[Lutecium-group] Re : Re : Karl Wilhelm Jerusalem

Chantal Collet collet.chantal at 9online.fr
Mon Mar 12 19:27:29 GMT 2007



J'étais absente ce week-end ... Je n'aurai pas le temps de regarder  et
rebondir sur la série des courriels. Tant pis !
Ch.




Le 10/03/07 9:53, « sven noordman » <sevensone at yahoo.com> a écrit :

> lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium.
> Ne doit pas etre diffuse hors du groupe.
> ---
> Quiconque parle mieux du desir que celui qui te l'addresse?
> 
> Chantal Collet <collet.chantal at 9online.fr> wrote: lutecium-group: Document
> interne au Groupe de Travail Lutecium.
> Ne doit pas etre diffuse hors du groupe.
> ---
> envoyé à 6 heures , VENDREDI MATIN  . Hum ! Ça ne passe pas ?( 3ème essai) ;
> le robot est en Sunday close.
> 
> 
> 
>
> 
>> lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium.
>> Ne doit pas etre diffuse hors du groupe.
>> ---
>> Tant que nous en sommes pas en situation de face a face, nous parlons tous
>> depuis certaines spheres ou planetes que nous pouvons decrire comme
>> lunatiques, solaires ou mercuriales a souhait. Nous ne parlons pas de la meme
>> facon, et partant, pas meme des memes choses. Il est clair que les concepts
>> les plus intransigeants ont ete interpretes et assimiles par chacun a sa
>> maniere, souvent afin de taire ses propres eceuils.
>> 
>> Tu dis que ce monsieur (mr) accapare la psychanalyse, c'est bien qu'il tente
>> de faire main basse sur des richesses selon un angle impropre. Il veut rafler
>> la mise selon les regles du poker alors que vous jouez au bridge.  Cela
>> semble
>> incongru, voire ridicule comme tu dis. Mais n'est ce pas une des vertus de la
>> psychanalyse de trouver dans ce genre d'evenement matiere a reflexion.
>> Evidement, une fois que l'on a etablit un lien, je veux dire une  notion de
>> respect pour quelqu'un, on peut aller assez loin dans la recherche d'une
>> justification et d'un sens.
>> 
>> Le probleme de la notion de ridicule est que nous le sommes tous a des degres
>> divers et qu'il n'y a qu'une lettre de differance entre mepris et meprise.
>> Oscar Wilde disait je crois que la validite du contenu d'un texte n'a rien a
>> voir avec la sincerite de celui qui l'exprime, cela fait  vingt ans et je ne
>> sais toujours pas quoi penser de cette phrase.
>> 
>> L'autre aspect qui me parait problematique, est celui de cette richesse
>> psychanalytique supposee accaparee. De mon point de vue, naivement
>> aristotelicien, monsieur (mr) est libre d'utiliser le materiaux
>> psychoanalytique comme bon lui semble, apres tout, j'ignore tout de ses
>> dispositions et surtout, je ne sais pas comment elles evolueront. De plus, on
>> a vu souvent des distortions apporter des fruits nouveaux. Evidement s'il
>> pense avoir decouvert le Saint-Graal, on pourra lui retorquer qu'il n'est pas
>> le seul.
>> 
>> Enfin, si la psychanalyse est une richesse, comme toutes les richesses, elle
>> apporte son lot d'ennuis, de jalousie, d'incomprehension. Si tu as vu juste a
>> propos de ce monsieur alors je le plains, car il manque de quelquechose et
>> nous savons que l'argent brule les doigts des voleurs (sans parler de leur
>> coeur), mais il me semble tout aussi probable qu'il y ait chez lui un trop
>> plein, et ce qui est trop est fatalement un peu ambivalent lorsque ce n'est
>> pas trop pur.
>> 
>> A propos de l'amour, je suis comme tout le monde, je crois que j'ai des
>> choses
>> a dire. Je crois cependant que je vais m'abstenir.
>> 
>> Sven
>> 
>> kika  wrote: lutecium-group: Document interne au
>> Groupe de Travail Lutecium.
>> Ne doit pas etre diffuse hors du groupe.
>> ---
>> je trouve ridicule que ton appropriation de la psychanalyse... et c'est de
>> cette hauteur que tu parles, comme un lunatique.
>> 
>> ----- Original Message -----
>> From: "Psychanalyse"
>> 
>> To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne"
>> 
>> Sent: Thursday, March 08, 2007 5:25 PM
>> Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem
>> 
>> 
>> lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium.
>> Ne doit pas etre diffuse hors du groupe.
