[Lutecium-group] La traduction de jouissance en anglais.

Felix McPhee felixmcphee at gmail.com
Mon Nov 5 21:07:46 GMT 2007


Remarquable cet eapect juridique releve par Danielle. L'usage sans la
possession. Je m'interrogeais justement sur cet aspect absolument primaire,
la prise, la prehension (et au regard des notions de serendipity et de
outwit, la comprehension n'est-elle pas un des noms donnes a
l'intelligence), enfin tous ces terme qu'on pourrait rendre par la
possession.

Meme a un niveau abstrait, user de parcimonie, prendre ses precautions,
user, sans abuser, c'est posseder de toute facon, posseder la faculte de
maitriser la chose a traiter. On peut s'abuser ou se meprendre dans la facon
dont on s'y prend, mais la motivation est bien la : posseder et etre
possede.

C'est pourquoi il y a quelquechose de profondement anti-intuitif et alienant
dans la fameuse phrase de Proudhon, dont la famille fait beaucoup d'effort
pour rehabiliter le nom : "La propriete c'est le vol", et la grande
philosophe Simone Weil l'a bien demontre dans ces textes qui font part de
son experience en usine.

C'est pourquoi le grand ami de Montaigne, qui eut pour lui le genie de la
phrase que l'on sait, Etienne de la Boetie avancait de serieux arguments
dans son Discours sur la servitude volontaire.

Possession, c'est un film de Roman Polanski, un titre qui a lui seul marque
la fascination pour le phenomene, les posedees, phenomene ou les convulsions
sexuelles et les spasmes de la mort se rejoignent. Qu'est-ce qui les prend?

L'usage transforme l'utilisateur certes, on peut s'interoger sur ses
implications techniques, la possession engage le proprietaire, elle informe
sur les noeuds de son identite.

L'usage est une notion commune, neutre, "l'usage veut" par exemple. Un terme
collectif et froid qu'on utilise lorsqu'on ne veut pas prendre ses
responsabilites, tout en affichant une mine irreprochable. A cet endroit
l'expression "il est de coutume" plutot qu'"il est d'usage" a ma preference,
parce qu'elle garde trace du caractere arbitraire, social, collectif d'une
convention qui doit s'appliquer a tous, meme si le mot fait un peu
archaique.

L'usage semble venir de nulle part et n'etre au service que de sa propre
efficase. Terme trop propre pour ne pas etre suspect de meconnaitre sa part
d'ombre.

Tout ca pour dire que l'usage sans la possession, en dehors du contexte
juridique ou il s'entend tres bien, ca n'existe pas.

Cela me parait un phantasme, enfince fut ma premiere reaction, en mon for
interieur, l'usage sans la possession, le reve quoi !
Un phantasme, ou une definition interessante de la perversion.

Je vous suis en tout cas reconnaissant d'avoir attire mon attention sur ce
sens de jouissance, sens que j'avais occulte.

Encore un mot cependant. Ce qui rend ce mot si intraduisible (et lance
certaine piste de recherche depuis la mort de Lacan), c'est aussi son aspect
phonetique qui sonne particulierement aux oreilles francophones : J'oui
(le(s)) sens.


Quand a serendipite, je connais l'histoire depuis fort longtemps. La
demarche qui consiste a trouver quelquechose d'interessant de facon imprevue
semble donner une bonne definition d'un certain nombre de decouvertes
scientifiques majeures. Je crois que nous cherisons ces histoires, qui sont
comme des mythes, qui font des decouvertes scientiques des tresors
collectifs.

Je crois qu'il existe des etudes nombreuses sur les avancees scientifiques,
melanges de methode, de hasard et de bricolage, et un pan entiers de la
philosophie, sans parler de la philosophie des sciences et de chaque
discipline, l'epistemologie fait l'analyse detaillee de son histoire et
essaye de participer de son evolution.

L'aspect chaotique de l'emergence du neuf est desormais reconnu et c'est
sans doute un progres, nous n'avons plus, ou en tout cas moins, le souci de
donner retrospectivement une apparence de linearite; la complexite et
l'interdisciplinarite etant une evidence pour presque tous les chercheurs,
enfin ceux qui s'expriment a ce sujet.

Il me semble bien cependant que les Princes de Serendip (vieux nom persan
pour le Sri Lanka) exercaient aussi et bien etre surtout une sagacite qui
leur etait propre, celle de remarquer des details apparement insignifiants
et de les interpreter afin d'obtenir des conclusion des plus interessantes.

Il y eut beaucoup de detective prive dans l'histoire de la literature, mais
un seul Sherlock Holmas, celui qui justement avait cette capacite a voir de
petites choses et a faire du lien, celui qui "outwit" les autres.

J'ai pu constater pour ma part que lorque je suis pris par un sujet, je
remarque davantage une chose qui pourait lui coller, s'harmoniser avec lui.
Ou lorsque je suis impregne par les theories d'un auteur, j'examine
certianes situations a cette lumiere, ce qui me donne parfois des angles
insoupconnes, meme si je sais que je force un peu.

Enfin, je trouve que serendipite est un formidable concept, meme si le nom
est affreux. Je sais qu'il est vain de chercher a le remplacer maintenant
qu'il est rentre dans les moeurs, mais puisque comme disait deja Virgile la
chance sourit aux audacieux, j'aurais cree un mot nouveau : aubainité.

