[Lutecium-group] logorrhée et enthousiasme
Violaine Clement
violaine.clement at co-perolles.ch
Thu Mar 29 11:58:03 GMT 2007
La question posée de la distinction (sic !) entre la poésie et la
logorrhée (diarrhée verbale) me semble importante.
Elle a quelque chose à voir avec l'évaluation. En effet, qui fixe le
prix de ce qui sort de la bouche ?
Une remarque m'avait frappée lorsque j'avais, avec un peu de naïveté,
posé cette question à propos d'un cas de psychose : les écrits produits
de manière automatique pouvaient (me) faire penser à de la poésie. Or
son auteur n'en était pas l'auteur, il disait clairement que ça coulait
à travers sa main, et qu'il était surpris lorsqu'il lisait ce qui
sortait de sa machine.
Cela n'est pas sans rappeler que le poète se déclare souvent inspiré,
et qu'il ne sait pas toujours ce qu'il fait, ni si c'est lui qui le
fait.
Voltaire, dans son dictionnaire philosophique, sous enthousiasme
(http://www.voltaire-integral.com/Html/18/enthousiasme.htm)
La chose la plus rare est de joindre la raison avec l’enthousiasme; la
raison consiste à voir toujours les choses comme elles sont. Celui qui
dans l’ivresse voit les objets doubles est alors privé de la raison.
L’enthousiasme est précisément comme le vin: il peut exciter tant de
tumulte dans les vaisseaux sanguins, et de si violentes vibrations dans
les nerfs, que la raison en est tout à fait détruite. Il peut ne causer
que de légères secousses, qui ne fassent que donner au cerveau un peu
plus d’activité: c’est ce qui arrive dans les grands mouvements
d’éloquence, et surtout dans la poésie sublime. L’enthousiasme
raisonnable est le partage des grands poètes.
Cet enthousiasme raisonnable est la perfection de leur art: c’est ce
qui fit croire autrefois qu’ils étaient inspirés des dieux, et c’est ce
qu’on n’a jamais dit des autres artistes.
Enthousiasme, c'est le dieu qui est dedans : on pourrait parler
d'ex-thousiasme lorsque, comme dans certains logorrhées, il sort tout
seul, sans raison.
Une question aux Lutéciens : que dire à ce propos de Joyce ? Il semble
qu'il ait très bien su ce qu'il faisait, et que c'est peut-être ce qui
a causé tant d'embarras à Lacan, qui se disait "embarrassé de Joyce
comme un poisson d'une pomme".
Il y a dans le projet de Joyce quelque chose qui a marché, comme dans
ces délires que nous partageons, et qui font que nous nous sentons
moins fous que les autres.
Violaine
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