>> ---
>> 
>> Noué avec un sac de noeuds?
>> 
>> MR
>> 
>> ----- Original Message -----
>> From: "liliane" 
>> 
>> To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne"
>> 
>> Sent: Thursday, March 08, 2007 7:41 AM
>> Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem
>> 
>> 
>> lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium.
>> Ne doit pas etre diffuse hors du groupe.
>> ---
>> Et bien ce serait bien dommage de perdre la dimension de l'idylle, car c'est
>> ce qui donne son charme à l'amour, mais de toute façon elle ne peut se
>> perdre car l'imaginaire est inéliminable des relations entre les hommes et
>> les femmes, pas plus que celle du symbolique et du réel. Le sinthome c'est
>> ce qui noue ne semble ces trois registres, mais il les noue sans que le
>> sujet le sache, c'est sa part d'ignorance. Liliane.
>> 
>> 
>> 
>> ----- Original Message -----
>> From: "kika" 
>> To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne"
>> 
>> Sent: Thursday, March 08, 2007 1:02 AM
>> Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem
>> 
>> 
>> lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium.
>> Ne doit pas etre diffuse hors du groupe.
>> ---
>> mais ce serait toujours le sien, non? soit, ses synthomes à elle, femme (ou
>> homme dans une relation homosexuelle)... car ce qui m'a semblé intéressant
>> chez Lacan c'est cette nouvelle vision, disons pragmatique, de cette
>> institurion appelée "amour" qui relèverait non plus du domaine de l'idylle,
>> mais de celui du synthome et le révèlerait...
>> 
>> 
>> ----- Original Message -----
>> From: "liliane" 
>> 
>> To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne"
>> 
>> Sent: Wednesday, March 07, 2007 2:09 PM
>> Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem
>> 
>> 
>> lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium.
>> Ne doit pas etre diffuse hors du groupe.
>> ---
>> y a de ça, mais ce n'est vu pour l'instant que du côté de l'homme. La
>> rencontre intersinthomatique implique qu'une femme y mette elle aussi du
>> sien. Liliane.
>> ----- Original Message -----
>> From: "kika" 
>> To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne"
>> 
>> Sent: Wednesday, March 07, 2007 1:05 PM
>> Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem
>> 
>> 
>> lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium.
>> Ne doit pas etre diffuse hors du groupe.
>> ---
>> Liliane, quand Lacan parle de l'Amour synthomatique c'est à ça qu'il se
>> réfère, non?
>> 
>> 
>> ----- Original Message -----
>> From: "liliane" 
>> 
>> To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne"
>> 
>> Sent: Wednesday, March 07, 2007 5:27 AM
>> Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem
>> 
>> 
>> lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium.
>> Ne doit pas etre diffuse hors du groupe.
>> ---
>> Merci pour ce texte José-Luiz.
>> 
>> Voici un commentaire plein d'ironie avec cette remarque de Gide qui en est
>> le joyau : il est vrai que Wherter est bien long à mourir et on saute des
>> pages en attendant. Mais quand même, je me pose la question de savoir quelle
>> différence il y a entre cette forme d'amour désespéré et celle de l'amour
>> courtois. Ce dernier est impossible est conduit à la célébration de l'objet
>> lointain, inaccessible, le second celui de Werther est tout aussi
>> impossible, mais conduit non pas à l'exaltation de cet amour, mais au point
>> d'acmé de la haine, celui que Wherter porte à Albert son rival, car c'est
>> lui qu'il tue, au travers de lui, d'ailleurs c'est avec ses propres
>> pistolets qui réalise son acte.
>> 
>> Je me demande, mais ce n'est qu'une idée en passant, si avec ces deux formes
>> d'amour tout aussi impossibles qui maintiennent l'objet d'amour à distance,
>> on ne peut pas qualifier ce qu'il en est des deux structures, celle de
>> l'obsessionnel, par l'amour courtois, amour non moins doublé de haine, mais
>> à l'égard de l'objet lui-même, et celle de l'hystérique, ou c'est la haine
>> de l'objet rival retournée contre soi-même qui triomphe avec la pente au
>> suicide, celle qui en est la cause, la dénommée Charlotte, passant en
>> quelque sorte au second plan. Amicalement. Liliane.
>> 
>> 
>> 
>> ----- Original Message -----
>> From: "José Luiz Caon"
>> To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne"
>> 
>> Sent: Wednesday, March 07, 2007 2:07 AM
>> Subject: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem
>> 
>> 
>> lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium.
>> Ne doit pas etre diffuse hors du groupe.
