[Lutecium-group] décès de Rosine Lefort
liliane
liliane.fainsilber at wanadoo.fr
Sat Mar 3 07:09:20 GMT 2007
Voici un récit de Rosine Lefort qui a été présenté au cours d’une séance du
séminaire des Ecrits techniques de Freud du 10 mars 1954
« Chère Rosine, je vous cède la parole, exposez-nous le cas de Robert, avec
les questions qui ont permis déjà comme d'élaborer, hier soir, les poser, et
en lais¬ser certaines pendantes.
Mme LEFORT - Robert est un petit garçon, né le 4 mars 1948. Son histoire a
été reconstituée difficilement, et c'est surtout grâce au matériel apporté
en séances qu'on a pu savoir les traumatismes subis.
Son père est inconnu. Sa mère est actuellement internée comme paranoïaque.
Elle l'a eu avec elle jusqu'à l'âge de 5 mois, errant de maison maternelle
en mai¬son maternelle. Elle négligea les soins essentiels jusqu'à oublier de
le nourrir on devait sans cesse rappeler à cette femme les soins à donner à
son enfant, et surtout le biberon. Il a été tellement négligé qu'il a
réellement souffert de la faim. Il a dû être hospitalisé à l'âge de 5 mois
dans un grand état d'hypotrophie et de dénutrition.
A peine hospitalisé, il a fait une otite bilatérale qui a nécessité une
mastoïdectomie double. Il a été ensuite envoyé à Paul-Parquet, dont tout le
monde connaît le caractère strict de prophylaxie. Il est isolé, ne voyant
pas les autres enfants, nourri à la sonde à cause de son anorexie ; et il
est rendu de force à sa mère pendant deux mois. On ne sait rien de sa vie
durant ce temps-là. Puis à 11 mois sa mère le dépose au dépôt de
l'Assistance publique, et quelques mois plus tard il est immatriculé, sa
mère ne l'ayant pas revu.
A dater de cette époque, il a 11 mois, jusqu'à l'âge de 3 ans 9 mois, cet
enfant a subi 25 changements de résidence, institutions d'enfants ou
hôpi¬taux, jamais de placement nourricier proprement dit à cause de son
état. Ces hospitalisations ont été nécessitées par les maladies infantiles,
par une adé¬noïdectomie, et par des examens neurologiques,
ventriculographie, élec¬troencéphalographie, examens normaux. On relève des
évaluations sanitaires, médicales, qui indiquent de profondes perturbations
somatiques. Puis, le somatique étant amélioré, des détériorations
psychologiques. La der¬nière évaluation de Denfert, à 3 ans et demi, propose
un internement qui ne pouvait être que définitif, avec état para-psychotique
non franchement défini. Le test de Gesell donne un QD de 43.
Il arrive donc, à 3 ans 9 mois, à l'institution qui est une dépendance du
dépôt de Denfert, où je l'ai pris en traitement. A ce moment, il se présente
de la manière suivante
Au point de vue staturo-pondéral, en très bon état, à part une otorrhée
bila¬térale chronique. Au point de vue moteur, il avait une démarche
pendulaire, une grande incoordination de mouvements, une hyperagitation
constante. Au point de vue du langage, absence totale de parole coordonnée,
cris fréquents, rires gutturaux et discordants. Il ne savait dire que deux
mots qu'il criait « madame », et « le loup ». Ce mot, « le loup », il le
répétait à longueur de journée, ce qui fait que je l'ai surnommé «
l'enfant-loup », c'était vraiment la représentation qu'il avait de lui-même.
Au point de vue comportement, il était hyperactif, tout le temps agité de
mouvements brusques et désordonnés, sans but ; activité de préhension
incohé¬rente : il jetait son bras en avant pour prendre un objet et, s'il ne
l'atteignait pas, il ne pouvait pas rectifier et devait recommencer le
mouvement dès le départ. Troubles variés du sommeil.
Sur ce fond permanent, il avait des crises d'agitation convulsive, sans
convulsions vraies, avec rougeur de la face, hurlements déchirants, à
l'occasion des scènes routinières de sa vie : le pot, et surtout le vidage
du pot, le désha¬billage, la nourriture, les portes ouvertes qu'il ne
pouvait supporter, ni l'obs¬curité, ni les cris des autres enfants, et,
ainsi que nous le verrons, les changements de pièces.
Plus rarement, il avait des crises diamétralement opposées où il était
com¬plètement prostré, regardant sans but, à type dépressif.
Avec l'adulte, il était hyperagité ; non différencié, sans vrai contact ;
avec les enfants, il semblait parfaitement les ignorer, mais quand l'un
d'eux criait ou pleurait, il entrait dans une crise convulsive. Dans ces
moments de crises, il devenait dangereux, il devenait fort, il étranglait
les autres enfants, et on a dû le séparer des autres pour la nuit et pour
les repas. On ne sentait alors aucune manifestation d'angoisse ni aucune
émotion ressentie.