Bon je me rends compte en l'ecrivant que ca sonne un peu comme eau-benite.
Je le tire evidement de aubaine pour lequel le Littre donne: Fig. et
familièrement, tout avantage inattendu. C'est là pour vous une bonne
aubaine.

bien cordialement,
Felix



lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium.
> Ne doit pas etre diffuse hors du groupe.
> ---
> en 1995 pour un exposé à Londres, écrit en anglais j'avais posé le
> problème de l' intraductibilité, pour particulièrement deux mots :
> Serendipity, titre de mon article et "to be out wite ", j'y évoquais
> l'intraduisible "jouissance" du français qui comporte en plus cette
> notion juridique (en plus de l'usage extatique): la jouissance d'un
> bien en permet l'usage sans la possession. (ce texte en français paru
> en ouvrage collectif "l'école du sujet" chez Eres, perd de sa
> pertinence langagière)
> je suppose que cela n'est pas dans "rapture"? l'usage sans la
> possession, mais le "ravissement" convient bien à la statue.
>
> dans le langage des psychanalystes anglophones et lacaniens ils
> utilisent le terme français jouïssance comme  concept.
> pleasure est nettement insuffisant, et je crois que reprendre le
> terme en français parle de lui même. Freud utilise beaucoup les
> citations étrangères à sa langue dont le célèbre tradittore-tra...
> zut je connais mal l'italien, mais c'est inhérent aux langues de
> faire trahir la traduction.
>
> trés cordialement
> Danielle,
>
> j'ai décidé, avec d' autres maintenant, de traduire par Sérendipité
> ce concept de la découverte scientifique par hasard  mais bien
> préparée d'une autre manière, une sorte d'heureuse surprise de
> l'erreur, ainsi que sont souvent les fins de cures, c'est ainsi que
> je comprends : "la guérison vient de surcroît" à la cure elle même,
> et permet de" jouir" de la vie. et tous les anglais ne connaissent
> pas forcément le verbe to be outwite.( battu de vitesse sur le
> terrain de l'esprit) je le traduirai maintenant par bluffer. quoique
> quoique
> Le 5 nov. 07 à 16:57, Felix McPhee a écrit :
>
> > lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium.
> > Ne doit pas etre diffuse hors du groupe.
> > ---
> > Je voudrais commencer par dire que je suis ignorant en psychanalyse
> > mais que
> > je n'ai pas peur de dire des betises parcequ'il n'est peut-etre pas
> > faux
> > qu'on dit des choses un peu moins fausses quand on controle moins
> > ce qu'on
> > dit.
> >
> > Je suis donc heureux de prendre la parole sur Lutecium. Le nom
> > semble dire
> > "Paris ville de lumiere" ou "Lutece allumee" et donner un aspect
> > nucleaire
> > et francais a la psychanalyse. Cela a un nom tres poli, je veux dire
> > polisse. Ce n'est pas Luttecum.
> >
> > C'est par hasard qu'en disant quelques mots sur Bernini et la
> > sculpture
> > qu'il fit de Sainte-Therese d'Avila sur un autre site aujourd'hui,
> > je me
> > suis mis a divaguer sur une possible traduction du mot de
> > "jouissance" en
> > Anglais.
> >
> > Je sens bien que pour mener a bien une tache aussi simple il
> > faudrait que je
> > parvienne a me faire une idee plus claire de ce qu'est la pulsion,
> > qu'on ne
> > comprend me semble-t-il que dans ses avatars, et partant de la
> > relation a
> > l'objet (vous remarquerez que le petit a precede), enfin qu'il me
> > faut une
> > ontologie, une metaphysique therapeutique (dans le sens ou je puisse y
> > croire et qu'elle me rassure en offrant les cadres auxquels je puisse
> > adherer pour aborder la realite dans sa complexite). Je suis loin
> > du compte,
> > mais j'arrive peut a peut a inventorier ce qui me manque, ca doit
> > etre un
> > debut.
> >
> > Je vous livre donc cet essai de traduction, cette jachere:
> >
> > Gian Lorenzo Bernini is well know for is sculptures, and
> > particularly for
> > his ecstatic depiction of Theresa of Avila.
> >
> > Jesus lit in her such a fire of love and such a desire to him that
> > she was
> > injured of some divine wound, that while making her languish and
> > die, caused
> > her an ineffable pleasure, to which none of  the other pleasures of
> > the
> > world can be compared.  To perpetuate the memory of this mysterious
> > injury,
> > the popeBenedictus  XIII, at  the request of the Carmelites of
> > Spain and of
> > Italy established in 1726 the Saint day of the "transverbération"
> > on the 27
> > of August.
> >
> > I think I vaguely recall Jacques Lacan making an analysis of this
> > sculpture
> > in one of his Seminars, to clarify the concept of "jouissance"
> > which is not
> > only pleasure (plaisir), but seven things :
> >
> > climax, delight, enjoyment, pleasure, possession, sensual pleasure,
> > use.
> >
> > I would chose delight to translate "jouissance".
> >
> > delight translates in French:
> >
> > delectation, delecter, delice, enchantement, enchanter, flatter,
> > jeter dans
> > le ravissement, jouissance, plonger dans le ravissement, ravir,
> > ravissement,
> > regal, emerveiller.
> >
> > I would chose ravissement to translate "delight".
> >
> > ravissement translates in English :
> >
> > abduction, delight, rapture, ravishing.
> >
> > I would chose rapture to translate "ravissement".
> >
> > And rapture translates in French:
> >
> > extase, ravissement.
> >
> > When "extase" is translated in English one has :
> >
> > climax, ecstasy, rapture.
> >
> > So I can finish were I started and translate "jouissance" by
> > "rapture".
> >
> > I probably knew all along that I would come to this conclusion, a
> > conclusion
> > I like because it's close to "capture" but also to "pleasure" and
> > "closure".
> >
> > "Close your eyes in ecstasy" might be the slogan by that picture,
> > sorry
> > rapture of a sculpture by Bernini.
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