[Lutecium-group] Re: Hétérogénéité des instances et de leurs modes d'expression
Catherine Grandjean
catherine-grandjean at cegetel.net
Sun Mar 18 13:08:02 GMT 2007
Sur ce même thème, voici quelques citations, extraites du VIIème petit
traité, intitulé "Sur les rapports que le texte et l'image n'entretiennent
pas", de Pascal Quignard. Si le fantasme est image, on comprendra qu'il ne
peut se faire texte.
"Il est 1.contradictoire, 2.vain de demander au signe qu'il se transporte
dans l'objet qu'il réfère, car la signification est ce transport même ;
c'est astreindre l'écrit à sa mort."
"L'image est proprement l''interdit' du dire. De là, si l'on veut conserver
à cette impossibilité sa vieille et fondative énergie, il semble qu'on ne
puisse ni lire à haute voix nitraduire en images ou en film ou en dessins ou
sous une forme théâtrale quelque livre qui ait été écrit au monde."
"Pour reprendre la phrase que Gorgias prononça à Athènes : ce que l'oeil
voit, la bouche ne peut le prononcer ; ce que la bouche pronconce la main ne
peut le toucher ; ce que la main étreint et palpe, le nez ne peut le sentir
etc. En d'autres termes, les significations que les lettres couchent par
écrit sont incommunicables aux représentations que les images dressent
devant nos yeux"
"Quand l'un est lisible, l'autre n'est pas vu. Quand l'un est visible,
l'autre n'est pas lu. A quelque contiguïté qu'on s'efforce, ces deux media
demeurent parallèles, et il faut dire que, pour l'éternité, ces mondes sont
impénétrables l'un à l'autre."
"Un mode d'expression ne se transpose en un autre qu'à la condition de sa
perte."
"Il disait que les livres avaient été écrits par d'autres que ceux dont ils
portaient le nom et que les récits qu'ils contenaient renvoyaient à des
choses plus anciennes".
Sur ce point, les relations qu'entretint Freud avec une chanteuse populaire
de son temps (je n'ai plus les références précises sous la main) sont
éclairantes. Cette chanteuse, que Freud avait grand plaisir à écouter, lui
écrit un jour une lettre : elle lui explique précisément que lorsqu'elle
chante, ce n'est pas elle qui chante. Elle dit l'exil de soi que requiert le
chant. Freud lui répond en substance : c'est impossible, votre art est le
reflet de votre personnalité profonde. A ce moment là, il rate exactement ce
qu'est l'art.
--
Catherine
----- Original Message -----
From: "Catherine Grandjean" <catherine-grandjean at cegetel.net>
To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne"
<lutecium-group at lutecium.org>
Sent: Sunday, March 18, 2007 1:12 PM
Subject: Re: [Lutecium-group] vous avez dit transfert, comme c'est
bizare....
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium.
Ne doit pas etre diffuse hors du groupe.
---
Bonjour,
Le problème, c'est qu'il ne suffit pas d'écrire une fiction, avec un héros
ou non, pour se dire écrivain. Par exemple, je ne considère que les BD de
Spiderman soient de la littérature. Donc, ces rapports entre la
fantasmagorie d'un auteur et l'histoire qu'il raconte sont très insuffisants
pour qu'il définir la littérature, au sens esthétique, artistique du terme,
et pour en parler.
La littérature est au-delà de l'histoire que raconte un livre. Elle est,
entre autre, et c'est absolument capital, du côté de la musicalité. Alain
Didier-Weill, dans un livre assez remarquable, dont le titre est
Invocations, donne un repérage précis de cette musicalité, d'essence
dionysiaque : est auteur celui qui se tient très au bord du Réel depuis le
symbolique. Plus au bord encore, c'est la musique elle-même. C'est sur ce
bord entre symbolique et réel qu'opère la littérature. C'est le bord de
l'inoui, de ce qui, jusqu'à ce livre, n'avait encore jamais été entendu.
Alors qu'à prendre les choses par la fantasmagorie de l'auteur et ses
relations à ses personnages ou à l'histoire du livre, on reste dans
l'imaginaire, et on rate l'essence de la littérature. Pire : on n'est pas
loin de dire que tout le monde pourrait être écrivain. Ca n'est pas le cas.
Ecrire (lire également), cela nécessite au contraire de s'exiler de son
imaginaire, de son petit moi, de faire taire "sa radiophonie intérieure"
(Roland Barthes). Sinon, on ne fait que se raconter, fut-ce de façon
masquée, et d'un point de vue littéraire, c'est sans intérêt aucun.
Bon dimanche,
--
Catherine
----- Original Message -----
From: "Eric Maillard" <emaillard at noos.fr>
To: <maldoro at ifrance.com>; "Groupe de travail pour la psychanalyse
lacanienne" <lutecium-group at lutecium.org>
Sent: Sunday, March 18, 2007 12:26 PM
Subject: Re: [Lutecium-group] vous avez dit transfert, comme c'est
bizare....
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium.
Ne doit pas etre diffuse hors du groupe.
---
Il me semble que dans le fantasme qu'est ce "drame qu'il ressent dans sa
propre existence", l'auteur, par identification-projection, crée un double
imaginaire, un Autre virtuel, héros hélas inopérant qui, je crois, ne
"reçoit" aucune pulsion. Peut-être, effectivement, le leurre peut-il
soulager ?
EM
----- Original Message -----
From: "Frans Tassigny" <frans.tassigny at gmail.com>
To: "lutecium-group" <lutecium-group at lutecium.org>
Sent: Saturday, March 17, 2007 6:14 PM
Subject: [Lutecium-group] vous avez dit transfert, comme c'est bizare....
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium.
Ne doit pas etre diffuse hors du groupe.
---
. Il y aurait un "transfert" entre l'auteur et son héros; celui-ci déplace
un drame qu'il pressent dans sa propre existence en l'articulant dans le
champ romanesque. Il exorcise son angoisse à travers une expérience fictive,
il essaie son héros au meurtre, au suicide, déplaçant ainsi ses propres
pulsions auto-destructrices. Cela le soulage et si ses problèmes restent
entiers, il les a momentanément "déchargés", sa ou ses victimes passent du
réel à la fiction dans la conscience obscure d'une société qui se repaît de
larmes et de sang.
un psychanalyste m'a répondu ceci :
.Lacan a trouvé dans Lol V. Stein l'application de certaines de ses théories
...Mais dire qu'il y a un "transfert" entre l'auteur et son héros ne me
semble pas tout à fait correct... Il me semble que le travail d'écriture est
plutôt de l'ordre de travail du rêve... C'est absolument insuffisant de dire
qu'un ecrivain fait suicider son personnage parce qu'il subit ce genre de
pulsion lui-même... Aussi bien que de reduire un rêve de suicide à son
contenu manifeste... S'il y a du "transfert" dans l'ecriture c'est plutot
entre l'auteur et son lecteur abstrait, il me semble. C'est le lecteur qui
est l'Autre s'il y en a un plutôt que le héro. Le discours découle de
l'histoire de l'auteur, mais il est codé et doit être decripté.
je crois cette intervention pertinente Mais qu'en est-il véritablement du
sujet de l' inconscient? Qu'en est-il de cette présence qui lui est sujette?
transfer ?
votre avis
merci
ft
--
Tassigny Frans
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