Au point de vue diagnostic, nous en reparlerons après, car nous ne savions
pas très bien dans quelle catégorie le ranger. On a quand même tenté un
traite¬ment tout en se demandant si on arriverait à quelque chose.
je vais vous parler de la première année du traitement. Ensuite, il a été
arrêté pendant un an.
Il peut se diviser en plusieurs parties
Une phase préliminaire dans laquelle il a eu le comportement qu'il avait
dans la vie, cris gutturaux, il entrait dans la pièce, courant sans arrêt,
hurlant, sautant en l'air et retombant accroupi, se prenant la tête entre
les mains, ouvrant et fer¬mant la porte, allumant et éteignant la lumière.
Les objets, il les prenait, ou les rejetait, ou les entassait sur moi,
prognathisme très marqué.
Cependant, la seule chose que j'ai pu dégager de ces premières séances a été
qu'il n'osait pas s'approcher du biberon qui était sur la table, il n'osait
s'en approcher que si la table était vide, auquel cas il ne la touchait pas,
mais souf¬flait dessus. Et aussi un autre intérêt pour la cuvette qui,
pleine d'eau, semblait déclencher une véritable crise de panique.
A la fin de cette phase préliminaire, à une séance, après avoir tout entassé
sur moi dans un état de grande agitation, il a filé, et je l'ai entendu au
haut de l'es¬calier qu'il ne savait pas descendre tout seul, dire sur un ton
pathétique, sur une tonalité très basse qui n'était pas son genre : «
maman », face au vide.
Cette phase préliminaire s'est terminée ; en dehors du traitement, un soir
après le coucher, debout sur son lit, avec des ciseaux en plastique il a
essayé de couper son pénis devant les petites filles terrifiées.
Dans la seconde partie, il a commencé à exposer ce qu'était pour lui « le
loup ». Il criait cela tout le temps, et je ne me représentais pas très bien
ce que c'était pour lui. Il a commencé, un jour, par essayer d'étrangler une
petite fille que j'avais en traitement. On a dû les séparer et le mettre
dans une autre pièce. Sa réaction fut violente, sous la forme d'une
agitation intense. J'ai dû venir et le ramener dans la pièce où il vivait
d'habitude. Dès qu'il y a été, il a hurlé « le loup » et a tout jeté à
travers la pièce, c'était le réfectoire, nourriture et assiettes.
Les jours suivants, chaque fois qu'il passait dans la pièce où il avait été
mis, il hurlait « le loup ». Et ce thème m'avait beaucoup frappée. Et cela
éclaire aussi le comportement qu'il avait envers les portes qu'il ne pouvait
supporter ouvertes. Il passait son temps en séance à les ouvrir pour me les
faire refermer et hurler « le loup ! ». Si l'on se souvient de son histoire,
les changements de lieux et aussi les changements de pièces étaient pour lui
une destruction, puisqu'il avait changé sans arrêt de lieux et d'adultes.
C'était devenu pour lui un véritable principe de destruction qui avait
marqué intensément le fondement des mani¬festations primordiales de sa vie
d'ingestion et d'excrétion. Il l'a exprimé prin¬cipalement dans deux scènes
: l'une avec le biberon et l'autre avec le pot.
Il avait fini par prendre le biberon. Et un jour il est allé ouvrir la porte
et a tendu le biberon à quelqu'un d'imaginaire, car, lorsqu'il était seul
avec un adulte dans une pièce, il continuait à se comporter comme s'il y
avait d'autres enfants autour de lui. Il a tendu le biberon. Il est revenu
en arrachant la tétine, et me l'a fait remettre, a retendu le biberon
dehors, a laissé la porte ouverte, m'a tourné le dos, a avalé deux gorgées
de lait, et face à moi a arraché la tétine, renversé la tête en arrière,
s'est inondé de lait, a versé le reste sur moi. Et, pris de panique, il est
parti, inconscient et aveugle. J'ai dû le ramasser dans l'escalier où il
com¬mençait à rouler.
J'ai eu l'impression qu'il avait avalé la destruction à ce moment-là où la
porte ouverte et le lait étaient liés.
La scène du pot qui a suivi était marquée du même caractère de destruction.
Il se croyait obligé, au début du traitement, de faire caca en séance, en
pensant que s'il me donnait quelque chose il me gardait. Il ne pouvait le
faire que serré contre moi, s'asseyant sur le pot, tenant d'une main mon
tablier, de l'autre main le biberon ou un crayon, dans un grand état de
peur. Il mangeait après, et sur¬tout avant. Et pour le pipi il buvait.
L'intensité émotionnelle témoignait d'une grande peur. Et la dernière de ces
scènes a éclairé la relation pour lui entre la défécation et la destruction
par les changements.
Au cours de cette scène, il avait commencé par faire caca, assis à côté de
moi. Puis, son caca à côté de lui, il feuilletait les pages d'un livre,
tournant les pages. Puis il a entendu un bruit à l'extérieur. Fou de peur,
il est sorti, a pris son pot et l'a déposé devant la porte de la personne
qui venait d'entrer dans la pièce à côté. Puis il est revenu dans la pièce
où j'étais et s'est plaqué contre la porte, en hur¬lant « le loup ! le loup
! ».
