[Lutecium-group] RE : Re: RE : art poètique, art symptômatique et art de contre-trasfer t

Natalia Milopolsky-Costiou namicost at yahoo.fr
Fri Mar 23 12:09:39 GMT 2007


De ma part, cela fait des années que j'analyse cette question par rapport à une autre: ou passent les signifiants, quand l'analyste et l'analysant ne partagent pas la même langue maternelle. Selon mon expérience, un cadre pareil nous réserve des découvertes tout à fait étonnantes. Bien que (au risque de vous choquer ;) je n'étais jamais (et encore moins avec le temps) sûre, que l'inconscient soit structuré comme un langage, ce que n'enlève rien de mon respect pour l'oeuvre toujours aussi bouleversante de Jacques Lacan...
   
  Cordialement,
  Natalia

Jean-françois Doucet <jeanfd at ulrik.uio.no> a écrit : 
  lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium.
Ne doit pas etre diffuse hors du groupe.
---
Je lis, chère Liliane, avec le plus grand intérêt la série de messages
qui compare le travail d' interprétation d' un(e) psychanalyste à la
création. Je me demande donc si le plus petit dénominateur commun aux deux
activités est de revenir à l' aspect conventionel du langage qui fait que
2 individus parlant la mème langue empruntent au mème héritage
linguistique, en viennent quelques fois à passer une convention sur le
thème de leur discussion à l' aide de mots ( signifiants), le thème dans
le cas de l'interprétation analytique étant ce qui est advenu ( et qui
fait symptôme) tandis que le thème dans le cas de la création artistique,
n'existant pas encore, est anticipé.
j'aimerais bien avoir votre avis sur cette formulation de crainte de me
tromper
bien cordialement
Jean-francois Doucet

> lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium.
> Ne doit pas etre diffuse hors du groupe.
> ---
> Oui Nathalia, je suis d'accord avec ce que vous avez écrit ainsi qu'avec
> ce
> que vous avez fait vôtre par le choix de cette citation, mais cela n'est
> pas
> en soi très étonnant car toutes les formations de l'inconscient, y compris
> celle de la formation poétique étant métaphorique, l'interprétation de
> l'analyste elle est elle aussi soumise à cette même loi langagière. Je
> pense à cette si énigmatique formulation de Lacan dans "Télévision" :
> "L'interprétation doit être preste pour satisfaire à l'entreprêt" . Je la
> décomposerais ainsi, au risque de me tromper, dans cette entreprise que
> constitue l'interprétation, il s'agit de saisir au vol, les signifiants
> que
> vous empruntez à l'analysant, c'est à dire que c'est lui qui vous les a
> prétés. Vous jouez donc sur les signifiants inter-prêtés entre l'analysant
> et l'analyste. Bonne journée. Liliane.
>
>
> ----- Original Message -----
> From: "Natalia Milopolsky-Costiou" 
> To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne"
> 
> Sent: Thursday, March 22, 2007 11:26 AM
> Subject: [Lutecium-group] RE : art poètique, art symptômatique et art de
> contre-trasfert
>
>
> lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium.
> Ne doit pas etre diffuse hors du groupe.
> ---
> Bonjour Liliane,
>
> Votre texte ainsi que les dernières réflexions de lutéciens sur la
> créativité et la projection (introjection plutôt ?) de l'auteur sur son
> personnage, me font penser au sujet de contre-transfert - ce terrain
> d'analyse toujours inépuisable dans notre travail. L'attention flottante,
> que nous prêtons au monologue (dialogue intérieur ) de notre patient, est
> possible en large partie grâce à cette créativité. La solitude inévitable
> et
> bienfaisante de l'analyste en est donc à la fois le résultat et la
> condition. Ce processus fluctuant qui permet au patient sa liberté de dire
> est le même qui nous donne notre liberté de (ou pas) agir.
>
> Voici un passage de Catherine Parat ( "A propos du contre-transfert",
> 1976), que je trouve très juste:
>
> "Nos meilleures interventions ne s'appuient pas sur un savoir, ni même
> souvent sur une élaboration, mais sur un perçu, un ressenti, et
> s'expriment
> dans une communication directe qui court-circuit le conscient, le travail
> analytique s'apparente alors de façon très proche à la création
> artistique.
> Pour se prêter au cheminement de l'autre, en identification, il suffit
> souvent de donner forme verbale au mouvement intérieur qu'il a suscité, de
> l'accompagner (souvent en le précédent) sur les ondes qu'il a ébranlées.
> La
> résonance éveillée par certains mots qui s'isolent spontanément de leur
> contexte manifeste et que nous saisissons, la perception de double sens de
> certaines expressions, ouvrent en nous, vers notre monde inconscient une
> voie, une brèche, dont nous ne savons pas tout de suite où elle mène ( car
> elle mène où l'autre a besoin d'aller), l'allusion, l'équivoque, l'ambigu,
> tracent un passage vers un inconnu indicible, non encore défini, dans une
> démarche bien proche du
> vécu de la création naissante."
>
> Bon printemps,
> Natalia
>
> liliane 
a écrit :
> lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium.
> Ne doit pas etre diffuse hors du groupe.
> ---
> Bonjour à tous,
> j'ai écrit ce texte que j'ai mis sur le livre bleu de la psychanalyse
> http://psychanalyse.canalblog.com/archives/2007/03/20/index.html
>
> Je veux juste rajouter le fait que Freud est comme Monsieur Jourdain qui
> faisait de la prose sans le savoir, lui fait de la linguistique, avant
> même
> qu'elle ait été inventée au titre de science du langage. Bonne journée à
> tous. Liliane.
>
> Le symptôme d'un latiniste en herbe
> Dans une lettre adressée à Fliess, au moment même où il invente, pas à
> pas,
> la psychanalyse, Freud pose à la fois les similitudes et les différences
> entre les rêves et les symptômes : "Ce n'est pas seulement le rêve qui est
> réalisation de désir mais aussi l'accès hystérique... je crois savoir
> maintenant par quoi se distingue le rêve du symptôme qui s'institue à
> l'état
> de veille. Puisque le rêve est maintenu loin de la réalité, il lui suffit
> d'être la réalisation de désir d'une pensée refoulée. Mais le symptôme,
> lui
> mêlé à la vie, doit être autre chose : la réalisation de désir de la
> pensée
> refoulante. Un symptôme apparaît là où la pensée refoulée et la pensée
> refoulante peuvent coïncider dans une réalisation de désir... le symptôme
> représente la réalisation de deux désirs contradictoires."[1]
>
> Le symptôme d'un latiniste en herbe, que Freud décrit dans la foulée,
> illustre justement l'existence de ces deux désirs contradictoires qui
> collaborent à la formation du symptôme
>
> Freud écrit à son ami : "Sais-tu pourquoi notre ami E. rougit et transpire
> dès qu'il rencontre une certaine catégorie de personnes qu'il connaît
> surtout quand il les rencontre au théâtre ?
>
> "Il a honte c'est vrai. Mais honte de quoi?".
>
> Il a honte d'un fantasme de défloration mais aussi de vengeance qui peut
> se
> traduire ainsi : "Dire que cette oie stupide s'imagine que j'ai honte
> devant elle ! Si seulement je l'avais dans mon lit, elle verrait si je la
> crains!"
> Selon Lacan, c'est par la voie de la métaphore que se créent les liens
> entre le signifiant et le signifié. Dans l'ordre diachronique d'une
> phrase,
> donc son déroulement, "c'est dans la substitution du signifiant au
> signifiant que se produit un effet de signification qui est de poésie ou
> de
> création autrement dit de signification". Les deux exemples princeps qu'il
> en donne, sont d'une part, ce vers de Victor Hugo, dans son poème « Booz
> endormi », « sa gerbe n'était ni avare, ni haineuse » ou encore ce vers si
> connu « L'amour est un caillou riant dans le soleil ».
> Toutes les formations de l'inconscient relèvent de ce même mécanisme, les
> rêves, les symptômes, les lapsus, mais aussi ces belles formations
> langagières que sont les poèmes et les traits d'esprit.
>
> Dans les faits, à propos de cet homme qui rougit devant les femmes surtout
> quand il les rencontre au théâtre, il est difficile de reconstituer les
> termes de la métaphore, de retrouver les signifiants qui se sont
> substitués
> l'un à l'autre pour former ce symptôme parce que justement Freud
> l'interprète dans l'autre sens, du signifié au signifiant, du contenu
> manifeste pourrait-on dire du symptôme à son contenu latent, si ces deux
> termes n'étaient pas exclusivement réservés à l'analyse du rêve. Mais ce
> n'est
> pas pour autant impossible car voici que Freud nous indique que la salle
> de théâtre est venue évoquer une salle de classe, où il avait eu une
> controverse avec son professeur de latin à propos de cette expression
> latine "operam dare". A première vue on se demande pourquoi. Où était le
> problème? Je pense justement que c'est cette expression latine qui est à
> la
> base de sa métaphore symptomatique.
> Il existe en effet deux mots latins très proches, l'un est au neutre, «
> opus, operis », et signifie l'oeuvre, la réalisation d'une ouvre, tandis
> que
> l'autre nom qui est au féminin « opera, operae » se traduit par la peine,
> le travail, la peine que l'on prend pour réaliser un travail. C'est donc
> autour de ces deux termes que devait avoir eu lieu le litige avec son
> professeur.
> C'est là que de la salle de classe à la salle de théâtre, surgit une
> équivoque signifiante qui le fait rougir de honte, comme on dit jusqu'à la
> racine des cheveux. Quelle est donc cette équivoque ? Il se donne du mal,
> il travaille dur, il transpire, vulgairement, nous pourrions dire, en
> français, il besogne fantasmatiquement une femme. Peut-être s'est-t-il en
> un
> temps lointain, besogné lui-même.
> Puisque le symptôme hystérique, comme le décrit Freud, exprime toujours un
> double fantasme, un fantasme sexuel masculin et un fantasme sexuel
> féminin,
> nous pouvons retrouver cette composante féminine de son symptôme
> hystérique, avec cette ouvre qu'il pourrait mettre lui-même au monde,
> auquel il pourrait donner naissance. On dit bien d'une femme qu'elle s'est
> trouvée enceinte de ses ouvres. On le dit par exemple de la Vierge Marie
> qui s'est trouvée enceinte de par l'opération du Saint Esprit.
>
> Mais pour que la description de la métaphore du symptôme que nous donne
> Lacan tienne il faudrait peut-être que nous rajoutions au texte de Freud,
> (le fait qu'il rougissait et transpirait en présence de femmes, lorsqu'il
> assistait à « une ouvre » théâtrale), ces deux mots latins équivoques, de
> « opus » et de « opera ». Ce sont en effet eux qui créent la métaphore et
> son effet de signification.
> Il doit être rare de nos jours de découvrir un symptôme fabriqué avec une
> formule latine celle de "operam dare", se donner du mal, s'échiner,
> puisque
> maintenant nous avons, presque tous, perdu notre latin.
>
>
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