico-psycho-social public ou privé.

Quel type de traitement donnons-nous au symptôme, autre que le déchiffrage ?
Trouvant notre orientation dans le dernier enseignement de Lacan, nous nous
laissons avant tout guider par les termes employés par le patient. Nous
mettons un soin extrême à repérer et calculer ce qui, dans les embrouilles
de chaque sujet, fait trou, sachant qu’il y a une différence entre le trou
du symbolique caractérisé par le refoulement et cernable par le déchiffrage
du symptôme dans la névrose, et le trou qui peut être arrimé par une
inhibition. Dans chaque cas, la question est de repérer la nature du trou,
afin de pouvoir se faire une idée de comment y suppléer. Dans la plupart des
cas, nous cherchons à faire consister.


La consistance est un terme du dernier enseignement de Lacan, associé au
registre de l’Imaginaire. Faire consister, c’est faire tenir ensemble, au
même titre que l’image du corps fait tenir ensemble et donne unité à un amas
de pièces détachées. La consistance, d’après Lacan, est ce qui se fabrique
et qui s’invente. Cela ne se réduit pas à la logique du stade du miroir. Il
s’agit plutôt d’un tressage imaginaire, qui comporte la validation de
solutions présentées par le patient, par l’épinglage ou l’agrafage de ses
énoncés au cours d’une séance. On extrait quelque chose de ce que le sujet a
dit pour le faire consister en évitant absolument l’usage de l’énigme, nous
servant du symbolique dans sa fonction de nomination. Nous n’inventons pas
de noms, ni n’en proposons. Nous nous servons des noms qui sont apportés par
le sujet et nous les validons, les faisant consister.

La fonction de nomination est propre au symbolique. C’est dans le symbolique
que surgit quelque chose qui nomme, dit Lacan. La nomination, ce n’est pas
la communication. La nomination a pour effet de nouer « la parlotte » et le
réel. Nous faisons consister des nominations et ainsi nous opérons un nouage
entre la parole et le réel. C’est une façon de serrer un point, un point de
nouage, un point de capiton, qui fait principe de limite au niveau de la
jouissance.

Nous nous servons aussi des nominations imaginaires, c’est-à-dire des
nominations qui produisent dans l’imaginaire du corps un certain effet. Cet
effet est ce qui donne consistance au corps du parlêtre, procurant ainsi un
appui à son être dans le monde et à son être avec les autres.

Nous constatons ainsi qu’il y a des dires qui opèrent au niveau de la
mentalité, c’est-à-dire au niveau de l’imaginaire, produisant des effets au
niveau du rapport au corps propre et aussi au niveau du rapport aux autres.

Ces dires qui opèrent, qui nomment, qui font consister, ne sont pas
dépourvus d’effets de suggestion.


Tout discours a un effet de suggestion, comparé par Lacan à un effet
hypnotique, lequel laisse apercevoir une certaine mise en continuité entre
le sommeil et les effets de discours. Il y a des effets de suggestion
propres à chaque discours et ceux qui proviennent du discours analytique ne
sont pas les mêmes que ceux propres au discours du maître. Quand on est
sujet d’un discours, on dort, donc on rêve et l’on se trouve pris dans la
trame propre à l’ordre du désir, voire de la réalité. Pour certains sujets,
le hors-discours produit, dans la rencontre d’une contingence, un effet de
réveil, voire de cauchemar. Au CPCT, il s’agit donc de les rétablir dans la
fonction du rêve, où la réalité ouvre vers le désirable.

On constate, dès lors que le traitement arrive à son terme, que pour la
plupart des patients, il s’est produit une véritable transmutation
subjective. Ils témoignent d’une satisfaction, dont le degré et la nature
varient. Dans la plupart des cas, il y a le constat pour le sujet de s’être
sorti d’une situation qui semblait sans issue. Disons que le sans issue de l
’échec affectif, professionnel, intellectuel, ou le sans issue du délire, de
la violence, de l’addiction, de la marginalité, de la conduite à risques, de
la voie suicidaire, s’éclaire d’un jour nouveau.


Il se produit alors ce que l’on pourrait appeler une sortie de l’impasse et
une ouverture vers le possible.

Esthela Solano


«Il s'agit d'une mise en forme, d'une réponse et d'une nouvelle modalité
d'accueil du symptôme contemporain. »

Hugo Freda, Directeur du CPCT


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