J'ai eu l'impression d'un rite propitiatoire. Ce caca, il était incapable de
me le donner. Il savait dans une certaine mesure que je ne l'exigeais pas.
Il est allé le mettre à l'expéditeur, il savait bien qu'il allait être jeté,
donc détruit. Je le lui ai expliqué. Là-dessus, il est allé chercher le pot,
l'a remis dans la pièce, à côté de moi, l'a caché avec un papier, comme pour
n'être pas obligé de le donner.
Alors il commença d'être agressif contre moi, comme si en lui donnant la
per¬mission de se posséder à travers ce caca dont il pouvait disposer, je
lui avais donné la possibilité d'être agressif. Evidemment, jusque-là, ne
pouvant pas pos¬séder, il n'avait pas le sens de l'agressivité, mais de
l'autodestruction, ce qui expliquait d'ailleurs son comportement avec les
autres enfants.
A partir de ce jour, il ne s'est plus cru obligé de faire caca en séance, il
a employé des substituts symboliques : le sable. Il a montré la
représentation confuse qu'il avait de lui-même. Son état d'anxiété,
d'agitation devenait de plus en plus grand dans la vie ; il devenait
intenable. Moi-même, j'assistais en séance à de véritables tourbillons avec
lesquels j'avais assez de peine d'intervenir.
Ce jour-là, après avoir bu un peu de lait, il en a renversé par terre, puis
a jeté du sable dans la cuvette d'eau, a rempli le biberon avec du sable et
de l'eau, a fait pipi dans le pot, a mis du sable dedans. Puis ramassa du
lait mélangé de sable et d'eau, ajouta le tout dans le pot, mettant
par-dessus le poupon en caoutchouc et le biberon. Et il m'a confié le tout.
A ce moment-là, il est allé ouvrir la porte, et est revenu la figure
convulsée de
peur, a repris le biberon qui était dans le pot et l'a cassé, s'acharnant
dessus jusqu'à le réduire en petites miettes. Puis il les ramassa
soigneusement et les a enfouies dans le sable du pot. Il était dans un tel
état qu'il a fallu que je le redescende, sentant que je ne pouvais plus rien
pour lui. Il a emporté ce pot. Une parcelle de sable est tom¬bée par terre,
déclenchant chez lui une invraisemblable panique. Il a fallu qu'il ramasse
la moindre bribe de sable, comme si c'était un morceau de lui-même, et il
hurlait « Le loup ! le loup ! » Il n'a pas pu supporter de rester dans la
collectivité, il n'a pu supporter qu'aucun autre enfant s'approche. On dut
le coucher dans un état de tension intense, qui ne céda de façon
spectaculaire qu'après une débâcle diar¬rhéique, qu'il étendit partout avec
ses mains dans son lit ainsi que sur les murs.
Toute cette scène était si pathétique, vécue avec une telle angoisse, que
j'étais très inquiète, et j'ai commencé à réaliser l'idée qu'il avait de
lui-même.
Il l'a précisé le lendemain, où j'avais dû le frustrer, il a couru à la
fenêtre, l'a ouverte, a crié « le loup ! », et voyant son image dans la
vitre, l'a frappée en criant « le loup ! le loup ! ». Robert se représentait
ainsi, il était le loup, donc ce prin¬cipe de destruction qu'il frappe dans
sa propre image, ou qu'il évoque avec tant de tension. Ce pot où il a mis ce
qui entre en lui-même et ce qui en sort, le pipi et le caca, puis une image
humaine, la poupée, puis les débris du biberon, c'était vraiment une image
de lui-même, semblable à celle du loup, comme a témoigné la panique
lorsqu'un peu de sable était tombé par terre. Successivement et à la fois il
est tous ces éléments qu'il a mis dans le pot, les morceaux du biberon
cassé, qui restent la dernière image de lui-même juste après avoir relié
cette action de le casser avec la porte, l'extérieur, les changements.
Il n'était qu'une série d'objets par lesquels il entrait en contact avec la
vie quotidienne, symboles des contenus de son corps : le sable est le
symbole des fèces, l'eau, celui de l'urine, et le lait, celui qui entre dans
son corps. Mais la scène du pot montre qu'il différenciait très peu tout
cela. Pour lui, tous les contenus sont unis dans un même sentiment de
destruction permanente de son corps qui, par opposition à ces contenus,
représente le contenant, et que Robert a symbo¬lisé par le biberon cassé.
A la phase suivante, il exorcisait le loup. Exorcisme, car cet enfant me
don¬nait l'impression d'être un possédé et que, grâce à ma permanence, il a
pu exor¬ciser, avec un peu de lait qu'il avait bu, les scènes de la vie
quotidienne qui lui faisaient tant de mal.
A ce moment-là, mes interprétations ont surtout tendu à différencier les
contenus de son corps au point de vue affectif : le lait est ce qu'on
reçoit. Le caca est ce qu'on donne, et sa valeur dépend du lait qu'on a
reçu. Le pipi est agressif. De nombreuses séances se sont déroulées. A ce
moment-là, où il faisait pipi dans le pot, et ensuite il m'annonçait « pas
caca, c'est pipi », il était désolé. Je le rassurais lui disant qu'il avait
trop peu reçu pour pouvoir donner quelque chose sans que cela le détruise.
