[Lutecium-group] RE : Re: RE : art poètique, art symptômatique et art de contre-trasfer t
Jean-françois Doucet
jeanfd at ulrik.uio.no
Sat Mar 31 17:32:36 GMT 2007
Merci de votre email, qui me concerne à double titre puisque ma
psychothérapie psychanalytique s' est déroulée en 2 langues : d' un coté
une psychanalyste norvégienne et de l' autre moi de langue maternelle
francaise. Je ne sais pas qu' elle découvertes tout à fait étonnantes ont
permis cette analyse : dans quel domaine ( linguistique ? ) ces
découvertes peuvent-être faites ? La seule chose dont je me souviens c'
est la réticence de mon analyste à entreprendre une analyse "stricto sensu
" avec moi, peut-être par égard pour mes symptômes mais certainement pour
ce bilinguisme. Quant à ses découvertes, je ne sais pas dans quels
domaines, elle peuvent intervenir ? vous voulez parler de la linguistique
?
Pour ce qui est de l' inconscient structuré comme un langage, pour ma
part, j' en suis à l' inconscient structuré " PAR " le langage et comprend
par conséquent vos réticences à adopter la formule lacanienne brute de
décoffrage.
bien cordialement
Jean-francois Doucet
> lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium.
> Ne doit pas etre diffuse hors du groupe.
> ---
> De ma part, cela fait des années que j'analyse cette question par
rapport
> à une autre: ou passent les signifiants, quand l'analyste et l'analysant
ne partagent pas la même langue maternelle. Selon mon expérience, un
cadre
> pareil nous réserve des découvertes tout à fait étonnantes. Bien que (au
risque de vous choquer ;) je n'étais jamais (et encore moins avec le
temps) sûre, que l'inconscient soit structuré comme un langage, ce que
n'enlève rien de mon respect pour l'oeuvre toujours aussi bouleversante
de
> Jacques Lacan...
>
> Cordialement,
> Natalia
>
> Jean-françois Doucet <jeanfd at ulrik.uio.no> a écrit :
> lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium.
> Ne doit pas etre diffuse hors du groupe.
> ---
> Je lis, chère Liliane, avec le plus grand intérêt la série de messages
qui compare le travail d' interprétation d' un(e) psychanalyste à la
création. Je me demande donc si le plus petit dénominateur commun aux
deux
> activités est de revenir à l' aspect conventionel du langage qui fait
que
> 2 individus parlant la mème langue empruntent au mème héritage
> linguistique, en viennent quelques fois à passer une convention sur le
thème de leur discussion à l' aide de mots ( signifiants), le thème dans
le cas de l'interprétation analytique étant ce qui est advenu ( et qui
fait symptôme) tandis que le thème dans le cas de la création
artistique,
> n'existant pas encore, est anticipé.
> j'aimerais bien avoir votre avis sur cette formulation de crainte de me
tromper
> bien cordialement
> Jean-francois Doucet
>
>> lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit
pas etre diffuse hors du groupe.
>> ---
>> Oui Nathalia, je suis d'accord avec ce que vous avez écrit ainsi
qu'avec
>> ce
>> que vous avez fait vôtre par le choix de cette citation, mais cela
n'est
>> pas
>> en soi très étonnant car toutes les formations de l'inconscient, y compris
>> celle de la formation poétique étant métaphorique, l'interprétation de
l'analyste elle est elle aussi soumise à cette même loi langagière. Je
pense à cette si énigmatique formulation de Lacan dans "Télévision" :
"L'interprétation doit être preste pour satisfaire à l'entreprêt" . Je
la
>> décomposerais ainsi, au risque de me tromper, dans cette entreprise que
constitue l'interprétation, il s'agit de saisir au vol, les signifiants
que
>> vous empruntez à l'analysant, c'est à dire que c'est lui qui vous les a
prétés. Vous jouez donc sur les signifiants inter-prêtés entre
>> l'analysant
>> et l'analyste. Bonne journée. Liliane.
>> ----- Original Message -----
>> From: "Natalia Milopolsky-Costiou"
>> To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne"
>> Sent: Thursday, March 22, 2007 11:26 AM
>> Subject: [Lutecium-group] RE : art poètique, art symptômatique et art
de
>> contre-trasfert
>> lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit
pas etre diffuse hors du groupe.