>> ---
>> Ceci est un journal électronique infini, cosmopolite et à la quête du sens
>> France-Mail-Forum 24 (November 2001)
>> 
>> ----------------------------------------------------------------------------
>> ----
>> 
>> 
>> 
>> Comment on a lancé les livres cultes (I)
>> 
>> DIDIER JACOB
>> 1774 : « Les Souffrances du jeune Werther »
>> Le Nouvel Observateur,12.7. 2001
>> 
>> Goethe a 25 ans lorsqu'il écrit, d'un seul jet, en deux mois, le premier
>> grand chef-d'oeuvre et premier best-seller de la littérature allemande. Son
>> roman d'amour déclenche aussitôt une vague de suicides en Europe. On
>> n'aimera jamais plus comme avant
>> 
>> 
>> ----------------------------------------------------------------------------
>> ----
>> 
>> Dans les rues, les champs, au milieu des conversations, dans les
>> antichambres des princes, dans les cabarets sombres où l'on monte à l'étage
>> pour la fornication, à l'écurie, à l'office, au lavoir où les jeunes garces
>> donnent en chantant la fessée au linge, dans les kermesses entre enfants
>> rigolant, au marché, dans les jardins en fleurs, sous la lune où les
>> amoureux vont langoureusement, partout l'on ne parle que de « Werther ».
>> C'est à Leipzig, petite ville d'Allemagne, que « Die Leiden des jungen
>> Werthers », un mince anonyme de cent cinquante pages, paraît à l'automne
>> 1774. Aussitôt, la librairie de l'éditeur Weygand est prise d'assaut. On
>> veut lire ; on veut savoir. On veut connaître les raisons. Pourquoi ce jeune
>> Werther a-t-il autant souffert, pour quelle raison s'est-il finalement
>> suicidé ?
>> 
>> C'est le premier best-seller allemand, et l'acte de naissance, en Europe, de
>> l'amour modern style - celui qui pince, qui tord, qui brûle et qui fait mal.
>> Werther aime Charlotte, une jeune beauté qui lui a frappé l'oeil tandis
>> qu'elle distribuait aux enfants de sa maison du pain pour le goûter. Avec sa
>> robe blanche ornée de noeuds rose pâle, on aurait dit un ange vêtu comme un
>> caniche. Le coeur de Werther se met à soupirer, « fermente » sans trouver à
>> s'épanouir : la demoiselle est fiancée. Désespéré, le jeune homme se
>> suicide. On voit tout le danger, pour l'église et les corps constitués, de
>> cette apologie de la mort volontaire et des passions exacerbées. La police,
>> alertée, interdit l'ouvrage. Mais il est trop tard. Le livre suscita « une
>> ivresse, une fièvre, une extase qui déferla sur toute la terre habitée »,
>> écrit Thomas Mann. Ce fut, ajoute-t-il, « comme l'étincelle qui tombe dans
>> un tonneau de poudre, où en une brusque expansion une masse de forces,
>> jusqu'alors tenues en laisse, se trouve libérée ; le hasard voulut que le
>> monde entier fût prêt pour ce petit livre ».
>> 
>> L'auteur ? Il n'y a pas deux mois, ce fils d'une mère peuple et d'un austère
>> rentier n'était qu'un étudiant en droit promis à une carrière judiciaire de
>> provinciale importance. Goethe eût épousé, au mieux, la fille du tapissier,
>> s'il n'avait mis par écrit les idées du siècle. Or voici maintenant que,
>> pour le voir, on vient de Londres et de la Russie. Dans les rues, au
>> théâtre, on se pâme devant lui. On étouffe en le croisant, on veut de l'air,
>> des sels, on s'évanouit. On le reconnaît à dix lieues, comme Madonna sur la
>> scène de Bercy. Car ce Lovelace porte les couleurs du héros qu'il a créé,
>> frac bleu, culotte jaune, bottes à mi-mollet. La mode est lancée. Goethe ?
>> Oui, Madonna habillée par Jean-Paul Gaultier.