Cela le rassurait. Il pouvait alors aller vider le pot aux cabinets.
Le vidage du pot s'entourait de beaucoup de rites de protection. Il commença
par vider l'urine dans le lavabo des W.-C. en laissant le robinet d'eau
couler de façon à pouvoir remplacer l'urine par l'eau. Il remplissait le pot
le faisant débor¬der largement, comme si un contenant n'avait d'existence
que par son contenu et devait déborder comme pour le contenir à son tour. Il
y a là une vision syn¬crétique de l'être dans le temps, comme contenant et
en même temps comme contenu, comme dans la vie intra-utérine.
Il retrouve ici cette image confuse qu'il avait de lui-même. Il vidait ce
pipi, et essayait de le rattraper, persuadé que c'était lui qui s'en allait.
Il hurlait « le loup ! », et le pot ne pouvait avoir pour lui de réalité que
plein. Toute mon atti¬tude fut de lui montrer la réalité du pot qui restait
après avoir été vidé de son pipi, comme lui Robert restait après avoir fait
pipi, comme le robinet n'était pas entraîné par l'eau qui coule, mais était
toujours là, même quand l'eau ne coulait pas.
A travers ces interprétations et ma permanence, Robert progressivement
introduisit un délai entre le vidage et le remplissage, jusqu'au jour où il
a pu revenir triomphant avec un pot vide dans son bras. Il avait visiblement
gagné l'idée de permanence de son corps.
Parallèlement, il menait une autre expérience de son corps. Ses vêtements
étaient pour lui son contenant, et lorsqu'il en était dépouillé, c'était la
mort cer¬taine. La scène du déshabillage était pour lui l'occasion de
véritables crises ; la dernière avait duré trois heures, pendant laquelle le
personnel le décrivait comme « possédé », il hurlait « le loup ! », courant
d'une chambre à l'autre, éta¬lant les fèces qu'il trouvait dans les pots sur
les autres enfants ; il n'avait pu se calmer qu'attaché.
Le lendemain de cette scène, il est venu en séance, a commencé à se
désha¬biller dans un grand état d'anxiété, et tout nu il est monté dans le
lit. Il a fallu trois séances pour qu'il arrive à boire un peu de lait tout
nu dans le lit. Il mon¬trait la fenêtre et la porte, et frappait son image
en hurlant «le loup ! ».
Parallèlement, dans la vie quotidienne, le déshabillage a été facile, mais
suivi alors d'une grande dépression ; il se mettait à sangloter le soir sans
raison, et il des¬cendait se faire consoler par la surveillante en bas, et
il s'endormait dans ses bras. En conclusion de cette phase, il a exorcisé
avec moi le vidage du pot, ainsi que la scène du déshabillage, il l'a fait
au travers de ma permanence qui avait rendu le lait un élément constructeur.
Mais Robert, poussé par la nécessité de construire un minimum, n'a pas
touché au passé, il n'a compté qu'avec le pré¬sent de sa vie quotidienne,
comme s'il était privé de mémoire.
Dans la phase suivante, c'est moi qui suis devenu le loup. Et il profite du
peu de construction qu'il a fait pour projeter sur moi tout le mal qu'il
avait bu, et en quelque sorte retrouver ainsi la mémoire. Il va pouvoir
devenir progressivement agressif. Cela va devenir tragique. Poussé par le
passé, il faut qu'il soit agressif contre moi, en même temps) e suis dans le
présent celle dont il a besoin. Je dois le rassurer par mes interprétations,
lui parler du passé qui l'oblige à être agres¬sif, ce qui n'entraîne pas ma
disparition ni son changement de lieu, ce qui était pris par lui comme une
punition.
Comme il avait été agressif contre moi, il essayait de se détruire, il se
repré¬sentait par un biberon non cassé et il essayait de le casser. Je le
lui retirais des mains, il n'était pas en état de supporter de le casser. Il
reprenait le cours de la séance et de son agressivité contre moi.
A ce moment-là, il m'a fait jouer le rôle de sa mère affamante, m'a obligé à
m'asseoir sur une chaise où il y avait sa timbale de lait, afin que je
renverse ce lait, le privant ainsi de sa nourriture bonne. Alors il s'est
mis à hurler « le loup ! », a pris le berceau et le bébé et les a jetés
dehors par la fenêtre, dans un état furieux d'accusation contre moi. Il
s'est retourné alors contre moi et m'a fait ingurgiter de l'eau sale dans
une grande violence, en hurlant « le loup ! le loup ! ». Ce bibe¬ron
représentait la mauvaise nourriture à cause de la séparation et de tous les
changements, après une mauvaise mère qui l'avait privé de nourriture.