>> ---
>> Bonjour Liliane,
>> Votre texte ainsi que les dernières réflexions de lutéciens sur la
créativité et la projection (introjection plutôt ?) de l'auteur sur son
personnage, me font penser au sujet de contre-transfert - ce terrain
d'analyse toujours inépuisable dans notre travail. L'attention
>> flottante,
>> que nous prêtons au monologue (dialogue intérieur ) de notre patient, est
>> possible en large partie grâce à cette créativité. La solitude
>> inévitable
>> et
>> bienfaisante de l'analyste en est donc à la fois le résultat et la
condition. Ce processus fluctuant qui permet au patient sa liberté de
dire
>> est le même qui nous donne notre liberté de (ou pas) agir.
>> Voici un passage de Catherine Parat ( "A propos du contre-transfert",
1976), que je trouve très juste:
>> "Nos meilleures interventions ne s'appuient pas sur un savoir, ni même
souvent sur une élaboration, mais sur un perçu, un ressenti, et
s'expriment
>> dans une communication directe qui court-circuit le conscient, le travail
>> analytique s'apparente alors de façon très proche à la création
artistique.
>> Pour se prêter au cheminement de l'autre, en identification, il suffit
souvent de donner forme verbale au mouvement intérieur qu'il a suscité,
de
>> l'accompagner (souvent en le précédent) sur les ondes qu'il a
ébranlées.
>> La
>> résonance éveillée par certains mots qui s'isolent spontanément de leur
contexte manifeste et que nous saisissons, la perception de double sens
de
>> certaines expressions, ouvrent en nous, vers notre monde inconscient
une
>> voie, une brèche, dont nous ne savons pas tout de suite où elle mène ( car
>> elle mène où l'autre a besoin d'aller), l'allusion, l'équivoque, l'ambigu,
>> tracent un passage vers un inconnu indicible, non encore défini, dans une
>> démarche bien proche du
>> vécu de la création naissante."
>> Bon printemps,
>> Natalia
>> liliane
> a écrit :
>> lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit
pas etre diffuse hors du groupe.
>> ---
>> Bonjour à tous,
>> j'ai écrit ce texte que j'ai mis sur le livre bleu de la psychanalyse
http://psychanalyse.canalblog.com/archives/2007/03/20/index.html Je
veux juste rajouter le fait que Freud est comme Monsieur Jourdain
qui
>> faisait de la prose sans le savoir, lui fait de la linguistique, avant
même
>> qu'elle ait été inventée au titre de science du langage. Bonne journée
à
>> tous. Liliane.
>> Le symptôme d'un latiniste en herbe
>> Dans une lettre adressée à Fliess, au moment même où il invente, pas à
pas,
>> la psychanalyse, Freud pose à la fois les similitudes et les
différences
>> entre les rêves et les symptômes : "Ce n'est pas seulement le rêve qui est
>> réalisation de désir mais aussi l'accès hystérique... je crois savoir
maintenant par quoi se distingue le rêve du symptôme qui s'institue à
l'état
>> de veille. Puisque le rêve est maintenu loin de la réalité, il lui suffit
>> d'être la réalisation de désir d'une pensée refoulée. Mais le symptôme,
lui
>> mêlé à la vie, doit être autre chose : la réalisation de désir de la
pensée
>> refoulante. Un symptôme apparaît là où la pensée refoulée et la pensée
refoulante peuvent coïncider dans une réalisation de désir... le
symptôme
>> représente la réalisation de deux désirs contradictoires."[1]
>> Le symptôme d'un latiniste en herbe, que Freud décrit dans la foulée,
illustre justement l'existence de ces deux désirs contradictoires qui
collaborent à la formation du symptôme
>> Freud écrit à son ami : "Sais-tu pourquoi notre ami E. rougit et transpire
>> dès qu'il rencontre une certaine catégorie de personnes qu'il connaît
surtout quand il les rencontre au théâtre ?
>> "Il a honte c'est vrai. Mais honte de quoi?".