>> 
>> « Il scandalisait la cour, raconte Pietro Citati, par ses manières
>> d'étudiant de génie, ses tutoiements inopinés, ses imprécations, ses coups
>> de cravache. [...] Il organisait des bals, des divertissements masqués, des
>> représentations théâtrales, des promenades en montagne, des baignades dans
>> les rivières, des chasses, de folles chevauchées nocturnes à travers les
>> bois. » Sous le charme du dandy, le duc Charles-Auguste fait éclairer, la
>> nuit, l'étang gelé que son château surplombe. On réveille la fanfare et
>> l'orchestre de chambre. Musique ! Les doigts des musiciens, bleuis par la
>> froidure, saignent sur l'archet, le fifre, la clarinette. On lance des
>> sortes de fusées au-dessus du lac dont la glace transpire. Goethe au prince
>> : « Patinons, mon prince. » Un laquais porte à Sa Majesté les chaussures à
>> glisse. Et Goethe, véritablement toqué, ou feignant de l'être, se lance dans
>> de périlleuses figures qui font l'admiration discrète des oies en pelisse et
>> des dindons à particules. Une heure passe. On rentre au château. Allons,
>> musique encore ! Menuet, danse, poésie ! Goethe, qui n'a quitté ni son
>> entrain ni sa fourrure, déclame en grelottant : « Promenant autour de lui,
>> raconte encore Citati, ses yeux noirs, resplendissants, d'Italien, il
>> improvisait sur tous les tons et de toutes les manières : iambes,
>> hexamètres, Knittelverse ; poèmes lyriques, fables, ballades, satires et
>> petites comédies ; il répandait ses dons sur le public émerveillé, comme
>> s'il avait renversé sur le monde un grand panier de fleurs. »
>> 
>> Goethe comprend que les petites baronnies d'Allemagne ont soif d'idées
>> neuves et de gentilshommes mal polis, d'oeuvres effervescentes à jeter dans
>> des crânes où les cervelles s'ennuient. Ce n'est pas tant qu'on lise «
>> Werther » - c'est qu'on éprouve soudain la violence d'être en vie. D'où
>> cette « furor Wertherinus » (Lichtenberg) qui annonce les grandes opérations
>> de merchandising moderne, montre Pokémon, T-shirt Harry Potter, calendrier
>> Lara Croft pour vestiaires hommes uniquement. On porte beau et bleu, avec la
>> culotte jaune. Parfumé à l'eau de Werther, on déambule dans les rues à des
>> milliers d'exemplaires. On aime, on pleure, on en finit avec ses jours pour
>> le grandiose de la chose. « Werther, écrit Mme de Staël non sans nostalgie,
>> a causé plus de suicides que la plus belle femme du monde. »
>> 
>> Ainsi l'amour, qui vit de pâquerettes et d'eau fraîche, va devenir à la
>> mode. Au temps des moralistes, on en dissertait sous perruque à l'abri des
>> masses d'air. Désormais, la pluie mouille les passions. Tempêtes, vents,
>> brumes, clairs de lune éclairent d'une lumière argentée le rouge du bonheur
>> et les lèvres de la félicité. Cette fièvre gagne l'Europe, où les
>> traductions fleurissent. Napoléon lui-même a lu « Werther » six fois pendant
>> sa campagne d'Egypte. Il connaît le roman, dira Goethe, « comme un juge
>> d'instruction qui a étudié son dossier ». Les deux géants se rencontrent le
>> 2 octobre 1808 : l'Empereur, qui prend son petit déjeuner, parle levée
>> d'impôts avec Daru. A sa gauche, Talleyrand. Soudain, Napoléon aperçoit
>> Goethe vieillissant, et lui demande son âge. « 60 ans », répond celui-ci.
>> « Vous êtes bien conservé », dit le premier. « Après diverses observations
>> tout à fait pertinentes, raconte Goethe, il mentionna un certain passage et
>> dit : "Pourquoi avez-vous fait cela ? Ce n'est pas naturel." Ce qu'il
>> démontra longuement et de manière parfaitement juste. »
>> 
>> Le « Werther » de Goethe marque, en somme, l'entrée de l'Allemagne dans le
>> concert des nations. Car en 1774 le compteur du génie est, pour la
>> littérature, à zéro dans ce pays. C'est le temps où Voltaire écarquille le
>> jugement, où Diderot invente, dans « le Neveu de Rameau », rien de moins que
>> l'art du scénario. Rousseau, lui, donne au coeur humain le sentiment du
>> paysage. Et l'Allemagne ? Le pays est encore une manière de Timor-Oriental,
>> tout irisé de dialectes qui ne s'entendent qu'à cinq lieues à la ronde.