Parallèlement, il m'a chargée d'un autre aspect de la mauvaise mère, celle
qui part. Il m'a vue partir un soir de l'institution. Le lendemain il a
réagi, il m'avait déjà vu partir d'autres fois, mais sans être capable
d'exprimer l'émotion qu'il pouvait en ressentir. Ce jour-là, il a fait pipi
sur moi dans un grand état d'agres¬sivité et aussi d'anxiété. Cette scène
n'était que le prélude à une scène finale qui eut pour résultat de me
charger définitivement de tout le mal qu'il avait subi et de projeter en moi
« le loup ! ».
J'avais donc ingurgité le biberon avec l'eau sale, reçu le pipi agressif sur
moi parce que je partais. J'étais donc le loup. Robert s'en sépara au cours
d'une séance en m'enfermant aux cabinets, pendant que lui retournait dans la
pièce de séance, seul, montait dans le lit vide et se mettait à gémir. Il ne
pouvait pas m'ap¬peler, et il fallait bien que je revienne, puisque j'étais
la personne permanente. Je suis revenue. Robert était étendu, le visage
pathétique, le pouce maintenu à deux centimètres de sa bouche. Et, pour la
première fois dans une séance, il m'a tendu les bras et s'est fait consoler.
A partir de cette séance, on assiste dans sa vie à un changement total de
com¬portement. Cet enfant qui agressait les autres, les étranglait,
déchirait avec les dents, est devenu l'être le plus doux qui soit, défendant
les petits, les consolant, les faisant manger.
J'ai eu l'impression qu'il avait exorcisé le loup. A partir de ce moment, il
n'en a plus parlé, et il a pu alors passer à la phase suivante : la
régression corps, cette construction de l'ego-body qu'il n'avait jamais pu
faire.
Pour employer la dialectique qu'il avait toujours employée, des
contenus¬contenants, Robert devait, pour se construire, être mon contenu,
mais il devait s'assurer de ma possession, c'est-à-dire son futur contenant.
Il a commencé cette période en prenant un seau plein d'eau, dont l'anse
était une corde. Cette corde, il ne pouvait absolument pas supporter qu'elle
soit atta¬chée aux deux extrémités. Il fallait qu'elle pende d'un côté.
J'avais été frappé de ce que, lorsque j'avais été obligée de la resserrer
pour porter le seau, cela le mettait dans un état de douleur presque
physique. Jusqu'au jour où, dans une scène, il a mis le seau plein d'eau
entre ses jambes, a pris la corde et l'a attachée à son ombi¬lic. J'ai eu
alors l'impression que le seau était moi, et il se rattachait à moi par une
corde, cordon ombilical. Ensuite, il renversait le contenu du seau d'eau, se
met¬tait tout nu, puis s'allongeait dans cette eau, en position fœtale,
recroquevillé, s'étirant de temps en temps, et allant jusqu'à ouvrir sa
bouche et la refermer sur le liquide, comme un fœtus boit le liquide
amniotique, ainsi que l'ont montré les dernières expériences américaines.
Toutes ces activités étaient le calque évident de l'activité fœtale. Et
j'avais l'impression qu'il se construisait, grâce à ça.
Au début excessivement agité, puis il prit conscience d'une certaine réalité
de plaisir, et tout aboutit à deux scènes capitales agies avec un
recueillement extra¬ordinaire et un état de plénitude étonnant étant donné
son âge et son état.
Dans la première de ces scènes, Robert, tout nu, face à moi, a ramassé de
l'eau dans ses mains jointes, et l'a portée à hauteur de ses épaules et l'a
fait couler le long de son corps. Il a recommencé ainsi plusieurs fois, puis
m'a dit alors dou¬cement «Robert, Robert», prenant conscience de son corps.
Ce baptême par l'eau - car c'était un baptême, étant donné le recueillement
qu'il y mettait - fut suivi d'un baptême par le lait.
Il avait commencé par jouer dans l'eau avec plus de plaisir que de
recueille¬ment. Ensuite, il a pris son verre de lait et le but. Puis il a
remis la tétine et a com¬mencé à faire couler le lait du biberon le long de
son corps. Comme ça n'allait pas assez vite, il a enlevé la tétine et a
recommencé, faisant couler le lait sur sa poitrine, son ventre et le long de
son pénis avec un sentiment intense de plaisir. Puis il s'est tourné vers
moi, et m'a montré ce pénis, le prenant dans sa main, l'air ravi. Ensuite il
a bu du lait, s'en mettant ainsi dessus et dedans, de façon que le contenu
soit à la fois contenu et contenant, retrouvant là cette scène qu'il jouait
avec l'eau.
Dans les phases qui suivirent, il va passer au stade de construction orale.
Ce stade est extrêmement difficile et très complexe. D'abord, il a 4 ans et
il vit le plus primitif des stades. De plus, les autres enfants que je
prends alors en trai¬tement dans cette institution sont des filles, ce qui
est un problème pour lui. Enfin les patterns de comportement de Robert n'ont
pas totalement disparu et ont tendance à revenir chaque fois qu'il y a
frustration.
Dans les séances qui ont suivi ce baptême par l'eau et par le lait, Robert a
commencé par vivre cette symbiose qui caractérise la relation primitive
mère¬ enfant. Mais lorsque l'enfant le vit vraiment, il n'existe normalement
aucun pro¬blème de sexe, au moins dans le sens du nouveau-né vers sa mère.
