[Lutecium-group] Re: Hétérogénéité des instances et de leurs modes d'expression

Catherine Grandjean catherine-grandjean at cegetel.net
Sun Mar 18 23:29:09 GMT 2007


Bonsoir Danielle,

Merci de cette réponse dont je reprends le passage suivant :

> pour ce "sortir de soi", dans un vieux topo j'avais utilisé ce
personnage de film, petit garçon qui veut absolument danser, zut son
nom m'échappe à l'instant, quand il est devant le jury et qu'on lui
demande ce que cela lui fait de danser, il dit "je n'existe pas".
bon faudrait que je retrouve mes notes de l'époque de ce topo à
propos de "pulsion de mort" au sens freudien, que je liais avec la
pulsion artistique: se sortir de soi même. une répétition.

Je vous livre un petit extrait du livre de Didier-Weill, précisément sur ce
rôle de la pulsion de mort dans cet au-delà de soi vers lequel l'artiste se
transporte. C'est à la page 159 de son livre Invocations. On y comprendra
que cet au-delà de soi est nécessité par le besoin, pour produire un sens
nouveau - ce que fait l'art - de s'arracher du sens constitué, du sens
commun. Ca me semble assez loin de la répétition, puisqu'alors Thanatos
porte le renouvellement du sens :

"Dans cette perspective, 'Thanatos' est une tendance qui n'est pas seulement
cette tendance à la destruction que Freud a retenue, mais tendance à annuler
toutes les significations déjà existantes afein que puissent incessamment
advenir de nouveaux signifiants, qu'Eros prendra en charge."

Mais c'est vrai qu'alors, on s'éloigne de la conception freudienne de
l'artiste, qui voit en lui un être qui cherche à fuir la réalité, et que la
production artistique viendrait satisfaire en lieu et place de la dite
réalité jugée trop insatisfaisante. En-dehors du fait que Freud, là encore,
rate à la fois l'essence de la production artistique et sa valeur profonde
pour l'humanité, il y a encore cette incohérence que note Didier-Weill :
"Cette façon d'appréhender l'art comme comme un 'sédatif' nous donnant cette
'légère narcose' nous aidant, un peu comme l'illusion religieuse, à
supporter la dure réalité, situe l'artiste comme celui qui se mettrait au
service exclusif du principe de plaisir. Ainsi cette conception de 1928
[Malaise dans la civilisation] ne tient plus compte de la conception
proposée en 1920 dans laquelle le but de la vie n'était pas le principe de
plaisir, mais cet 'au-delà du principe de plaisir' qu'est la pulsion de
mort." (p.160).

Evidemment, là aussi, il ne s'agit pas de vanter Thanatos mais bien plutôt
de comprendre qu'Eros et Thanatos ne sont rien l'un sans l'autre et qu'Eros
n'est donc pas à vanter non plus, ce qui est peut-être, pourtant, une
tendance majeure de la psychanalyse.

Je dois dire que cette découverte de ces rapports de Freud avec l'art fut
pour moi assez douloureuse.

--
Catherine





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