[Lutecium-group] Le CPCT et l'amour

liliane liliane.fainsilber at wanadoo.fr
Tue Jul 17 19:23:28 GMT 2007


Lacan parlait quand même d'Eros, mouton noir et vouloir le bien de ses 
analysants n'est pas forcément ce qu'il y a plus souhaitable, ce qui ne va 
quand même pas jusqu'à leur vouloir du mal. Encore que ... il disait qu'il 
n'était pas interdit d'éprouver des sentiments vis à vis de ses analysants 
mais que le tout était de savoir se servir de ces "hainamorations". Liliane.


----- Original Message ----- 
From: "Mirian Giannella" <giannell at uol.com.br>
To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" 
<lutecium-group at lutecium.org>
Sent: Tuesday, July 17, 2007 3:53 PM
Subject: [Lutecium-group] Le CPCT et l'amour


lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium.
Ne doit pas etre diffuse hors du groupe.
---
Voici un texte du coordinateur du CPCT. (du site de l'ECF)

En le lisant, je trouve dommage qu'il se renferme sur une définition de
l'amour aussi codée,
et ne prend pas l'amour comme l'ouverture à l'autre,
à l'écoute comme la plus grande preuve de l'amour,
ce qui ouvre à l'amour, mettre en relief les paroles du parlant, ça l'amour.
Mais ça a des belles trouvailles pour l'interprétation comme séparation
et à la fin...
A+
Mirian

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Le CPCT et l'amour
Francisco-Hugo Freda


Conclusion du rendez-vous de formation du CPCT du 12 mai 2007, « La
perspective du symptôme», par Francisco-Hugo Freda

Pourquoi l'amour fait-il du bien ?
Je voudrais essayer de comprendre pourquoi il a pu être dit aujourd'hui que
l'amour fait du bien, alors qu'en général il fait souffrir au point même qu'
il y a des gens qui préfèrent ne plus jamais tomber amoureux. Ce n'est pas
mon cas. Sans l'amour, seriez-vous là aujourd'hui ? Ce n'est pas sûr. Vous
seriez tous en train de faire TOC-TOC. Pourquoi l'amour fait-il du bien ?
Grâce à l'amour, la psychanalyse existe ; et beaucoup de gens vivent, grâce
à l'amour de la psychanalyse. L'amour de transfert, comme le dit Lacan, est
un véritable amour. Le problème de l'amour c'est qu'on ne sait pas très bien
pourquoi on aime quelqu'un. On aime quelqu'un quand on ne le connaît pas
très bien. On aime le psychanalyste parce qu'on le connaît un petit peu. On
veut en savoir plus ; on veut savoir comment il jouit. Il est mystère en
tant qu'objet d'amour. Ce n'est pas facile d'être constamment objet d'amour.
Non pas à cause de la haine qui peut faire irruption, ce n'est pas grave. Ce
qui est grave, c'est qu'entre l'amour et le réel, il n'y a pas une distance
énorme. Mettre une distance entre amour et réel rend la vie beaucoup plus
supportable, c'est ce que nous avons vu aujourd'hui. Ça ne déborde pas trop.

Dans tous les cas qui ont été abordés, la même opération a présidé : une
opération de séparation, qui consiste à détacher un signifiant et à le
mettre à une autre place en lui donnant une valeur spéciale. La fonction de
l'interprétation, c'est la séparation. En séparant, c'est aux parents qu'on
fait appel, donc à l'histoire. D'ailleurs, quand ce signifiant est séparé
par l'analyste, les patients en font l'histoire, et alors on touche à
papa/maman, parce qu'on cherche désespérément la cause première. Cette
recherche est soutenue par l'amour. C'est la seule manière, il n'y en a pas
d'autre pour le psychanalyste. Tout s'arrête quand l'amour de transfert s'
arrête, quand l'analyste devient un quelconque. C'est la disparition du
sujet supposé savoir : un « je ne vous aime plus ».

C'est le signifiant qui génère l'amour
Pourquoi l'amour fait-il du bien ? Apparemment c'est en parlant qu'on
commence à aimer. Il faut dire au moins quelque chose, et on fait de ce que
l'Autre va nous dire un signe d'amour. Donc il doit y avoir un rapport entre
le signifiant et l'amour. Les chiens et les chiennes ne vivent pas ensemble.
Ils passent leur vie avec leur patron, qui leur parle. C'est en parlant qu'
on génère l'amour. Il faut avoir de la patience si on veut provoquer l'
amour. Pour être analyste il faut beaucoup de patience, pour savoir jusqu'à
quel point le signifiant ordonne l'objet d'amour, le dessine, trace des
bords. Pourquoi ? Parce que l'amour n'a pas de nom. C'est sa construction
qui le constitue et c'est de cette construction qu'on tire un savoir qui
permet de conclure qu'entre amour et réel il n'y a pas de différence.

On met en avant mon désir à l'égard du CPCT. Je n'ai pas de désir pour le
CPCT ; je l'aime profondément. Je veille sur lui, même si c'est de loin. C'
est le signifiant qui génère l'amour, exclusivement. Si un patient vient
nous voir, c'est pour séparer l'amour du symptôme. C'est ce que dit Freud :
on le soigne, mais en créant une nouvelle maladie : la névrose de transfert.
La psychanalyse est-elle une escroquerie, ou pas ?

L'autre face de la médaille du CPCT, c'est la passe. Pendant la passe ou
après, l'amour ne s'adresse pas au savoir, mais au réel.

Il faut faire attention à ne pas susciter trop vite l'amour de transfert
pour que le patient ne s'éloigne pas trop de la psychanalyse, pour qu'il
trouve un amour nouveau, inédit, qui est l'amour pour la psychanalyse. Voilà
la tâche éthique. Il faut savoir aimer la psychanalyse et ce n'est pas en
lisant des bouquins qu'on y arrive.

Le symptôme n'est que ça : le signe d'un amour tellement collé à un réel qu'
il rend impossible la vie du sujet et ne le laisse pas aimer en paix. Freud
a inventé cette machine selon laquelle une analyse bien foutue permet d'
aimer et de travailler. Le mouvement conceptuel de Freud tourne autour de ce
trou-là.

Mettre en exergue le plus beau du sujet
« Ce que la psychanalyse nous apprend, c'est que le symptôme est curateur »
nous a dit Carole Herrmann. J'ai trouvé cette phrase fascinante. Qu'est-ce
qu'un curateur ? C'est quelqu'un qui, dans le bordel de l'atelier de l'
artiste, va choisir les meilleures pièces pour les ordonner d'une façon
agréable à voir. Le symptôme est donc quelque chose qui met de l'ordre, en
mettant en exergue le plus beau du sujet. Elle nous a dit aussi que le
symptôme « nécessite parfois l'aide d'un analyste pour un meilleur
aménagement ». Chapeau. L'aménager autrement sans lui faire perdre sa
beauté. C'est un art. Pour qu'il soit consommé de la bonne manière, il faut
suivre à la trace les modifications du réel introduites par le signifiant.

Quand on aime le réel qu'il y a dans le symptôme, on se tait ou on
intervient comme il faut pour trouver le meilleur aménagement. Voilà ce que
fait un analyste.

Francisco-Hugo Freda


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