Tandis que là il y en avait un. Et Robert devait faire la symbiose, soit
avec une mère phallique, telle qu'il était prêt à l'accepter, soit avec une
mère féminine, ce qui posait alors le problème de castration, le problème
était d'arriver à lui faire recevoir la nour¬riture sans que cela entraîne
sa castration.
Il a d'abord vécu cette symbiose dans une forme simple. Assis sur mes
genoux, il mangeait. Ensuite, il prenait ma bague et ma montre et se les
mettait, ou bien il prenait un crayon dans ma blouse et le cassait avec ses
dents. Alors je le lui ai interprété. Cette identification à une mère
phallique castratrice resta alors sur le plan du passé, et s'accompagna
alors d'une agressivité réactionnelle qui évolua dans ses motivations. Il ne
cassait plus la mine de son crayon que par autopunition de cette
agressivité.
Par la suite, il put boire le lait au biberon, allongé dans mes bras, mais
c'est lui-même qui tenait le biberon, et ce n'est que plus tard qu'il a pu
le recevoir directement, moi tenant le biberon, comme si tout le passé lui
interdisait de recevoir en lui par moi le contenu d'un objet aussi
essentiel.
Son désir de symbiose était encore en conflit avec ce qu'on vient de voir.
C'est pourquoi il prit le biais de se donner le biberon à lui-même. Mais à
mesure que Robert faisait l'expérience, au travers d'autres nourritures,
comme bouillies et gâteaux, que la nourriture qu'il recevait de moi à
travers cette symbiose ne l'identifiait pas à moi au point d'être une fille,
il put alors recevoir de moi. Il a d'abord tenté de se différencier de moi
en partageant avec moi, il me donnait à manger et disant, se palpant «
Robert », puis me palpant « pas Robert ». je me suis beaucoup servi de ça
dans mes interprétations pour l'aider à différencier très rapidement. La
situation cessa d'être seulement entre lui et moi, et il fit intervenir les
petites filles que j'avais en traitement.
C'était un problème de castration, puisqu'il savait qu'avant lui et après
lui une petite fille montait en séance avec moi. Et la logique émotionnelle
voulait qu'il se fasse fille, puisque c'était une fille qui rompait la
symbiose avec moi dont il avait besoin. La situation était conflictuelle. Il
l'a jouée de différentes façons, faisant pipi assis sur le pot, ou bien le
faisant debout en se montrant réellement agressif.
Robert était donc maintenant capable de recevoir, et capable de donner ; il
me donna alors son caca sans crainte d'être châtré par ce don.
Nous arrivons alors à un palier du traitement qu'on peut résumer ainsi : le
contenu de son corps n'est plus destructeur, mauvais, il est capable
d'exprimer son agressivité par le pipi fait debout, sans que l'existence et
l'intégrité du conte¬nant, c'est-à-dire du corps, soient mises en cause.
Le QD au Gesell est passé de 43 à 80, et au Terman-Merill il a un QI de 75.
Le tableau clinique a changé, les troubles moteurs ont disparu, le
prognathisme aussi. Avec les autres enfants il est devenu amical. On peut
commencer à l'inté¬grer à des activités de groupe. Seul le langage reste
rudimentaire, il ne fait jamais de phrases, n'emploie que les mots
essentiels.
Puis, je pars en vacances, suis absente pendant deux mois.
Lorsque je suis revenue, il a joué une scène intéressante montrant la
coexistence en lui des patterns du passé et de la construction faite dans le
pré¬sent. Pendant mon absence, son comportement est resté tel qu'il était, c’est-à-dire
qu'il a exprimé sur son ancien mode, d'une façon très riche en raison de
l'acquis, ce que la séparation représentait pour lui, et qu'il craignait de
me perdre.
Lorsque je suis revenue, il a vidé, comme pour les détruire, le lait, son
pipi, son caca, puis a enlevé son tablier et l'a jeté dans l'eau. Il a donc
détruit ainsi ses anciens contenus et son ancien contenant, retrouvés par le
traumatisme de mon absence.
Le lendemain, débordé par sa réaction psychologique, Robert s'exprimait sur
le plan somatique : diarrhée profuses, vomissement, syncope. Robert se
vidait complètement de son image passée. Seule ma permanence pouvait faire
la liaison avec une nouvelle image de lui-même, comme une nouvelle
naissance.
A ce moment-là, il a acquis cette nouvelle image de lui-même. Nous le voyons
en séance rejouer des anciens traumatismes que nous ignorions. Un sur¬tout :
Robert avait bu le biberon et il a mis la tétine dans son oreille, il en a
rebu, il a ensuite cassé le biberon dans un état de violence très grande. Il
a été capable de le faire sans que l'intégrité de son corps en ait souffert.
