[Lutecium-group] Re : vous avez dit transfert, comme c'est bizare....
Catherine Grandjean
catherine-grandjean at cegetel.net
Sun Mar 18 22:31:44 GMT 2007
Merci Emmanuel pour cette nuance, je m'en resservirai. Effectivement, il ne
s'agit pas de considérer l'écriture comme une expérience psychotique. Votre
idée d'équilibre me convient. Je parle pour ma part souvent de tension,
tension entre le moi et l'exil du moi. Mais disons tout de même qu'en ces
temps de rationalisations forcenées, le logos a le vent en poupe et parler
d'exil du moi est bien plus suspicieux. C'est sans doute ce qui me pousse à
souvent en parler plus, peut-être parfois de façon trop unilatérale.
Merci également pour le compliment, il me fait plaisir.
--
Catherine
----- Original Message -----
From: "Emmanuel Bing" <bing at club-internet.fr>
To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne"
<lutecium-group at lutecium.org>
Sent: Sunday, March 18, 2007 4:18 PM
Subject: [Lutecium-group] Re : vous avez dit transfert, comme c'est
bizare....
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium.
Ne doit pas etre diffuse hors du groupe.
---
Je dirais ceci : c¹est presque vrai. C¹est à dire que tant que l¹on n¹est
pas allé, tant que l¹on n¹est pas situé sur cette faille mouvante, cette
antifrontière entre symbolique et réel, en effet, l¹on n¹y est pas ;
l¹effort est, pour beaucoup, cet oubli de l¹imaginaire dont vous parlez
(mais le moi n¹est pas tant haïssable) ; pas pour tous : cela dépend, pour
chacun. Pas une écriture semblable. Jamais. Écrire comme l¹autre est
impossible. Ou ce n¹est pas écrire. Le mimétisme rate son objet. Dès lors ce
bord, instable ô combien, si l¹on s¹y assure (de son travail, de sa geste,
de sa pensée, de son inscription dans le réel), permet d¹y tenir quelque
dépasse (ce mot pris dans sa dynamique), à savoir à nouveau, d¹y réassocier
l¹imaginaire : là est la vraie difficulté. On arrive à mener l¹écriture
jusqu¹à ce bord, à cette épure nécessaire à l¹écrit pour prendre corps ;
mais il faut pouvoir, au delà et accroché, arrimé au Réel, renouer. Rester
au bord, ce n¹est toujours pas la littérature. Opérer la bascule, c¹est
encore trop un risque. C¹est donc dans une tension dynamique que cela a lieu
: en équilibre. En vol.
J¹aime votre énergie à chercher et démontrer cette part indicible, rétive au
spectacle.
Merci.
EB
Le 18/03/07 13:12, « Catherine Grandjean » <catherine-grandjean at cegetel.net>
a écrit notamment :
> lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium.
> Ne doit pas etre diffuse hors du groupe.
> ---
> Bonjour,
>
> Le problème, c'est qu'il ne suffit pas d'écrire une fiction, avec un héros
> ou non, pour se dire écrivain. Par exemple, je ne considère que les BD de
> Spiderman soient de la littérature. Donc, ces rapports entre la
> fantasmagorie d'un auteur et l'histoire qu'il raconte sont très
insuffisants
> pour qu'il définir la littérature, au sens esthétique, artistique du
terme,
> et pour en parler.
>
> La littérature est au-delà de l'histoire que raconte un livre. Elle est,
> entre autre, et c'est absolument capital, du côté de la musicalité. Alain
> Didier-Weill, dans un livre assez remarquable, dont le titre est
> Invocations, donne un repérage précis de cette musicalité, d'essence
> dionysiaque : est auteur celui qui se tient très au bord du Réel depuis le
> symbolique. Plus au bord encore, c'est la musique elle-même. C'est sur ce
> bord entre symbolique et réel qu'opère la littérature. C'est le bord de
> l'inoui, de ce qui, jusqu'à ce livre, n'avait encore jamais été entendu.
>
> Alors qu'à prendre les choses par la fantasmagorie de l'auteur et ses
> relations à ses personnages ou à l'histoire du livre, on reste dans
> l'imaginaire, et on rate l'essence de la littérature. Pire : on n'est pas
> loin de dire que tout le monde pourrait être écrivain. Ca n'est pas le
cas.
> Ecrire (lire également), cela nécessite au contraire de s'exiler de son
> imaginaire, de son petit moi, de faire taire "sa radiophonie intérieure"
> (Roland Barthes). Sinon, on ne fait que se raconter, fut-ce de façon
> masquée, et d'un point de vue littéraire, c'est sans intérêt aucun.
>
> Bon dimanche,
>
> --
> Catherine
>
>
> ----- Original Message -----
> From: "Eric Maillard" <emaillard at noos.fr>
> To: <maldoro at ifrance.com>; "Groupe de travail pour la psychanalyse
> lacanienne" <lutecium-group at lutecium.org>
> Sent: Sunday, March 18, 2007 12:26 PM
> Subject: Re: [Lutecium-group] vous avez dit transfert, comme c'est
> bizare....
>
>
> lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium.
> Ne doit pas etre diffuse hors du groupe.
> ---
> Il me semble que dans le fantasme qu'est ce "drame qu'il ressent dans sa
> propre existence", l'auteur, par identification-projection, crée un double
> imaginaire, un Autre virtuel, héros hélas inopérant qui, je crois, ne
> "reçoit" aucune pulsion. Peut-être, effectivement, le leurre peut-il
> soulager ?
> EM
> ----- Original Message -----
> From: "Frans Tassigny" <frans.tassigny at gmail.com>
> To: "lutecium-group" <lutecium-group at lutecium.org>
> Sent: Saturday, March 17, 2007 6:14 PM
> Subject: [Lutecium-group] vous avez dit transfert, comme c'est bizare....
>
>
> lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium.
> Ne doit pas etre diffuse hors du groupe.
> ---
> . Il y aurait un "transfert" entre l'auteur et son héros; celui-ci déplace
> un drame qu'il pressent dans sa propre existence en l'articulant dans le
> champ romanesque. Il exorcise son angoisse à travers une expérience
fictive,
> il essaie son héros au meurtre, au suicide, déplaçant ainsi ses propres
> pulsions auto-destructrices. Cela le soulage et si ses problèmes restent
> entiers, il les a momentanément "déchargés", sa ou ses victimes passent du
> réel à la fiction dans la conscience obscure d'une société qui se repaît
de
> larmes et de sang.
>
> un psychanalyste m'a répondu ceci :
>
> .Lacan a trouvé dans Lol V. Stein l'application de certaines de ses
théories
> ...Mais dire qu'il y a un "transfert" entre l'auteur et son héros ne me
> semble pas tout à fait correct... Il me semble que le travail d'écriture
est
> plutôt de l'ordre de travail du rêve... C'est absolument insuffisant de
dire
> qu'un ecrivain fait suicider son personnage parce qu'il subit ce genre de
> pulsion lui-même... Aussi bien que de reduire un rêve de suicide à son
> contenu manifeste... S'il y a du "transfert" dans l'ecriture c'est plutot
> entre l'auteur et son lecteur abstrait, il me semble. C'est le lecteur qui
> est l'Autre s'il y en a un plutôt que le héro. Le discours découle de
> l'histoire de l'auteur, mais il est codé et doit être decripté.
>
> je crois cette intervention pertinente Mais qu'en est-il véritablement du
> sujet de l' inconscient? Qu'en est-il de cette présence qui lui est
sujette?
> transfer ?
>
> votre avis
>
> merci
> ft
> --
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