>> Cinquante ans plus tard, Goethe a renversé la tendance, et les grands
>> romantiques n'auront pas de mots assez doux pour saluer le génie de ce géant
>> de l'amour. Ainsi Lamartine, au sujet de « Werther » : « Je me souviens de
>> l'avoir lu et relu dans ma première jeunesse. Les impressions que ces
>> lectures ont faites sur moi ne se sont jamais effacées ni refroidies. La
>> mélancolie des grandes passions s'est inoculée en moi par ce livre. J'ai
>> touché ainsi au fond de l'abîme humain. Il faut avoir dix âmes pour
>> s'emparer ainsi de celle de tout un siècle. »
>> 
>> Que s'est-il donc passé, dans ces années qui marquèrent le triomphe du Sturm
>> und Drang - du « vague des passions » ? Une sorte de guerre commerciale, au
>> fond, entre prétendants au titre de premier des romantiques. Ainsi
>> Chateaubriand se dépêche d'enfoncer, avec « René », qu'il publie en 1802, la
>> porte ouverte de « Werther ». Goethe, du coup, l'accuse de plagiat, mais en
>> masquant la vraie nature de son ressentiment : « Chateaubriand, dit-il en
>> 1829 à David d'Angers, n'est que le continuateur de Bernardin de
>> Saint-Pierre. » François-René répond par retour, dans les « Mémoires
>> d'outre-tombe », et minimise l'influence de son rival, qu'il traite de «
>> vieille poussière ». Il faudra les grands d'Allemagne pour réviser son
>> jugement. Après la défaite nazie, Thomas Mann puise ainsi espoir dans
>> l'ombre indiscutable : ce « Voltaire allemand », écrit-il, ce « chef
>> spirituel de l'Europe », cet « écusson », ce « palladium de l'humanité »,
>> cet « Allemand au plus haut point, véritable explosion de germanité », est
>> pour lui l'emblème de la dignité retrouvée.
>> 
>> Le voici donc, le bon génie de l'Allemagne : arrière-petit-fils d'un
>> maréchal-ferrant, petit-fils d'un tailleur pour dames, Goethe naît à
>> Francfort, perd sa soeur aimée, sent pencher son coeur vers les filles au
>> teint nacré. Etudiant en droit, il fait ses classes à Leipzig et à
>> Strasbourg où il courtise, avant de la négliger, Frédérique Brion, une jeune
>> fille promue « astre charmant sur le ciel champêtre ». Le 9 juin 1772, il
>> est amoureux de Charlotte - la future du livre. Le 13 août, ils échangent un
>> baiser. Mais Lotte est déjà fiancée. Goethe se désespère, lui envoie des
>> adieux enflammés : « Mon bagage est bouclé, Lotte, le jour va poindre.
>> Encore un quart d'heure et je serai parti. Adieu, mille fois adieu ! » Reste
>> le suicide sur le gâteau : le 30 octobre 1772, Karl Wilhelm Jerusalem, un
>> vieil ami de Leipzig, se tire par dépit une balle dans la tête. Goethe fait
>> d'une pierre deux coups, mêle sa propre histoire au désespoir de l'amoureux
>> éconduit. Pendant deux mois, il écrit sans relâche, établissant un record de
>> célérité que seul Rilke battra, en expédiant en trois semaines les « Elégies
>> de Duino » et les « Sonnets à Orphée ».
>> 
>> Ainsi donc Werther vit. Mais meurt aussitôt, et n'en finit pas de mourir :
>> c'est que le héros pleurniche sans fin, dans un accès de sentimentalité un
>> peu tarte qui rend l'oeuvre épuisante aujourd'hui, et fera dire à Gide,
>> reprenant le livre aux premiers mois de l'Occupation : « J'achève de relire
>> "Werther", non sans irritation. J'avais oublié qu'il mettait tant de temps à
>> mourir. Cela n'en finit pas, et l'on voudrait enfin le pousser par les
>> épaules. » Après avoir mouillé tout un lot de mouchoirs, Goethe conclut
>> pourtant l'affaire, dans un extraordinaire final où l'émotion, la tristesse,
>> la surprise semblent vouloir signer, d'un trait rageur, et à trois mains, au
>> bas de l'ouvrage : « Il mourut à midi. La présence du bailli et les mesures
>> qu'il prit prévinrent un attroupement. Il le fit enterrer de nuit, vers les
>> onze heures, dans l'endroit qu'il s'était choisi. Le vieillard et ses fils
>> suivirent le convoi. Albert n'en avait pas la force. On craignit pour la vie
>> de Charlotte. Des journaliers le portèrent ; aucun ecclésiastique ne
>> l'accompagna. »
>> 
>> Goethe expédie sa déclaration des droits de l'homme et du citoyen
>> romantiques chez Weygand, à Leipzig. Il envoie aussi l'objet à Lotte, qui se
>> froisse de voir son nom et sa figure entrer sans permission au Who's Who des
>> grandes héroïnes romanesques. Son mari, Kestner, proteste également. C'est
>> que Goethe lui a, de la sorte, volé sa femme en lui faisant cet enfant. D'où
> 
> === message truncated ===
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