Il s'était séparé de son symbole du biberon et pouvait s'exprimer par le
biberon en tant qu'objet. Cette séance était tellement frappante, il l'a
répétée deux fois, que j'ai fait une enquête pour savoir comment s'était
passée son antrotomie subie à 5 mois. On apprit alors que, dans le service
d'O.R.L. où il avait été opéré, il n'avait pas été anes¬thésié, et que
pendant cette opération douloureuse, on lui maintenait dans la bouche un
biberon d'eau sucrée.
Cet épisode traumatique a éclairé l'image que Robert avait construite d'une
mère affamante, paranoïaque, dangereuse qui certainement l'attaquait ; puis
cette séparation ; un biberon maintenu de force lui faisant avaler ses cris
et le mal qu'on lui faisait, le gavage par tube ; et 25 changements
successifs.
Robert ne pouvait pas avoir d'autre image de lui-même. J'ai eu l'impression
que le drame de Robert était que tous les fantasmes oraux-sadiques qu'il
avait pu avoir s'étaient réalisés par ces conditions d'existence, ces
fantasmes étaient devenus la réalité.
Dernièrement, j'ai dû le confronter avec une réalité. J'ai été absente
pendant un an, et je suis revenue enceinte de huit mois. Il m'a vue
enceinte. Il a com¬mencé par jouer des fantasmes de destruction de cet
enfant. J'ai disparu pour l'accouchement. Pendant mon absence, mon mari l'a
pris en traitement, et il a joué la destruction de cet enfant. Lorsque je
suis revenue, il m'a vue plate, et sans enfant. Il était donc persuadé,
étant toujours à ce stade, que ses fantasmes étaient devenus réalité, qu'il
avait tué cet enfant, donc que j'allais le tuer.
Il a été extrêmement agité pendant ces 15 derniers jours, jusqu'au jour où
il a pu me le dire. Alors là je l'ai confronté avec la réalité, je lui ai
amené ma fille, de façon à ce qu'il puisse maintenant faire la coupure. Son
état d'agitation est tombé net, et quand je l'ai repris en séance le
lendemain, il a commencé à m'ex¬primer enfin un sentiment de jalousie, il
s'attachait à quelque chose de vivant et non pas à la mort.
Cet enfant est toujours resté au stade où les fantasmes étaient réalité. La
réa¬lité lui avait imposé ses fantasmes. Grâce à ses fantasmes de
construction intra-¬utérine, qui, dans le traitement, ont été réalité, il a
pu faire cette construction étonnante. S'il avait dépassé ce stade, je
n'aurais pas pu obtenir cette construc¬tion de lui-même.
Comme je le disais hier, j'ai eu l'impression que cet enfant avait sombré
sous le réel, qu'il n'y avait chez lui au début traitement, aucune fonction
symbolique, et encore moins de fonction imaginaire.
LACAN - Il avait quand même deux mots.
HYPPOLITE - C'est sur le mot « le loup » que je voudrais poser une question.
D'où est venu « le loup » ?
Mme LEFORT - Dans les institutions d'enfants, on voit souvent les
infir¬mières faire peur avec le loup. Dans l'institution où je l'ai pris en
traitement, un jour où les enfants étaient insupportables, on les a enfermés
au jardin d'enfants, et une infirmière est allée à l'extérieur faire le cri
du loup pour les rendre sages. Il a donné cette forme qu'il a concrétisée.
HYPPOLITE - Il resterait à expliquer pourquoi cette histoire du loup dont la
peur s'est fixée sur lui, comme sur tant d'autres enfants.
Mme LEFORT - Le loup était évidemment la mère dévorante, en partie.
HYPPOLITE - Croyez-vous que le loup est toujours la mère dévorante ? Mme
LEFORT - Dans les histoires enfantines, on dit toujours que le loup va
manger. Au stade sadique-oral, l'enfant a envie de manger sa mère, donc il
pense que sa mère va le manger, et ce loup dont on le menace va le manger,
donc sa mère va le manger, elle devient le loup. je crois que c'est
probablement la genèse. je ne suis pas sûre.
Il y a dans l'histoire de cet enfant des tas de choses ignorées, que je n'ai
pas pu savoir. je crois que c'est grâce à ça qu'il a donné cette image, le
loup. Quand il voulait être agressif contre moi, il ne se mettait jusqu'à
présent pas à quatre pattes, et n'aboyait pas. Maintenant il le fait.
Maintenant il sait qu'il est un humain, mais il a besoin, de temps en temps,
de s'identifier à un animal, comme le fait un enfant de 18 mois. Et quand il
veut être agressif il se met à quatre pattes, et fait « ouh, ouh », sans la
moindre angoisse. Puis il se relève et continue le cours de la séance. 11 ne
peut encore exprimer son agressivité qu'à ce stade.
HYPPOLITE - Oui, il surmonte ainsi... C'est entre zwingen et bezwingen.
C'est toute la différence entre le mot où il y a la contrainte et celui où
il n'y a pas la contrainte. La contrainte, Zwang, qui est le loup qui lui
donne l'angoisse, et l'angoisse surmontée, Bezwingung, le moment où il joue
le loup.
Mme LEFORT - Oui, je suis bien d'accord.