>> Il a honte d'un fantasme de défloration mais aussi de vengeance qui
peut
>> se
>> traduire ainsi : "Dire que cette oie stupide s'imagine que j'ai honte
devant elle ! Si seulement je l'avais dans mon lit, elle verrait si je
la
>> crains!"
>> Selon Lacan, c'est par la voie de la métaphore que se créent les liens
entre le signifiant et le signifié. Dans l'ordre diachronique d'une
phrase,
>> donc son déroulement, "c'est dans la substitution du signifiant au
signifiant que se produit un effet de signification qui est de poésie
ou
>> de
>> création autrement dit de signification". Les deux exemples princeps qu'il
>> en donne, sont d'une part, ce vers de Victor Hugo, dans son poème «
Booz
>> endormi », « sa gerbe n'était ni avare, ni haineuse » ou encore ce vers si
>> connu « L'amour est un caillou riant dans le soleil ».
>> Toutes les formations de l'inconscient relèvent de ce même mécanisme, les
>> rêves, les symptômes, les lapsus, mais aussi ces belles formations
langagières que sont les poèmes et les traits d'esprit.
>> Dans les faits, à propos de cet homme qui rougit devant les femmes surtout
>> quand il les rencontre au théâtre, il est difficile de reconstituer les
termes de la métaphore, de retrouver les signifiants qui se sont
substitués
>> l'un à l'autre pour former ce symptôme parce que justement Freud
l'interprète dans l'autre sens, du signifié au signifiant, du contenu
manifeste pourrait-on dire du symptôme à son contenu latent, si ces
deux
>> termes n'étaient pas exclusivement réservés à l'analyse du rêve. Mais
ce
>> n'est
>> pas pour autant impossible car voici que Freud nous indique que la
salle
>> de théâtre est venue évoquer une salle de classe, où il avait eu une
controverse avec son professeur de latin à propos de cette expression
latine "operam dare". A première vue on se demande pourquoi. Où était
le
>> problème? Je pense justement que c'est cette expression latine qui est
à
>> la
>> base de sa métaphore symptomatique.
>> Il existe en effet deux mots latins très proches, l'un est au neutre, «
opus, operis », et signifie l'oeuvre, la réalisation d'une ouvre,
tandis
>> que
>> l'autre nom qui est au féminin « opera, operae » se traduit par la peine,
>> le travail, la peine que l'on prend pour réaliser un travail. C'est
donc
>> autour de ces deux termes que devait avoir eu lieu le litige avec son
professeur.
>> C'est là que de la salle de classe à la salle de théâtre, surgit une
équivoque signifiante qui le fait rougir de honte, comme on dit jusqu'à
la
>> racine des cheveux. Quelle est donc cette équivoque ? Il se donne du mal,
>> il travaille dur, il transpire, vulgairement, nous pourrions dire, en
français, il besogne fantasmatiquement une femme. Peut-être s'est-t-il
en
>> un
>> temps lointain, besogné lui-même.
>> Puisque le symptôme hystérique, comme le décrit Freud, exprime toujours un
>> double fantasme, un fantasme sexuel masculin et un fantasme sexuel
féminin,
>> nous pouvons retrouver cette composante féminine de son symptôme
hystérique, avec cette ouvre qu'il pourrait mettre lui-même au monde,
auquel il pourrait donner naissance. On dit bien d'une femme qu'elle
s'est
>> trouvée enceinte de ses ouvres. On le dit par exemple de la Vierge
Marie
>> qui s'est trouvée enceinte de par l'opération du Saint Esprit.
>> Mais pour que la description de la métaphore du symptôme que nous donne
Lacan tienne il faudrait peut-être que nous rajoutions au texte de
Freud,
>> (le fait qu'il rougissait et transpirait en présence de femmes, lorsqu'il
>> assistait à « une ouvre » théâtrale), ces deux mots latins équivoques, de
>> « opus » et de « opera ». Ce sont en effet eux qui créent la métaphore et
>> son effet de signification.
>> Il doit être rare de nos jours de découvrir un symptôme fabriqué avec une
>> formule latine celle de "operam dare", se donner du mal, s'échiner,
puisque
>> maintenant nous avons, presque tous, perdu notre latin.
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