LACAN - « Le loup » naturellement pose tous les problèmes du symbolisme, qui
n'est pas du tout limitable, puisque vous voyez bien que nous sommes for¬cés
d'en chercher l'origine dans une symbolisation générale. Pourquoi le loup ?
Ce n'est pas un personnage qui nous reste tellement familier, dans nos
contrées tout au moins. Le fait que ce soit le loup qui soit choisi pour
produire ces effets
nous relie directement avec une fonction plus large, sur le plan mythique,
folk¬lorique, religieux primitif. Nous voyons jouer au loup un rôle. Et le
fait qu'il se rattache ainsi à toute une filiation, par quoi nous arrivons
aux sociétés secrètes, avec ce qu'elles comportent d'initiatique dans
l'adoption soit d'un totem, soit d'une façon plus précise de l'organisation
de ce style de communauté, identifi¬cation à un personnage.
Nous ne pouvons pas faire ces distinctions de plan à propos d'un phénomène
aussi élémentaire. Mais ce Surmoi... je voulais attirer votre attention,
vous ver¬rez que des questions qui se poseront à nous par la suite, c'est la
fonction réci¬proque, la différence entre ce qu'on doit appeler Surmoi, dans
le déterminisme du refoulement et ce qu'on doit appeler idéal du Moi. Je ne
sais pas si vous vous êtes aperçus de ceci : qu'il y a là deux conceptions
qui, dès qu'on les fait inter¬venir dans une dialectique quelconque pour
expliquer un comportement de malade, paraissent dirigées exactement dans un
sens contraire. Le Surmoi étant simplement contraignant, l'idéal du Moi
étant exaltant….
----- Original Message -----
From: "liliane" <liliane.fainsilber at wanadoo.fr>
To: <bdf at deflorence.com>; "Groupe de travail pour la psychanalyse
lacanienne" <lutecium-group at lutecium.org>
Sent: Saturday, March 03, 2007 7:22 AM
Subject: Re: [Lutecium-group] décès de Rosine Lefort
> lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium.
> Ne doit pas etre diffuse hors du groupe.
> ---
> C'est triste de voir la mort de Rosine et de Robert Lefort utilisée pour
> alimenter une polémique. Liliane Fainsilber.
>
>
>
> ----- Original Message -----
> From: "BdF" <bdf at deflorence.com>
> To: "'Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne'"
> <lutecium-group at lutecium.org>
> Sent: Saturday, March 03, 2007 2:31 AM
> Subject: [Lutecium-group] décès de Rosine Lefort
>
>
>> lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium.
>> Ne doit pas etre diffuse hors du groupe.
>> ---
>> Voici le mail en clair.
>> ===
>> BdF
>> ===
>>
>> Rosine Lefort
>>
>> Nous avons appris que Rosine Lefort s'est éteinte ce dimanche 25 février
>> 2007, douze jours après Robert. Ils étaient les inséparables pour tous
>> ceux
>> qui les ont, comme moi connus. Et le sont restés jusqu'à leurs derniers
>> jours.
>>
>> Rosine et Robert Lefort, formés par Jacques Lacan, lui sont restés
>> inébranlablement fidèles, dans tous les moments décisifs traversés par le
>> mouvement analytique dans la seconde moitié du XXe siècle.
>>
>> Ils sont de ceux qui ont poursuivi avec Lacan au moment de la dissolution
>> de
>> son Ecole. Ils n'ont pas hésité à faire exister l'Ecole de la Cause
>> freudienne, témoignant ainsi d'une confiance entière et vigilante à
>> l'endroit de plus jeunes qu'eux, parce qu'ils sont restés soucieux de
>> l'avenir de leur praxis.
>>
>> Ils furent des voyageurs infatigables, et des cliniciens rigoureux.
>> Leurs travaux continuent de contribuer aux avancées de la psychanalyse,
>> dont ils ont toujours affirmé l'unité. Ils ont notamment su faire
>> entendre
>> que l'enfant dans le discours analytique est un sujet à part entière,
>> notamment à partir du Cereda (Centre d'Etude et de Recherche sur
>> l'Enfant
>> dans le Discours Analytique ) dont résulte le Nouveau Réseau Cereda et
>> ses
>> trois Diagonales (francophone, hispanophone et américaine).
>> Le désir dont ils ont, chacun et ensemble, fait la preuve dans leur
>> œuvre
>> et leur pratique reste à mes yeux pour tous exemplaire.
>> Le Champ freudien dans le monde entier se joindra à moi pour dire sa
>> sympathie et adresser ses condoléances aux enfants et petits enfants de
>> Robert et Rosine Lefort ainsi qu'à tous leurs proches.
>>
>>
>>
>> Les obsèques de Rosine Lefort ont lieu à Nogent-le-Roi, le vendredi 2
>> mars
>> 2007.
>>
>>
>>
>> Judith Miller
>>
>>
>>
>> _______________________________________________
>> A question? click Help-Me at lutecium.org
>> Lutecium-group mailing list
>> Lutecium-group at lutecium.org
>> http://cerium.lutecium.org/cgi-bin/mailman/listinfo/lutecium-group
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